‹ François de Lorraine, duc de GuiseChapitre 95 sur 142 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

de la religion catholique que le calvinisme, les souverains qui le professaient devaient s'abstenir de nuire à celle-ci et de fournir en France des secours aux partisans de la doctrine de Calvin dont ils différaient bien davantage.

Les deux frères firent goûter cet avis au duc en le lui présentant sous une apparence d'intérêt pour le repos de l'Allemagne à laquelle ils reconnaissaient appartenir par leur origine (T).

Afin d'achever d'entraîner Christophe, le duc de Guise lui laissa aussi entrevoir le dessein et l'espérance d'amener une conciliation.

Le prince allemand remercia les deux frères de leur zèle pour le bien de l'empire, pour le sien propre, et comme il désirait surtout étouffer le calvinisme, il leur promit d'obtempérer à leurs conseils, sous la condition toutefois qu'on s'occuperait sans relâche de poursuivre le grand but delà réforme de l'Église, et qu'en attendant que celle-ci fût opérée, on s'interdirait l'emploi des moyens de rigueur et de persécution contre les protestants de toutes sectes indistinctement.

Les princes se séparèrent le 18 ; Guise, « avec très <( bonne myne et semblance de bonne amytié et con- « tentement, » prenant la route de Vie, partit un demiquart d'heure d'avance, puis rejoignit et reconduisit

i. Vies des hommes illustres (cardinal de Lorraine), par Dauvigny.

les princes allemands, à un quart de lieue, en échangeant avec eux des témoignages d'affection.

L'accord avec le duc de Wurtemberg était pour les Guises un succès dont ils se réjouissaient vivement et qui secondait à leurs yeux l'irritation produite chez tous les catholiques par les scandaleux et sanglants excès des calvinistes, non moins que par l'édit qui venait de suivre ces excès et presque de les sanctionner. Le roi de Navarre la partageait en quelque sorte ; la domination de son frère, le prince de Condé, qui commençait à lever des troupes, le blessait; il en était presque venu aux prises avec lui et voulait le faire sortir de Paris. Malgré son titre de lieutenant-général du royaume, Antoine de Bourbon n'avait pas l'autorité suffisante pour réussir dans ce coup d'état. Afin de se l'assurer, il engagea le duc de Guise à se rendre dans la capitale avec une bonne escorte. La reine, instruite de cette démarche, en conçut aussitôt de l'inquiétude pour l'équilibre de la bascule politique à laquelle elle s'était invariablement attachée, et écrivit à Guise en le priant, au milieu des embarras qui la pressaient, de ne point passer par Paris, mais de venir directement, sans troupes et en pleine sécurité, à la cour établie en ce moment à Monceaux, près de Meaux.

François de Lorraine, plein de confiance et d'un zèle ardent et belliqueux tout prêt à éclater à la première occasion, revenaitialors à Joinville. « Arrivant

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