CHAPITRE CINQUIÈME
« jeudi à Blamon à mon retour de Saverne, je reçeus « les lettres que le roi et vous m'avez écrites », répond-il de Charmes-sur- Moselle à Catherine, le 22 février... « J'ai assez connu le désordre survenu en mon gouver- « nement (') par la désobéyssance de ceux qui ne se « peuvent retenir d'entreprendre et contrevenir aux « ordonnances de Sa Majesté ; et par celle dudict sei- « gneur et vostre, Madame, le dézir que vous avez que « promptement il y soit pourveu... Estimant ma pré- « sence surles lieux chose pourcet effai bien nécessaire, «je ne désire rien de plus que satisfaire à vos deux « Majestéz, et n'y épargnerai aussi peu comme vous « avez jusqu'ici peu cognoistre que j'ai toujours « faict... Comme je m'y dois gouverner y a déjà assez « de temps que j'ai cogneu la forme que l'on y doit « tenir ni comme l'on se gouverne maintenant en telles « choses, n'en ayant rien appris, pour insolence mani- « feste que ont faict de mes voisins de Joinville contre « l'honneur de Dieu et l'autorité du Roy; afin que je « ne puisse en rien faillir à suivre le voulloir de Vos « Majestéz, me mettant en chemin pour vous aller « trouver, sans que bien peu séjourne à Joinville, pas- « sant de là à Reims et puis à Nanteuil, ne voulant « pas mesme moien oublier de vous rendre compte de
1. Depuis longtemps en effet les réformés manifestaient une grande assurance en Dauphiné, et des plaintes avaient été adressées au duc de Guise, déjà en 1551, sur l'appui que leur prêtaient « d'aulcuns administrateurs de la justice ». (Mss. Gaignières, voy. 403, vol. 7.)
« ce que harai appris en ses quartiers et à mon voiage « de Saverne. Aiant cependant mandé au sieur de la « Motte-Gondrin qu'il n'ait aucunement à supercéder « la punission de ceux qui mesprisent tant les ordon- « nances et édits du Roy. »
Effectivement, au mois de juillet de l'année précédente, le duc de Guise, en vertu de sa charge, avait recommandé au parlement de Dauphiné d'enregistrer sans délai, l'édit ayant pour objet « d'éviter aux cédi- « tions que l'on pouvoit veoir se préparer s'il n'y estoit « remédyé ('). » Plus tard le 3 décembre, il venait de témoigner à la même cour sa satisfaction « de ce qu'elle « avoit faict à l'endroit de ceulx qui s'estoient saiziz « de l'une des églises de la ville de Gap, pour estre « chose qui ne leur debvoit aucunement estre soufferte, « et pour ceste cause la priant faire observer et entre- « tenir les édictz et ordonnances du Roi sur le faict de « la religion (2). »
Les conférences à Saverne s'étaient terminées le 18 février. Le duc de Guise revenait à Paris où l'appelait les triumvirs qu'il y avait laissés. « Le iermars, il devoit dîner vers midi à Vassy; les officiers qui alloient devant trouvèrent que les protestants y faisoient leur presche en une grange près de l'église et y pouvoit
1. Lettre provenant des archives du Gast en Dauphiné, et appartenant à M. Champollion-Figeac.
2. Lettre provenant des archives du Gast en Dauphiné, et appartenant à M. Champollion-Figeac.