Guise, Mémoires-Journaux, p
femmes et leurs enfants aient commencé la lutte. Cependant, ils ont bien pu penser que Dieu combattrait pour eux comme avec Samson contre les Philistins, et qu'il détruirait leurs ennemis, ainsi qu'autrefois l'armée de Sennachérib. Ils lancèrent dehors tout ce qui se trouva sous leur main. La duchesse de Guise, qui avait suivi le droit chemin, était déjà assez loin lorsqu'elle entendit le tumulte ; se doutant de ce qui était arrivé, elle dépêcha un exprès au duc pour le prier d'épargner ces malheureux. Le courrier trouva le duc à la porte de la grange ; il y était accouru pour faire cesser la lutte, mais comme, en arrivant, il avait reçu une blessure à la joue, ceux qui l'accompagnaient, voyant couler le sang de sa bouche ne purent maîtriser leur colère et tombèrent sur les huguenots. Rien ne put les arrêter, ni les menaces, ni les prières du duc qui leur criait de toutes ses forces de cesser (*). Les protestants furent chassés et, en sortant, ils furent obligés de « passer par deux rangs, tant de gens d'armes que des aultres de la suite, et en passant, chacun d'eulx frappoit à grands coups d'épée et de couttelas. Ceux qui montoient sur les toits estoient tirés à coups de hacquebutes (2). » Il dut y avoir une soixantaine de tués et à peu près le double de blessés. Parmi les tués il n'y eut guère que quatre ou cinq femmes, et
i. De Thou, 1. XXIX