CHAPITRE CINQUIÈME
encore on les mit à mort moins par zèle religieux que par désir de leur enlever leurs ornements d'argent : c'était plutôt un sac qu'un massacre. Les morts furent surtout des marchands ou de petits bourgeois, tandis que les simples paysans s'échappèrent. Le tronc des pauvres fut forcé, et l'on enleva les douze livres tournois qu'il contenait.
Le duc ne vit d'abord dans cet acte de brigandage qu'une querelle entre laquais et paysans et se contenta d'envoyer la Bible saisie et la chaire à son frère le cardinal de Guise, « qui semblait attristé et restait appuyé sur les murailles du cymetière, regardant vers ladite grange (') ». Il répondit en prenant le livre : « Il n'y a point de mal en ceci ; car c'est la Bible et la sainte Escripture ».
Tel est le récit de cet événement, connu dans l'histoire sous le titre vraiment exagéré de massacre de Vassy. Les huguenots se plaisent à prêter au duc de Guise des paroles qui contrastent avec la vie tout entière de ce prince.
Le duc se défend dans ses mémoires d'avoir mis l'épée à la main, et assure, au contraire, qu'il fit tous ses efforts pour faire cesser le massacre. Les historiens les moins suspects de partialité envers le duc de Guise, Anquetil, de Thou, Lacretelle, repoussent les imputations barbares que les protestants ont fait peser
i. Guise, Mémoires-Journaux, p. 484.
sur lui en cette circonstance. Seulement, Lacretelle se demande ce qu'était devenu le duc de Guise après sa blessure, et il ajoute : « Eût-il été grièvement blessé, mourant, ne devait-il pas employer, à sauver des enfants et des femmes, ce qui lui restait de voix et de forces ? » Nous avons dit, d'après de Thou, que c'est précisément ce qu'il fit.
« Le duc de Guise, remarque M. H. Forneron, semble au premier moment, n'avoir eu aucune conscience de l'acte ; il fut tout étonné de s'en voir attribuer l'honneur, d'être acclamé dans toutes les villes catholiques comme un sauveur, et salué comme le chef vigoureux qui venait de choisir le seul parti digne de l'Eglise, celui de la répression sans pitié. Trop humain pour oser se vanter d'une action aussi inutilement cruelle, et trop instruit de l'état des esprits pour ne pas supposer qu'elle serait le signal d'une guerre d'extermination, le duc fut un peu inquiet de l'attitude que prendraient à cette nouvelle Catherine, son ancienne adversaire, et le duc Christophe de Wurtemberg, son allié récent. » Il écrivit à celui-ci, le 10 avril, une lettre accompagnée d'un post-scriptum autographe conservé aux archives de Stuttgard (') :
« Monsieur mon cousin, j'espère avec l'aide de Dieu «justifier toutes mes actions : vous aves veu par. ma « première lettre ce que je vous ai mandé de ce qui
i. Original-Carton 65 c, n° 53 a.