‹ Franc̜ois Ier et la renaissance 1515-1547Chapitre 11 sur 17 · II · texte numérisé non relu

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sur des mouvements d'armes : étaieot-ils dirigés contre la reine mère, François P"* ou contre sa lignée ? Les mécotitentements excessifs des peuples augmentaient le danger de la royauté déjà odieuse pài* les levées de deniers et les persécutions du fisc. Au sein de la noblesse d'ailleurs il y avait un secret penchaMpour la libre allure des féodaux eu révolte f si elle avait fidélité pour le roi> elle gardait ses impressiotis chevaleresques et dés tendances ardentes pour la féodalité; et cette puissance des grands vassaux qui eux-mêmes avaient plaids de justice, échati'^ sons, grands écuyers, sénéchaux, comme les duos de Guyenne, de Normandie ou de Bourgogne. Sous François P"^ il n'y avait plus qu'un roi avec des courtisans , des maîtresses ; lès gentilshommes pouvaient ainsi regretter les beaux jours de la grande féodalité dans les cours plénières de Dijon,, de Moulins , de Caen ou de Bordeaux.

C'était au moment où François V se préparait à passer les Alpes pour relever l'étendard fleurdelisé dans le Milanais; et cette triste nouvelle d'un mouvement de noblesse dirigé contre sa personne par le connétable, déconcerta tout à coup sa résolution* Gomme les avis paraissaient plus positifs encore, il vint lui-même à la cour de Moulins, pour

6'expliquer de cœur et dé tête avec le Connétable % qu'il ne voulait point jeter en désespéré dans lêi bras de ses ennemis; il lui parla des bruits publics^ de la certitude d'un plan de conjuration contre ia personne. Le connétable, avec un semblant de frati^ chise, lui avoua sans déguisement u que Tempereur Gbarles-Quint lui avoit envoyé Adrien de Groy, pour lui faire des propositions d'entrer à son service; que l'injustice qu'on lui avoit faite en le dépouillant de ses fiefs, alloit le rendre pauvre et misérable, et qu'il falloit bien qu'il trouvât emploi de lés mains autre part; jusqu'ici il n'avoit point ao« cep té. » Le roi lui répondit : «Mon brave cousin ^ je vous ferai justice. » Et^ comme preuve et gage de bon accord, il lui fit promettre de venir le re^ joindre à Lyon , royal campement des troupes qui allaient passer les Alpes : (( une fois en Italie , il reprendroit le titre de lieutenant-général du duôhé de Milanais, qu'il avoit si glorieusement conquis à la bataille de Marignan. » Le connétable s'engagea^ mais plus de bouche que de poitrine. Il avait reçu l'avifl qu'une fois à Lyon , il serait arrêté , traduit en parlement, si disposé à servir la haine de la

« Belcar ; Ub. XVn, n* 41.

duchesse d'Angoulème. Quand le roi le quitta, il était entouré de surveillants et d'espions qui veillaient à tous ses mouvements; et, parmi eux, un chevalier du nom de Warly, chargé de presser son départ pour l'Italie. Rusé autant que brave , le connétable se mit au lit, comme s'il était saisi d'une fatale maladie ; en son palais, c'était un bruit à ne plus s'entendre, tant il appelait les médecins, les apothicaires; son teint était pâle et jaune, son regard affaibli. Toutes les fois que Warty s'approchait de son lit, le connétable lui disait : «Vous voyez à quel état misérable je suis réduit , la fièvre me dévore. » Et, pour éviter tout soupçon, le connétable se faisait porter en litière , marchant ainsi à petites journées pour rejoindre le roi \ comme s'il avait un dévouement à toute épreuve et que même la souffrance ne dût pas l'arrêter!

Cette supercherie ne pouvait longtemps durer avec le caractère impétueux du duc de Bourbon. Le jour même qu'il envoya Warty annoncer au roi son arrivée à Lyon , il prit avec lui six écuyers les plus fidèles 5 et leur dit : « Foi de connétable , je suis sur mes pieds comme le fut Ferragus et le bel

* Dépositions de Perrot de Warty des '4 7 et 49 septembre 4623.

Astolphe , lorsqu'ils poursuivirent Angélique. Sus , qui m'aime me suive. » Quittant alors sa litière, il monta son cheval fort dextrement, pour de là s'en aller d'abord dans le château deChantelle^ , de son domaine d'Auvergne, fort bien construit avec ponts-levis, herses et tours armées de coulevrines. Quand il fut là, il fit dire au sire roi : « qu'il étoit prêt à traiter avec lui comme son sujet, mais avec des conditions et des sécurités , sans madame sa mère. « Or, dès qu'il apprit que François I", son beau cousin, profondément irrité , faisait garder toutes les issues, battre la campagne jusqu'aux frontières, il dit : « le temps presse , il faut se mettre en campagne et échapper au lâche Duprat, à ses gens de justice et à madame d'Angoulème, la mère et la gouvernante de France. » Il se mit donc en marche secrètement , comme s'il allait suivre une aventure de chevalerie. Aussitôt il vit à ses trousses les espions, les surveillants, qui partout Tenviron-

■ A son château , le duc de Bourbon écrit à François I" :

« Monseigneur, je vous ai écrit bien amplement par Perot de Warty ; depuis je vous ai dépêché l'évéque d'Autun présent porteur, pour de tant plus par lui vous faire entendre la volonté quo j'ai de vous faire service. Je vous supplie , monseigneur , le vouloir croire de ce qu'il vous dira de par moi , et vous assurer sur

uaient; et renvoyant sa troupe^ il ne garda plus avec lui qu'un seul serviteur fidèlement dévoué du nom de Pompérant, brave écuyer qui portait son étendard dans les batailles. Il avait lu dans les chroniques que le roi Richard , pour échapper au duo d'Autriche, s'était déguisé en varlet; ce qu'un roi avait fait, lui le connétable pouvait l'oser aussi. Que de merveilleuses aventures arrivèrent gu duc de Bourbon avant de gagner les frontières ! ici f traversant le Rhône par ruse ; là y tombant au milieu des archers de France; il échappe de leurs mains par miracle : à Grenoble même il fut au moment d'être reconnu. Mais la fortune le servit à souhait, et le connétable toucha la Franche-Comté, territoire de la suzeraineté de Gharles^-Quint. Toute sécurité lui fut rendue , et il put s'applaudir de ses stratagèmes : car François V fut implacable dans sa poursuite.

C'était certes une bien coupable conjuration que celle qui éclatait au moment même d'une coalition et

mon iionneur que je ne vous ferai jamais fauta. De notre maison de Chantelleg le vu de septembre, b

A oette lettre était jointe une instruction conçue en ces termes : « Qu'il plaise au roi faire rendre les biens de feu monsieur de Bourbon y il promet de le bien et ioyauement servir, et de bon

d'une guerre; l'armée d'Italie^ gendarmes^ lansque? nets se groupaient autour du roi pour sa campagne au delà des Alpes ; et dans ce même temps un com^ plot si vaste Tarrétaitdans ses desseins. Sur-le-champ le poi revint dans ses eh&teaux d'Amboise^ de Fon-« tainebleau, pour suivre de sa personne les trames préparées parle due de Bourbon; il éprouvait en ce moment le dépit d'avoir été joué par un prince aussi rusé que brave, qu'il espérait arrêter avant les frontières. 11 dut se venger sur ses complices et surtout examiner profondément quel était le but de la oon-^ juration , et s'il pouvait abandonner le royaume de France, alors qu'un complot de noblesse se formait sous l'épée du connétable pour ramener les vieux temps féodaux. La royauté pouvait compter sur les gens de justice et les parlementaires, toujours haineux contre les gentilshommes : jeter un noble à l'échafaud , pour eux c'était' victoire ; et d'ailleurs le chancelier Duprat n'était-il pas l'homoie de la reine mère , le plus dévoué de ses serviteurs ?

cueur, sans lui faire faute , en tous endroits où il plaira ^iidit saigneur , toutes et quantes fois qu'il lui plaira , et dp cela il l'ep assurera jusqu'au bout de sa vie , aussi qu'il plaise au AH seigneur pQrtoAer à ceux auvqueU il veut mal pour eelui (^ifî^jre, §t pvoir signé les dites instruptipns de sa main, n

L'instruction fut confiée au parlement de Paris^ qui déploya bientôt toutes les rigueurs des ordon^* nances.

Dans ce complot il y avait des accusés présents et des complices qui, abandonnant le royaume^ touchaient la terre étrangère, sorte de bannis politiques réunis autour du duc de Bourbon. Le plus considérable des accusés présents était ce siré de Poitiers, comte de Saint-Yallier , toujours si noble et si dévoué * : que pouvait-on lui reprocher ? il avait su le complot ; mais loin de s'y associer^ il avait cherché à en détourner le connétable; son seul crime était la non révélation; n'avait-il pas pour excuse sa loyauté envers son cousin, et le serment sur le bois de la croix : pouvait-il dénoncer son parent, son supérieur? Ces nobles sentiments importaient peu aux gens de justice. Mis à la plus dure question ,

* Procès criminel fait contre messire Charles de Bourbon, chevalier de l'ordre du roy, prince et connestable de France , et messire Jean de Poitiers , aussi chevalier de Tordre , sieur de Saint- Vallier. — Mss., Bibl. du Roi. Rec. de pièces in-4*, vol. coté L, 647, page 20.

Les pièces de ce procès sont :

Lettre du grand seneschal de Normandie.

Information sur lettres du grand seneschal de Normandie.

Confession de St.-Vallier prisonnier au donjon du château de Loches, du vendredy 23 octobre 4523 après disner.

parce qu'on voulait des aveux^ Saint-Vallier ne dit rien, avec sa fermeté ordinaire ; il souffrit tant dans les cachots pendant l'instruction qu'il lui prit une fièvre épouvantable^ et que, condamné à mort, dans le trajet de la prison à l'échafaud, ses cheveux blanchirent. Cependant le glaive ne le toucha pas; on lui jeta sa grâce, après cette comédie de la mort. Quelle grâce , juste ciel ! il fut enfermé entre quatre murailles, et on lui donnait à manger par un trou, comme à une bête fauve. Ici commence le roman à côté de l'histoire : François P% dit-on, se laissa fléchir par Diane de Poitiers , qui sacrifia son honneur de jeune fille pour sauver son père; or, Diane de Poitiers, à qui les écrivains décernent la double couronne de vierge et martyre, était mariée depuis dix ans. Les archives contiennent les lettres de grâce qui furent accordées à la demande des parents et

Du samedy, 24 jour dud. moys au matin, au d. château de Loches, devant MM. de Selve et de Louynes.

Arrest contre St.-Vallier.

Dégradation de Tordre du d. St.-Vallier.

Exécution de Tarrest contre led. St.-Vallier.

Remission de St.-Vallier.

Lettre de surséance pour St.-Vallier.

Prononciation de Farrest de Bourbon.

Estât et ordre de la séance do roy, en sa dite cour, «pour la prononciation du d. arrest.

amis charnels de Jean de Poitiers , sieur de Saint- Vallierj et c'est pour avoir révélé la conjuration que le comte Maulévrier de Brézé , le mari de Diane ^ obtient de la clémence tardive du vq\ la grâce de son beau-père * . Les autres gentilshommes , jugés avec le comte de Saint-Yallier^ appartenaient a la meilleure noblesse de France; c'étaient le sire d'Ës->cars, le seigneur de la Vauguyon, Aimard de Prie, de Saint-Bonnet, Antoine de Chabannes, évèque du Puy. 11 résulte de leurs dépositions légales des faits d'une nature menaçante pour la sûreté du roi. Faut-il s'abandonner entièrement à ces aveus^ que la question arrache souvent aux accusés? Toutefois, il fut constate que dans ses propos de bonne chère, le connétable avait dit : u qu'il livre^ roit le roi François I" à Henri VUI, comme un usurpateur de la couronne , et avec lui les enfants de France, tandis que la duchesse d'Angouléme demeureroit captive dans un lieu sûr et solitaire.» Tous ces propos révélaient des imaginations

• Voici ces lettres de grâce datées de Blois, février 4524.

a Ck)mme puis naguères notr^ cher et féal cousin , conseiller et chambellan le comte de Maulévrier-Bres^é, grand sénéelial de Normandie, eties parents et amis charneld de Jean dePoictiers^ sieur de St.-Vallier, nous ayant en très grande hyi^Uilié supplié et requis

prises de vin^ dans un de ces festins de féoda* lité où l'on faisait des paris et des vanteries de propos. Selon la déposition d'un témoin plus calme : « le connétable devoit renfermer François P' dans une tour de son château de Cfaantelle^ faire déclarer l'indignité des Valois et Fax énement des Bourbons. » Projet de noblesse assez sérieux néanmoins pour imposera François P" la nécessité.de rester quelque temps dans son royaume avant de commencer son aventureuse expédition d'Italie.

Le roi ne s'occupa plus à Paris que de la poursuite du grand procès; à mesure que l'in-r struction touchait à sa fin, et que la sentence était prononcée , le roi reprit avec plus de vigueur son dessein de passer une fois encore les Alpes pour se mettre à Iq. tète de sa noble chevalerie. Le royaume venait d'être menacé d'un complot^ et il allait le quitter peut-être pour longtemps ! Durant cette absence prolongée, il fallait un gouvernement fort^ uni , sous une main prudente et décidée I Indé^ pendamment de Tamour, ardemment dévoué » qui

avoir pitié et compassion du dit de Poictiers, sieur de St.-Vallier. Noufl ayant eon^dération aux dits services, et principalement à oolui que ]e dit grand sénéchal noua a fait en découvrant les machinations et conspiratieas, eta. »

lui faisait tout accorder à la reine mère^ une conviction profonde poussait le roi à lui confier le gouvernement absolu du royaume pendant la campagne d'Italie. La reine mère était Fennemie naturelle du duc de Bourbon ; par son caractère ^ par sa ténacité et ses antipathies même, elle surveillerait donc attentivement les nobles^ affiliés aux complots qui en voulaient plus encore à la duchesse d'Angoulême qu'au roi de France : quelle plus forte digue opposer à leurs desseins Ique Tadministration de la mère du roi ? La lecture attentive des lettres de régence constatent cette préoccupation; signées à Giensur-Loire *, registrées au parlement de Paris et à la chambre des comptes /ces lettres contiennent un véritable manifeste sur la situation des affaires : « Si le roi quitte son royaume , c'est qu'on lui a enlevé le duché de Milan ^ la seigneurie de Gênes, héritage de ses prédécesseurs : falloit-il laisser les ennemis maîtres paisibles de cet héritage et renier paisiblement les domaines de ses ancêtres? Le roi jugeoit donc nécessaire de mettre sur pied une armée considérable, et de se placer à la tête de

* Gyen sur Loyre, 4 2 aoust 4 5SI3. —Pouvoir de régence de madame, mère du roy. — Mémorial de la chamb. des compt. CG, fol. 246. — Mss. de Bélhune, vol. coté 8623, fol. 63.

ses gens d'armes. Chaque province^ sans doute, étoit bien gardée par les lieutenants gouverneurs , francs archers et gens d'armes^ mais il falloit une tète et une direction à ce gouvernement : qui mieux choisir que la duchesse d'Angoumois^ d'Anjou et du Maine ^ une fois déjà régente du royaume de France avec une incontestable habileté. »

Cet édit sur la régence était des plus étendus , et le pouvoir de la reine mère immense^ à ce point de (c nommer tous les gouverneurs , faire venir à ses ordres le parlement , lever le ban et arrière-ban , francs archers^ changer les garnisons ^ disposer de tout office et état, en créer de nouveaux, signer les abolitions de peine; accorder même des lettres de noblesse; taxer tout service , faire statuts et ordonnances. » La constitution d'une régence dans sa plus large expression s'explique par les circonstances et le récent procès du connétable de Bourbon; quand un pouvoir a été attaqué par une conjuration, s'il survit et qu'il la comprime, il devient plus fort, plus absolu ; et telle était la situation de la duchesse d' Angoulême ; elle seule avait persécuté le connétable de Bourbon, contre elle le connétable avait levé son épée , et les complices avaient juré « de la

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faire entrer dans un lieu d'où elle ne Bortifoit plus» » DèB lors une fois la conjuration échouée > le roi devait lui confier le pouvoir, parce qu'elle l'exercerait nécessairement dans un intérêt de répression indis^ pensable durant la crise. Autour de la reine rnôre^ et comme l'expression de sa secrète pensée , était lé chancelier Duprat^ le plus dévoué des magistrats à la couronne , et qui visait au rôle de Wolsey en Angleterre* Or^ ce chancelier Duprat devait etoentiellement se montrer inflexible , parce que comme

la reine il avait été menacé dans son pouvoir et dans sa vie même ; maître du parlement , il le nlè* nerait dans le sens des désirs du roi» Aussi tous les partisans de la reine furent-ils placés autour d'elle par des avancement rapides : le chancelier Duprat fut désigné pour la pourpre du cardinalat f Robertet devint le secrétaire intime du roi de France; l'avocat général Lizet fut prémiei^ président du par^ lement^ et Poyet^ simple avocat^ conseil de ladu^ chesseï eut l'espérance de la simarre.

Tout l'hiver de cette régence fut rempli par le procès des complices du connétable de Bourbon ; et le parlement demeura dans le plus cruel exercice de son autorité * ; on n'entendait parler que de la

* Lettres patentes envoyées au parlement pour rinstruotioQ du

qtiestioïi> de.chaîneis et de t*oueB de ter, appliquées aux plus fiers gentilshommes pour leur faire avouer ce qu'ils avaient juré de ne point révéler sur la vraie croix» Chaque soir Duprat rendait compte à la reine mère dea progrès de l'instruction et des arrêts rendus > ne dissimulant pas qu'un mécontent temént général s'élevait partout par suite des ra-vages des gens de guerre et des exactions des financiers. Deux édits furent rendus avant le départ du rdi pour son expédition : Tun tout relatif à la répression des aventuriers ^ pillards et mangeurs de peuples^ défendit^ sous peine de mort^ de lever gens de guerre sans permission du roi * . « G'étoit pitié à voir que les grands corps de ces aventu-* riers, qui n'ont cessé de piller, pulluler^ persé^ vérer et continuer en leur meschanceté et malheu^ reuse vie ; ainsi procédant de mal en pis , se sont assemblez par grosses trouppes > bandes et compai-^ gaies ^ et se conÛans en leur multitude, se sont plus élevez que devant ; et contemnant Dieu, justice et nois dictes ordonnances , outre mesure multi-

procès dirigé contre le connétable Charles de Bourbon , pendant Tabsence du roi. — Tours, 2 juin 4 524. Rec. Manuscrit, Bibl. Royale, vol. 9749.

' Lyon, 25 iseptembre 4523. — Fonianon, tom. II!, pag. 468.

plient leurs pilleries , cruautez et meschancetez ; juaques à vouloir assaillir les villes closes;, les aucunes desquelles ils ont prinses d'assaut^ saccagées^ robbées et pillées , forcé filles et femmes , tué les habitants inhumainement, et cruellement traitté les aucuns en leur crevant les yeux et coupant les membres les uns après les autres, sans en avoir aucune pitié , faisant ce que cruelles bestes ne feroienty à nos bons et loyaux subjets , qui les avoient traittez et donné de leurs biens. Desquelles choses advertis , à merveilleux regret et desplaisir , avons par lettres missives, escrites aux gouverneurs des pays et provinces de nostre royaume, déclaré lesdits aventuriers, ennemis de nous et de la chose publique de nostre royaume. » Cette ordonnance, fortement répressive , révèle la plaie profonde des gens de guerre qui, sans respect pour aucune nationalité, pillaient amis ou ennemis avec la même rapacité. Lansquenets, soudards d'Allemagne, quels motifs avaient-ils de ménager le pauvre peuple?

L'autre édit réglait l'administration générale des finances * : toutes les recettes devaient se concen-

* Blois, 28 décembre 4523. — Mém. de la ch. des compt. DD.— Fontanon, tom. II, pag. 648.

trer au trésor royal , lequel serait placé au château de Blois pour tout ce qui coucernait le domaine; les tailles également y seraient portées et mises dans les caveaux, aûn de faire la paye à tous sur le bordereau vérifié par le trésorier des épargnes , et desquels on ferait quittance. Un triple état serait continuellement soumis au roi , afin de balancer et vérifier lui-même les recettes et les dépenses. «Car, dit l'édit, il faut éviter la crue de taille, retranchement de gages , emprunts et autres moyens vexatoires sur nos sujets; et cependant on doit entretenir grosse et puissante armée en Italie pour le recouvrement du duché de Milan. » Vers cette campagne d'Italie se tournait en effet toute l'affection de François I"; sa plus grande douleur fut d'être forcé de s'arrêter tout un hiver avant de passer les Alpes. Le procès du connétable exigeait sa présence; c'était le grand intérêt du royaume, et il ne pouvait l'abandonner avant qu'il fût accompli. Ensuite il devait approfondir l'étendue du mal et savoir ce qu'il adviendrait de son absence : tout l'inquiétait. Comment allait-il trouver l'Italie? quel résultat allait produire la présence du connétable de Bourbon sous les tentes de l'ennemi ? Le roi demeura donc

plein d'impatience jusqu'à ce que la belliqueuse If. 18

trompette fionnàt le départ en bqii château de Blois. Et il faut dire en l'honneur de la chevalerie, qu'il j eut peu de félons et de discourtois paladins; chacun^ à l'envi^ préparait ses armes , car la France était envahie par une formidable coalition.

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