‹ Franc̜ois Ier et la renaissance 1515-1547Chapitre 13 sur 17 · IL · texte numérisé non relu

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traîné à soutenir la ligue contre les Français qui envahissaient alors la Lombardie.

Cette ligue prend dès ce moment une énergie nouvelle : Florentins , Vénitiens, Romains , Génois , unis dans une cause commune , attaquent sans hésiter la chevalerie de France partout où elle se présente en bataille. 11 se révélait là une tète ferme et solide, le marquis de Mantoue; et TArioste n'avait pas oublié ce nom parmi ses plus forts chevaliers. Il y eut de tristes défaites pour les archers et gendarmes de France ; à Rebec , sorte de camisade de nuit, Bayaxd , surpris par le marquis de Peschiere , perdit un bon nombre de lances; ce qui donna lieu à une dispute entre le chevalier sans peur et l'amiral Bonnivet qu'il accusait de l'avoir délaissé. Le Milanais devint le théâtre des batailles souvent désordonnées où nul ne se connaissait plus et l'armée française se mit en pleine retraite jusqu'au val d' Aoste. Danscette marche rapide et rétrograde , à travers les torrents et les rivières , Bayard reçut un coup mortel d'arquebuse dans le dos ' .

* Le 30 avril 4524. Le corps de Bayard resta au pouvoir des ennemis, qOi le Grent embaumer; on le transporta ensuite à Grenoble, et il fut inhumé dans une église des Minimes^ à une demi-lieue de cette ville.

Son seul cri fut celui-ci : « Jésus mon Dieu, je suis mort ! » Digne gendarme sans doute que Bayard; mais sans aucune des qualités remarquables d'un général d'armée ou d'un homme de science militaire. Il demeurait comme l'expression de ce courage individuel qui se révélait aux batailles du moyen âge^ dans les joutes, les tournois, et l'on ne peut l'élever jusqu'à la Trémoille , à Lautreo , surtout jusqu'au duc de Guise, le plus capable de tous. Bayard fut le type choisi de loyauté et d'honneur : à chaque époque périlleuse , on prend un nom , un symbole , pour exalter les nobles cœurs. Il fallait inculquer aux gendarmes les idées de loyauté, de désintéressement, le respect des femmes , on choisit Bayard ; et l'on fit de lui ainsi un mythe de la chevalerie. Non-seulement on écrivit des chroniques , des dires , des récits de sa vie , mais les gendarmes chantèrent la mort de Bayard , leur compagnon, leur chef: ici il avait respecté l'honneur des filles et Dieu sait si les gendarmes avaient tou-» jours ce même respect ! Là il s'était vaincu lui-même dans ses passions, dans sa cupidité; et, chevalier blessé, il avait élevé son épée en forme de croix, et prié le Dieu des armées , avant de descendre au tombeau , ainsi qu'on voit les antiques statues sur

les pierres froides du sépulcre. Puis, il fallait jeter au connétable de Bourbon quelques-unes de ces paroles froides, méprisantes, qui viennent flétrir les trahisons ; et l'on supposa que Bayard, frappé mortellement , avait dit au connétable victorieux et attristé sur le sort du noble chevalier : «Pleurez sur vous-même , monseigneur; pour moi je ne suis point à plaindre; j'ai fait mon devoir; vous triomphez en trahissant le vôtre. » Ces paroles furent-elles dites en effet? Nul ne put les entendre. Mais il fallait rappeler dans le duc de Bourbon, l'infamie d'une trahison, et exalter la grandeur de l'héroïsme. Tel fut le sens de la légende de Bayard, brodée comme une belle tapisserie des manoirs * . Au reste, dans cette campagne, les véritables capitaines furent les Italiens; peut-être n'eurent-ils pas toute la hardiesse de l'armée de France; niais la capacité militaire résulte moins encore de l'intrépidité du soldat que de ces froides combinaisons qui se réfléchissent dans les lois de la stratégie, et

* Comparez la vie de Bayard par son secrétaire , sous le nom du Loyal Serviteur. Paris, 4 527, in-4". Symphorien Champier, Paris, 4525, in-4**. Vie des hommes illustres de France, par d'Auvigny, tome IX, et Etienne Pasquier , Recherches sur la France, liv. VI, chap. 48, 49, 20,24 et 22.

font marcher les armées à la victoire avec la rectitude mathématique. Pour cette science, les Italiens furent les premiers comme pour la science politique , ils furent en avant des intelligences avec le livre de Machiavel.

Dans les mouvements actifs de cette guerre le connétable de Bourbon avait à peine paru; la confédération tout italienne dut choisir un capitaine italien lui-même ; néanmoins la campagne du Milanais fut conseillée par le connétable, qui, dès son arrivée en Italie, concerta sérieusement, avec l'empereur Charlfes-Quint et le roi d'Angleterre, le plan et le résultat d'une invasion en France. Un nouveau traité secret fut conclu pour le partage de la monarchie de François P'. Le rêve d'une maison de Bourgogne restaurée dans la personne du connétable de Bourbon avec toute la puissance féodale devait d'abord se réaliser; et, comme le pape et l'empereur faisaient les rois, il était encore convenu que la maison de Bourbon obtiendrait la couronne fermée sur son écu; on lui donnerait, indépendamment de ses fiefs anciens, une grande partie du midi de la France, la Provence jusqu'aux confins du Var. Les Pyrénées au delà de Bayonne seraient réunis à TEspagne et les États de

Charles-Quint ainsi s'agrandiraio^it. Enfin , ce qui restait de cette immense dépouille serait aggloméré sous la main de Henri YIII , avec le titre de roi de France qu'il gardait glorieusement encore dans ses chartes. A la suite de ce traité de partage * venaient des stipulations d'argent , des ducats d'or^ que le roi Henri VIII s'obligeait de payer pour Taccomplissement de la guerre. Dans ces temps éloignés , déjà l'Angleterre était habituée à fournir des subsides, sans qu elle eût encore ses merveilleuses relations de commerce; c'était un pays riche de ses ressources, et le Trésor royal en la tour de Londres était le mieux garni de livres sterling, deniers d'or et d'argent.

La coalition avait pris l'initiative des batailles : au Nord, dans la Picardie et la Champagne; au Midi, dans les Pyrénées. Le plan du connétable de Bourbon était d'attaquer la monarchie par le centre <*

et d'amener une sorte de révolte simultanée de la noblesse et du peuple, très-irrités des levées de \

deniers imposés par François V\ En général, les mécontents et les transfuges comptent toujours sur les désordres publics pour assurer le succès d'une

* Guichardin , liv. XV. — Belcar, lib. XVIH, n» 8.

cause ^ parce qu'ils jugent tous les cœurs par leur cœur, tous les dépits par leurs propres ressenti-* ments. Le connétable de Bourbon croyait qu'à son apparition sur les Alpes, tous les gentilshommes ^ vassaux et arrière-vassaux , prendraient les armes pour suivre son étendard, et qu'ils recommenceraient la féodalité du moyen âge en faisant rétrograder la monarchie jusqu'aux troubles de Charles YI et à la faiblesse de Charles VII. Charles-Quint, trop habile pour croire immédiatement possible la réalisation de ce plan, préférait s'assurer le littoral de la Méditerranée, qui ouvrait les communications de l'Espagne avec l'Italie par Marseille et Toulon. Dans ses projets de puissance et d'universalité, l'empereur croyait indispensable d'avoir une ligne de côtes depuis Barcelonne jusqu'à Gênes, pour que ses galiotes à voiles, ses galères à rames pussent s'abriter. Le projet de Charles-Quint, subi par le connétable de Bourbon, fut donc d'envahir la Provence par le comté de Nice, et de marcher par Toulon et Hyères sur Marseille; de là, remontant par Aix à Avignon, on se joindrait aux troupes de la confédération italienne , traversant les Alpes pour préparer un soulèvement de la noblesse du Dauphiné, de l'Auvergne, du Lyonnais, si dévouée au connétable de Bourbon.

Le commandement de Texpédition destinée à soumettre la Provence fut confié non point au seul connétable; Charles-Quint, avec son habileté accoutumée, avait bien aperçu que si Bourbon, seul, conduisait les troupes , une fois en France , il prendrait nécessairement plus d'importance dans la guerre , et que , maître de plusieurs provinces , peut-être songerait-il à se rapprocher de son droit suzerain, François P^ Cette considération fit adjoindre au duc de Bourbon le marquis de Feschiere, vieux général expérimenté, jaloux de la grandeur et de l'incontestable supériorité du connétable ^ Il y avait entre Feschiere et le connétable des différences de caractère et de mérite trèsdistinctes; le duc de Bourbon, capitaine du premier ordre pour les vastes combinaisons, et par-des-

' Autant le connétable de Bourbon est détesté par François I", autant le roi exalte le marquis de Feschiere ; on a toujours le sentiment de ceux qui vous sont favorables. DansTépître ou poème composé par François I" sur cette campagne , on trouve les vers suivants :

En mauldissant Bourbon et ses pratiques Gongnoissant bien ses trahisons iniques, Avecques eulxavoit ung chef louable; Et de vertu trop fort recommandable , Celluy esloit pour guerre et paix exquis De Pesquierre se disoil le marquis.

(liibl. Roy., Poésies de François l^^, manuscrit in-4», fonds Lavallière, n' 136,)

SUS tout; homme d'intrépidité au combat; le marquis de Peschiere trop prudent pour être grand capitaine , et n'ayant pas cette bravoure de gendarme qui distinguait le connétable. D'ailleurs , une campagne en Provence n'entrait que secondairement dans les idées du duc de Bourbon ^ qui aurait plutôt désiré prendre la monarchie par le flanc et pénétrer directement en Dauphiné à travers les Alpes ; néanmoins il obéit aux ordres de l'empereur, et, se déployant par Nice, il marcha sur Toulon avec quelques régiments d'arquebusiers espagnols * , un bon nombre de coulevrines, des soldats italiens, des bandes d'Allemands qui ravagèrent tout sur la route de droite et de gauche , les ravissants jardins d'Hyères aux orangers fleuris , et les belles campagnes qu'arrose le Var. Bientôt la poussière qui s'élevait en tourbillon du côté du village de Gemenos (la pierre précieuse) et d'Aubagne (que baignent les eaux) annonça que l'ennemi approchait de Marseille, tandis que des tours de la Jo-

' L*armée des impériaux était de cinq cents lances , huit cents chevau-légers , quatre mille hommes d'infanterie espagnole , trois mille Italiens et cinq mille Allemands. Ces troupes devaient être jointes par trois mille hommes d'armes de Tarmée dllalie et cinq mille lansquenets. — Guichard., liv. XV,

liette (la porte de César ) on vit se déployer dans le golfe de Marseille une flotte aux couleurs espagnoles, celle de Hugues de Montcade * , un des amiraux les plus renommés de Gharles-Quint.

À cette époque Marseille s'élevait sur la petite colline qui s'éteud depuis la tour Saint*Jean y la place Yivaux, jusqu'aux moulins agitant leurs ailes au vent du mistral. À l'autre extrémité du port se trouvaient le monastère de Saint-Victor, fortifié des hautes murailles élevées par Gassien contre les Barbares, et qui n'avaient rien à craindre des coulevrines espagnoles. Le monastère était défendu par la montagne de la Garde, et aux extrémités par l'arsenal, où se tenaient les galères du roi. La ville, à proprement dire, s'élevait en amphithéâtre, entourée d'une de ces murailles moitié romaines et moitié moyen âge, flanquée de tours de la plus haute antiquité, telles que la Joliette par où entra Jules César , à côté de porte Galle ( portus

* Hugues de Montcade, d'une illustre maison de Catalogne , commença sa carrière au service de Charles VHI , en Italie ; après la retraite du roi de France , il accepta un commandement dans les bandes espagnoles, sous Gonzalve de Cordoue , puis avec quelques galères se mit à la poursuite des pirates qui dévastaient les côtes d'Italie, et devint dès ce moment un puissant homme de mer.

Galliâe), attenant à la tour Sainte-Paule, qu'en-fant je voyais encore tout enfumée » et que le vandalisme récent a détruit; vieille tour, au milieu du boulevard des Dames, car les Marseillaises vont s'illustrer dans ce siège. Le gouvernement de la eité était municipal et républicain^ à l'imitation de Gênes, de Barcelonne, cités libres , orageuses, avec lesquelles Tantique Marseille avait des rapports y des traités politiques et de commerce y Marseille avait ses statuts particuliers^ ses échevins et sa noblesse civique. En rivalité avec Aix, la ville du parlement > néanmoins les Marseillais s'étaient confédérés avec les gentilshommes pour défendre la province contre l'invasion. Les banderoles avec la croix municipale flottaient aux tours, entourées des blasons des Sabran y des Pontevès , races aussi vieilles que les rochers où viennent battre les vagues de la Méditerranée.

Quand le connétable de Bourbon et le marquis de Peschiere s'approchèrent simultanément des murs de Marseille, il ne se manifesta ni terreur ni forfanterie dans la cité; les matelots des galères, les marins qui avaient vu les mers lointaines, conservaient la main dure, la tête chaude, et tous jurèrent par Notre-'Dame^e-larGarde , que ni Pes-

SOO FRANÇOIS P'

chiere ni le connétable ne toucheraient au reliquaire de Saint-Victor^ ni à la Vierge noire des catacombes, ni au buste d'or de saint Lazare, abrité sous la cathédrale de la Major (ancien temple de Diane). 11 se fit donc partout un mouvement d'enthousiasme, et les dames mêmes (que leur nom soit toujours en mémoire ! ) s'offrirent vertueusement pour aider à la défense des murailles. Tandis que les jeunes hommes se portaient aux remparts^ aux brèches pour repousser l'ennemi , les dames devaient recueillir la terre pour les fascines, distribuer les vivres et panser les blessés.

Les premiers coups de coulevrine sifflaient à travers les pinèdes embaumées de thym * ; habitué à la faiblesse de la bourgeoisie des villes du centre, Auvergne et Bourbonnais, le connétable de Bourbon ne s'était pas fait une idée juste de tout ce que pouvaient d'énergie les populations maritimes accoutumées à se jouer avec les boulets

* « Or doncques, le dit Bourbon se transporta avec l'armée dudit empereur du pays d'Italie, par les montagnes, le long de la rivière de Gennes, comme dit est, es marches et jusques auprès de ladite ville de Marseilles, laquelle, avecques une bonne et grosse bcnde d'artillerie bien équipée de tout équipaige, assiégea la d. ville, et icelIeTitcanoner et bombarder en plusieurs endroits et faire brèche

des corsaires et les vagues écumeuses. Il disait donc par vanterie : « Avec trois coups de coulevrine^ j'amènerai ces bourgeois la corde au col, la clef aux mains. » Le vieux marquis de Peschieré durant ses séjours à Naples, Gênes , et Barcelonne, avait mieux connu l'intrépidité des Marseillais; il savait combien était redoutée parlesLe* vantins la bannière ornée d'une croix municipale, surtout au combat des galères ; il raillait souvent les propos du connétable^ fort méprisants pour les Marseillais. Jaloux peut-être de sa gloire, Peschiere ne cherchait qu'un prétexte pour lui faire éprouver un échec qui détruisît la renommée militaire du duc de Bourbon : à chaque coup de boulet qui, des murailles de Marseille ^ venait dans le camp , le Napolitain railleur s'empressait de dire : (( Monseigneur, voilà les bourgeois qui viennent la corde au col implorer leur grâce. » Et ces bourgeois tiraient bien, car un coup de boulet , parti de la tranchée des dames, vint tuer le prêtre qui disait la messe

tK)ur y entrer. A laquelle inconsidérée entreprise vaillamment résistèrent les nobles et vertueulx chevaliers et cappitaines cy dessus nommés, y estant avec certain nombre de gens de guerre, de pyé et de cheval. » (La prinse et délivrance du Roi, par Sébastien Moreau, Bibl. Roy., Mss. n* 9902.) . . '

80U8 la tente de Peschiere et deux gentilshommes qui l'entendaient. Quoi d'étonnant? les marins des galères savaient comment il fallait enfiler une bonne ligne de matelots entiemis, et l'oeil de la coule^ vrine les guidait merveilleusement à cette oeuvre. Cependant Marseille eût succombé si des secours n'étaient arrivés aux courageux habitants : en se plaçant à Lyon ^ centre de toute opération défen* sive, François P' avait eu pour motif, je le répète, de se porter de droite et de gauche sur tous les côtés menacés. Dès qu'il apprit la pointe du con-nétable sur Marseille, il résolut un mouvement de stratégie vigoureux dont il confia la direction à son chambellan, Chabot de Brion ; une bande de trois cents lansquenets et de deux cents lances devait se porter d'Avignon sur Aix et prendre ensuite la route de Marseille avec mission de ravitailler la cité. Au plus fort de leur défense glorieuse, les Marseillais purent saluer trois cents braves gens décidés à frapper d'estoc et de taille. En même temps , douze' mille reîtres et lansquenets se hâtèrent de passer les Alpes pour faire diversion dans le Milanais, et le roi, de sa personne, prenant la montagne par la route de Gap , dut marcher par Grasse sur Toulon, afin de couper la retraite au

connétable * • Ce mouvement , très-bien combiné , ne permettait plus à l'ennemi de continuer le siège de Marseille, s'il ne parvenait à se rendre maître de la ville par une attaque soudaine; or ces diar blés de matelots^ ces bourgeois naguère si timides, ces dames qui, en temps paisible^ tenaient des cours d'amour et de plaisance , et maintenant couchaient sur la dure aux pieds des murailles, re^ doublaient d'efforts avec une intelligence merveilleuse. Au delà de la brèche faite aux remparts^ les dames avaient rempli un fossé d'artifices> de pé-

* « Le d. messire Charles de Bourbon donna troys assaulx;à lad. ville, bons, royde et hardys ; mays les dessus dicts nobles et vaillants chevalliers, avec Tayde des souldars y estans et avec Tayde de nostre seigneur, le reboutèrent si rudement desdits troys assaulx, que beaucoup de ses gens furent occis et les autres nayvrés^ et les autres prins prisonniers. Ce voyant au troysiesme et dernier assaulx, après qu'il avoit entendu que le roi estoit en Avignon , au cap de Rousse , ou là es environ , faisant grant amas de gens de guerre à pyé , tant Suysses , lansquenez , francoys et aultres , pour le venir trouver et chicquer , considérant qu'il n'avoit du meilleur et qu'il n'estoit bien assurecté^ par une nuyt se délogea et lad. armée de devant lad. ville de Marseilles; mais ce ne fut sans y laisser des enseignes de son artillerye, comme double canons, coulevrines et autres choses en assez bonne quantité, à son très grant deshonneur et honte, car honteusement s'en fouyt et fondit camp et armée par les montagnes, s'en retournantpar où il avoit passé. » (Bibl. Roy., Mss, n^ 9902.)

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tards, de balles incendiaires, destinés à éclater sous les pas des Espagnols, au moment où ils mettraient le pied dans la ville. Puis le marquis de Peschiere , le railleur des opérations du connétable^ ne cessait de démolir le courage des plus intrépides soldats : « Vous voulez donc tous mourir ici^ officiers et soudards; quant à moi, je m'en vais ; » et ce rôle un peu odieux que la jalousie militaire inspirait n'était pas de nature à relever le courage des archers du connétable. L'impétuosité d'un homme aussi hardi que le duc de Bourbon seule pouvait alors persister à prendre Marseille d'assaut; la prudence commandait la retraite. Le comte de Chabannes avec l' avant-garde de François 1" était arrivé à Aix ; le roi touchait Grasse à travers la montagne. La voie même de la mer était fermée ; ces banderoles à la croix éclatante ^ ces drapeaux fleurdelisés qui s'unissent à elles , c'est la flotte de galiotes et de galères que conduit André Doria * , le Génois , au service de

* André Doria, de la grande famille de Gênes, né en 4168, entra à dix-neuf ans dans les gardes du pape Innocent YIII, ensuite au service du roi de Naples, puis passa en terre sainte, où il fut reçu chevalier de Saint Jean-de-Jérusalem. A vingt-quatre ans il abandonna Tarmée de terre pour la marine, où ses exploits contre les

Marseille, et qui rallie les navires de Mottier de Lafayette * , l'amiral de François P^ André Doria guide seul l'escadre, car seul il est bon marin. De l'esplanade de la tourette , près des murs de Marseille, on peut voir le combat qui s'engage avec les Espagnols, les rames qui s'agitent et les crocs qui cramponnent les navires. La victoire reste aux Marseillais; l'amiral Montcade prend le vent et s'enfuit à toutes rames vers Barcelonne , et le soir la cité resplendit aux flambeaux de résine pour célébrer la glorieuse journée; des vivres circulent en abondance afin de réjouir les habitants, épuisés par les fatigues d'un long siège.

Dès ce moment il n'y a plus à hésiter pour le connétable sur la nécessité d'évacuer la Provence ; une seule route demeure ouverte aux confédérés, celle de Toulon, par Aubagne, et le Beausset; les Italiens, les Espagnols et les Allemands sous la conduite du connétable de Bourbon et du marquis de Peschiere s'amoncelèrent dans ces gorges à travers les montagnes que couvrent la bruyère et le

barbaresques lui acquirent une brillante renommée. Dès le commencement de la guerre, Doria embrassa le parti de la France et se mit à la solde du roi.

Gouverneur de Boulogne à Favénementde François I-'.

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genêt odorant; or, les pâtres qui mènent leur» chèvres sous le thym signal^^ieut par dei^ feui^ le passage des ennemis , et presque aussitôt les archers marseillais tombaient sur le^ hagages et Tarrière-garde. Il y eut des traits d'hépoï^me dans cette populatioa , révélés par les bell^3 lettres que Fr^a-^ çqIs P*" écrivit au maire ^ aux prud'hommes, aux ^çhçvius pour les ren^^roier dq leur bonne défense. P^pd^nt huit jours il se fit 4^9 processions où l'on promena la Vierge noire par toute la ville; les dames portq^ient les plus écUtantes bannières, et une place leur fut réservée p^rmi les braves chevaliers^ blasonnés de toute pièce.

Lp temps t moins destructeur que les hommes^ avait encore épargné quelques traditions de Thé-r roïsme marseillais , et surtout cette vieille tour de Sainte-Paule qui rappelait le courage du peuple. De tous ces souvenirs municipaux que reste-tr-il debout? la tour a été brisée, ainsi que ces fontaines des Méduses, souvenir de la peste de Marseille, où 3elsunce dressa son autel de reconnaissance, et ees vieux arbres du cours, plantés au temps de Puget pour couronner son œuvre , abri des millions d'oiseaux qui chantoyaient au lever de l'aurore de nos aïeux. Tout cela a disparu : est-ce que les grandes

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ehûBeB du passé importuneraient les gépérations présentes ? n'existe*t-il plus au cœur cet amour des ancêtres, qui faisait l'honneur et la forée des vieilles républiques?

La délivrance de la Provenee aa laissa plus un seul ennemi sur le territoire du royaume; laCham^ pagne, la Picardie avaient secoué l'étranger par pp beau mouvement de chevalerie et d'insurrection : aux Pyrénées , Charles - Quint était venu échouer au siège de Bayonne, et la lâcheté seule lui avait livré Fontarabie. En Provence le connétable était obligé de repasser le Varj de sorte que l'invasion venait mourir sur cette terre de France, tant de fois attaquée ; et qui se défendit avec un merveilleux instinct de sa nationalité ! Il ne faut pas croire que ce soit seulement dans les temps modernes que notre énergie de nation se soit manifestée; à tous les siècles nous avons eu de beaux feux de gloire, de nobles inspirations, et c'est honneur de les recueillir dans les annales publiques.

Les opérations des alliés dans cette campagne avaient été, au reste, mollement conduites; il n'y avait pas d'unité , parce que mille intérêts divers séparaient déjà leur cause ; au Nord, les Anglais ne s'entendaient pas avec les Flamands; au Midi, il

y avait des antipathies entre les Allemands , les Espagnols et les Italiens. Chaque peuple avait ses capitaines, orgueilleux de leur renommée ^ railleurs de celle des autres^ et quelquefois fort aises des échecs de leurs rivaux de gloire^ ainsi qu'on venait de le voir au siège de Marseille; Peschiere s'était applaudi des disgrâces du connétable de Bourbon.

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