II. U
sente une armée de près de quatre cent cinquante mille Turcs et une flotte immense portant avec elle tous les moyens de destruction que les Grecs avaient enseignés à la barbarie; puis au milieu de la Méditerranée une île de vingt lieues de contour^ défen- .due par trois mille chevaliers à peine ^ mais d'un pur et grand héroïsme , qui avaient fait serment de s'ensevelir sous les ruines de la cité.
Le siège dura cinq mois \ sous le grand maître Villiers de rile-Adam% enfant, pour ainsi dire, du Parisisi et d'un courage surnaturel. Plus d'une fois les chevaliers avaient repoussé les Ottomans; des brèches où pouvaient passer vingt hommes de front ou un char de guerre^ avaient été défendues avec une glorieuse ténacité: chevaliers^ écuyers, tous se montrèrent héroïques ; les Turcs perdirent
* L'île de Rhodes capitula le 3 de sefer 929 (22 décembre 1522). ' J'ai trouvé une noble Lettre du grand maitre à M» delà Rochepat (7 février 4523). — Mss. de Béthune, vol. coté 8530, fol. 81.
a Mon nepveu ; plusieurs fois vous ay escript du grand Turc qui nous tenoit assiégez en personne dôs le xxvr de juing dernier passé, lequel voyant, ne nous pouroit prendre par bateries d'artilleri^ mynes ne assaux, à la parfin levé qu'il nous a en les deffences ii'ung grand cartier de la ville , est venu picquer et abatre la muraille, en laquelle a fait une grande bresche par laquelle trente ou quarante hommes a cheval pourroient entrer de front,
soixante miUe hommes, et quand une cruelle épi* demie et la famine forcèrent de baisser de magnanimes épées^ Soliman fut si vivement frappé de tant de prodiges , qu'il accorda non-seulement la vie sauve aux chevaliers ^ mais une de ces ca* pitulations admiratives qui honorent le courage* Soliman voulut voir le grand maître, Yilliers; il lui tendit la main ^ le revêtit d'une pelisse d'honneur^ et le grand maître fut libre de quitter Vîle de Rhodes avec ses nobles et loyaux compagnons pour s'acheminer vers l'Italie.
Le voilà donc avec la plus immense renommée du monde chrétien ^ débarquant à Barry, douce contrée^ pour trouver du repos à ses fatigues ; accueilli partout avec vénération^ le grand maître vint à Rome, alors que Rhodes et Belgrade voyaient
çtpar icelle avec trenchies couvertes, entré plus de cent cinquante pas dedans la ville , nonobstant deux contremurailles et repaires fait à rencontre, ont a demeuré main à main avecques nous l'espace de trente six jours ou environ , et voyant consommer ses gens, desquels desjà avoit perdu plus de quatre vingt mille tant tuez, que mortz de maladie, craignant venir aux mains avecques nous que moyennant l'aide de Dieu en tous ses assaulx Tavons repoulsé , considérant les victoires consister en la volonté divine et non en la puissance et multitude des hommes , nous a faict dire si iuy voulions rendre la ville, nous laisserait aller bagues sauves, et
8e déployer sur leurs tours en ruines les queues des pachas. La faute n'en était-elle pas aux princes chrétiens qui , dominés par de petites ambitions , laissaient s'avancer les infidèles jusqu'au Danube et la Méditerranée? Désormais la Sicile se trouvait exposée , aussi bien que la Hongrie , à leurs excursions : si , au lieu de leurs petites querelles , les rois chrétiens avaient accompli leur devoir comme ces braves chevaliers , les Turcs auraient été refoulés en Asie, et la croix aurait reparu sur Sainte-Sophie j aujourd'hui souillée par les imans. Il n'en fut rien : les animosités étaient si grandes , si vives entre eux pour s'arracher quelques villes, se prendre un peu de terre, qu'ils se précipitaient incessamment en armes sur les frontières de France, aux Pyrénées, en Italie, partout où il y avait un
a ceulx qui vovdroient demeurer feroit bonne companie, francz de tous tributz Tespace de cinq ans sans jamais prendre de leurs enfans pour faire des genissaires comme faipt es autres parties de la Grèce a luy subjectes ; ce que plusieurs jours avons différé. A la parfin voyant qu'il nous estoit impossible pouvoir plus résister veu que nous n'avons plus pouldres , munitions ne gens de faict, desnuez d'espérance de secours, lequel tant de fois avons demandé, ayant compassion de tant de menu peuple estant en notre jurisdiction , qui avoit de passer par l'espée ou renier la foy par contrainte, avons accepté le d. party. J'en escript au roy, je vous prie,
héritage à dévaster, un droite une prétention même à faire valoir.
Cette animosité si fatale entre les princes de la chrétienté n'avait point échappé au père commun des fidèles^ et dans ce dessein Léon X^ avant sa mort, voulut préparer une trêve; comme tous les Médicis , le pape avait trop aimé sa chère Italie , la pompe de ses coteaux dorés par le soleil , le Capitole, Florence y et par-dessus tout la nationalité de la patrie commune; il la voulait, cette noble Italie, riche, glorieuse, selon le cœur et les desseins de sa maison. Ce fut au milieu des pompes qui célébraient Tex* pulsion des Français du Milanais , quand la trom« pette sainte retentissait dans les palais splendides , que le pape Léon X mourut subitement. Quelques historiens disent que la joie ébranla les facultés de son âme, et qu'avant de mourir il déclara que le plus beau jour de son existence était celui où il avait vu la
mon nepveu avoir toujours noire religion pour recommandée , envers le d. seigneur qui sera fin de la présente , aprèz mestre re« commandé a votre bonne grâce priant le Créateur vous donner le comble de vos bons désirs. Escript à Gastel en Candie le vu* de février. Votre bon oncle et amy, le maître de Thopital 5t Jeban.
« Fb. DE ViLLERS lIlE AdAH '. »
On trouve encore d'autres lettres du grand maître de Rhodes dans les Mss. de Béthune, n^ 8537 et 8546, Bibl. Roy.
( JL«a YiUion 4e rile-A4am et Rochepot étaient totu deux Montmorener.
nationalité italienne se rattacher comme un faisceau au pontificat de Rome , sous un Médicis.
Le successeur à Léon X serait-il un Médicis encore? le conclave l'eût élu, s'il n'avait craint de perpétuer la papauté dans une même race , et d'en (aire ainsi une institution héréditaire. A la face de cette élection, tout dut s'émouvoir; la papauté était une si grande puissance, non-seulement en Italie , mais en Europe ! La correspondance de François V^ avec les cardinaux et les agents secrets à Rome , indique toute l'importance que le roi mit à obtenir l'élection d'un pape dans les intérêts français; et ce fut moins pour heurter sa pensée et son pouvoir que pour signaler aux yeux du monde l'abandon que faisait le roi de France de la cause chrétienne devant les musulmans, que le conclave repoussa les démarches de François P'. Les cardinaux préférèrent le modeste Adrien Floran, évèque de Tortose ; né de parents obscurs, à Amsterdam ou à Utrecht , élève de l'université flamande, il avait été choisi comme, précepteur de Charles-Quint , et son élévation à la papauté * était un hommage que le conclave rendait
* L'élection d'Adrien est ainsi annoncée au roi par l'ambassadeur à Rome dans une courte dépêche.-^ Bibl. du Roi, Mss. deBéthune, no 8500, fol. 99.
au prince le plus résolu à soutenir la cause chrétienne contre le glaive des musulmans. Cette éleo^ tien était donc un véritable triomphe pour Charles- Quint , alors arrivé à toute la puissance deCharlemagne, lorsqu'empereur d'Occident, il vint à Rome sanctionner l'autorité des pontifes. Adrien, néanmoins , fut considéré par les Romains comme un barbare; ce peuple léger, ardent, amoureux des arts et de l'antiquité, regardait toutes les popula* tions du Nord comme livrées à l'ignorance ; habitué aux splendeurs des Médicis, des Colonne et des Farnèse, il ne pouvait comprendre ce caractère sévère, sans faste et sans grandeur de la race du Nord. Adrien n'était que le prêtre ; il ne fut jamais le prince ; et les Romains qui aimaient les festins au Capitole, les fêtes au Campo Vaccino , au Colisée, ne reconnaissaient pas pour maître légitime un pape qui ne savait que prier et demander au ciel la cessation des hostilités entre Charles-Quint et François I".
« Monseigneur toujours très humblement a votre bonne grâce me recommande.
«Monseig. aujourd'huya été publiépapeMons. le cardinal Terlusien et a prins le nom d'Adrian.
« Monseig. je prie le Créateur vous donner très bonne vie et longue. De Rome ce neuvième jour de janvier.
« Votre très humble serviteur De Pons. »
A aucune époque, l'esprit de nationalité italienne nes'étaitréveillé avec plus d'énergie; souverains et peuples voulaient l'expulsion des Français. Sur tous les points de la terre sacrée une insurrection bruyante avait suivi les pas de Prosper Colonne et du marquis {le Peschiere à la tète de l'armée des confédérés; le peuple les saluait comme des libérateurs, tandis que la chevalerie de France soutenait les derniers vestiges de sa domination. Lautrec , le maréchal de Foix, venaient néanmoins de recevoir quelques renforts, et Bayard arrivait à Gênes * avec ça compagnie de gens d'armes. Mais à la face d'une insurrection si bruyante , soutenue 'par une armée régulière, sous des chefs aussi éminents que Peschiere et Colonne , que pouvaient faire ces braves hommes? Si la victoire donne des amis, les revers affaiblissent les alliances, et depuis que les Français se défendaient avec peine dans le Milanais, la république de Venise, cette dernière amie, se montrait inquiète, irrésolue; non point qu'elle osât encore rappeler son contingent pour se joindre aux confé-
* Lettre du chevalier Bayart au roi, datée de Gênes, 31 janvier 4522. — Mss. de Béthune, vol. coté 8517, fol. 2.
(( Sire, j'ai rcceu la lettre qu'il vous a pieu m'escripre faisant mention que depuis que je suis pardeÇ'a n'avez point heu de mes let-
dérés ; mais dans des instructions particulières elle invitait son capitaine , le duc d'Urbin , à ne point se commettre dans les mouvements offensifs^ et au besoin de se séparer tout à fait de Lautrec et des troupes qui suivaient sa bannière. Quant aux Suisses devenus plutôt des embarras que des auxiliaires, ils n'étaient déterminés à se battre que pour de l'argent. Lautrec , malgré ses prjBssantes lettres au roi, n'avait pTu obtenir un seul écu d'or; cependant il ne voulait pas abandonner si vite sa conquête et déserter si facilement un glorieux champ de bataille. Les ordres du roi étaient précis : « l'on devoit tout hasarder plutôt que de délaisser le Milanais; la portion chérie de son patrimoine. » Lautrec avait ordre de saisir l'occasion de livrer à l'ennemi une bataille décisive qui pourrait lui rouvrir les portes de Milan , ou au moins lui permettre de secourir la citadelle miraculeusement défendue par cinquante gendarmes. Aussi ^ toutes les opérations du marquis de Lautrec se déployaient sur la ligne de la Monza jusqu'à Novarre et Vercelli ; des suc-
trcs, et que je vous escripve là ou je suis; sire, il vous pleust me mander que je m'en vinsse incontinent en ceste ville pour aider au gouverneur à Tarcevesque a conduyre leurs gens de pié pour, la. garde de cette ville, et du pays de Gennes, et n'en fusse pas
ces partiels lui firent espérer une victoire décisive sur un grand champ de bataille.
A quelques lieues de Milan , les ducs avaient
embelli plusieurs maisons de plaisance. Le fertile
territoire de laLombardie^ avec ses canaux^ avait permis d'entourer les parcs non-seulement de murs élégants , mais encore de fossés qui servaient à Tarrosement des terres^ car en Italie déjà l'agriculture avait réuni toutes les conditions de supériorité. Une de ces villa portait le nom de la Bicoque^ pour signifier un tout petit bâtiment à la forme italienne^ avec un grand parc pour la chasse au daim et au cerf. Ce lieu , parfaitement abrité au moyen de murs et de fossés , le marquis de Peschiere et Prosper Colonne l'avaient choisi pour livrer bataille. Un tel terrain, coupé par des canaux ^ abrité par de grands arbres , offrait l'aspect d'un camp retranché; au moyen d'abatis, les confédérés pouvaient se garantir de cette première ardeur des Français, si redoutable à leurs ennemis. Le plan d'une bataille défensive fut combiné par Colonne, d'après
bougé que je n'en eusse été chassé par force, ou que m'eussiés mandé quelque autre chose.
« Sire je vous ay escript plusieurs fois qu'il n'y avoit point d'affaire icy, et que j'estoye bien-marry de ce que je me sejournoye et que
ces bases; lesabatis d'arbres^ le retranchement des canaux ne laissaient que l'étroit passage d'un pont où devait se porter Tattaque. Peschiere avait placé là quelques centaines de bons arquebusiers espagnols pour croiser les feux , et à l'extrémité du petit pont le maître de l'artillerie avait dressé trois batteries l'une sur l'autre ; de manière que les Français, s'avançant avec sécurité , seraient pris à la fois des deux côtés par des arquebusades et en face par le déploiement d'une formidable artillerie.
11 y avait peu de tactique parmi les gendarmes que conduisait le maréchal Lautrec : ces braves chevaliersy parce quMls voyaient un pont qui les menait à l'ennemi, devaient s'y presser à l'envi, et cet exemple serait suivi d'une noble émulation. Si les Suisses étaient exigeants, impératifs , lorsqu'ils avaient besoin de leur argent, on ne pouvait leur refuser une indicible bravoure ; têtus de gloire comme des Allemands , quand ils avaient bu quelques pots de vin nouveau , c'étaient gens intraitables. A peine
je n'eusse quelques gens pour mener à M. de Lautrec, et vous faire quelque service en votre duché de Millan ; et m'en suis plainct à Clément quand il passa par icy, pour vous le dire. Car si jeusse heu deux ou troys mil hommes de pié françoys , je vous eusse fait quelque bon service... • Batart. »
aperçoivent-ils Tennemi qu'ils veulent lattaquer intrépidement ; n'écoutant donc ni les conseils de Lautrec , ni les ordf ^s de leur propre capitaine , ils courent sur le pont de face pour s'emparer de la Bicoque. Le marquis de Peschiere les laissa paisiblement s'avancer en rangs pressés , et ne croyant avoir à combattre que les troupes placées devant eux; quand ils furent bien engagés, à un signal de coule vrine, les arquebusiers espagnols, cachés dans les blés , firent un feu admirable des deux côtés ; et avec des cris de victoire , ils envoyèrent quelques milliers de balles aux Suisses étonnés^ et marchant néanmoins avec leur fermeté habituelle jusqu'au bout du pont. A ce moment décisif, le marquis de Peschiere ordonna de démasquer les longues pièces d'artillerie qui prirent les Suisses en écharpe , si bien qu'après s'être défendus bravement comme la meilleure infanterie, les montagnards reculèrent en désordre ainsi que les flots de la mer jusque sur la rive opposée ; trois fois revenus à la charge , ils éprouvèrent mêmes canonnades et arquebusades sur tous les points. Et eux qui avaient crié, avant de combattre , ces trois mots : Argent ^ congé ou bataille y ne reçurent en réponse que la mort. Une fois engagé par les Suisses, le combat ne
pouvait être déserté par la chevalerie de France * . Montmorency avait conduit l'attaque du pont; obligé de se retirer, il vint reprendre le commandement des gendarmes, alors en corps de bataille , où Lautrec avait placé le maréchal de Cha-> bannes et le bâtard de Savoie ; enfin , en arrièregarde, les Vénitiens, sur lesquels on ne pouvait pas compter. On résolut d'attaquer, une fois encore, la Bicoque; pour cela il fallait aplanir les terrains^ et cette commission fut confiée à un capitaine navarrois fort bon ingénieur. Dans une heure ce travail fut fait; les trompettes retentissent de nouveau ; toute la chevalerie s'ébranle et le moment est décisif. Alors Prosper Colonne fait redoubler le feu de toutes les pièces sur la brillante noblesse qui perd là Roquelaure, Laguiche, Laval et Montfort.
Le pont est franchi ; mais on pénètre dans un parc coupé de canaux et de murs, qu'il faut prendre combat par combat. La gendarmerie fut à bout avant même d'avoir franchi la moitié du terrain, et quand la retraite sonna, elle paya cher ces positions si glorieusement enlevées ; il fallut repasser les ponts, les canaux, les ravins sous les
' La bataille de la Bicoque eut lieu le dimanche de U Quasimodo, 22avriH522.
feux croiséd des arquebuses et ded eouletrines» Pans ce désordre , la cavalerie espagnole tomba sur les débris de l'armée que conduisait Lautrec. Fatale journée , où l'on put voir le côté véritablement faible de la chevalerie; ce sentiment d'hon-^ neur qui lui faisait repousser toute ruse comme une lâcheté lui donnait trop de dédain pour l'esprit de tactique qui n'est que la ruse en grand. La supériorité n'était plus dans la force, rha^bileté en venait à bout désormais. Depuis l'invention de la poudre , la chevalerie devait modifier ses moyens pour garder la victoire ; il fallait des combinaisons raffinées qui sortaient entièrement de l'éducation des chevaliers. Ainsi le cœur ne manquait pas à ces nobles hommes^ mais la réflexion et la tète froide et calculatrice. Dans la marche des temps , il arrive souvent aux opinions ce qui sur^'int ici à la chevalerie de France. Il se conserva parmi elle des traditions d'honneur et de courage; et avec cela, parce qu'elles se tiennent en dehors du mouvement, elles s'affaiblissent et se perdent. La bataille de la Bicoque fut donc le résultat d'une tactique réfléchie opposée au moyen âge et à l'intrépidité du vieux temps. La ruse de guerre repoussa la force aventureuse.
Après cette triste défaite de la Bicoque^ l'Italie fut perdue pour la couronne de France : quel espoir restait-il au maréchal de Lautrec de préserver le Milanais^ quand sa chevalerie en fuite s'éparpillait jusqu'au lac de Gôme ? Alors les Vénitiens se liaient ouvertement avec l'empereur Charles-Quint* sous le prétexte de la liberté de l'Italie ; les Suisses demandaient libre passage pour s'en retourner aux Alpes ; on avait perdu la ûeur de la noblesse ; à peine aurait-on une route sûre à travers la montagne. L'insurrection éclatait partout^ et nul espoir même de conserver Gênes, le grand port maritime de la Méditerranée , vers lequel s'avançaient déjà Prosper Colonne, le marquis de Peschiere et les confédérés. Au milieu de la guerre, ces belles campagnes de la république un peu égoïstes s'étaient conservées dans le plus parfait repos. Les alliés résolurent donc de mener leurs bandes dans cette opulente contrée^ afin de lever des contributions au proût des lansquenets et des Suisses : ne seraitil pas d'ailleurs facile de favoriser à Gènes un parti antifrançais en secouant la domination deFrégose?
' Le traité entre l'empereur et la république fut conclu le 28 juin 4522,
Cette expédition se réalisa avec uûe facilité extrême * ; le doge Frégose une fois brisé par une révolution populaire y on proclama la liberté de Gènes comme celle de Milan. Gènes, affranchie desFrançaiSy salua l'indépendance de Tltalie^ et l'étendard fleurdelisé disparut de la dernière de ses cités. Tous ces États marchaient donc vers une fédération italienne : le pape, par le sentiment du noble orgueil que lui donnait Rome^ la capitale de l'univers chrétien ; l'empereur, parce que son plus puissant intérêt était de chasser les Français d'Italie; il vou'^ lait créer pour chaque État des situations assez faibles^ assez abaissées pour les dominer toutes. Charles - Quint voulait conquérir un ascendant absolu sur ces contrées perpétuellement visitées par les conquérants venus des Alpes ou du Tyrol. On est déjà saisi d'étonnement et d'admiration à l'aspect de cette puissance de Charles-Quint qui s'élève à la domination universelle. Simple héritier d'abord de Ferdinand et d'Isabelle , puis successeur de Maximilien, représentant de la maison de Bourgogne , le voilà maintenant empereur , comte
* Gênes , prise d'assaut dans la nuit du 30 mai 4522 , fut livrée au pillage pendant deux jours, et le troisième on élut doge Antoine Adorne,
de Flandre, suzerain de la Franche-Comté et deminateur partiel de l'Italie, et cela sans effort, sans livrer une seule bataille. 11 est l'homme politique à côté de François P% l'expression de la chevalerie* Gomme l'esprit et les formes du siècle ont changé, l'homme de la ruse triomphera; non-seulement Charles -Quint règne sur le peuple , mais encore il fait le pape; son ancien précepteur, Adrien, porte modestement la tiare. Ce n'est pas tout , l'empereur arrache l'Italie aux Français, presque sans guerre violente, en invoquant le seul mot de nationalité, lien puissant sur les imaginations du peuple. Au nord, en acceptant Henri VIII pour arbitre, il l'entraîne peu à peu dans son alliance jusqu'à joindre ses armes aux siennes contre François P^ Charles-Quint se sert de toutes les idées, de tout ce qui garde vie et popularité. Comme l'esprit des croisades n'est pas éteint, il se pose en souverain pacifique qui veut tourner toutes les forces de la chrétienté contre les infidèles; selon lui , le seul obstacle à une guerre religieuse , c'est François I": ce roi de France presque dépouillé, il le présente comme un ambitieux, et lui, l'empereur, maître de l'Allemagne, de Naples, de
la Flandre , de la Franche-Comté et de l'Espagne^ n. 15
et qui a gagné tout cela par les négociations et rhabileté^ c'est le pacificateur, l'esprit modéré. Ici se résume la véritable puissance d'esprit de Charles- Quint ; il n'y a pas grande capacité à se poser comme dominateur par la conquête^ et si l'on est foudre de guerre^ de faire un immense bruit. Mais ce qu'il y a de véritablement supérieur, c'est de dissimuler ses desseins et les conditions mêmes de sa nature^ à ce point de paraître modéré dans ses désirs lors^^ qu'on tient le sceptre du monde en ses mains.
Les négociations , toujours le souci de la vie de Charles -- Quint , rencontrent en Allemagne àê grandes difficultés de partis et d'opinions; la ré^ forme de Luther domine les universités) et la science est bien populaire au xvi" siècle. L'esprit d'opposi^ tion se manifeste avec une grande puissance. Dana ces difficultés premières, Charles - Quint ^ obligé d'embrasser tous les intérêts^ désigne Ferdinand^ soil frère ^ pour gouverner les États de l'Empire; à Marguerite^ sa tante, il donne le comté de Flandre avec le titre de gouvernante. Lui, l'empereur, part, visite les bords du Rhin, la Flandre, s'embarque à la hâte, et comme par hasard, il visite l'Angleterre. Le fougueux Henri VIII, longtemps son arbitre, maintenant il l'appelle son allié : ce Si le cardinal
ET LA|RENàISSâNGE. 227
Wolsey, dit-il, n'a pas réussi à pacifier les princes, ce n'est pas sa faute, car il a fait tout ce qui étoit en son pouvoir; le pape Adrien n'est pas immortel, et le roi de France est le seul en opposition avec l'esprit chrétien de la croisade. » En vertu de ces idées, le traité d'alliance conclu par le cardinal Wolsey est définitivement ratifié; qua-^ rante mille Anglais ont marché au nord de la France 9 et pour gage de la longue durée de ce traité, le mariage entre Charles-Quint et Marie, la fille de Henri YIII, sera célébré au plus tôt. Enfin, pour ne rien laisser en arrière, l'empereur promet de payer au roi des Anglais le subside auquel s'était engagé François P' par des traités antérieurs.
Bientôt Charles-Quint salue l'Espagne , sa vieille patrie , naguère profondément remuée par l'esprit des communeros et la révolte des cités. Loin de porter la violence et l'animosité dans la répres-^ sion , l'empereur se montre en homme politique , indulgent, oublieux pour le passé, pourvu que l'obéissance soit assurée pour l'avenir. Les hommes d'une grande intelligence se laissent rarement di<* riger par un puéril esprit de ressentiment; ils ont peu de mémoire du mal; et s'ils la gardent, c'est comme un enseignement; quand ils se vengent^
c'est qu'ils savent qu'ils en ont besoin pour le triomphe d'une idée ou la répression d'un sentiment qu'ils redoutent; et Charles-Quint vit bien que TEspagne n'en était pas là.
Loin de la tourmenter par des exécutions^ il se complut à la diriger vers un système en harmonie avec son pouvoir nouveau : la vieille organisation de la Gastille fut changée; les ricoshombres et la Sainte-Hermandade qui formaient les bases de la monarchie furent remplacés par la hiérarchie de la grandesse ^ institution d'origine bourguignonne , comme la Toison d'or. La grandesse, en satisfaisant l'orgueil castillan, modifiait néanmoins le premier, l'énergique principe de la liberté et de l'indépendance des grands féodaux de Gastille. Par les trois degrés de grandesse, Charles-Quint fondait sa hiérarchie; les uns devaient parler couverts au roi, les autres saluaient et se couvraient ensuite; les troisièmes restaient couverts , mais lorsque le roi leur adressait la parole * , ils quittaient leurs sombreros ornés déplumes. Esprit puissant, Charles-Quint savait bien que c'est par les choses d'hié-
* Uempereur créa seize grands de première classe, vingt-six de la deuxième et quarante de la troisième.
rarchie qu'on se donne l'appui et l'amour des corps politiques 9 qui souvent préfèrent les apparences d'honneur aux réalités de pouvoir.
A ce moment critique, on peut reporter la première origine de la lutte entre la pensée chrétienne si puissante au moyen âge et la pensée politique du XVI" siècle. Pendant cette période de foi généreuse et de pensées brûlantes qu'on appelle moyen âge, un seul souverain avait dominé les peuples, c'était rÉglise , maîtresse de toutes les convictions. Cette pensée, qui absorbe la politique, trouve sa plus large expression dans les croisades qui précipitent les peuples vers le tombeau de Jésus- Christ. On suspend les haines personnelles, les querelles des princes; la trêve de Dieu impose silence à tous, et ce grand armistice de rois et de peuples est scellé du nom du Christ. Au xv® siècle cet esprit s'affaiblit; les nationalités se séparent et le principe de l'Église ne domine plus exclusivement. De là cette indifférence de quelques princes en face des progrès de la conquête musulmane. François I" préfère le champ clos contre Charles- Quint aux prescriptions religieuses du pontife contre le Turc. On peut attribuer à la réforme de Luther cette séparation de la pensée politique d'avec
2a0 FRANÇOIS I«
le sentiment religieux ; elle matérialise les souve^ rainetés en brisant les liens puissants de fraternité qui venaient du ciel pour retourner au ciel.
Dans ce temps nouveau d'égoïsme, la seule vaste pensée d'une résistance européenne ^ pour arrêter les conquêtes de Soliman V, vint d'un corps religieux y renommé par la pauvreté de son institut. Tel était le moyen âge chrétien , que tout s'y trouvait organisé de manière à répondre aux situations diverses ^ à toutes les infirmités de la vie humaine, et je dirai presque de l'existence politique des États. Quand les princes se montraient si profondément indifférents, si préoccupés de leurs ardentes querelles, les frères cordeliers proposaient dans un chapitre conventuel d'organiser une armée purement religieuse j indépendante des rois et tout entière sous l'impulsion du pape * . Le
' Mss. de Béthune, m* 8486, fol. 405. Voici ce grand projet : a Avis pour mettre sur pied une puissante armée à la confusion et destruction du Turc et autres ennemis de la saincte foy et religion chrestienne lequel avis procède des vénérables et dévots religieux de l'ordre des Frères Mineurs de l'observance comme s'ensuit.
« Icy présenté au consistoire de notre Saint père le \%^ jour de juing 4523. 4*» Les dits vénérables ont exposé et remonstré a notre St père le pape qu'ils ont quarante mille convens de leur ordre ,
grand exemple que venaient de donner les frères hospitaliers de Saint-Jean dans la défense de Rhodes, ces terribles coups d'épée avaient retenti dans tous les cœurs 9 et c'était précisément cette admiration publique que les cordeliers voulaient invoquer pour la défense des populations chrétiennes.
Les couvents^ d'après ces pauvres moines , possédaient d'immenses ressources, fiefs, propriétés, revenus , plus considérables que ne l'exigeaient leurs besoins, si restreints; (( quoi de plus simple que de les employer à la levée d'une armée catholique? Chaque ordre, chaque monastère fourniroit une certaine levée d'hommes avec une solde; chevaliers élus, leur nombre varieroit en raison des richesses du manoir religieux; » on renouvelait la vieille loi saxonne de la défense territoriale qui obligeait les monastères à fournir des soldats , parce qu'ils ne pouvaient pas marcher en personne. Ce projet n'ex-
desquels plaise à notre St père en supprimer quatre mille , resterons encore trente six mille couvens, et pour ce ils sont contens de bailler de chacun couvent un religieux , lequel sera tenu de non retourner de la d. armée, mais y procéder et continuer autrement moyennant la grâce de Dieu et l'augmentation et deffense de la religion chrétienne; cy 36 000 hommes.
« Item. Sans estimer que les autres trois couvens mendians comme PrescheurS) Augustins, Carmes , peuvent bien^ avoir trente mille
rer
ceptait même pas de la contribution les couvents de femmes, appelés à fournir leurs chevaliers et leurs servants. Par un calcul simple, on pouvait atteindre le chiffre de plus de 500 000 hommes , destinés, sous la croix , à défendre la Grèce et délivrer les chrétiens de l'invasion des Barbares. Ainsi l'esprit de solitude fermentait ardemment pour les choses d'aventure et de lointaine expédition ; il permettait ces rêveries hardies et glorieuses; le catholicisme, essentiellement universel, embrassait l'Europe , l'Asie , partout où il y avait des consciences à éclairer et des âmes à conquérir pour le Christ. Ce plan des cordeliers fut soumis au souverain pontife en consistoire; mais à ce temps les intérêts de l'Italie exerçaient une grande puissance sur l'esprit des papes. Léon X avait le caractère trop
couvents , et à prendre de chacun couvent un homme monte à 36 000 hommes.
« Item. Que toutes autres religions dont il y a beaucoup comme les chevaliers de Prusse, Rhodes et les Bernardins, St-Benoît, Chartreux, Célestins, Paulins et plusieurs autres fournissent 36000 hommes.
<r Item. Que toutes les religions des dames l'une supportant l'autre fournissent pareillement de chacun couvent montant à 36000 hommes.
« Nota. Que lesdits couvents dessus dits tant religieux que reli-
italien , comme tous les Médicis , pour embrasser cette universalité d'intérêts; et, après lui , le pape Adrien appartenait trop à l'empereur Charles-Quint pour séparer jamais la cause de l'Église de celle de l'empereur, son protecteur et son ami. Le plan des cordeliers resta donc sans exécution , mais il révélait l'imagination travailleuse , féconde, des ordres religieux, qui ne s'arrêtait jamais devant les passions humaines. Le danger des populations chrétiennes , menacées par Soliman, les inquiètent bien plus que les petites querelles de François V et de Charles-Quint , princes si étrangers au vaste débat de l'humanité, questions qui demeuraient tout entières dans l'Église.
Comment aurait-il été possible d'arracher les princes chrétiens à leurs animosités personnelles, lorsqu'on voit François I", profondément ému de ses récentes défaites, s'absorber dans une seule
gieuses y compris les chevaliers dessus dits à prendre de chacun un homme monte à cy 144000 hommes.
« Item. Et est à présumer que là où il y a un couvent de religion, il y a pour chacune ou couvent dix paroisses qui seroient en somme trois cent soixante mille paroisses et en prenant de chacune paroisse un homme monteroit à 360 000 hommes.
a Toutes lesquelles parties devant dites monteroient en somme à 540 000 hommes que l'on peut facilement tenir et assembler contre le Turc et autres ennemis de la sainte foy chrestienne. »
idée , la vengeance de ses revers en Italie , quand le territoire tout entier de la France est menacé par une formidable coalition! Les Anglais ont atta^ que la Picardie; maîtres de Calais, cette ville leur servira de port militaire pour développer une vaste invasion, tandis que leur marine formidable de gros vaisseaux à rames ou à voiles , se montrera sur un point ou sur un autre des côtes ; en même temps , l'empereur envahira la Champagne avec ses Flar^ mands , ses Bourguignons , ses Allemands. Au milieu de ces dangers pour la patrie , François P' rêve une diversion au delà des Alpes ! La joie de revoir l'Italie, de contempler encore une fois ce bel héritage , ne lui laisse plus aucune pensée libre. Peut-être aussi a-t-il la conviction que, dans la guerre, il faut déployer beaucoup d'audace pour faire croire à d'immenses forces; or une expédition d'Italie révélera cette pensée que le roi de France n'a rien à craindre pour la patrie, puisqu'il se détermine à passer les Alpes; et ceci donnera du cœur aux gentilshommes et au peuple. D'ailleurs la noblesse de chaque province saura se défendre cité par cité; ce n'est pas la première fois que les Anglais et les Allemands ont été vigoureusement chassés du territoire.
ET LA RBNAISSANGE. 235
Lea ennemis que François P^ doit combattre sont puissants. Le roi d'Angleterre , Henri YIII y com-* mande à des barons braves et déterminés , et les communes ont voté des subsides ; ses flottes sont partout. Seulement sa légèreté d'esprit, son incon*stauca de pensées, lui fait incessamment quitter une alliance pour une autre ; Tbomme d'État, le cardinal Wolsey , est maître de ses volontés, mais un caprice peut venir, et François V^ ne désespère pas de séparer une fois encore Henri YIII de la cause de Charles-^uint. Le véritable, le seul ennemi de Fran-* çois V^ est donc toujours l'empereur ; assez grand par lui-rmême , car nulle maison ne peut égaler le splendide écusson de Bourgogne et de Castille. Une nouvelle fortune va le couronner : TEspar* gne alors puissante, jeune et forte , se jetait dans toutes les hardies découvertes ; comme si ce n'était pas assez de tant de terre , la science, la hardiesse et le hasard lui donnaient un nouveau monde. Ce n'était plus ici seulement quelques îles fécondes , Fernand Cortez conquérait le Mexique * , et Magellan trouvait
* Fernando Gortw, né à Médelin, petite ville de rEatramadure, en 4485j débarqua le i mars 4549^ snr la côte du Mexique, découvert par Grisalva, lieutenant de Velasquez, qui n'avait osé y pénétrer.
une nouvelle route pour atteindre le Pérou * . Admirables contrées que ces deux mondes si peuplés de richesses et de mines , bientôt Tobjet d'une exploitation active et féconde pour la monarchie espagnole. Qu'on se représente les milliers d'onces d'or que ces découvertes donnaient à l'Espagne, et que Lima et Mexico allaient envoyer chaque année sur des galions au port de Cadix. Hélas, François F' faisait ressource de tout pour trouver des emprunts, afin de payer la solde des Suisses, des lansquenets, des gendarmes et des compagnies, et Charlês-Quint allait avoir des lingots d'or trouvés à pelletées sur la surface de quelque mille lieues.
Un esprit curieusement préoccupé domine ce temps ; on dirait que le monde est occupé du grand œuvre, et que la génération du xvi' siècle ne veut que les choses extraordinaires. A peine depuis cinquante ans Christophe Colonàb a crié : Terre ! terre ! et partout des navigateurs s'élancent vers ce monde inconnu. Fernand Cortez donne le Mexique, Pizarre ^,
' Fernando Magellan, dont on ignore le lieu et Tannée delà naissance, était Portugais; il partit avec une flotte de huit vaisseaux le 20 septembre 4549, et fut tué à Zébu, une des îles des Philippines, au mois de mars 4524.
* François Pizarre , né àTruxillo dans TEstramadure en 4475,
le Pérou. Indépendamment des ressources d'or que Charles-Quint allait trouver dans un empire, où le soleil ne se couchait jamais y il y formait également une marine supérieure et hardiment exercée. Il faut supposer une ténacité , une audace indicible à ces marins espagnols et portugais^ qui, bravant les mers, allaient incessamment à la découverte, non point avec ces moyens réguliers et mathématiques que les modernes ont poussé jusqu'à la certitude, mais avec l'inconnu pour guide, latempète sur la tète , les écueils aux pieds , en face des éléments et des mers que jamais navire humain n'avait traversées. Ces galiotes et ces galères telles que les gravures nous les ont reproduites, toutes de constructions fortes, lourdes et mal assurées, espèce de coquilles de mer sur les grandes eaux , avaient néanmoins une ressource que la vapeur moderne a remplacée, c'étaient les rames, force motrice qui bravait les vents contraires et marchait droit au but de la navigation. Cette marine, moyen formidable,
découvrit la côte de Tempire péruvien un peu plus tard, en 4 524 ; y pénétra en 4526 et revint ensuite en Europe. Charles-Quint lui donna le titre de gouverneur de cette nouvelle terre avec trois vaisseaux, et il mit à la voile le 1" février 4541 pour aller prendre possession du Pérou au nom de Tempereur,
Gharles^Quint allait remployer dans la Méditer-*ranée^ comme Henri YIII jetterait le paTillon anglais sur les côtes de T Océan.
Atout cela que pourrait opposer la France? Ses galères de la Méditerranée à Toulon et à Marseille n'étaient pas considérables* Rochefort et Brest dans l'Océan abritaient également des navires de forces trèS'^insuffisantes pour résister aux Espagnols et aux Anglais réunis. Il fallait donc chercher une marine en dehors de la monarchie : puisque Gènes et Venise défectionnaient aux vieux traités , on devait re^ courir aux Turcs , aux États barbaresques y à ces corsaires intrépides, détestés du commerce et de la navigation. François V" fut donc entraîné par la nécessité à l'alliance des musulmans : quand toute rSurope se coalisait contre la France ^ il fallait bien que le prince y poussé à bout y trouvât quelque pari ses ressources et ses moyens de défense; et ^ à ce dessein y il conçut et prépara la première alliance avec la Porte Ottomane y devenue plus tard la basd de la politique. François I", dépourvu de toute alliance chrétienne^ attaqué sur les frontières de Picardie et de Champagne^ son trésor vide^ est forcé d'emprunter à ses amis , à ses officiers , à son chancelier même, car on trouve une quittance du
£T Li RENAISSANCX. - 2S9
chancelier Duprat de 10000 livres S prêtées au roi Bon maître pour le besoin de ses guerres. Pourquoi donc le roi va-t-il en Italie dans ces dangers de la France? c'est qu'il a besoin de doubler ses forces par l'audace : une combinaison des capitaines un peu hauts est de laisser libre à l'ennemi une frontière menacée, pour faire une pointe hardie à l'extérieur. La fanfaronnade ne nuit pas à une cause périlleuse ; souvent , par défaut de cœur , les nations se perdent. Le roi voulait constater que la France n'était pas dans un péril réel^ afin de relever les courages et d'entraîner l'héroïsme de toute la chevalerie : et quel meilleur moyen que [de la voir se préparer à un voyage lointain! Quand les messagers viendraient annoncer aux châtelains que le sire François T' levait l'étendard pour aller en la duché de Milan, qui pourrait croire que la France était en danger ? Les choses chevaleresques et intrépides peuvent entraîner mal-
* Dans les portefeuilles Fontanieu , on trouve le remboursement au chancelier Duprat.
« François, a notre amé et féal conseiller général de noz finances et trésoreries de nostre espargne, maistre Guillaume Preudonne, salut et dillection ; nous voulions et nous mandons que des premiers et plus clercs deniers de nostre espargne de ce présent quartier de janvier février et mars vous paiez, baillez et délivrez comptant
heur I mais elles sont toujours nobles. Dans Fran-* çois r% il y avait cette confiance qui ne désespère jamais : sous ces casques surmontés de plumes et précédés de {2;onfanons y marche la noblesse la plus intrépide, la plus digne; et pourquoi son roi ne la conduirait-il pas fièrement pour venger une insulte, accepter un cartel, sous les yeux des belles dames de Milan ?
ou appoinctez des a présent par vos mandements portant quictance sur le changeur de nostre trésor ou telz receveurs généraulx de nos d. finances que adviserez, a notre très cher féal et grant amy le cardinal de Sens , chancelier de France , la somme de dix mil livres tournois que nous luy avons ordonné et ordonnons par ces présentes pour son remboursement de semblable somme que nous a prestée. »