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Relations des ambassadeurs vénitiens, t. I, p

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Mais telle ne fut pas la fin de ses infortunes. C'est une douce satisfaction pour les rois que d'abaisser autant qu'ils le peuvent les gens qu'ils ont élevés le plus haut. Ils aiment ainsi montrer qu'on était quelque chose par leur faveur, et non par son mérite. Montmorency ne conserva pas lui-même les bonnes grâces du roi. Celui-ci , quand la mort vint le surprendre, commençait à traiter en ennemi le plus fidèle, le plus dévoué de ses amis. Brion était donc retiré dans sa province , mécontent du roi , l'accusant d'ingratitude ; et , comme il estimait n'avoir rien à se reprocher , U affectait de porter la tête haute. Le roi lui fit dire que, s'il continuait à se plaindre, on inviterait la justice à rechercher comment il administrait sa province, Brion répondit, sans se troubler, qu'il défiait la justice de trouver dans sa conduite la matière d'un procès. Défier un homme aussi vif, et, disons le mot, aussi vain que François I", c'était le contraindre d'agir. Le chancelier Poyet et les présidents Lizet , Montholon , Bertrandi , furent chargés de poursuivre Brion. Le roi voulant qu'il fût condamné , les magistrats désignés découvrirent, après de longues recherches , des pêcheurs de rivière qui se plaignirent d'avoir subi quelques exactions au sujet de leurs barques. C'était l'erreur ou le délit d'un percepteur subalterne. Brion fut , par sentence , convaincu d'avoir commis maintes infidélités, dé-

loyautés, désobéissances, concussions, etc., etc.*, privé de ses offices, dégradé et conduit prisonnier au château de Vincennes. Le roi s'applaudit d'avoir humilié ce cœur superbe ; mais , comme cela lui suffisait, il s'empressa de restituer à Brion les titres , les honneurs et les biens dont un jugement inique l'avait privé. Brion, déshonoré, mourut de douleur.

Il fut bien vengé. La duchesse d'Étampes, avec laquelle il avait un lien de parenté, n'avait pu vaincre l'obstination que François avait mise à le poursuivre. Quand toute cette affaire fut terminée, elle dénonça le chanceUer Poyet comme un autre insolent, et demanda, sous le plus frivole prétexte, qu'il fût, à son tour, prié de rendre ses comptes.

Poyet fut arrêté , conduit à la Bastille , puis au Châtelet; et son procès commença. C'était un homme droit, vraiment honnête; mais, n'aimant pas les courtisans, il s'était montré trop dur dans le procès de Brion. Dès qu'il fut sous les verrous, tout le monde l'accusa. Tous les procès qu'on avait perdus, on les eût gagnés s'il ne se fût pas laissé corrompre. Combien de temps ce grand fourbe avait trompé là confiance du roi ! Il était depuis trois années en prison , et son procès n'avançait pas. Les

1. Chronique du roi François /«*•, Mss. de Gaignières, n* 288, p. 344.

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magistrats chargés de le poursuivre ne trouvaient pas un crime dans sa longue carrière , et ils espéraient que la duchesse d'Étampes se lasserait ellemême de le persécuter. Mais il commit la faute de Brion : il protesta contre sa détention arbitraire et réclama des juges. On le dit au roi, et celui-ci, toujours prorapt à s'emporter, répondit : « Qu'on le juge, et, s'il n'est coupable que de cent crimes, qu'on l'absolve , afin qu'il ne prétende pas que ma justice est plus rigoureuse que celle de Dieu, qui pardonne jusqu'à soixante-dix-sept fois. »• On le jugea. Des cent crimes on n'en trouva qu'un , et il ne fut pas bien prouvé. Les misérables qu'il avait chargés d'instruire le procès de Brion , les sachant capables de condamner sans preuves , vinrent l'accuser d'avoir dicté leur sentence. Il fut, à son tour» privé de sa charge et mené prisonnier dans la grosse tour de Bourges. Tous ses biens ayant été vendus pour acquitter l'amende à laquelle il avait été condamné, Poyet mourut dans la plus grande misère, ayant repris, en sortant de prison, sa robe d'avocat , et personne n'osant s'adresser à lui.

Nous avons désigné Montchenu parmi les amis de jeunesse de François. C'était le plus désintéressé des courtisans. 11 pouvait prétendre aux plus hautes charges : il ne voulut que l'office de premier maître d'hôtel de la maison du roi.

Quant à Guillaume du Bellay, il aVait les goûts de

François I", son âge et son humeur. Attachés Fun à l'autre par la conformité de leurs caractères, ils éprouvèrent, dans la journée de Pavie, la même disgrâce. Après avoir racheté sa Uberté , Guillaume du Bellay ne s'occupa que de celle du roi. On venait d'apprebdre, en France, que ce prince était malade, et, comme les mauvaises nouvelles s'aggravent encore en faisant du chemin, on disait que sa vie même était menacée. Guillaume du Bellay prit un déguisement , se rendit à Madrid par des chemins détournés, non sans péril, parvint jusqu'au roi, le vit quelques instants, lui porta de douces paroles, et reparut bientôt à la cour , annonçant qu'on avait répandu de faux bruits. Il avait ensuite guerroyé en Italie, sinon avec succès, du nioins avec honneur. C'était un homme habile dans les intrigues , qui ne ménageait guère ni l'argent du roi ni le sien, quand il s'agissait d'entretenir des espions dans les camps ennemis. Il était né pour les ambassades. En Angleterre, près d'Henri VIII, en Allemagne , près des princes protestants , dans le Piémont, où il rempUt les fonctions de lieutenant général après le départ du maréchal d'Annebaut, il rendit au roi des services signalés. François P', qui l'estimait à sa valeur, dit de lui, quand il mourut, que l'empereur n'avait pas eu d'ennemi plus redoutable; que , « seul, il lui avait fait plus de mal et déconcerté plus de desseins que tous les Français

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ensemble ^ » Guillaume du Bellay /toujours chargé de quelque grande affaire, ne connut guère la cour. 11 y aurait cependant brillé par l'élégance de son esprit, par son savoir et par sa magnificence. Ses écrits, et ils sont nombreux, méritent les louanges que leur ont prodiguées les poètes courtisans. Et puis il était grand dépensier. Salmon Maigret a célébré sa prodigalité, dans quelques vers latins dont voici la traduction : « Dernièrement je me disais en riant : « Les écus et Guillaume ne « sont pas bien ensemble : il les prise si peu qu'il « en fait chaque jour larçesse, les jetant à quiconque « lui tend les mains. » Et vous m'avez répondu : « Sot que vous êtes; les écus sont au mieux avec « moi , puisque je les laisse courir où il leur plaît , u au lieu de les tenir, en avare, enfermés dans ma « bourse. » Le fait est qu'il mourut après avoir dévoré tout son bien, et qu'il laissa trois cent mille livres de dettes.

Parti de bien plus bas , Montpezat s'éleva plus haut encore. François , pris à la bataille de Pavie , fut mis sous la garde d'un soldat espagnol , qui luimême ayait fait un prisonnier dans cette journée et le traînait partout avec lui , craignant de le perdre. Le soir , quand François fut sur le point de se mettre au lit, il éprouva quelque embarras à se

t . MéfMtres de Martin du Btllay^ t. V,. p. 138.

déshabiller , n'ayant à ses côtés aucun de ses gattilshommes. 11 vit alors s'avancer vers lui le prisonnier du soldat espagnol, qui, silencieusement et avec les marques du plus profond respect , se présenta pour le servir. « Qui êtes-vous , lui dit-il , mon gentilhomme? » Celui-ci répondit : « Oui, sire, je suis des vôtres , gentilhomme de Querci , homme d'armes de la compagnie de M. le maréchal de Foix. On m'appelle Montpezat, et, comme vous, sire, je suis prisonnier. » François dit au soldat espagnol : « Combien vous a-t-il promis pour sa rançon? » Le soldat déclara la somme promise. « Eh bien! ajouta le roi, je vous réponds de cette somme , et je vous donnerai même cent écus davantage : mettez cet homme en liberté. » Montpezat , libre , réclama comme^ un insigne honneur la permission de continuer son service. Il ne quitta plus le roi , coucha dans sa chambre et reçut bientôt la confidence de ses plus intimes secrets. C'était un Gascon qui ne démentait pas sa race : ingénieux, subtil, entreprenant, prompt à tout faire, il fut pour le roi d'un grand secours. Plusieurs fois il courut en poste de Madrid à la cour , allant porter à la régente des paroles qu'on ne pouvait confier au papier. Au retour de Madrid, le roi, passant par le Poitou, demanda pour lui la main de la demoiselle du Fou, riche héritière, et ce mariage acheva de le bien mettre en cour. Il eut,

quelque temps après , en 1525 , une compagnie de gendarmes, et combattit heureusement à sa tête dans les murs de Fossan , que menaçaient les Impériaux. 11 en fut bien récompensé; car le roi lui donna , comme témoignage de sa reconnaissance , le gouvernement du Languedoc, dont il priva le connétable de Montmorency. Montpezat fut ensuite maréchal de France, à la mort du maréchal d'Aubigny; mais il ne jouit pas longtemps de celte fortune, car il mourut en 1544. Il était, dit-on, plus fin courtisan qu'habile capitaine. Un de ses cousins, le père de l'historien Brantôme, l'appelait lèche-écuelle de cour; et il ne s'en offensait guère, sachant bien qu'il devait sa brillante fortune moins à des prouesses qu'à des intrigues.

Personne, dans toute la cour, ne s'était aussi parfaitement comî)osé à l'image de François I" que l'amiral Bonnivet. « 11 étoit, dit Marguerite, si sage et si hardi, que, de son âge et de son temps, il y a eu peu ou point d'hommes qui l'aient surpassé ^ »» Beau, de bonne grâce, spirituel et gai dans ses propos , audacieux dans ses entreprises , c'était un gentilhomme accompli. On l'appelait le grand mignon du roi*. Il avait fait connaître sa bravoure dans les anciennes guerres d'Italie, sous le grand-

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