Relations des ambassadeurs rénitiens, 1. 1, p
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paux théologiens des deux parlis auraient été mis aux prises. Le cardinal de Tournon était du conseil du roi. 11 se rendit un jour au conseil, portant sous son bras le livre d'Irénée contre les hérétiques , et, s'élant assis , il lut son livre , et parut quelque temps absorbé par cette lecture. Le roi lui demanda quel était ce volume qui Tinléressait tant. « C'est , dit-il , un excellent traité d'un saint évêque des Gaules contre les hérétiques de son temps ; » et il fit si bien valoir les arguments d'Irénée contre ces fléaux de l'Église, qu'il amena François P' au point où il voulait. Mélanchthoh ne fut pas appelé. Gomme un vrai cardinal de cour , le cardinal de Tournon entendait parfaitement les aflaires de la gastronomie. La Bibliothèque impériale conserve, dans les papiers d'État du règne de François l" , une lettre de ce prélat qui veut être reproduite. Elle est à l'adresse du baron d'AUuye, le trésorier Florimond Robertet , et est ainsi conçue :
« Monsieur , nous voulons bien vous faire savoir que nos officiers de flacons ne nous traitent point si mal, que en vouloir bailler plus qu'il n'en faut: ils en prennent quelquefois tant pour eux qu'ils en demeurent en chemin ; et entre autres maître Germain , sommelier de l'échansonnerie du commun du roi , 'qui hier se laissa mourir. Vous verrez ce que M. l'amiral vous écrit en faveur de Grymet, et,
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ET SA COUR. id'^
si VOUS n'avez assez connoissanee de lui, nous vous cerlifions bien qu'il est autant suffisant seigneur en flaconnerie qu'il en soit point. Nous vous supplions, monsieur, de l'avoir pour recommandé... • . «« A Bordeaux, le 26» jour d'août (1621 ).
« François, archevêque d'Embrun. «
Ce Grymet était le boutillier de l'amiral Bonnivet, et assurément Bonnivet avait assez de crédit à la cour pour faire nommer à sa prière un maréchal de France et même un archevêque; mais il n'y avait qu'un archevêque qui pût convenablement garantir la suffisance d'un sommelier. Bonnivet le savait bien; aussi avait^il sollicité pour son protégé la puissante recommandation du futur cardinal de Tournon. Il faut croire que Robertet n'hésita pas à désigner Grymet comme le digne successeur de Germain.
Nous n'omettrons pas non plus Gabriel de Grammont, évêqiie de Conserans, de Tarbes, de Poitiers , puis archevêque de Bordeaux et de Toulouse , nommé cardinal, en 1630, par Clément VII. Il fut aussi compté parmi les prélats qui négocièrent en Espagne la délivrance du roi ; et , comme il ne revint pas en France avec ses collègues , il fut l'année suivante, en 1627, arrêté par les ordres de Charles-Quint, qui reprochait à François, devenu l'allié d'Henri VIII, un acte de félonie. Mais son
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affaire s*«irrangea ; car, à la nouvelle de son arrestation , les rois de France et d'Angleterre retinrent prisonniers les ambassadeurs accrédités auprès d'eux par Charles-Quint , et les trois cours échan- 'f^dreni bientôt leurs otages. H fut ensuite chargé d'aller en Angleterre travailler secrètement à la dissolution du mariage d'Henri VIII et de Catherine d'Aragon. Étrange commission pour un évêque ! On sait que François I*' ne réussit guère dans son entreprise. Le divorce eut lieu, mais au profit d'Anne de Boleyn, et le nouveau mariage que François voulait faire échoua cornplétemenl. Les mariages étaient, il parait, la spécialité de l'évoque de Tarbes. Eu quittant l'Angleterre, il se rendit en Kalie pour aller négocier l'union du prince Henri et de la nièce du pape, Catherine de Médicis. Cette fois,, le succès couronna ses eflbrts. François l'accueillit à son retour avec les plus grandes félicitations et le combla de faveurs. Charles Dodicu, sieur de Vely, a ,éerit l'histoire de son ambassade en Angleterre.
Jean Le Veneur, évéque et comte de Lisieux, abbé du Bec et du Mont-Saint-Michel, cardinal au titre de Sainte-Suzanne, était, en outre, grand aumônier (lu roi. C'était un emploi très-laborieux. Le grand aumônier devait assister chaque matin, en toute saison et en tous lieux, au lever du roi et lui demander où il lui plaisait d'aller remplir ses.de-
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voirs religieux* H avait, en outre, iovs les soins de la chapelle royale , ainsi que le gouvernement des chantres et des prêtres attachés à la cour; ma;is ce n'étaient encore là que ses moindres affaires. De la grande aumônerie relevaient tous les établissements de bienfaisance du royaume. Elle devait pourvoir d'administrateurs zélés et capables les maisons de refuge fondées en divers lieux, par la libéralité des rois, pour les mendiants et pour les lépreux. Eue devait , de plus , surveiller la gestion des établissements consacrés au soulagement des mêmes misères, soit par de riches particuliers, soit par les municipes. Enfin, les bénéfices ecclésiastiques, placés par le concordat entre les mains du roi , étaient distribués par le grand aumônier, à l'exception, toutefois, des évêchés et des abbayes, dont le roi, par expresse réserve, disposait à son gré. On pouvait donc faire dans un tel emploi bien des fautes, si l'on ne s'y vouait avec la passion du bien public : si l'on n'y portait pas le plus parfait désintéressement , on y trouvait de grandes facilités pour commettre des indélicatesses. On nous assure que le cardinal Le Veneur n'eut pas moins d'honnear que de piété, n'aimant ni le bruit ni le faste, et se tenant à l'écart de toutes les intrigues.
D'autre humeur était Antoine Duprat, chancelier de France , de Bretagne et de Milan , archevêque de iSens , nommé cardinal en 1527. Il avait commencé
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par être avocat au parlement de Paris, et les succès obtenus par lui dans cette charge l'avaient fait successivement appeler aux fonctions de lieutenant général au bailliage de Montferrand et d^avocat général au parlement de Toulouse. Louis XII, qui fut informé de son mérite, le nomma maître des requêtes de son hôtel. On le vit ensuite revenir à Paris et entrer au parlement pour le présider. Élu chancelier par François I**, dans les premiers jours du nouveau règne, il ne se montra pas seulement le plus éclairé des novateurs , mais encore le plus résolu.
Quand tout le monde suivait le cours des choses, il eut un plan de conduite, il eut un système, et le suivit avec persévérance. Son système, ce fut d'accroître la puissance de la royauté. Louis XI avait aplani bien des obstacles ; Je chancelier Duprat en rencontra d'autres, qu'il surmonta par d'autres moyens. Le lemps de la violence était passé : la royauté, n'ayant plus besoin de prouver sa force, devait travailler à faire contribuer à sa grandeur cette noblesse qui avait enfin .désespéré de lui tenir tête. Mais, pour arriver à ce résultat, il fallait à la royauté ce qu'elle n'avait pas, de l'argent. Tous les soins de Duprat se portèrent de ce côté. La France était riche, et le trésor dn prince était pauvre. Il s'agissait donc d'attirer dans ce trésor les écus qui s'entassaient ailleurs.
Duprat conseilla d'abord de vendre les offices de judicature, et son conseil fut adopté. Ensuite, de nouvelles charges furent cTéées , et ces nouveaux titres, avidement recherchés, trouvèrent des acquéreurs parmi les bourgeois opulents qui pouvaient joindre un nom de terre au nom plus obscur de leur famille. Mais cela ne suffit pas; la guerre eut bientôt absorbé l'argent que procura la vente des charges. Duprat dit au roi qu'il pouvait lever de nouveaux impôts et augmenter les anciens sans attendre l'octroi des états; les états consultés ne devaient pas manquer d'élever des objections et de faire des chicanes : or, il fallait se presser. La guerre était engagée; Charles-Quint, prompt à l'attaque, n'attendait pas pour prendre et saccager des villes que l'on fût prêt à les défendre ; les Suisses ne se battaient qu'après avoir reçu le prix de leurs montres , et le scrupuleux respect des anciennes formes devait avoir pour conséquence inévitable la ruine du royaume. Ne valait-il pas mieux le sauver, et braver les vaines clameurs des formalistes? François, qui avait dans l'esprit plus de décision que d'attachement aux vieilles pratiques, suivit encore ce conseil. Le concordat fut aussi l'une des grandes affaires du chancelier Duprat. Il assistait à la conférence de Bologne, et plus énergiquement que personne il se déclara contre Fancienne pragmatique» Ce qu*il voyait dans la nouvelle convention ,
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c'étail un accroissonent indirect des refenus de la couronne. L^Hse, qui possédait en France de grands biens , était afEranchié de toute chai^ge pu- Mique; et qu'offrait le pape au roi, comme compensation des avantages rédamés par la cour romaine? Il offrait le droit de nommer aux bén^ces. Duprat vit tout de suite quel profit le roi pouvait retirer de cette concession. Nommer aux bénéfices ecclésiastiques, c'était en réalité disposer du temporel des abbayes et des prieurés; et, le pape n'ayant plus rien à voir dans les choix du prince , le prince pourrait attribuer ce temporel à toute personne, même laïque, dont il lui plairait de payer ainsi les services. L'arrangement fut condu. Tous ces changements ne se firent pas sans tdesser des intérêts, sans heurter des opinions reçaes. Il &ut, d'ailleurs, reconnaître qu'ils n'éta^it pas tous parfaitement équitables. Où le roi trouvait de si beaux profits, la justice signalait des confiscatkms à peine déguisées. Duprat devint odieux à ses collègues du parlement, à l'Église, aux boorgeois raisonneurs. On l'accusa d'avoir sacrifié tous les prindpes à l'insatiable fiscalité d'une cour prodigue; mais il trouva dans la reine mère une protection qui ne lui fit jamais défaut. La première maxime d'État de Louise de Savoie n'était pas de respecter les droits acquis, mais bien de subordonner tous les intérêts, le^ siens excep^, à ceux
du Irone, et elle avait été de moitié dans les projets de Duprat.
Ayant perdu sa femme, il résolut de prendre riiabit ccclésiastlique. Il n'était pas rare, à la cour de François 1*% de voir des clercs quitter la robe et prendre Tépée. L*aumônier du roi, maître Barraud, célèbre par ses galanteries presque fabuleuses, fit un bon capitaine; le protonotaire de Foix devint maréchal de France , et ainsi d'autres : mais on voyait beaucoup moins de laïques entrer dans les ordres. Quel fut le calcul de Duprat? On dit qu'ayant mis la main aux finances de l'État , il redouta le sort de Semblançay. L'ancien ministre de Louis XII, d'Amboise, avait pris ses précautions en habile homme contre ces caprices de la faveur : il s'était fait recevoir cardinal. Un cardinal n'a pas à redouter le ^ibet *. On assure que Duprat fit le même calcul. Quoi qu'il en soit, on le vit bientôt arriver aux premières dignités de l'Église. Successivement évoque cle Meaux, d'Albi^ de Valeiiice, de Die et de Gap , puis archevêque de Sens , il fut nommé cardinal en 1527. On assure même qu'il prétendit acheter la tiare papale au prix de quatre cent mille écus, et qu'ayant reçu la somme, le roi la garda , mais ne fit pas les affaires de l'ambitieux cardinal. C'est une anecdote racontée par Lorenzo