‹ François Ier et sa courChapitre 15 sur 28 · Michelet,, Aenaiâsance i · texte numérisé non relu

Michelet,, Aenaiâsance i

Capelloni dans ses Exemples politiques. Elle ne pa-

* rait guère vraisemblable.

Nous ne ferons que nommer les cardinatox de Gîvrj, d*Annebauty d'Armagnac, de Lénoncourt. Leur crédit fut assurément bien supérieur à leur mérite; cependant ils n'eurent pas à la cour le même renom que les autres dignitaires de leur habit Le cardinal d'Armagnac doit sa principale gloire à l'on de ses protégés, qui l'a beaucoup vanté, le voyageur Pierre Giles, d'AIbi.

Le concile de Latran avait réglé la vie des cardinaux. Us doivent premièrement, disent les articles de ce concile, mener une vie exemplaire; c'est encore leur devoir d'assister régulièrement aux offices divins, de fuir le faste et de se contenter rigoureusement de ce qui convient à la modestie sacerdotale; enfin, s'ils négligent les affaires des pauvres et font mauvais emploi du revenu des églises, ils commettent devant l'Église et devant Dieu le plus

^ grand des crimes. Voilà ce que déclarait le concile : nos cardinaux de cour ne s'en souciaient guère.

Les savants et les poètes.

Le président de Thou , quelquefois sévère , mais avec justice, pour la mémoire de Franççîs !•', dit

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que le premier de ses titres à la reconnaiçsonce de la postérité sera d'avoir libéralement aùné les lettrès et Içs lettrés. C'est aussi l'opinion de Théodore, de Bèze. Brantôme s'exprime en ces termes : « Il fut appelé 1© père et vrai restaurateur des arts et des lettres; car, avant lui, l'ignorance tenoil lieu quelque peu en .France, encore qu'il y eût certes auparavant quelques gens savants ; mais ils éloient i clair-semés et ne produisoient de si belles mois- < sons de savoir, comme Ton vit après qii'il eut érigé ces doctes professeurs royaux, lesquels il fut trèscurieux de rechercher par toute l'Europe.... »» L'historien diffus de toutes les expéditions militaires de son règne, Martin du Bellay, ne félicite François, après sa mort, que d'avoir encouragé les nobles études. « 11 étoit, dit- il, magnanime et généreux» amateur de bonnes* lettres.... et aimat^^toutes gens d'esprit; et fonda à Paris des collèges pour IcSl lettres latines, grecques et hébraïques; et fit venir dé toutes les parties du monde gens instruits en toutes sciences et arts libéraux, pour édifier la jeunesse en bonnes mœurs et sciences, etc., etc. » Nous nous empressons de souscrire à cet éloge. Une miniature conservée à la Bibliothèque impériale nous représente Françoîi I" tenant d'une main l'épée de Mars et de l'autre le caducée de Mercure, la poitrine couverte de l'égide de Pallas et les épaules ornées du carquois çife l'Amour. C'est une allégorie que Ron-

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sard a, diUon, mise ea vers*. Nous ne refus à François- !•' ni Tépée ni le carquois : s'il a la France pour ^entreprendre de folles guer:

était brave et Tépée lui convient. 11 n'est pas incontestable qu'il a beaucoup aimé : mais qu ne soit pas dit à son honneur ! Nous lui conc de meilleure grâce les insignes de Miner déesse protectrice des nobles études.

Il tenait ce goût pour les lettres de sa ] Louise de Savoie. C'était , de son temps , un clause, qui fréquentait les savants et prenai leur compagnie des leçons de beau langag voit quel profit elle avait retiré de leurs 1< dans ce livret de six pages qu'on appelle son ned. Veut-elle désigner François, elle l'ap

1 . Voici les vers attribués à Ronsard, qu'on lit sur c< niature :

François en guerre est un Mars furieux, En paix Minerve et Diane à la chasse, A bien parler Mercure copieux, A bien aymer vray Amour plein de grâce.

France heureux, lioiiore dune la tace De ion grand ruy qui surpasse Nature; Car l'honorant tu sers en mesme place Minerve^ Mars, Amour, Mercure.

Il est fort douteux que ces vers soient du poëte auque attribue , puisqu'ils paraissent avoir été composés sous de François I" et que Ronsard était bien jeune lorsqi: mourut. Quant à la miniature , elle passe pour être Tou' Nicolo deir Abbate. Mais cette opinion n'a guère de fon( Nicolo dell* Abbate ne paraissant pas en France avant

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Moii fils, glorieux et triomphant César, subjugateur des 'HelvétieBS. » C'est tout à fait le haut style de dame fiélise. Et , pour prouver qu'elle n'est pas moins savante que lettrée , elle commence par ces mots un récit très-sommaire de l'entrevue de François et de Henri , dans le Champ du Drap d'Or : « Le dernier jour .de mai 1520, mon fils arriva à Ardres, qui s'appelle en latin Ardea, et ledit jour le roi d'Angleterre , second de sa race , arriva à Calais , qui s'appelle en latin Caletum ou Portus ItiuSy selon César, au cinquième livre de ses Commefir' taires, » Ce n'est pas le maréchal de Fteuraç^ ^ Brantôme qui font de tels exordes ; ils ne maSi ni l'un ni l'autre assez érudits pour cela.

François eut moins de pédantisme que sa mère, mais il eut autant de zèle pour le culte des lettres et pour l'étude des sciences, surtout pour l'étude des sciences naturelles. Martin du Bellay prétend qu'il donnait la leçon, en toute matière, à tous les savants de sa cour. C'est un propos de flatteur. Ce- •pendant il est vrai que François se plaisait à rassembler dans ses appartements retirés, loi'scpi'il avait un peu de loisir, les savants attachés à sa personne , et qu'il engageait volontiers avec eux des débats littéraires où régnait une assez grande liberté.

Robert Estienne nous parle de ces doctes conlérences 4xq& l'épttre grecque qu'il a placée en

léte de sa belle édition d*Eusèbe. Il ne raconte pas^ il est vrai, que ce roi philosophe (car il TappeDe ainsi) triomphait aisément de tous ses contradicteurs; mais il les étonnait, dit-il, par Féloquençe de ses discours et la sagesse de ses remarques: ce que nous admettons volontiers, puisqu'il avaï un esprit curieux, prompt à concevoir et doué d'une rare délicatesse. Robert Estienne était , .d*ailleurs, très-capable d'apprécier à sa juste nîésure le mérite de François I*',^et il le connaissait par&itement. Non-seulement, en effet, cet imprimeor suivait la cour et jouissait , à ce titre, de Feotretien du roi, chose tout à fait nouvelle, en France, dans les usages auliques; mais souvent sa modeste officine de la rue Saint- Jean-de -Beauvais avait reçu François 1*', venant admirer avant le public un nouveau caractère, la première feuille d'une nouvelle édition. Heinsius nous a transmis quelques curieuses anecdotes sur ces royales visites. Le roi se présentait sans avoir fait annoncer sa venue, et quelquefois le savant imprimeur, averti subitement de la présence du roi, mais occupé de quelque laborieuse recherche, ne se rendait près de lui qu'après avoir achevé la correction de ses épreuves. Et le roi savait attendre.

On ajoute que, la conversation s'engageant ensuite entre les deux personnages, François, pour ne pas manquer aux convenances, parlait à son

hôte la langue de sa maison, le latin. En effet, on ne s'exprimait guère qu'en latin chez les Estienne; femme, enfants, domestiques eux-mêmes, donnaient ou recevaient des ordres dans l'idiome de Plante et de Térence*. Est-il toutefois bien prouvé que les études littéraires de François aient été poussées jusque-là? C'est une assertion de M. Crapelet; mais elle n'est pas suffisamment justifiée, Guillaume Budé nous déclare qu'on avait élevé François à l'image des rois ses ancêtres, dans l'ignorance des lettres latines*; et quel témoin est plus digne de foi^î Mais le même Budé s'empresse d'ajouter qu^, malgré l'insufiQsance de son instruction, François avait un goût déclaré pour les lettres, qu'il reoherchait les savants avec passion, et qu'il brillait, en outré, au milieu d'eux, par l'esprit, l'élégance et la fécondité de son entretien. D'un roi nous n'exigeons pas davantage. François sachant le latin comme Budé lui-même eût-il plus mérité de la science et des lettres ? il est permis d'en douter.

Nous entendons, en écrivant ces lignes, les accusations dirigées contre François comme persécuteur des luthériens. Brantôme le félicite, avec un abominable sang- froid, d'en avoir fait faire de grands feux et d'avoir montré le chemin à ces bru-

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