‹ François Ier et sa courChapitre 16 sur 28 · Budœi Epistolarum lib. V, ad Erasmum · texte numérisé non relu

Budœi Epistolarum lib. V, ad Erasmum

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lentênis d'hérétiques. Le Bourgeois de Paris raconte, d'autre part, dans ses annales, à peu pris sur le même ton, plusieurs de ces exécutions tragiques, et Ton en counaîlra d'autres quand la €hr^ niqme conservée par Gaignières sera mise, grâce à rimpression, entre les mains du public. Oui, noos le confessons , un trop grand nombre de ces altenferts contre la liberté de la conscience furent commis sous le règne de François 1". Cepeoiitiirt il ne fout pas croire Brantôme, lorsqu'il le féGcite d'avoir commencé la persécution; il ne faut pi» souscrire sans examen à l'acerbe sentence rendue contre lui, pour ce méfait, par de récents historiens. L'initiative de la persécution religieuse n'appartient pas en France au roi , mais aux cqurs de 1 justice; et ces cours, comme le témoigne assez le langage des historiens, se montrèrent encore moins âpres dans leurs inquisitions, moins impitoyables dans leurs arrêts, que l'Église, les grands, et le peuple surtout, ne paraissaient l'exiger. Les hérétiques de ce temps-là dont l'histoire nous a conservé les noms étaient des clercs du second ordre, des gens de petite noblesse, ou des écoliers, des bourgeois, des marchands : l'esgrit de nouveauté ne pénétra pas alors en d'autres ré* gions de la société française; et, quand y parvinrent leurs étranges discours, on ne se contenta pas de murmurer contre leur audace, on appela

ET SA eOUt. ^7

sur leurs tôles les plus atroces châtiments. Voici la vraie part de François dans ces brûlements si fort admirés par Brantôme. Toutes les fois qu'on le pria d'intervenir en faveur d'un accusé, ou è'*journer un procès dont on redoutait les suite», il fît volontiers ce qu'on lui demandait : mais la sentence prononcée , il abandonna toujours la victime. Peu soucieux , en d'aïutres termes , des sËrupute» de l'orthodoxie, ne sachant trop si l'Église la plus apostolique était celle de Léon X ou celle de Luther, il entendait que les lois de son royaume fussent observées , et laissait brûler comme hérétiques des gens qu'il eûj fait pendre comme factieux, pour avoir troublé fÉtat {far des cabales:^ avérées. S'il n'imposait pas aux consciences le respect de l'ancien culte et de toutes ses traditions , il ne voulait pas que l'ordre public fût raiB en question par une propagande qui pouvait avoir de redoutables suites,- comme l'exemple de l'Allemagne le faisait voir assez clairement. Ce n'était pour lui qu'une affaire de police. Il autorisait donc la persécution contre les luthériens français, et recherchait l'alliance des luthériens allemands : par ses ordres on dressait les bûchers où devaient monter des gens . convaincu»^ de blasphèmes publics, et il avait tm commerce habUdiel avec des lettrés moins croyants au fond du cœur, moins chrétiens assurément que ce& fanatiques.

Avons-nous justifié d'une manière insuffisante la conduite de François I" ? Nous ne prétendioni pas le faire complètement absoudre, mais réclamer contre des accusations exagérées. François fu un roi trop jaloux de son autorité; il ne fut jamaû uq. sectaire. Qu'on ne vienne donc pas dire qu'i se montra l'oppresseur et non le prolecteur deî lettrés et des lettres, parce qu'il ne comprit pas â notre manière les droits de la liberté. En prononçant de telles sentences du haut de notre sagesse, nous méconnaissons la différence des temps. De Thou, de Bèze, Robert Estienne, c'est-à-dire les gens dont il laissa brûler les complrces , ont euxmômes distingué ce que notre logique veut confondre; mais elle manque en cela de justice.

Le lieutenant génér^ du roi dans la province des lettres, c'était Guillaume Budé. Avant le règne de François !•% les savants, comme le fait observe! Brantôme^ étaient clairsemés^ c'est-à-dire épars sui tout le territoire, et.nyial entretenus par les villeî ou les seigneurs qui les avaient acceptés à leui charge. François I" s'efforça de les réunir fet de former, à l'exemple de Léon X, une académie de beaux esprits attachés à sa fJBrsonne. Il ronfla l'exécution de cette entreprise àgiîuillaume Budé, et il ne pouvait faire un meilleur choix.

C'était le fils de. Jean Budé, grand audiencier de France. Dans sa première jeunesse , il avait vécu

comme un vrai gentilhomme, ne s'occupant guère que de chevaux et de chiens, rebelle à toute contrainte, et, ôonséquemment, ennemi des lettres. Mais, à vingt-quatre ans, il renonça tout d'un coup à ces passe-temps frivoles, et ne voulut plus vivre ailleurs qu'au milieu des livres. Il en lut tant , avec tant de passion et. si peu de relâche, qu'il en devipl malade et que l'on craignit pour sa vie. Personne n'a jamais eu plus de zèle pour l'étude. Un jour qu'il était dans son cabinet, pâlissant sur quelque problème d*Euclide ou déchiffrant quelque manusèrit grec, un de ses gens entre et lui cric que la maison est en feu : « Avertissez ma femme, lui répond tranquillenjent Budé ; vous savez que je ne

r me mêle point des affaires du ménage. » Gomme

- on s'entretenait devant le^roi de son zèle extraordhiaire pour l'étude, un. des assistants prit la parole en ces termes : « Voici déjà plus de dix ans que j'ai pour voisin maître Budé. Eh bien! je ne

• puis me rappeler l'avoir vu , dans tout cet espace de temps, une seule fois, môme les jours (Je fête,

i prendre un instant de repos, suivant la coutume, au seuil de sa porte; je ne l'ai jamais vu vers le soir ciller à la promenade, regarder les passants, se donner quelagte relâche, ou perdre, pour se rafraîchir Tesprît, une seule minute, » On devait

t supposer et Ton supposa qu'il y avait bien de. l'exagération dans ^litpport» Le roi, voulant appren-

^fO FRANÇOIS P'

dre de Budé si son voisiu avadt dit la yérité , risterrogea. Celui-ci répondit, sur un ton modeste, qa'en effet il employait toutes ses heures au travail, cur, à tout instant du jour, et aussi bien le dimanche que durant la semaine^ il préférait ses livres aux. dés ou à la paume- Nous aurons tout dit sur la vie studieuse de Budé, quand, selon le témoignage de Louis Leroy, son biographe, homme grave et dncère par caractère et par profession, puisqu'il était {diilosophe, nous aurons dit que Budé, le jour mênie^le ses noces, se retira pendant trois heures dans son cabinet , pour ne pas perdre toute cette journée \ Il apprit d'abord le grec sous la discipline de Georges Hermonyme, de Sparte, qu'il recueillit dans sa maison et qu'il gratifia de cinq cents écus d'or. Mais ce a'était pas un homme de grande valeur que cet Hermonyme. Il savait le grec, puisque c'était sa langue maternelle, et, calligraphe habile, il pouvait mettre aux mains de son élève de fort belles copies des œuvres d'Homère et d'Aristote; mais il manquait d'érudition, et Budé ne tarda pas à dépasser la limite de ses connaissances. Ce fut alors que vint en France Jean Lascaris, un des plus instruits de tous les Grecs. Budé ne put l'avoir constamment auprès de lui; car, à peine arrivé sur la terre française, Lascaris, recherché, par

L Laad. Reghis, Vita Bxidxi.

François !•% laîeHt guère de loisir ; mais il profita du moins 4e ses conseils et fit usage de ses livres. Budé sut, en outi'e, autant qu'homme de son temps ,^, la théologie, la jurisprudence, l'histoire, les mathématiques et les autres sciences. Sa mémoire était.4)rodigieuse : il se rappelait une sentence, in veis qa'il avait lu trente apnées auparavaut, et il en reproduisait tous les termes avec une fldéUté qui n*ètait jamais prise en défaut. C'était, d'ailleurs, le plus obligeant des hommes : on ne le consultait jamais sur une difficulté littéraire , sur un plan ^'études, sans obtenir une prompte réponse. Il n'était négligent d'aucun devoir. La seule chose qui lui parût indigne de l'occuper, c'était son bien, et il s'en laissait dépouiller par tout le monde, malgré les vives remoimanccs de son père. Mais peut-on sefvir à la fois tous les dieux? François I" ne l'appela pas à la cour : il l'y trouva, remplissant auprès de Louis XII les fonctions de secrétaire; mais il s'empressa de rechercher son amitié et le nomma maître de sa librairie, ou, comme nous disons aujourd'hui, administrateur général de sa bibliothèque. Plus tard, il en fit un ambassadeur; mais il eut lieu de s'en repentir. Budé, qui éUti: honnête, traitait les affaires avec franchise, croyait ce qu'-ori lui disait, et agissait eu conséquence. Or, où l'avait-on envoyé défendre les intérêts de la Fiwce ? A Rome , patrie de l'équivo-

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que, où tout le monde se faisait un jeu de duper le bonhomme, qui ne voyait pas les pièges avant d'y être pris. 11 écrivait alors à François I**^: « Tirez-moi d'une cour pleine de mensonges, séjour trop étrange pour moi. » Il en revint avec le dessein bien arrêté de reprendre ses livres et de ne les plus quitter. Cependant le roi, désirant l'avoir toujours près de lui, lui fit faire d'autres voyages ; il l'entraîna même dans les camps. Nous voyons Budé parmi les gens de la cour amenés par François au Champ du Drap d*OrK Une autre de ses lettres nous le montre suivant la cour à Dijon, et retenu dans cette ville par un mal de tête, tandis que le roi chasse dans les forêts voisines*. Écrivant à ses amis , il date ses épitres de Romorantin, d'AmÉoise, de Blois, de Saint-Germain, de Lyon , etc. , etc. , de tous les lieux où l'entraîne l'humeur vagabonde de son roi. Cependant, n'aimant guère ni la cour ni les courtisans , comme il l'a déclaré plusieurs fois , Budé ne se laissa jamais asservir, c'est le terme qu'il emploie lui-même, par ses fonctions auliques : conduit au milieu des plus bruyantes assemblées, i[ rechercha toujours et sut trouver, sans trop affecter lé mépris des obligations mondaines, la solitude, le silence et la liberté'.

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