Epist., lib. III; Epist. Francisco Deloino
C'était un grand ami d'Érasme. Ils se brouillèrent quelquefois pour des riens , comme cela est ordinaire entre les say^ts. Ils échangeaient jilors des épîtres', qu'ils assaisonnaient à l'envi de doctes invectives. Mfris ces querelles duraient peu. Budé fit tout ce qu'il put pour attirer en France l'illustre docteur de Rotterdam , à qui le roi voulait confier le gouvernement du collège de France. Il n'y réussit pas. François P' , dit un historien , disputait Érasme à Charles-Ûuint , comme il lui avait disputé l'empire. 11 échoua dans l'une et dans l'autre entreprise. Érasme repoussa les faveurs de François I", comme celles de Ferdinand, roi des Romains, de Sigismond, roi de Pologne, et du Suédois Christiern : ayant poliment éconduit les envoyés de tous ces rois, il s'en alla demeurer à Bâlé, chez Jean Froben, son impripieur. ■:
Budé, qui avait hérité de grands biens, vivait largement. Il avait deux maisons de campagne aux portes de la ville, l'une à Marly, l'autre à Saint- Maur. En outre, il T)ossédait à Paris, rue Saint* Martin , un vaste hôtel dont ii avait fait orner le portail, pour y inscrife ces deux vers de Juvénal :
Summum crcde nefas an imam prâeferre pudori , Et propter vitam vivendi jperdeire causas*.
1. « Persuade-toi qtîe c*est un grand crime de préférer l'existence à l'honneur, et, pour sauver sa vie, de perdre le droit de vivre. »
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C'était la devise d'un galant homme. 11 y fnt constamment fidèle, ayant su dompter tcws ses mauvais penchants , si ce n'est la colère , car il s'emportait quelquefois encore, malgré les réprimandes dé sa raison. Nous venons de parler de ses fréquentes brouilleries avec le pétulant docteur de Rotterdam. Ses démêlés avec Leonardo Portio furent sur Iç point de prendre un caractère plus fâcheux. Celui-ci allait disant que Budé s'était rendu coupable à son égard d'un effranté plagiat. Quand ce propos vint aux oreilles de Budé, il fit le serment d^anéanlir le calomniateur avec sa calomnie, et, sur-le-champ, il se mit à l'ouvrage. Sa réponse était achevée et allait courir dans toutes les mains, lorsque Jean Lascaris , amî de Portio comme de Budé, le supplia d'épargner un imprudent qui en était au repentir. Nous n'avons qu'un grief contre Budé : il fut un des douze juges qui condamnèrent T^uis Berquin.
Louis Berquin, gentilhomme d'Artois, avait un siège au conseil d'État. C'était un des hommes les plus savants du royaume; le plus savant, dit Josse Bade, de toute la noblesse. Les réformés Tayaut entraîné dans leur parti, Berquin fut dénoncé comme auteur de livres impies, jeté en prison et sommé d'abjurer ses erreurs. Il refusa. 11 était à la Conciergerie, privé de toutes les commodités de la vie. n demanda qu'on voulût bien, du moins, lui
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pennetlre d'avoir une écriloire , du papier et âe% livres. A qui £aisait-il cette demande? à ses anciens collègues du parlement. Par dérision, ils Ittî envoyèrent les Épitres de saint Jérôme ; mais Tencre et le papier lui furent interdits. La princesse Marguerite et le grand maître , à sa prière , intercédèrent pour lui. Le roi, qui était à Amboise, envoya deux archers pour l'enlever de la Conciergerie et le conduire au Louvre. Le parlement s'opposa provisoirement à ce transport. On travaillait au château du Louvre, et, comme il y avait un grand nombre d'ouvriers employés à ces travaux, quelque complice de Berquin aurait pu se mêler à ces gens et favoriser son évasion. Or, un si grand criminel (ce sont les registres mômes du parlement qui le disent) ne pouvait être trop étroitement surveillé, et, à la requête de Noël Beda, la cour allait le juger, c'est-à-dire l'envoyer au bûcher, quand le roi , sollicité de toutes parts en faveur de Berquin, ordonna de surseoir au jugement.
Mais ce courageux apôtre recommença bientôt ses prédications. 11 fut alors arrêté de nouveau, jugé et condamné,. On le conduisit sur la place de Grève, dans un tombereau, le 16 avril 1529. Ses livres furent d'abord brûlés en sa présence ; on le mit ensuite au pilori, on lui perça la langue avec un fer rouge , on lui imprinja sur le front l'image d'une fleur de lis, et on l'envoya mourir dans les,
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prisons. Or, après avoir subi cet horrible supplice , Berquîu appela devant la cour de Rome et devant le grand conseil de la sentence contre lui rendue. Cet appel n'eut d'autre résultat que de le faire brûler le lendemain *.
Budé fut , disons-nous, un de ses juges ; .toutefois on assure que, pendant trois jours, il le supplia de désavouer ses doctrines. Cela ne le justifie pas tout à fait; mais cela nous apprend que si Budé, comme le plus grand nombre de ses contemporains , attribuait au juge civil des droits absolus sur toute conscience, il ne partageait pas, du moins, les passions fanatiques de quelques-uns.
Jacques du Breul nouç a conservé , dans ses Antiquités de Paris, le testament de Guillaume Budé. C'est celui d'un homme original , qui ne se règle pas sur la mode. Nous croyons devoir reproduire ce curieux document : « Je Guillaume Budé , etc., etc., ordonne mon corps être inhumé en l'église Monsieur Saint-Nicolas des Champs à Paris , pour ce que mon domicile et maison par moi bâtie , in spem perpetvx morœ, y est assise, et que je m'attends y mourir. A la fabrique de ladite église je laisse douze livres dix sous tournois, pour Touverture de la terre et son des cloches durant mon
1. Voir, pour plus de détails, /ourna/ d'un Bourgeois de Paris, p. 170, 277, 378, et Théodore de Bèze, Hist. eccîésiasU , liv. I.
obit et le temps d'icelui. Je laisse au curé, ou celui qui tiendra son lieu.durant ledit ^obit» quatre, livres touqiois, et' di?^ sols au clerc de l^église. Je veux être porté eu terré de nuit et san§ semonce , à une torché ou à deux seulement, et ne veux être proclfiimé<à l'église, ni à la viûej ni alors que je serai inhumé, ni le Içod^main; car je' n'approuverai jamais îa coutume des cérémonies lugubres et pompes funètarcs. Quoi q\i% en soit , je défends qu'on m'en falfefe , tant pour ce que pour autres choses qui ne sevpeuvent faire sans scandale. Et si je ne veux qu'il y ait ceinture funèbre , ni autre représentation à Tentour du Kèu où je serai enterré , le long de l'année de t^on trépas , pour ce qu'il me semble être imitation des cénotaphes dont les gentils anciennement ont usé. Combien que j'estime la coutume de ce faire à l'en- ' tour des sépulcres des princes et prélats et autres grands personnages, dont la mémoire se 3oit cé^ lébrer es lieux esquels ils ont eu domination, ou prélature, ou magistrat éminent. « Telle est la teneur de cet étrange codicille.
Petrus CastellanuSy que l'on appelle, en français, Castellan , Châtelain et Duchâtel., fut , après Budé , le savant le plus favorisé par François I*'. Successivement professeur à Dijon, correcteur d'imprimerie à Bâle , secrétaire d'ambassade de Tévôque d'Auxerre près de la cour de Rome , et conduit ensuite par
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l'insatiable désir de voir du pays à l'île de Chypre, à Alexandrie, au Caire, à Damas, à Jérnsalem, à Constantinople, il avait été plus tard introduit à la cour de François I" par le cardinal du Bella;. ft avait beaucoup d« savoir et non moins d'entregent. Sa conversation , toujours animée , toujours pleine de saillies, était d'ailleurs aussi docte qu'on pouvait le désirer. François disait de lui : « C'est le seul homme de lettres que je n'aie jamais épuisé en discours. » Il parut d'abord à la cour sans titre, sans emploi. Sa faveur fut bientôt si grande, qu'il put librement choisir l'emploi qui lui convenait le mieux. Ancien auditeur d'Alciat à l'école de Bourges, il était habile en jurisprudence et pouvait convenablement occuper une charge au- parlement; mais il ne s'en souciait guère : théologien exercé, n'ignorant aucune des subtihtés de la controverse religieuse , comme il l'avait prouvé plus d'une fois à Bâie dans ses querelles avec Igs réformés, il pouvait facilement arriver aux dignités ecclésiastiques; mais il ne le souhaitait pas , voyant autour de lui les prélats de cour mener une vie si peu conforme à kur profession*. Il avait été longtemps entretenu
1. C'est ce que le biographe de Duchâtel, Pierre Galland,- exprime en des termes assez énergiques : « Non semel mihf ing^ o nue confessas est ut, si suo genio obsequi sibi integrum fuisaet, « sagatam quam togatam vitam, militarem quam ecclesiasticam» a in qua plerosqiie fere omnes flagitiose versari videift, sequi » maluisset, » Gallandu?, in Vila Cmtellanî.
par Févêquç de Poitiers. A la mort de ce Mécèi», le roi dit à Duchâtel de désigner la eharge qa'il voulait remplir; il répondit qu'ayapt étiidié l'art militaire dans les écrits des anciiens et chez les nations diverses où Tavait conduit son humeur voya-
^ geuse , il demandait à commander un escadron de cavalerie légère; ce qui fit sourire le roi. « Non, lui dit-il, je vous réserve un plus noble emploi; je vous consacre aux Muses.» En effièt, Jean Cholin,
' son* lecteur, ayant été disgracié quelque temps
■ après ,. le roi choisit Duchàtel pour le remplacer.
■ Cependant il l'occupait moins à lire qu'à causer. ^ Duchàtel causait volontiers , principalement à la
■ table du roi. Ses amis, ou, dit-on, ses ennemis lui
■ conseillèrent de contenir la facilité de ^on élo- * quence, lui rappelant que Jean Choto s'était fait s chasser de la cour pour des mots imprudents. Dfe-
■ châtel crut devoir profiiter de ce ccftîseil , et dSvint » plifô réservé dans s«» discours. Mare ce n'était pus ^ l'affaire du roi. Il demanda la cause de ce changement de conduite, et, l'ayant apprise, il pria le dauphin de faire connaître à Duchàtel qu'il pou- Arait tout dire à la table du roi , librement et sans
yaindre d'offenser personne. ^ ■
Duchàtel retrouva , déns l'emploi de lecteur, les P loisirs qu'il avait eus à Bâle lorsiqu'îl remplissait tes lonctions de correcteur dans Fimpi-imerie de Froben. Il les consacrât n'en laissant rien perdre; à
relire les anciens auteurs latins et grecs et à se perfectionner dans toutes les études. Suivant le conseil de Platon , qui recommande aux gens studieux de ne remplir leur estomac qu'une fois par jour, il mangeait, à huit heures du matin, un morceau de pain , ne huvait à ce repas qu'un verre de vin, et dînait à cinq heures. U donnait trois ou quatre heures au sommeil, et le reste de ses nuits au travail. Le matin, il étudiait les philosophes et les mathématiciens; dans l'après-midi, les histo** riens et les poètes. Pour ses études nocturnes , il réservait la Bible, qu'il lisait en hébreu durant deux heures, et les interprètes du Nouveau Testament, entre lesquels il préférait saint Jérôme, trouvant que saint Augustin est un sophiste de mauvais goût, qui ne sait pas trop sa grammaire*. Personne d'ailleurs ne dépensait moins que lui, soit en habits, soit en domestiques. Ses domestiques, peu nombreux, étaient nourris chez lui, contre l'usage : il voulait ainsi leur communiquer ses habitudes réglées. On ajoute que, vivant à la cour, il était si peu courtisan qu'il disait toujours la vérité, n'entrait dans aucune cabale et ne desservait
1. Il faut citer ici les propres term^ de Galland : « Eam styli «t Âugustiniani anfractiiosam sinuQsStatem esse, et sermonis « omni elegantia vacui impuritatem «ddebat, ut ab homine h'be- « raliter in litteris educato .citra fastidium vk legi posset. » lo Vita Castellani,
personne par des intrigues ou de méchants propos. ^On. raconte cependant un fait qlii ne prouve guère cette discrétion à l'égard d'autrui.
Ses rivaux avaient , dit-ron , résolu de le perdre dans l'esprit de François I" et de le faire remplacer par Guillaume Bigot. Celui-ci n'était pas indigne de cette faveur. Ayant fait avec Guillaume du Bellay un voyage en Allemagne, il avait quitté son patron dans la ville de Tubingue pour y professer la philosophie. Il avait ensuite obtenu de grands succès à Bàle et dans diverses autres villes. Mélanchthon , dont il a combattu les doctrines , tant en métaphysique qu'en théologie , a rendu le plus solennel hommage à son mérite : « Il n'y a, dit-il, en France, que deux hommes excellemment doctes, Duchâtel et Bigot. » Gabriel Naudé l'appelle « le premier philosophe de son temps; » et Scaliger lui donne le même titre : Maximus philosophus Guilielmus Bigotins *. Mais Duchâtel n'était pas homme à se laisser supplanter. Un jour qu'on faisait devant le roi l'éloge de Bigot, Duchâtel interrompit les apologistes. « Pourquoi, dit-il, élevez-vous si* haut le mérite de cet homme? N'est- il pas de la secte d'Aristote? — Que voulez-vous dire? lui demanda le roi. — Je veux dire, reprit Duchâtel, que, suivant Aristote , le mei||[^ur des gouvernements est