I. Dans notre Hist. littér, au Maine^ t. H, p
(Ire plus de pitié des juges ecclésiastiques que des juges civils.
En effet, dès que leur requête parvînt au rpi, tout ce qu'il y avait en Provence de clercs, grands et petits, archevêques, évêques, officiaux, simples abbés, tous écrivirent à quelqu'un de la cour, sollicitant l'exécution prompte et complète de Farrêt rendu par le président Chassanée. François ne savait trop quel parti prendre. Il lui répugnait de faire couler des fleuves de sang : et cependant telle était la véhémence des passions religieuses , que les principaux conseillers du roi l'excitaient d'une commune voix à frapper un grand coup, disant qu'il fallait inspirer à l'hérésie naissante une salutaire terreur. Seul , ou presque seul, Duchàtel osa parler de clémence. « Pourquoi, dit-il, sévir si cruellement contre ces malheureux? Si l'on prétend qu'ils se sont révoltés contre l'autorité royale, ils le nient; ils demandent qu'on instruise de nouveau leur affaire sur ce chef, et déclarent qu'ils sont prêts à subir le dernier supplice , si l'on prouve qu'ils ont commis quelque outrage envers la justice du roi. Quelques-uns d'entre eux ont-ils foit profession de la religion nouvelle? Soit! mais ce n'est pas le crime de tous, et l'on veut tous les exterminer.»» Marguerite, l'entendant tenir ce discours, leva les mains au ciel en signe de reconnaissance, et joignit ses vives prières aux éloquentes démonstrations de
révêque de Mâcon. Le roi déclara qu'il évoquait l'affaire devant son conseil : ce qui voulait dire qu'il jugeait la sentence inique , ou du moins trop sévère. Mais hélas I ce ne fut pas son dernier mot : trois ans après, le farouche Jean Meynier, baron d'Oppède , occupait au parlement de Provence le fauteuil de Chassanée, et, réclamant de nouveau comme une mesure de salut public le supplice des pauvres Vaudois, il obtenait la permission d'agir. Au mois d'avril 1545 , le carnage commença. Rien de ce qui s'offrit à la pointe du glaive ne fut épargné, et les toits des châteaux, comme ceux des chaumières, s'écroulèrent sur des monceaux de cadavres. Cinq ans après, on reconnut que de faux rapports avaient égaré l'esprit du roi. Guérin , avocat du roi au parlement de Provence, n'ayant pas de protecteurs à la cour, paya seul pour tous ses comphces ; il fut décapité sur la place de Grève.
Etienne Dolct avait été mis en prison pour avoir fait profession publique d'athéisme. Déjà désavoué par les luthériens , et devant être répudié plus tard par Calvin au nom de tout le parti protestant. Dolet trouva néanmoins, à la cour de François I", une voix qui prit sa défense : ce fut celle de Tôvêque de Mâcon. A sa prière , ce bel esprit païen fut fendu à la liberté. Maïs il retomba dans ses impiétés, et de nouveau les tuteurs de la religion
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s'occupèrent de ]ui. Duchàtel ne put une seconde fois Tarracher à leurs mains : Dolet fut brûlé.
Robert Estienue fut encore un des protégés de Ducbàtel. Comme il publiait des éditions annotées des livres saints , les sorbonnistes se déchaînèrent contre ses notes, prétendant qu'elles étaient infectées du venin de l'hérésie. L'évèque de Mâcon les ayant justitlées , ils lui conservèrent une grande rancune de cette apologie, et le dénoncèrent au pape lui-même comme un des ennemis de sa sou* veraine puissance.
La protection du roi le mettait à l'abri de leurs rancunes. Le roi mort, ils arrivèrent à la cour, empressés de le perdre. Mais , dans leur empressement, ils avaient oublié de rédiger en bonne forme l'acte d'accusation de ce grand coupable. La cour était à Saint-Germain, agitée par les intrigues rivales des nouveaux partis , et personne n'avait le loisir de donner audience à MM. les sorbonnistes. Les cardinaux eux-mêmes étaient trop affairés pour les entendre. On les fît conduire près du maître d'hôtel du roi, un sieur Mendoze, Espagnol fécond en bons mots et de l)elle humeur. Celui-ci, les ayant honorablement traités, leur demanda ce qui.les appelait à la cour en de telles circonstances. Eh quoi ! l'antique sanctuaire de la saine doctrine avait-il été violé par quelque profane ? ou bien le nouveau règne menaçait -il leurs privilèges? ou
bien encore venaient-ils réclamer raain-forte contre leurs écoliers, au nom de leurs toges outragées par de perverses factions? Nos théologiens, qui n'avaient encore pu trouver à qui parler, crurent qu'ils pouvaient confier le secret de leur mission à ce galant homme. Ils lui dirent que M. Tévêque de Mâcon était un loup caché sous la décevante toison d'un agneau; que 'tous ses discours, applaudis par les libertins, étaient, au fond, des discours hérétiques ; qu'il venait enfin de faire devant le peuple profession d'athéisme , et que la Sorbonne indignée les avait envoyés porter plainte contre lui. Maître Mendoze réclamant de plus amples explications , ils ajoutèrent que , dans l'oraison funèbre du feu roi, Duchâtel avait dit, ô blasphème! que l'âme si noble, si vertueuse, d'un si bon prince avait dû monter tout droit vers le ciel. Donc, argumentaient les théologiens, Fimpie ne croit pas au purgatoire; ce qui est l'hérésie de Wiclefï' et de Luther. C'était l'argument de Noël Beda contre le Miroir de Marguerite. Mendoze, qui avait du bon sens, eut, en les entendant conclure, grande envie de rire; il sut toutefois se contenir et leur répondre : « Messieurs , on est ici fort occupé d'autres affaires, et le temps ne vous est guère opportun. Vous ferez donc sagement d'ajourner vos plaintes. J'ai, d'ailleurs, entre nous, connu particulièrement le feu roi : or, je puis vous assurer
qu'il ne savait s'arrêter nulle part et que jamais personne ne fut plus ennemi du repos. Si donc il a, comme je l'accorde, été dans le purgatoire, il n'y aura guère demeuré; il n'aura fait tout au plus que goûter le vin en passant, suivant la coutume : aujourd'hui certainement vous ne l'y trouveriez plus. » Le lendemain, Mendoze alla conter à tout le monde les propos qu'il avait échangés avec les théologiens, et ceux-ci, se voyant bernés, regagnèrent un peu confus leurs doctes pénates.
Duchàtel et Budé furent à la cour les princes des érudits. On y vit paraître encore Jacques Cholin , Paradis, Vatable, Tousan, Pierre Danès, Strazel, Aloizio Alamanni, Barthélémy Latomus, Oronce Fine , Guillaume Postel , Vicomercato , Vidus Vidius, etc., etc.; mais aucun de ces illustres professeurs, à l'exception de Cholin, ne fit à la cour un séjour prolongé. Le roi, se plaisant dans leur compagnie, les appelait à sa table, causait avec eux, et les renvoyait ensuite à leurs chaires. Duchàtel et Budé ne le quittaient paSi^.
Il faut maintenant parler des poètes^' Jean Marot était valet de chambre du roi : Clément, son fils, rempUssait le même emploi près de Marguerite. S'ils furent tous deux attachés à la cour à cause des grâces de leur esprit, la renommée du fils échpsa bientôt celle du père. Quand François monta sur le trône , Clément Marot , âgé
de \iDgt ans, lui présenta son Temple de Cupido. C'était le premier jet d'une source féconde. « Clément Marot , dit Etienne Pasquier, avoit une veine grandeiment fluide , un vers non affecté , un sens fort bon, et, encore qu'il ne fût accompagné de bonnes lettres , ainsi que ceux qui vinrent après lui , si n'en étpit-il si dégarni qu'il ne les mît souvent en œuvré fçrt à propos '. » Nous souscrivons à ce jugement. Marot avait moins d'invention et de ^ style que d'esprit ; mais on ne lui disputera jamais le mérite d'une versification élégante et facile. 11 eut tour à tour des démêlés «ivec le Châtelet et la Sorbonne , et connut plusieurs fois la prison et l'exil '. 11 eut même la douleur de mourir sur la