Delà Rcpuhliquej livre IV
Danle fait dire à Hugues Capct : Je suis fils éFun boucher de Paris. « Qu'est cela, dit François? quelle est cette sottise ? que je ne revoie jamais ce ridicule auteur! »» On assure même que, dans sa colère , il fut sur le point de défendre par un édit la lecture de Dante à tous les habitants du royaume. Nous ririons aujourd'hui d'une telle boutade; mais cet édit burlesque eût alors été pris tout à fait au sérieux. N'est-ce pas du temps de François I*' que le parlement de Paris, assisté de Pierre Danès et de Vicomercato , poursuivit et condamna La Ramée , coupable d'irrévérence envers la logique d'Aristole, comme ennemi de la religion et du repos public, supprima ses hvrcs et suspendit ses leçons ? Que disons-nous? Si, pour avoir maltraité la logique d' Aristote , outragé Cicéron , Quintilien et Priscien, La Ramée n'alla pas aux galères, il dut cette grâce à la toute-puissante intervention de Duchâlel*.
1. Il faut citer ici, dans son lalia énergique, et ne pas Taltérer par une traduction toujours suspecte, le passage de GaUand racontant, dans sa Vie de Duchâtel^ l'aventure de La Ramée : a Quum in hac scola, ante annos octo, sophista famosus, Musis « iratis natus, glorisB popularis sitiinexplebili praeceps, Aristotele, « Cicérone et Quintiliano petulanter et ignoranter vexatis , nulc lum fînem in quemvis auctorem classicum debaccbandi factu- « rus videretur, priusquam praesentem litterarum statum labe- « factasset et ad suam libidinem pervertisset , permulti doctrina <c et virtute conspicui homines audaciam tam prodigîosam in- « dignissime tulerunt. Quumque de eo apud regem ita conquesti « essent, ut ille pro sua perpétua in litteras et litterarum pro-
Les savants attachés à la cour avaient la liberté de fuir les bruyantes assemblées et de consacrer au travail tout le temps que ne demandait pas l'éducation du roi. Il avait fait réunir, pour leur usage et pour sa gloire, dans la bibliothèque de Fontainebleau , un nombre considérable de manuscrits précieux et de livres nouvellement sortis des presses de France et d'Allemagne. Envoyés en Italie , en Grèce , en Asie , à la recherche des plus précieux débris de l'antiquité, quelques érudits revinrent en France chargés de riches dépouilles. Jérôme Fondule ayant acheté soixante manuscrits grecs au prix de douze cents écus, le roi lui en compta quatre mille pour l'encourager à faire un nouveau voyage. C'était une des commissions données aux ambassadeurs français, que d'acquérir à tout prix ou de faire copier tous les manuscrits hébreux, grecs, latins , arabes , qu'ils pourraient découvrir. Guillaume Pellissier, étant à Venise, y réunit un nombre considérable de volumes grecs, hébreux et syriaques, qui passent encore aujourd'iiui pour les pièces
<c fessores benevolentia hune indignahundus ad remum damnace tum triremibus addicere statuer et, régis animum faceti leporis a suavitate emollitumadminoremsententiamtraduxit, sophistam « nugantem et inepte philosophaQiem abhumanissiinorege nu2/o ft capitali supplicio puniendum esse^ verum cum doctîs homi'> « nibus, coram gravibus diiceptatoribus., in disputationis certaa men commissum, argumentis convincendum, et ratione aliqua a leniore ad sanitatem reducendum. »
me. FRANÇOIS I"
principales do la collection de Fontainebleau*. ïl ^tait évt^que do Montpellier et abbé de Lerins. Pour lui ttMnoi;rner dirertenient sa reconnaissance, Fran-
I. Nous croyons devoir reproduire ioi une lettre peu connue <le ce Guillaume Pellissier,qui contient de curieuxdétails sur ses négociations littéraires :
« Je suis très-bien assuré que aurez à plaisir de faire chose agréable au roi, lequel est après pour fonder un collège à Paris, qui sera aussi excellent, mais qu'il soit parachevé et fourni de ce qui est requis , car il sera occasion de faire veoir à l'univers toutes les bonnes lettres qui commencent à florir en France autant que en nul autre pays. Et pour ce que on ne le pourroit mieuï douer que d'une bonne librairie, fait chercher livres de tous côtés, mêmement grecs, et m'en donne charge d*aussi bonne affection que pour ses autres affaires d'Ëtat; dont lui voulant obéir en toutes choses que lui connoitrai être agréables. €t d'autant plus en celle ci , qui est tant utile et honorable, appartenant plus à mon oflice et profession, mesuisenquis où s'en pourroit recouvrer, et entre autres j'ai trouvé un gentilhomme corfiote, qui en avoit un très-beau nombre de fort beaux, de <|uoi il aima mieux en faire un présent au roi. Sa Majesté lui a fait en récompense un très- beau et libéral présent : c'est de mille bons écus, que je lui ai comptés en ses mains; dont plusieurs autres Grecs, avant senti cette nouvelle, sont venus vers moi pour en offrir d'autres à Sa Majesté : mais il suffit que cela a fait découvrir seulement les lieux où ils étoient, car dorénavant on en pourra avoir à meilleur marché. Et de moi je tiens tous les jours ordinairement huit Grecs qui ne font autre chose que écrire, ainsi qu'il a plu au roi me commander encore par sa dernière dépèche, lequel m'a fait entendre qu'il n'y avoit chose en laquelle je lui pusse plus agréer que de lui faire amas des meilleurs livres que pourrai recouvrer. Il est venu à moi un nommé Marmoretti, qui dit avoir un frère en Constantinople., qne connoissez, lequel vous pourra adresser soixante ou quatre-vingts pièces de fort bons et rares livres, lesquels étoient à un de ses oncles qui les tenoit chèrement, etc., etc. »
çois Taurait peut-être fait nommer cardinal ; mais, comme on parlait beaucoup trop de ses mœurs, Pellissier, pris d*un singulier scrupule, quitta la cour et se retira dans son èvôché. Guillaume Poslel, Pierre Gilles, Juste Tenelle, envoyés en Grèce et en Asie, en rapportèrent un grand nombre de manuscrits orientaux. Ces missions littéraires n'offrent plus guère que des agréments ; elles étaient alors pleines de périls. Pierre GUles fut un jour enlevé par des pirates et conduit prisonnier sur la côte d'Afrique. — Ce fut le cardinal d'Armagnac qui paya sa rançon*. Quand, à la mort de Budé, Duchâtel obtmt la charge de bibliothécaire, il réunit à la librairie de Fontainebleau l'ancienne collection de Blois, et dressa le catalogue de l'une et de l'autre. « L'amas de tant de livres, dit Sainte-Marthe, et de iant de manuscrits, tous magnifiquement reUés, fut regardé comme l'ouvrage, non pas d'un seul roi, mais de plusieurs rois et de plusieurs siècles. Il attira les plus savants honames du royaume et ^des États voisins, et même quelques princes étrangers , qui demeurèrent tous d'accord que cette bibliothèque était la merveille de Fontainebleau. »