‹ François Ier et sa courChapitre 3 sur 28 · Érasme» Dialogue de la Noblesse empruntée · texte numérisé non relu

Érasme» Dialogue de la Noblesse empruntée

ET SA COUR. i\

d'un chiffre gravé, que Ton porte les ongles courts, qu'on ait le parler haut, le regard effronté, les . mœurs faciles, et, si l'on est protégé par quelque dame , on est reçu chez le roi , pour être bientôt pourvu, comme on le désire, d'un emploi de cour, d'un bénéfice ecclésiastique , ou d'un grade sous les drapeaux. De prime abord chacun reçoit , comme gentilhomme de la charûbre, douze cents livres par an.

On vient, en effet, et de bien loin, quand on est ^ convié de cette manière.^ La cour de François est ^ bientôt formée. La plupart des gothiques manoirs "sont abandonnés aux corbeaux. Il y reste seulement, pour leur tenir compagnie, quelques vieux gentilshommes, conservateurs obstinés des antiques traditions, qui, ne voulant pas s'accommoder aux mœurs nouvelles, passent leur temps à déclamer contre leurs indignes neveux ; ce dont ceux-ci ne s'inquiètent guère.

Cependant il ne faudrait pas croire que le môme appel eût été partout ailleurs entendu comme il le fut en France. Si Charles-Quint, par exemple, eût prétendu former une cour rivale, à Madrid, ou dans quelque ville principale de l'Empire, il n'eût peutêtre pas tojut à fait échoué dans cette entreprise , mais assurément il ne l'eût pas conduite avec autant de succès que François.

L'Espagnol se rend, sans murmurer, sur tous les

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champs de bataille où Tenlraîiie rainbition de s rois, et il est fier d'être commandé par l'hériti des insignes de Charlemagne; mais, dans cel lierté même, éclate le sentiment personnel : la n blesse espagnole est arrogante , et partant susce lible, ombrageuse ; elle a de vieux préjugés qui 1 défendraient d'accepter la livrée d'un roi, si ce i n'était pas. lui-même jaloux de tenir à distance I officiers de sa couronne.

Qu'est-ce que la cour d'Henri VIII? un rasseï blement confus de gens qui se disputent les charg publiques pour les profits qu'elles procurent, mt qui ne verraient aucun honneur , aucune gloire servir gratuitement. Le noble anglais est égoïste sombre : l'ivresse même, et souvent il s'enivre, : le rend ni plus généreux ni plus gai. Si d'ailleu il ne parle pas de ses antiques privilèges avec jactance de l'Espagnol , il n'y tient pas moins ; s< esprit morose a le goût de l'indépendance.

Tout autre était, au xvi* siècle, l'esprit de la n blesse française. Pleine de vénération pour s rois, elle n'était jalouse que de leur faire un sple dide cortège et de les bien servir. Louis XII ] l'avait pas assez recheijchée : moins encore p calcul que par goût pour le bruit, pour le moni et l'éclat, François l'appela sur les marches ( trône, et elle accourut avec zèle , avec joie , offra sa tête au joug doré de la servitude. Le temps d

mds vassaux est passé , et les Frondeurs ne patronl qu'après un siècle! François n'est, dit-il, e le premier gentilhomme de son royaume , et IX qu'il proclame ses pairs se font une gloire itre les serviteurs de sa maison. 11 ne faut pas u* demander ce qu'ils retiennent, en cette condin, de leurs anciens privilèges : ils n'en estiment js qu'un, celui de porter l'épée dans la chambre iroi.

L'entretien de la cour n'était pas, on le suppose, 16 médiocre dépense. Voici d'abord quelles étaient ; recettes de la couronne, sous le règne de Franis I".

Les tailles fournissaient environ 3 200 000 livres. . plus imposée de toutes les provinces était la irmandie. Après la Normandie, la province la is riche ou la plus maltraitée par les agents du c, c'était le Languedoc. Venaient ensuite la Brefne, la Provence , la Picardie , la Champagne, la urgogne , etc. , etc. On sait que toute la charge 5 tailles était supportée par les bourgeois. La blesse et le clergé s'acquittaient d'une autre maîre envers l'État; el, sous le règne de François l", ; deux ordres ne furent pas plus épargnés que la argeoisie. La noblesse servait à ses frais sous les ipeaux : or,. dans ces temps de guerre contiélle, une telle obligation lui devint tellement Éreuse qu'elle ne put la supporter jusqu'au bout.

François fut alors obligé, pour lui venir en aide, de confisquer à son profit l'usufruit des meilleurs biens du clergé. Après les tailles, les subsides, ou impôts supplémentaires, qu'on ne payait jamais sans avoir auparavant obtenu quelque amoindrissement de la somme demandée. Les subsides produisaient, bon an mal an, 150 OCO livres. L'impôt du sel était un revenu bien plus fixe et bien meilleur; il s'élevait à 400000 livres. Les produits du domaine étaient annuellement évalués à 900000 livres. Divers octrois donnaient, en outre, 300000 livres ; l'impôt du quart sur le vin, 200 000 ; la vente des charges, la même somme; et la même somme était encore fournie par les confiscations pour crimes et hérésies, les bénéfices vacants , les biens des étrangers morts sans héritiers , et quelques autres revenus casuels. En résumé, les recettes de la couronne étaient d'environ 5 600 000 livres.

Eh bien ! les dépenses ordinaires de la cour absorbaient au moins la moitié de celte somme.

Voici la Uste exacte des officiers de la maison du roi, telle qu'elle nous est offerte dans un compte manuscrit de l'année 1534*.

47 aumôniers, au nombre desquels 1 cardinal et 8 évêques. Mais pour la plupart ijs rem-

1. Bibliothèque impériale, Manuscrits de Bélhune^ ii*> 9844 de rancien fond» du Roi. j

plissaient gratuitement leur charge aulique , étant d'ailleurs largement dotés. Leur traitement ne s'élevait qu'à 1900 livres tournois. Après eux, 6 chapelains touchaient ensemble 1320 livres; et 6 sommeliers do chapelle, pour leurs gages et l'entretien de leurs sommiers, 1.080 Uvres. Voilà ce que coulait la chapelle du roi. Ensuite venaient les gentilshommes de la chambre. Ils étaient, en l'année 1534, au nombre de 62, la plupart à 12C0 livres, quelques-uns à 600 : total, 71800 livres*. Après les gentilshommes de la chambre, les maîtres d'hôtel, qui n'étaient pas de moins noble race , puisque l'on voit en cette compagnie MM. de Montchenu, de Bonnes, des Barres, de Clermont, de La Pommeraye, etc.-^ etc. Au nombre de 27, ils recevaient 16 400 livres. 33 panetiers marchaient après eux. Arrivonsnous enfin aux gens de médiocre naissance î Pas encore. Parmi les panetiers du roi figurent les Mortemart, les Mirepoix, les Cursot, etc. , etc. On en compte 33, qui se partagent 13 800 livres. Voici maintenant les échansons, au nombre de 20 , entre lesquels nous distinguons le baron de Btieil, Humbert de La Rochefoucault, le sieur de Lestrange, etc. , etc. ; ils reçoivent 8300 livres.

1. Un état de Tannée 1519 les porte au nombre de cent; mais leurs gages n'étaient alors que de 390 livres. {Manuscrits de Béthunc^ n" 8469.)

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Au-dessous d'eux les valets tranchants , qui n'étaient pas de moindres personnages que le bailli de Dijon, et les sires de Matignon, de Liencourt , Clermont de Lodève, Clermont de Dampierre , etc. , etc. On en voit 15 , dont les gages s^élèvent à 6200 livres. Puis 15 enfants d'honneur, 3600 livres. Les écuyers des écuries du roi se présentent ensuite , au nombre de 23 : ce sont les sires de Pommereul , de La Rocquc , de Heill y , de La Fallu , de Choisi , Poton le jeune, etc., etc. ; leurs gages sont de 10 200 livres. Nous arrivons aux secrétaires de la chambre , Nicolas de Neufville, Guillaume Bochelel, etc., etc. ; il y en a 8, qui sont payés 3600 livres. Les» huissiers de la chambre sont moins nombreux : 4 seulement , aux'*^ages de 1020 livres. Mais les valets de chambre forment toute une légion. Nous en voyons 34 portés sur les états de cette année, et ils reçoivent 8040 livres. Un valet de chambre est-il encore un gentilhomme? Il n'en faut pas douter, puisque ce chapitre nous offre les noms de Philippe de Poix, Lazare de Salva, Nicolas de Poncher, Jacques de Saint-Mesmin, de Macault : cependant on y voit aussi des gens de plus basse origine, comme le trésorier Babou de La Bourdaisière et le fils de Guillaume Budé. L'énumération continue* : 2 portemanteaux, 480 livres; 12 valets de garde-robe, 2240 livrés; 16 gens de

métiers, 2000 livres*; 10 médecins, 8200 livres;

1 apothicaire, 800 livres ; 6 chii'urgiens, 2400 livres; 4 barbiers, 940 livres; 1 libraire, ou garde de la biyiolhèque (Claude Chappuys), 240 livres; 6 clercs d'office (Jacques de Souvré, Jean de Nevers, etc., etc.), 480 livres ; 6 huissiers de salle, 1200 livres; 7 sommeliers de paneterie, 1800 livres;

3 aides, 600 livres; 7 sommeliers d'échansonnerie, 1680 livres; 1 barillier (Pierre du Molin), 180 livres; 3 aides, 220 livres; 3 écuycrs de cuisine, 720 livres ; 6 maîtres-queux, 1380 livres;

4 potagiers , 640 livres ; 4 hâteurs , 720 livres ;

2 sauciers, 270 livres; 8 porteurs, 718 livres, 1 garde- vaisselle, 350 livres. Tel était le service de la chambre, des écuries^et de la cuisine du roi. Mais ce n'est pas tout : aprèsjes valets, les écuyers et les cuisiniers du roi, viennent ceux du commun, moindres assurément en dignité , mais presque égaux en nombre , dont les appointements sont portés à 20 795 hvres. Les maréchaux des logis paraissent ensuite, au nombre de 5, 4000 livres, suivis par 20 fourriers, 4600 livres. Enfin les menus emplois figurent sur les états de 1534 pour la somme de 4365 Uvres, auxquels s'ajoutent encore 1220 hvres pour les pensions payées aux anciens

1. Entre lesquels Jamet'Glotiet, de Tours, qu*on appelle ordinairement François Jeannet , peintre du roi , aux gages de 240 livres. ^ •

officiers du duc d'Angoulême , el 2500 livres pour les gages annuels de Florimont Le Charron, commis à la rédaction du compte dont nous venons de présenter l'analyse. Et restent hors de ce comité les 100 Suisses attachés au service du roi, les 400 archers de sa garde et toute la vénerie. Par le nombre des officiers et le chiffre de leurs gages , on peut estimer ce que devait être l'ensemble des dépenses de la maison royale. C'est un budget qui souvent, dit-on, dépassa 1 500000 livres. Pour ses menus plaisirs , le roi s'attribuait, au chapitre de l'ordinaire, 30000 livres. Mais l'extraordinaire allait bien au delà. François aimait à donner et donnait sous toutes les formes, en public et en secret, surtout aux dames de la cpur. Ses achats annuels de diamants, de bijoux/s'élevaient toujours à un chiffre énorme. «En ces choses-là, dit un chroniqueur contemporain, il n'avait aucune mesure; in cio il renon ha modo alcitnoK »> N'oubhons pas de porter . en compte les dépenses de la maison de la reine , des princes et des princesses, l'entretien des bâtiments royaux, les frais des tournois, des banquets, des voyages, etc., etc. Le tout assurément allait atteindre 3 millions.

Mais ce lï'est pas tout. Parmi les dépenses de la

1. Marino Giustiniano, Relations étés ambassadeurs vénilienSf publiées par M. Tommaseo , t. I, p. 100

cour, il faut enregistrer encore les pensions payées en France et à l'étranger par les ordres du roi et sur sa caisse. Nous avons soUs les yeux le compte des pensions pour Tannée 1532* : il s'élève à 419 560 livres. On y voit Jean Lascaris figurer pour 1200 livres, et les divers professeurs du collège de France pour 2740 livres. Mais ce sont les moindres des parties prenantes . Voici quelques-uns des gros pensionnaires : le roi de Navarre, 24 000 livres ; le duc de Vendôme et le duc de Lorraine , pareille somme; le comte de Saint- Pol, 80C0 livres ; M. de Guise, 18000 livres; M. d'Albany, 240C0 livres; M. de Novoux, 14000 livres; M. de Longueville, 40C0 livres; le grand maître, 18 000 livres; l'amiral (Bonnivet) , 18 000 livres; M. de Chateaubriand,. 16 000 livres ; le grand écuyer, 10 000 livres;*le sieur Rance, 12000 livres; le maréchal de Trivulce, 12000 livres; le maréchal de La Marche, 10000 livres, etc., etc.

Quand de si fortes sommes s'en allaient en dé- . penses plus ou moins frivoles , que restait-il des recettes ordinaires pour subvenir à l'enlrelien de plusieurs armées françaises et à la solde des milices étrangères, toujours occupées, toujours guerroyantes , sur l'un et l'autre versant des Alpes et

1. Bibliothèque impériale, Manuscrits, cpUect. Fontanieu , portef. 173174.

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des Pyrénées ? On avait , pour subvenir à ces dépenses, divers expédients : d'abord, les taxes forcées, t:^^tables confiscations, établies, par mesure de sûreté générale, sur les banquiers de Paris , de Lyon, de Bordeaux, etc., etc. , toujours suspects, comme il est bien entendu , de conspirer avec les ennemis du royaume; ensuite les contributions, dites volontaires, prélevées temporairement sur les autres corporations des grandes villes. Quelquefois encore François avait recours à l'emprunt. Dans les grands embarras, on confisquait, on demandait et on empruntait tout à la fois. Ainsi, au mois de juillet 1521, François mettait garnison chez tous les banquiers de Paris; au mois de février 1522, il imposait aux gens de Paris et de Rouen la solde de 2000 fantassins , et , au mois d'octobre de la même année , il empruntait aux Parisiens 100000 écus d'or. Ce qu'il fallait accorder par amour ou par force , dit un naïf contemporain *.

En effet, voici ce qui s'appelait emprunter. En 1522, le roi levait trois armées. Aussitôt, dit ce chroniqueur, « furent mis les gros emprunts particuliers sur les manants et habitants de Paris; tellement qu'on demandoit aux uns mille écus , aux autres huit cents, quatre cents, cinq cents écus, et plus ou

f. Journal (Ttrn bourgeois de Paris, publié par M. Lud. Lalanne, pages 103, 120, 121.

moins, aies rendre. Puis on demanda par les maisons de la vaisselle d'argent et par tout le royaume ; et à Paris n'y eut aucuns exempts, mtéfte de la cour de Parlement , ne autres : tellement que chacun en bailla selon sa puissance. Et furent les églises contraintes d'en bailler, chacune en droit soi : c'est à savoir les églises cathédrales, prieurés, abbayes et autres ; et payoient les églises selon leur puissance chacune, même les Chartreux, Célestins, Saint- Viôtor et autres*. »

C'est à l'histoire de cet emprunt de 1522 qu'appartient encore l'enlèvement du treillis de Saint- Martin, chez les chanoines de Tours. Louis XI avait fait entourer- le tombeau de Saint-Martin d'un treillis d'argent massif , pesant 6776 marcs. C'était à la fois un objet de grande richesse et une œuvre d'art fort remarquable. Les commissaires du roi ne pouvaient laisser en dehors de l'emprunt un trésor de cette importance. Ils le firent demander. Les chanoines refusèrent. Quand François empruntait^, quels audacieux refusaient de lui prêter? Ayant connu l'insolente résistance des chanoines de Saint - Martin , il envoya vers eux le surintendant Jacques de

1. Journal iTun bourgeois de Paris, p. *i36. On peut voir au n'' 8487 de la collection de Béthune Le ÈÔÎe d$ Vempr^nt de la vaisselle d* argent qjri^le roi entend être fait en sa bonne ville et cité de Paris ^ *=

Seinblançay, Girard Lecoq , maître des requêtes , Jean Gaillard, évoque de Tournay, Pierre de Glandèvcs, évêque de Bazas, et un certain nombre d'archers , qui sommèrent le chapitre de livrer sans délai le précieux ornement. Il fallait donc céder. On offrit de composer. Les officiers municipaux de Tours et les principaux clercs des deux ordres intercédèrent encore , s' engageant à verser dans le trésor royal , en quatre termes , une somme égale au poids du treillis. L' évêque de Touniai se chargea de porter cette proposition au roi, qui ne pouvait, pensait-on, la rejeter. Sur-le-champ, François remit à Tévêque un ordre écrit, contenant que, « sous peine de corps et de biens, >» messieurs du chapitre et leurs garants, messieurs de la ville, devaient sans plus hésiter, délibérer et marchander, immédiatement obéir , à rimmuable volonté du roi. Cela était sans réplique. Les chanoines ne répliquèrent pas^^ ^^'^^^ tinrent leurs portes closes. Les commissaires en firent lever les serrures , et pénétrant , escortés du bourreau, dans l'intérieur de lâr basilique, ils prirent au nom du roi possession de la chose empruntée. Les débris du treillis furent transportés par six chariots à la

' Monnaie de Tours , et convertis en pièces d'argent que l'on nomma tétons à la grille.

V^ . François avait enfin un quatrième moyen de pourvoir aux nécessités de. son ti)ésor. Il bouleversait toute l'économie de l'administration publique, et

créait ainsi de nouvelles charges de conseillers au parlement, de rapporteurs à la chancellerie , de commissaires, de notaires au chàtclet, de feaillis, de prévôts , de conseillers au bailliage de Paris , pour vendre ensuite ces charges aux plus offrants. Cela se fit en 1522 pour la première fois.

Marino Gustiniano, ambassadeur de la Seigneurie de Venise, écrivait à son gouvernement en 1535 : « Non-seulement le roi très-chrétien est fort par les armes ; il l'est encore par l'argent et par le dévouement de son peuple. 11 peut augmenter les tailles à plaisir. Plus ses peuples sont grevés et plus ils payent gmemenl, {Qnanto grandi angarie gli mette^ tanto li pagano senz' alcuna replicaK) »

Cependant François I" éprouva lui-même que le dévouement de ce bon peuple était limité comme ses ressources. Après avoir trop souvent puisé dans la . bourse des bourgeois, il n'y trouva plus rien. Il fut alors contraint de changer de conduite. On assure même que , vers la fin de sa vie, devenu plus sage, il se repentit d'avoir employé tant d'argent à de vaines parades. Autant il avait été dissipateur, autant il devint économe. Sans négliger toutefois les services publics ^ sans même disputer aux letires^^t aux arts^les encouragements que leur doit

l^jRelations des ambassadeurs vénitiens, publiéaspar M. Tommaseo, 1. 1, p. 97..

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tout gouvernement éclairé, il mit de Tordre dans ses dépenses, supprima, si Ton nous permet de parler ainsi , le budget de son ostentation , et . laissa , quand il mourut , 400 000 écus dans le trésor public , toutes dettes acquittées. Encore lui devait-on un quartier des revenus de la couronne. Bien remarquable amendement !

Amboise , Fontainebleau.

Durant les premières années du règne, la cour se tenait ordinairement à Amboise , somptueuse résidence que Charles VIII avait fait construire par des architectes italiens , et qui ne manquait assurément ni d'élégance ni de majesté.

C'est à Amboise que François fit célébrer , quelques mois après son sacre, le mariage de Renée de Bourbon , lîlle du comte de Montpensier, avec An- ^ toine, duc de Lorraine et de Bar. Ce fut une cérémonie somptueuse, et dont on parla d'autant plus que François n'avait pas encore donné la mesure de sa magnificence. Cependant une de ces folies qu'il aimait se permettre en présence de sa cour faillit changer en un jour oe deuil ce jour de fêle.

Pour donner un divertissement aux dames, il avait

lit prendre dans la forêt et conduire dans la cour u château un sanglier vivant. L'animal fut d*abord ^ ssez étonné de se trouver transporté dans ces lieux ■ louvéaux et de se voir assailli de tous côtés par des , irojectiles inoffensifs ; mais tout à coup, faisant uu ond, il se précipite vers la porte du grand escaer, la brise, franchit les degrés, et le voilà rendu u premier étage , près de la salle où se tenaient îs dames. Les dames s'enfuient effrayées, poussant es cris et dans une grande confusion. En effet, î sanglier furieux ne cherche que des victimes, rançois réclame l'honneur de le combattre :

ar son ordre, ses officiers, ses domestiques s'é- Mgnent, et, tirant son épée, il la plonge avec dresse dans les flancs du monstre. 11 avait lors vingt et un ans.

Peu de temps après, François partit pour Fltae avec 25 000 cavahers et 40000 fantassins.

franchit les Alpes comme Annibal , avec une jale audace, un égal bonheur, gagna la baille de Marignan , et se fit armer chevalier par ayard, sur le heu même du combat. L'armée 'avait pas trop espéré de son jeune roi. Dès sa remière campagne, il se montrait le pair des us vaillants capitaines. S'il n'avait pas encore ute , leur prudence , il ne le cédait à personne 1 cpjiirage. La France était alors bien envieuse î la gloire des armes. Avec quelle joie, quel

fât

orgueil elle reçut la nouvelle de ce triomphe! ijes Suisses écrasés à Marignan, Milan ouvrant ses portes, Crémone livrée par Tltalien vaincu, LéonX terminant à Tamiable avec le jeune vainqueur toutes les difficultés si souvent renouvelées à l'occasion de l'obscure Pragmatique ! De l'une à l'autre frontière du royaume il y eut un tressaillement d'allégresse. Bientôt François I**" traversa de nouveau bs monts, et revint habiter Amboise. C'est là qu'en l'année 1518 il fit célébrer le mariage de Laurent de Médicis, duc d'Urbin, avec Madeleine de La Tour, héritière du comte d'Auvergne.

La reine Claude venait de mettre au jour un beau garçon. Aussitôt le roi dépêche en Italie le sieur de Saint-Mesme, gentilhomme de sa chambre, le chargeant d'aller inviter le pape à vouloir bien être le parrain du nouveau-né. Le pape se tient pour honoré de cette marque d'estime, et envoie le duc d'Urbin, son neveu, pour le représenter au baptême du dauphin. L'autre compère est M. de Lorraine, ayant pour commère la duchesse d'Alençon.

La cérémonie est splendide. Après le baptême, le festin. La grande cour du château d'Amboise est couverte d'une vaste lente , sous laquelle viennent s'asseoir un nombre considérable de princes étrangers, les ambassadeurs de toutes les puissances alliées , une foule immense de seigneurs fràiiçais, de prêtres et de dames pompeusement parées. Le

plus brillant de tous les seigneurs est le prince d'Orange, qui vient d'arriver en grand équipage pour offrir au roi de France des services qui seront dédaignés.

Le dîner fini , le bal commence et se prolonge fort avant dans la nuit.

Trois jours après le duc d'Urbin se marie.

Le roi commence par donner au duc d'Urbin le collier de son ordre; puis on se rend à la chapelle, et l'on en sort pour souper. Des trompettes escortent les valets de cuisine , et sonnent une fanfare chaque fois qu'un plat nouveau parait sur les tables. François veut que tous les étrangers conviés à cette fête puissent, en retournant vers leurs cours, louer son bon goût et sa libéralité. Quand les danses sont ouvertes, on voit arriver sept compagnies dç demoiselles vêtues à l'allemande, à l'italienne, à l'espagnole, qui commencent, au son des tambourins, leurs galants exercices. Après les danses, les tables sont de nouveau servies, et Ton ne se sépare pas avant deux heures du matin. Le lendemain se firent les joutes, «*les plus belles, dit le maréchal de Fleurange , qui furent oncques laites en France, ni en la chrétienté. >» Joutes à pied, achevai, à la barrière, dans la lice, sièges simuléjs , rien ne manqua , et cela dura huit jours.

On admira surtout le spectacle nouveau d'une

ville assiégée. Dans un vaste champ fut construite une forteresse en bois de quelque étendue, avec des fossés profonds. Attaquée par le duc de Vendôme, qui commandait 100 hommes depîed, par le duc de Bourbon,' qui conduisait 100 cavaliers, et par 80 grossesi pièces d'artillerie, elle était défendue par le duc d'Alençon, qui avait sous ses ordres 100 hommes d'armes à cheval, la lance sur la cuisse. Robert de La Marck, avec 400 fantassins, faisait des marches et des contre-marches pour aller au secours des assiégés, qui combattaient vaillamment en attendant ce renfort. Ils avaient pour artillerie des canons de bois cerclés de fer, et, pour boulets, ces canons envoyaient de gros ballons gonflés de vent, lesquels désarçonnaient les cavaliers et renversaient les fantassins , au grand divertissement des spectateurs. Depuis longtemps déjà durait l'assaut , et la fortune paraissait ne trop savoir à qui donner l'avantage , quand le roi vient, armé de toutes pièces, s'élancer à la tête du corps d'armée conduit par Robert de La Marck , et pénètre avec lui dans la place. Cela décida la victoire.

^ Aux joutes succédèrent les tournois, qui fuisent renouvelés chaque jour pendant six semaines. Il est certain que rarement on avait vu de si belles fêtes. Le duc d'Urbin, partant ensuite pour l'Itahe, put dire à son oncle, le plus magnifique des papes, qu'il

venait d'être traité par le plus magnifique des rois.

Bientôt, ni le château d'Amboise, ni le château de Tours, ni le palais des Tournelles ne furent assez vastes pour contenir la foule des dames et des gentilshommes qui venaient , de tous les eoins de la France, au rendez-vous donné par François I*'. Il fit sur de nouveaux plans restaurer le château de Fontainebleau. Ces travaux furent commencés en 1528.

Quand François voulait être seul, c'est-à-dire n'avoir d'autre compagnie que deux ou trois de ses amis, ou bien une de ses maîtresses, il allait au pavillon de Madrid , élégante maison qu'on avait bâtie par ses ordres au bois de Boulogne, et qu'il avait fait orner au dedans, au dehors, de toutes les fantaisies du décor italien. Fontainebleau fut la résidence de la cour.

Louis VU avait fait quelque séjour à Fontainebleau vers 1169; en 1191, Philippe Auguste y avait passé les fêles de Noël, au retour de sa croisade contre les Sarrasins. En ces lieux était un manoir sauvage comme l'aride forêt qui l'enveloppait de toutes parts. On ne l'habitait pas; mais, à de longs intervalles, il avait reçu plusieurs rois, qui, fuyant le bruit des villes ou des combats, étaient venus chercher un repos de quelques jours dans cette âpre sohtude. C'est là que François [•' voulut éta-

blir sa royale demeure , son palais , le stége de i gouvernement. Il lui plaisait d'opposer ainsi t< les contrastes : les plus rudes aspects de la natun les élégances les plus raffinées de la civilisation, silence mélancolique des grands bois et le bi des fêtes, l'austérité du désert et les dissipati< d'une cour galante.

Les premiers travaux de Fontainebleau fur conduits par Sébastien Serlio, de Bologne. Franc faisait depuis longtemps grand état de son mér Lorsqu'il avait publié son ouvrage sur les cinq ord d'architecture , Serlio avait reçu du roi de Frai un présent de 300 écus d'or. Sous la dir tion de cet habile homme, l'antique manoir ] bientôt une forme toute nouvelle. Il ménageait ] les constructions gothiques, mais le roi les regi tait moins que personne ; dans les arts com dans les lettres, François n'aimait que les créatl du génie moderne. Les vieux murs s'écroulaie les nouveaux bâtiments s'élevaient. Un nom prodigieux d'ouvriers itaUens , flamands , franco tous rivaux de zèle , entassaient pierre sur piei Quelle devait être la dimension de l'édifice ? C'é le secret de l'architecte et du roi. Un monast était enclavé dans les murs du château ; il appai nait aux religieux de la Trinité, et se compo d'une éghse et de la maison claustrale, avec dépendances , jardins , clos, prés, étangs, vivi<

Les constructions de Serlio envahissent le monastère, que Ton va bàlir ailleurs. 17 autres maisons, habitées par des bourgeois du lieu, tombent sous le marteau, et les galeries du palais vont se prolonger sur leurs ruines. La vieille cour du donjon a pris une forme ovale ; on voit sortir de terre la galerie d'Ulysse , la nouvelle église de la Sainte-Trinité, la Chapelle- Haute, le pavillon de Pomone , le ' pavillon de FÉtang , les vastes bâtiments qui servent de ceinture à la cour du Cheval- Blanc, et les pressoirs du roi, où doivent être foulés les beaux fruits de la vigne plantée sur les bords de la Seine par Jean Rival, vigneron de Cahors.

Les constructions étant bientôt achevées, il s'agit alors de les décorer avec toute la splendeur qu'elles réclamaient. L'Italie, qui avait fourni l'architecte, fut priée d'envoyer des sculpteurs et des peintres. De Florence vint le Rosso, peintre habile, musicien plein de goût , poëte plein d'esprit. Il an-ivait à la tête d'une légion de sculpteurs et de peintres, qui s'étaient engagés à travailler sous ses ordres : Lucca Penni, Nicolao Bellini, Bartolommeo Miniati, Pcllegrino, Giobatlista Bagnacavallo, Domenico del Barbieri, Lorenzo Naldino, etc., etc. La France lui fournit pour élèves, sinon pour émules, Michel Sanson, Louis Dubreuil, François d'Orléans, Simon , Claude de Paris, Laurent le Picard. Les sim-

pies maçons reçoivent 3 sous par jour, les décorateurs 7 livres par mois , les peintres 20 livres; les appointements du Rosso , conducteur des tra vaux , s'élèvent à 60 livres.

Ces artistes italiens étaient des gens peu commodes. Envieux les uns des autres, ennemis implacables de leurs rivaux de gloire , ils se jouaient de méchants tours. François eut besoin plus d'une fois de pratiquer de grandes négociations pour les mettre d'accord , ou du moins pour les empêcher d'en venir à de mutuelles invectives. Ils étaient glorieux comme des courtisans, et querelleurs comme des gentilshommes. Ces querelles devinrent bien plus vives , quand le Bolonais Primatice et le Florentin Benvenuto Ccllini parurent à Fontainebleau. Si le Rosso n'était pas un lâche , Cellini était un maître brave, et l'on s'attendait chaque matin à les voir aux prises. Mais l'impétueuse humeur du Florentin alla s'adresser au tendre Primatice.

François avait chargé Benvenuto Cellini de composer une figure pour orner la porte principale du palais. L'artiste se mit à l'ouvrage, et bientôt il eut achevé son ébauche. Mais, en même temps, sachant que le roi ne devait pas tarder à venir lui rendre visite , il fit, pour lui causer une agréable surprise, le modèle l'une immense fontaine, qui représentait ie dieu Mars ayant à ses côtés les emblèmes de la science , de la peinture , de la musi-

que et de la libéralité. La flatterie était assurément assez transparente. Cependant, le roi ne Fayant pas comprise, l'artiste interpréta ses ligures. Elles furent alors admirées par les courtisans, et le roi lui-même, qui avait la franchise de l'orgueil, applaudit avec enthousiasme à la belle entreprise de maître Cellini. Pendant quelques jours, on parla beaucoup du merveilleux ouvrage rais par le Florentin sous les yeux du roi.

La duchesse d'Étampes ne fut informée de cet événement que par la nimeur publique. Quoi ! Ton avait osé lui dérober la première vue du chefd'œuvre ! Quand tous les lettrés , tous les artistes attachés à la cour la proclamaient d'une seule voix la plus savante des belles et la plus belle des sa^ vantes f ce rustre de Cellini ne s'était pas même soucié de son suffrage ! Elle ne supporta pas cette injure. L'artiste avait, en effet, commis une grande maladresse ; car il savait bien que le roi passait ordinairement après ses maltresses , et que la duchesse d'Étampes s'était réservé la direction suprême de toutes les décorations de Fontainebleau. Informé de son courroux , il voulut la fléchir , et se rendit auprès d'elle avec un petit vase d'argent doré, espérant qu'efle ferait bon accueil à cette riche offrande. On le pria d'attendre dans une antichambre que la duchesse fût habillée. Mais iï attendit longtemps, car, au déclin du jour, les portes de

la belle indignée ne s'étaient pas encore ouvertes pour le suppliant. Il comprit alors qu'on se moquait de lui , sortit plein de rage , et , mourant de faim , alla faire au cardinal de Lorraine le présent dédaigné par la duchesse.

Le roi lui-même intervint en faveur de Cellini. 11 admirait sa prodigieuse habileté , qui se signalait chaque jour par quelque entreprise nouvelle. Il l'aimait encore à d'autres titres. Si l'humeur du Florentin était rude, cette rudesse était l'enveloppe d'une noble fierté , qualité dont le roi faisait grand cs^s. En outre , il ne maniait pas avec moins d'adresse une épée qu'une arquebuse , et c'était lui , disait-on, qui, durant le siège de Rome, avait tué le connétable de Bourbon. Or, si vive avait été la haine de François contre le connétable , qu'il ne pouvait se défendre d'éprouver de la recounais- - sance pour l'auteur prétendu de sa mort tragique. Enfin , cet excellent orfèvre , cet heureux arquebusier était une vieille connaissance, presque un vieil ami du roi. Dans un premier voyage qu'il avait fait en France , Cellini s'était concilié cette glorieuse estime , et, quand une injuste accusation l'avait envoyé dans les cachots de la cour romaine , il en avait été tiré par les ij^tances de François I". Eh bien! vainement le roi plaida sa cause près de la duchesse d'Étaçapes ; il ne put apaiser la rancune dç cette dame. Elle fit plus, elle appela près d'elle

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le Primalice, et le chargea de présenter un module pour la grande fontaine du palais , déclarant que Cellini n'exécuterait pas cet ouvrage.

C'était le plus grand affront qu'on pût faire au Florentin. Quand il en reçut la nouvelle, il courut chez le Primatice , et résolument il le sonuna do refuser le travail qu'on venait de lui conlier. Celle sommation n'ayant pas de résultat : « Si donc j'apprends, lui cria le Florentin , les yeux hagards, la main tendue, si j'apprends qu'il vous arrive de parler en aucune façon de l'ouvrage qui m'appartient, je vous tue sur l'heure comme un chien. « Le Prhnatice, sachant que ce hrave était homme à faire ce qu'il disait, prit le parti que lui conseillait la prudence. Il se rendit chez le roi , déclara qu'il ne pouvait faire la grande fontaine, et, quelque temps après, partit pour l'Ilahe.

Qui triompha de cette retraite? Ce fut l'orfévrc florentin. Le Rosso n'éprouva peut-être pas une joie moins vive ; mais elle fut courte. Le Rosso s'était déjà débarrassé de Salviati , qui lui portait ombrage. Le Primatice ayant repassé les monts, il décria son talent. François n'avait pu, malgré toutes ses promesses, malgré toutes ses prières, malgré les démarches de ses ambassadeurs, enlever à ritahe Jules Romain et Michel-Ange ; mais c'était beaucoup déjà d'avoir gagné le Primalice. Cei)endant le Rosso montrait peu d'eslhne pour ce maître.

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et, comme il dissertait bien, s'exprimant avec autant de feu que d'esprit, il avait son parti. Le parti contraire était celui de la duchesse d'Étampes , qui approuvait beaucoup la manière tendre, moins chaste que gracieuse, du peintre de Bologne.

Quand un jour le Primatice annonça qu'il avait achevé son voyage dans sa patrie et qu'il allait revenir à Fontainebleau, le Rosso, recevant cette nouvelle, mourut, dit-on, de chagrin. On assure même qu'il s'empoisonna. Il mourait comblé de . biens par François !•', pourvu de riches prébendes, après avoir mené la vie fastueuse d'un grand seigneur.

Et que devint Benvenuto Cellini ? A son tour , il fut sacrifié. Le Primatice arrivait d'Italie, rapportant les moulés du Laocoon^ de la Vénus de Médicis, de Y Apollon Pythieny etc., etc., qui passaient pour les chefs-d'œuvre de l'art grec. On lui commanda d'en tirer des épreuves en bronze pour orner les appartements et les jardins de Fontainebleau, et dès lors la duchesse d'Élampes ne se lassa pas de témoigner combien elle préférait ces austères productions du génie antique aux coquetteries bizarres du style florentin. Cellini , tombé dans la disgrâce au moment où il croyait n'avoir plus qu'à jouir de son triomphe, regagna l'Italie le cœur plein d'amertume, maudissant tout le monde et méditant sans doute de se venger. Sa vengeance ,

ce fut d'écrire toute l'histoire de ses démêlés avec le Primatice et la duchesse d'Étampes.

Le Rosso mort , et Benvenuto parti pour ne plus revenir, le Primatice eut toutes les faveurs de la cour. Le roi le fit abbé de Saint-Martin de Troyes et le nomma l'un de ses valets de chambre : titres beaucoup plus compatibles qu'il ne semble , car ils procuraient un double revenu , sans obliger à une double fonction. Les valets de chambre du roi pouvaient passer pour des oisifs, et les abbés commendataircs n'étaient pas même assujettis à la résidence. La triste fin du Rosso n'avait pas apaisé les ressentiments de son rival. Primatice détruisit quelques-uns de ses ouvrages ; mais il en fit tant d'autres , et de si beaux , qu'on oublia promptement ceux qu'il avait sacrifiés à sa haine. Sous sa direction, les travaux commencés furent continués avec autant de succès que de rapidité, fl n'employait pas seulement des artistes italiens, mais encore des artistes français formés à son école. Le roi venait chaque jour admirer leurs chefs-d'œuvre. Dès qu'une salle était achevée, la ceur s'en emparait, et elle était inaugurée par quelque grande fête.

Ronsard, rappelant à Fontainebleau Catherine deMédicis, qui promenait ses fils à travers les pro- : évinces, lui disait :

Quand verrons-nous quelque tournoi nouveau?

ï' ■*. /Onand verrons-nous par tout Fontainebleau

De chambre en chambre aller les mascarades?

Quand ouïrons-nous , au matin , les aubades De divers luths mariés à la voix ?

Et les cornets , les fifres , les hautbois , Les tabourins , violons , épinettes , Sonner ensemble avecque les trompettes ?

Quand verrons-nous comme balles voler Par artifice un grand feu dedans l'air ?

Quand verrons-nous , sur le haut d'une scène , Quelque janin * , ayant la joue pleine Ou de farine ou d'encre , qui dira Quelque bon mot qui vous réjouira?...

C'est une description faite de souvenir. Ronsard se rappelait , en écrivant ces lignes , les fêtes qu'il avait vues à Fontainebleau du temps de François !•' : tournois , bals masqués , concerts , feux d'artifice , comédies burlesques jouées sur des tréteaux, dans les jardins, dans les cours du palais, par les Thespis du théâtre moderne.

La plus célèbre de ces léfes fut donnée à l'empereur Charles-Quint, traversant la France pour aller à Gand.

L'empereur arrivait à Chàtellerault , au mois de janvier de l'année 1640. François s'était rendu dans cette ville pour le recevoir, et il le reçut avec grand apparat, « ainsi, comme le fait remarquer Martin du Bellay, qu'étoit la coutume dudit seigneur, car il n'eût pu faire les choses petites. » De*

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