‹ François Ier et sa courChapitre 4 sur 28 · Plaisant, farceur · texte numérisé non relu

Plaisant, farceur

Châlellerault , les rois se rendirent à Amboise* François voulut que l'entrée de Charles dans le château d'Amboise fût une fôte aux flambeaux. Il fallait varier la mise eu scène. Mais, comme l'empereur arrivait sous une des grosses tours du château, une torche imprudente enflamma les tentures qui paraient toutes. les murailles, et, l'incendie gagnant promptement les cordages , les charpentes , chacun prit la fuite : de telle sorte que celte splendide réception devint une effroyable mêlée, dans laquelle l'empereur manqua d'être étouffé. François , transporté de colère , fit arrêter l'auteur de cet événement , et voulut le faire pendre ; mais Charles demanda sa grâce et l'obtint.

En sortant d'Amboise , l'empereur passa par Blois, par Chambord et par Orléans, où toute la ville accourut à sa rencontre , et de là se rendit à Fontainebleau.

Charles avait été, sur toute sa route, accablé d'hommages. Cependant c'était à Fontainebleau que François s'était réservé de déployer les plus grands effets, les plus ingénieuses inventions de sa magnificence. En apprenant la prochaine venue de son glorieux rival, il avait fait construire, pour le .jçecevoir, im bâtiment de pierre , en forme de pa- ; Villon , et l'avait orné des plus somptueuses tapis- '.^serîês , des tableaux les plus riches , des statues les plus admirées. En quelques semaines l'œuvre était

acheyée. Quand Charles arriva, le roi l'envoya chercher hors de la forêt, par un nombre considérable de princes, de seigneurs, somptueusement parés. A peine entrait-il dans la forêt, qu'il vit aussitôt s'élancer vers lui , de toutes les touffes d'arbres , une multitude de gens costumés à la façon des dieux mythologiques, des faunes au pied léger, des satyres au front cornu , des fleuves couronnés de joncs marins, et non moins de déesses bocagères , dryades , hamadryades, naïades, orcades et napées. Arrivant de toutes paris , ces gens s'assemblèrent de-

vaut l'empereur et dansèrent au son des hautbois. C'était la plus étrange féerie, et nous supposons qu'elle ne causa pas une médiocre surprise au roi Çalhelique. Quand il fut rendu devant le château, on le conduisit sous un arc de triomphe orné de . trophées et de peintures qui représentaient l'empereur d'Allemagne et le roi de France vêtus à l'antique , ayant auprès d'eux la Paix et la Concorde. En ce lieu, Charles fut accueilli par un autre concert, moins rustique que celui de la forêt. Puis les trompettes et les tambours se firent entendre , et le cortège s'avança vers le château. C'était là que François attendait son rival, ils se firent, on n'en doute pas , les plus gracieux comphments et soupèrent ensemble. « Le lendemain, dit Martin du Bellay, et pendant plusieurs jours que Charles- Quint séjourna à Fontainebleau , le roi le festoya

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et lui donna fous les plaisirs qui se peuvent inventer, comme les chasses royales, tournois, escarmouches , combats à pied et à cheval. »

C'était le Rosso qui avait ordonné toute cette fêle , et elle lui fit le plus grand honneur. Quelques jours après eut lieu la réception de l'empereur dans la ville de Paris. Une chronique nous en a transmis l'ample détail. Elle fut splendidc*.

Charles-Quint fut-il bien sensible à ces fastueux témoignages d'une feinte amitié ? 11 s'y laissa d'autant moins prendre, qu'il avait peu de goût pour ces vaines pompes, pour ces frivoles spectacles que François aimait tant. Tous les historiens, Martin du Bellay, Brantôme, Beaucaire, Mézeray, Gaillard, Anquetil, ont signalé le contraste de leurs caractères. Nous ajouterons quelques traits à leurs parallèles. « Ce que j'ai vu du roi de France , écrit un ambassadeur vénitien , et ce que j'ai entendu de l'empereur, à la cour ou dans le conseil de votre seigneurie (la seigneurie de Venise), me prouve assez qu'entre ces deux grands princes il n'y aura poûit d'union. La reine de Navarre, sœur du roi f femme d'un talent et d'une sagesse rares , et qui prend part à tous les conseils de la couronne, me dit un jour que, pour pouvoir accorder ces deux

1. Chronique du roi François f"*. collection de Gaignières, n» 288. p 282 305.

hommes , il faudrait que Dieu refît l'un des deux sur le calque de l'autre. Car le roi très-chrétien n'aime ni les affaires ni les soins de l'État , mais plutôt 1 la chasse et les plaisirs, tandis que l'empereur ^ne rêve que les affaires et les moyens d'augmenter sa ï puissance. Le roi de France est simple, ouvert, ^ libéral, docile à l'avis de ses conseillers; l'autre est très -réservé, très-parcimonieux, ferme dans ses vouloirs , et il se conduit d'après son propre ' avis plutôt que d'après celui des gens qui l'enlou- j renl. Ils sont, en somme, d'un caractère si différent que le roi lui-même dit un jour à l'ambassadeur Capello et à moi, justement à propos des trêves qu'on allait conclure : « L'empereur tâche M de faire tout au rebours de ce que je fafts. Si ji « propose la paix, il dit que la paix n'est « possible , mais qu'il vaut mieux un accord ; si jè=j «parle d'accord, il propose une trêve. Nous ne à « sommes jamais du même sentiment en rien*. ». m Nous laisserons Guillaume Paradin nous racon- j ter les cérémonies d'un baptême célébré , le 10 fé-^î vrier 1543, dans le palais de Fontainebleau. Le dauphin Henri et sa femme Catherine, après avoir vainement espéré pendant dix années un rejeton de leur racé, eurent enfin un fils , cet enfant débile

1. Fr. Giustiniano, Relations des ambassadeurs i)énitienst t.I, p. 173.

qui, plus tard, porta la couronne sous le nom de François II. Voici le récit de son baptême :

« Trois cents torches furent données à autant de personnes des gardes du corps du roi et de monseigneur le dauphin et des Suisses du corps , lesquels furent rangés depuis la chambre de Sa Majesté i^squ'en l'église des Malhurins, passant par la petite galerie , où la clarté étoit si grande de ces lumières , qu'il sembloit que Ton fût en plein jour. Marchoient après les deux cents gentilshommes de la maison du roi. Puis les chevaliers de Tordre *. Là se trouvèrent aussi le roi de Navarre, messeigneurs les ducs d'Orléans , de Vendôme , d'Estouitéville, de Guise, de Nevers, de Longueville, d'É- '^mpes,'et le comte d'Aumale, comme aussi ^%aiibassadeur de Venise. Là parut encore mon- ^leigneur le légat*, avec plusieurs cardinaux et I autres prélats. Ensuite venoient la reine et toutes Mes princesses qui étoient pour lors en cour; sa- TOir : Mada^le Marguerite, fdle du roi, qui fut mariée au duc de Savoie; Mme la princesse de Navarre , Mme de Saint-Paul , Mmes les deux duchesses de Nevers , Mme de Montpensier, Mme de Guise , lime la duchesse d'Étampes et plusieurs autres dames , qui étoient toutes revêtues très-somptueu-

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