‹ François Ier et sa courChapitre 7 sur 28 · Pensait · texte numérisé non relu

Pensait

2. On ne lira pas sans intérêt la lettre suivante, écrite au roi . des cachots de la Bastille, par le malheureux Semblançay :

« Sire, à la fin de ma vie , j'ay été enquis si des deniers de vos tailles et des crues qui se sont élevées de mon temps , étant en votre service, combien j'en ai reçu. Sire, je vous avertis que jamais je n'ai reçu ni mangé deniers de vos traites, et ont été vos receveurs généraux qui en tiennent compte, et n'ai eu connoissance ni maniement que des trois mille écus de Naples , qui ont été baillés par votre commandement , et de Madame , pour vos affaires de vos guerres, et tout ce que j'ai fait de secourir à vos officiers a été pour leur prêter , et n'ai point fait leurs offices.

» Sire , j'ai été enquis de l'argent comptant que je puis avoir reçu. Répondu, et pour vérité, que depuis l'année 1623 je ne ine suis point vu deux mille écus ensemble , après avoir foomi les cent mille écus de M. d'Albanie , et soixante-dix mille pour Bayonne. Et à présent je ne sache or et argent la valeur de trois à quatre cents pièces d*or de toute sorte. Je vous supplie , Sire , ayez cette créance que vous avoir vu en tant d'affaires que vous avez été depuis , j'en eusse été si malheureux , que je ne vous eusse secouru et de tout ce que j'eusse fait, et vous supplie. Sire, entendre que , depuis deux ans , souvent j'ai été au» éflKr prunts pour vivre. Sire, j'ai dit le surplus pour vous dire au casué de Saint-Nicolas des Champs, mon père spirituel , et à lladase.

ET SA COUR. 7i

fisquer à son profit les biens du père mourant sur Téchafaud, fit à cette occasion le distique suivant:

Quod patrem le rex vocitat, tibi plaiidere noli : Filius est ; hères ergo erit ille tibi *.

Pour cet ergo malsonnant, Grudius aurait été prié, peut-être, d'aller consoler au Tartare les mânes de Semblançay, si les gens de François ravalent pu citer devant une de leurs cours ; mais il était Brabançon.

Un de ces gens que Ton entretient dans les cours pour y célébrer, sur commande , tout ce que flétrissent les hommes honnêtes, Nicolas Bourbon, a dit de la duchesse d'Angoulême :

Régis mater eram etpopuli '....

Oui , elle était bien la mère du roi , et elle l'avait prouvé durant la captivité de Madrid. On la vit, dans

Je vous supplie le croire, et qu'il vous plaise, en l'honneur de la sainte Passion de Notre-Seigneur, me pardonner si je ne vous ai si bien servi comme je suis tenu , et qu'y vous plaise avoir la femme et les enfants en votre bonne grâce et avoir pitié d'eux, et qu'y vous plaise me faire acquitter pour ce que j'ai emprunté pour votre service, et prie Notre-Seigneur de vous donner trèsbonne santé. »

Toute la procédure de l'affaire Semblançay se lit dans les vohimes manuscrits de l'ancienne collection de Béthune , numéro» 9724,9726, de la Bibliothèque impériale.

!• « Ne te félicite pas trop si le roi t'appelle son père : il est Iflpi fils, donc il sera ton héritier. >

%m J*étais la mère du roi et du peuple.

ce temps , travailler avec le plus tendre zèle à gagner les conseillers de Tempereur, à recueillir les sôfaimes exigées pour la rançon du royal captif; et, chargée du gouvernement de la France, elle s'acquitta convenablement de cette mission difficile. C'est la belle époque de sa vie. L'amour maternel dominait alors . chez elle toute autre passion. Mais, dès que François fut rétabli sur le trône, elle recommença ses intrigues et ses exactions. Elles lui profitèrent , car elle mourut laissant une fortune immense. Une lettre du connétable de Montmorency à l'évêque d'Auxerre nous apprend qu'à sa mort Louise de Savoie possédait dans ses coffres quatorze ou quinze cent mille écus. Le peuple l'exécrait , et à bon droit. Le titre de mère du peuple n'appartient, à cette époque, qu'à la première femme de François, la reine Claude , surnommée la Bonne Reine.

Claude de France , fille aînée de Louis XII , avait épousé François I*' par les ordres de son père. Dédaignée par son mari , elle ne parut pas souvent à la cour. Elle recherchait la solitude, où elle fuyait sa belle-mère et s'occupait à faire de bonnes œuvres. Les reines de France avaient beaucoup d'autorité; il leur appartenait d'exercer la justice dans les terres de leur domaine et même de leur douaire ; c'est un privilège dont Claude de France n'usa jamais que dans l'intérêt de ses justiciables. Mariée à François V' le 18 mai 1514, elle mourut à Bloîs

le 26 ou le 28 juillet 1524. Quelques annalistes contemporains lui attribuent des miracles. « Et pour la grand'estime de sainteté que Ton avoit d'elle, plusieurs lui portoient offrandes et chandelles; et attestoient aucuns avoir été guéris et sauvés de quelque maladie par ses mérites et intercessions. Et mêmement une notable dame qui affirmoit avoir reçu par ses mérites guérison d'une fièvre qui jà par un long temps Tavoit tourmentée ^ » C'est & sa grande bonté qu'on rendait hommage en accueillant ces fabuleux récits. Clément Marot veut qu'elle soit morte disant à son âme :

Esprit lassé de vivre en peine et deuil, Que veux-tu plus faire en ces basses terres ? Assez y as vécu en pleurs et guerres ; Va vivre en paix au ciel resplendissant I

Ce qui veut dire, en prose , que les persécutions de la duchesse d'Angoulême et les mépris du roi hâtèrent la fin de sa vie.

Modeste et réservée dans ses goûts, elle ne dépensait guère qu'en bonnes œuvres. Cependant

1. Chronique du roi François W, Manuscrits de Gaignières, numéro 288, p. 34. On lit de même dans le Journal du bourgeois de Paris , page 299 : « On disoit que la belle dame , après sa mort , faisoit miracles , son corps étant à Blois , à la chapelle de Saint-Calais. Et lui offroit-on des vœux de cire et lumières de cire ^14 bonne dame étoit très -fort aimée de son vivant et après sa nnirt, car elle étoit toute bonne et honnôte et de bonne vie. »

elle avait, dans son intérieur, le luxe des femmes rangées : elle aimait le beau linge , et ne regardait pas à la dépense. Nous avons le compte de dame Jeanne Archonne , lingère suivant la cour, qui réclamait, en 1524 , la somme de huit mille quarantehuit livres, dix-huit sous, six deniers tournois, pour linge fourni à la reine Claude durant les années 1521, 1522 et 1623. C'était une grosse dépense pour la maison d'une reine délaissée.

La cour ne coilinut pas beaucoup plus la seconde femme de François I", Éléonore d'Autriche ,

D'honneur, de sens et de vertu tant riche,

comme dit Marot. Elle était sœur de Charles-Quint et veuve d'Emmanuel le Grand , roi de Portugal. Toute sa race était ennemie de François I*' ; cependant elle l'avait épousé moins par raison d'Etat que par affection, séduite par le caractère Hbéral de ce prince, par ses malheurs et par son goût chevaleresque pom* les grandes entreprises. On l'avait destinée au duc de Bourbon ; mais elle n'avait pas éprouvé pour ce prince les sentiments de la duchesse d'Angoulême. Le roi de France réunissait, au contraire, à ses yeux les mérites divers qui constituent le parfait geniilhomme. Lorsqu'il était prisonnier à Madrid, Éléonore avait tout fait pour adoucir les rigucnitrs de sa captivité. Quand elle apprit l'heureux suécès des négociations ouvertes pour son mariage iNec

un roi de si noble cœur et de si bonne mine , elle fiit au comble de la joie. La France , qui désirait ce mariage 9 s'était préparée à lui faire le plus gradeux accueil. Pour bâter sa venue, Lazare de BalF u envoyait cette ballade au delà des monts :

De bons prélats l église accompagnée,

Et dignement de reliques ornée,

Yous recevra en douce résonnance

De dévots chants, la face à Dieu tournée.

Koblesse après, à vous tant adonnée,

Commence jà fourbir harnois et lance,

Pour, devant vous, tournoyer à plaisance.

Puis, franc Gontier, qui de plaisir débonde,

Laissant brebis, sa panetière et fronde,

S'en veut aller danser sous la saulsaie.

Et par la main tient Hélène la blonde.

En lui disant : c Nous aurons^ qui qu'en gronde,

Rabat de deuil et ressource de joie, s

Son arrivée dans les murs de Rayonne , où clic amenait avec elle les fils du roi rendus à la liberté, fîit Toccasion des plus belles fêtes. C'est en son honneur que fut alors représentée la première Bergerie dont nous parlent les plus anciennes annales da théâtre français. Les bergers étaient habillés de tafietas, et leurs superbes costumes avaient coûté la somme de cinquante livres tournois.

J^ entrait à Bordeaux le 9 juillet 1530; le 22, cjfe "était reçue parla ville d'Ângoulême, et, saluée Air ado passage par de très-vifs applaudissements.

elle se rendait en toute hâte à Paris, empressée de revoir le brillant gentilhomme qu'elle avait choisi pour son époux. Les fêtes de son couronnement eurent lieu dans la basilique de Saint-Denis, le 6 mars i 1531; mais son entrée dans la ville fut quelque , temps différée : des pluies sans trêve rendirent le ' chemin impraticable. Éléonore affligée disait que le ciel conspirait contre sa gloire ; mais elle se trompait : le ciel Faverlissait que cette union tant désirée ne devait pas toujours être calme et sereine. Enfin, le 16 mars 1531, un nombreux cortège d'archevêques , d'évêques , d'abbés, de princes, de seigneurs, de magistrats, de bourgeois et d'artisans choisis parmi les plus notables la reçut et la promena triomphalement dans les rues de la capitale , parées i de magnifiques tentures. On se dirigea d'abord vers j Notre-Dame, où le recteur de l'Université vint faire j à la nouvelle reine la harangue accoutumée : on se rendit ensuite au palais, où l'on soupa. Le 19, messieurs de la ville offraient à Éléonore un somptueux banquet, et lui faisaient présent de deux chandeliers d'argent, hauts de six pieds, au sommet desquels paraissaient deux phénix chargés d'emblèmes et de légendes. Ces chandeliers n'avaient pas coûté moins de deux mille livres. «Les Espagnols, dit une chronique, et autres gens de nations étranges, furent ébahis de tant de richesses et gorgiases choses, et leur sembloit bien (qu'ils disoient)

que en tout le demourant des seigneuries chrétiennes on n'en pourroit faire autant*. » Quelques jours après commencèrent les joutes, auxquelles prirent part et le dauphin et le roi lui-même , avec le plus grand succès. Venant d'une cour morose, bantée par des gens taciturnes qui marchaient toujours du môme pas , le front voilé d'un nuage sombre, Éléonore s'enivrait du bruit que faisait autour d'elle une jeunesse si gaie, si vive, si franche dans ses ébats. Tant d'hommages ne la rendaient pas moins heureuse que iîère.

Cependant elle ne tarda pas à regretter son veuvage. Les violences de la reine mère, les perfidies conjugales du roi et l'insolence de ses maîtresses J'éloignèrent de la cour. Elle survécut à François P*'; ^tnais, à sa mort, elle quitta la France. Clément

irot , qui a fait beaucoup de rimes en son hon- 'neur, lui lut un jour ces petits vers :

Au ciel^ madame, je crie

Et Dieu prie Vous faire voir au printemps Frère et mari si contents,

Que tout rie.

C'était le vœu le plus ardent d'Éléonore. Rien ne l'attristait au même point que l'inimitié de Charles-

1 - Chronique du roi François I"" . Gaignières , numéro 288 page 76.

Quint et de François I", et elle s'employa plus que personne à concilier ces deu:;^ princes ; mais on sait qu'elle n'y parvint jamais.

Sa vie était beaucoup moins modeste que celle de la reine Claude. Le compte de son écurie , pour le mois de septembre de Tannée 1635, s'élève à la somme de deux mille cinquante-neuf livres, dixneuf sous , dix deniers tournois.

Les princesses et les princes.

Nous parlerons d'abord des princesses. Les émiaentes qualités de l'aînée de ces dames , la princesse Marguerite , nous commandent de la placer au premier rang.

Née en 1492, deux ans avant François, Marguerite avait été mariée par sa mère au duc d'Alençon, en l'année 1509. S'il faut des époux assortis , Louise de Savoie s'était peu souciée de cette convenance. La duchesse d'Alençon avait un rare savoir, beaucoup d'esprit , une intelligence ouverte à toute chose , et le duc n'était guère qu'un sot. Tant que dura le règne de Louis XH, ils habitèrent le château d'Alençon , ne s'occupant que de leurs affaires, à peu près indifférents à celles de l'État. Marguerite employait ses loisirs à l'étude. En 1515, quand

François I*' monta sur le trône , elle vînt à la cour, où bientôt elle fut le modèle de toutes les dames. Le pauvre duc ne tarda pas à devenir victime de son défaut d*esprit. Il commandait Faile gauche à la bataille de Pavie , et , par sa faute, Taile gauche ne donna pas; ce qui fut la principale cause de notre désastre. Il en mourut de douleur. Marguerite le pleura-t-elle longtemps en secret ? On l'ignore ; mais on sait que , pendant la captivité du roi, Louise de Savoie ne reçut pas de conseils plus zélés, plus habiles que les siens : quels qu'aient été ses chagrins domestiques, elle ne put s'y abandonner; le soin des affaires publiques l'occupa tout entière. Dès le 27 août 1525 , quelques mois après la mort de son mari , elle s'embarquait à Aigues-Mortes , avec une suite nombreuse de femmes et de cardinaux, et se rendait en Espagne, allant intercéder pour son frère captif. Elle vit toute la cour d'Espagne. Charles-Quint lui-même mit quelque empressement à la recevoir et lui prodigua les plus belles promesses. Il avait été séduit par son esprit et par sa beauté. Ce prince faisait tout passer après la politique : non moins ferme qu'entreprenant , il ne voulait pas avoir d'autre souci que les affaires de son ambition. Cependant Marguerite prit assez d'empire sur lui pour l'amener à composer avec ses intérêts. Il adoucit d'abord la captivité de François, et mit

ensuite des conditions moins dures à la liberté de ce prince. II est vrai que, parmi ces conditions, il demandait la main de Marguerite, ce qui ne lui fut pas accordé. Mais il était, malgré ce refus, si jaloux de lui plaire, qu'il essaya longtemps de vaincre sa froideur par toute sorte de galants procédés. L'honneur de la négociation qui eut pour résultat la délivrance du roi appartient, en style officiel, à Montmorency : ce fut, en réalité, l'ouvrage de Marguerite.

François voulut la marier au roi d'Angleterre , qui préparait son divorce avec Catherine d'Aragon. Mais Henri ne répudiait Catherine que pour aimer librement Anne de Boleyn ; et Marguerite , qui se sacrifiait aux intérêts de son frère en laissant négocier un mariage aussi peu conforme à ses goûts, se consola facilement des dédains d'Henri VUl. Elle choisit pour époux un roi sans couronne, Henri d'Albret , descendant des princes souverains de Navarre.

Marguerite n'avait pas le caractère enjoué, niais aimable. Marot nous l'atteste :

Son cœur constant n*est, pour heur ou malheur, Jamais trop gai ni trop mélancolique.

Ses plus grands charmés étaient sa grâce et sa bonté. Brantôme ajoute qu'en matière de galanterie elle en savait plus que son pain quotidien. Mais

de sages critiques , Bayle, Goujet, Dreux du Radier, se sont inscrits à ce propos contre le témoignage j^. de Brantôme, et nous ont garanti la vertu de Marj. guérite. Il nous plaît de les croire. Marguerite vertueuse, malgré sa jeunesse , sa beauté, la facilité de son humeur, l'exemple de sa mère et celui de son frère, a pour nous bien plus d'attraits que Marguerite amante de l'un et de l'autre , et prodiguant, sur le retour de l'âge , à son valet de chambre, maître Clément Marot, des caresses dont à la cour on ne voulait plus. Brantôme, La Harpe et j M. Auguis nous ont fait de méchants contes sur .y l'honneur de cette princesse. Notre Marguerite de ;^l Valois est celle dont le nom a été, de son temps, ,. la matière de ces deux anagrammes : Des vertus ai ma gloire et Des vertus l'image royal ; celle enfin de I i qui Marot a pu dire , sans craindre de provoquer la médisance :

is

En chasteté elle excède Lucrèce ;

De vif esprit, de constance et sagesse ,

Cen est l'enseigne et le droit gonfanon.

On lui a bien attribué d'autres intrigues , des intrigues factieuses avec les ennemis de l'Église romaine, les réformateurs luthériens. Un certain NoëlBeda, syndic de la faculté de théologie, produisit un jour cette accusation en pleine Sorbonne, déclarant qu'il avait découvert le venin de l'exé-

1er

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crable hérésie dans un petit livre de Marguerite , pieusement intitulé le Miroir de f âme pécheresse, « Marguerite, dit M. Génin, n'y avait parlé lû des saints ni du purgatoire : preuve manifeste qu'elle n'y croyait pas ! » Si peu graves que fussent les preuves alléguées contre son orthodoxie, Marguerite fut obligée de fournir un avocat et de faire plaider sa cause devant les docteurs de la Sorbonne'. Cet avocat fut Guillaume Petit, évèque de Senlis. Il gagna son procès, et l'accusateur, Noël Beda , fut envoyé , quelque temps après , au Mont- Saint-Michel.

L'unique motif de ces attaques contre les mœurs et la foi de Marguerite, c'est qu'elle avait formé près d'elle une cour de savants , de lettrés , gens mal famés en Sorbonne , et qu'elle les protégeait dans l'occasion , avec beaucoup de zèle , contre les

1 . Une lettre de Marguerite au grand maître Tinforme de ses démêlés avec la Sorbonne :

« Mon neveu, le porteur vous dira desnouyelles de Paris, où je me trouve fort bien quant à la santé.... Je Tai prié vous parler de quelque folie que un jacobin a dicté en la faculté de Idéologie, comme si vous étiez mon mortel ennemi. Mais je lui ai fait telle réponse qu'ils ont bien connu Tcmitié que je vous porte et la sûreté que j'ai de la vôtre ; en sorte qu'il a été désavoué de tous les théologiens, qui le tiennent pour un fol. Je vous prie, parce que maintenant que je suis loin du roi, il est besoin que vous m'aidiez en cette affaire. Je me fie en vous, et sur cette fianee que je ne puis penser jamais me faillir, se va reposer.

«« Votce bonne tante et amie, Margueuti. »

ressentiments des théologiens. Marot était le plus bel esprit de cette cour. M. Nodier désigne encore Pelletier et Nicolas Denisot; mais quand, en Tannée 1530, Marguerite quitta la cour de son frère pour se retirer dans ses terres de Béarn , Denisot avait quinze ans et Pelletier atteignait sa douzième an* née. H. Nodier a donc conmis ici quelque erreur. Cependant, à Marot, on peut joindre Paul Paradis» dit le Canossc, célèbre professeur d'hébreu, qui montrait cette langue à la docte Marguerite ; Guillaume Postel, l'autre docteur universel ; Mellin de Saint-Gelais ; Gérard Roustel , abbé de Clérac ; Hugues Salel, traducteur d'Homère ; Etienne Dolet, Louis Berquin, qui tous deux furent brûlés comme mécréants ; Bonaventure Desperricrs, qui passa pour athée, et plusieurs autres. Duchàlel lui donnait chaque jour, avant l'heure du souper, quelques leçons d'éloquence latine ou grecque.

Les livres de Marguerile sont connus , et nous ajouterons qu'ils sont, pour la plupart, estimés. Marot a célébré son mérite dans les vers suivants :

Entre autres dons de grâces immortelles, Madame écrit si haut et doucement, Que je m'étonne, en voyant choses telles, Qu'on n'en reçoit plus d'ébahissement.

Pais quand je Fouis parler.si sagement Et que je vois sa plume travailler, Je tourne bride, el m'ébahis comment On est si sot de flTeo émerveiller.

Et la postérité n'a pas contredit le jugement de Marot. Les Nouvelles de Marguerite valent assurément celles de Boccace, et ses vers ne sont. pas moins élégants que faciles. Voici le jugement qu'a porté sur elle le grave de Thou : « Elle avait un naturel des plus heureux et un génie des plus grands. Les gens de lettres, qu'elle traitait avec bonté et qu'elle aimait, la comblèrent d'éloges qu'elle méritait, firent des inscriptions et frappèrent des médailles où ils l'appelaient la dixième Muse et la quatrième Grâce. » Du volume qui contient tous les poëmes faits en son honneur, nous devons, du moins, extraire quelques strophes de Ronsard :

Bienheureuse et chaste cendre Que la mort a fait descendre Dessous Toubli du tombeau....

Comme les herbes fleuries Sont les honneurs des prairies, Et des prés les ruisselets, De l'orme la vigne aimée, Des bocages la ramée, Des champs les blés nouvelets ;

Ainsi tu fus, ô princesse, Ançois plutôt, ô déesse, Tu fus certes tout l'honneur Des princesses de notre âge, Soit en force de courage, Ou soit en royal bonheur....

Vous, pasteurs que la Garonne

D'un demi-tour environne, Au milieu de vos prés verds Faites sa tombe nouvelle, Et gravez l'herbe sur elle Du long cercle de ces vers :

a Ici la reine sommeille , Des reines la nonpareille, Qui si doucement chanta :

C'est la reine Marguerite, La plus belle fleur d'élite Qu'oncques l'Aurore enfanta. »

Puis sonnez la cornemuse Et menez au bal les Muses En un cercle tout autour, Soit au jour de la froidure.

Ou quand la jeune verdure Fera son nouveau retour....

Dites à vos brebieltes :

c Fuyez-vous-en, camusettes, Gagnez l'ombre de ce bois ; Ne broutez en cette prée, Toute l'herbe en est sacrée A la nymphe de Valois.... »

Soit que ton esprit habite Sur la nue, ou dans les champs Que le long oubli couronne^ • Oy ma lyre qui te sonne.

Et prête l'aile à mes chants 1

La plus digne compagne de Marguerite et son émule, c'était la princesse Renée, fille de Louis XIL « Elle avoit fort étudié, dit Brantôme, et l'ai vue

fort savante discourir fort hautement et gravement de toutes sciences, jusqu'à l'astrologie et la connaissance des astres. »

Le 28 juin 1528, elle épousa le duc de Ferrare. La cérémonie de son mariage fut des plus brillantes. Le roi la conduisit jusqu'à la Sainte-Chapelle , en grande pompe , à pied et lui donnant le bras. Les chroniqueurs nous ont laissé la description de leurs costumes. Le roi portait une robe chargée de broderies. Celle de la princesse étîiit de velours cramoisi, et le grand maître en soulevait la queue : un chapeau couvert de pierreries ornait sa tête, et ses blonds cheveux descendaient jusqu'à terre. La robe de l'époux était plus riche encore , car elle étalait une large bordure de pierres fines , d'un prix inestimable. La reine de Navarre et une foule d'autres belles dames, avec de nombreux gentilshommes, formaient le cortège*. Mais, ce mariage à peine célébré , Renée quitta la cour de France pour aller à Ferrare, où elle s'établit patronne des libres penseurs. Marot, qui avait chanté son mariage , fut accueilli par elle dans son exil. Elle était heureuse de recevoir des Français : les mauvais traitements de son mari lui rappelaient si souvent sa patrie !

1 . Chronique du roi François I*f . Gaignières , numéro 288 , page 60.

François I" eut quatre filles, qui devaient être l'ornement de sa cour, et ne firent, pour la plupart, qu'y paraître. La princesse Louise, née le 4 août 1615, avait été, dès le berceau, promise au roi d'Espagne; mais elle mourut en 1618. Charlotte, née !c 23 octobre 1516, ne vécut pas au delà de l'année 1524.

La Rochebeaucourt, qui remplissait alors en Espagne les fonctions d'ambassadeur, rapporte de la manière la plus grave le plaisant entretien que Charles eut avec M. de Chièvres , son gouverneur, lorsqu'il apprit la mort de sa fiancée , la princesse Louise : « Comment monsieur de Chièvres, est-ce ma femme? J'en suis terriblement courroucé I Voilà une grande infortune. » Mais après quelques instants de silence , il releva la tête et dit : « N'est-il pas écrit dans nos traités qu'à défaut de Madame Louise, je dois épouser Madame Charlotte? — Oui Sire, lui répondit M. de Chièvres. — Et de combien d'années est- elle plus jeune que Madame sa sœur? — D'un an. — C'est donc, reprit Cliarles à peu près consolé, c'est donc un an perdu; mais pour cela je ne laisserai pas de l'épouser, afin de toujours entretenir les meilleures relations avec le roi mon bon père *. » Mon bon père! C'est le doux nom que

!. Bibliothèque Impériale, collection Clérambault, Mémoires du rè§n9 de François 1"^, 1. 1.

Charles V donne à François I" dans toutes les lettres écrites avant' leur solennelle rupture. Tant qu'il ne fut pas en mesure de l'attaquer en face , il lui prodigua les caresses. Il n'était pas, on le sait, fourbe à demi.

La troisième fille de François, Madeleine, née en 1520, était une belle personne, mais un peu trop fière. On avait voulu la marier tantôt au fils du duc de Lorraine , tantôt au fils de l'empereur ; mais elle avait déclaré ne vouloir prendre pour .époux qu'un roi régnant. Elle choisit le roi Jacques d'Ecosse , « homme de bien et de valeur, » dit Brantôme , et , en outre , « fort bon Français. » Leur mariage eut lieu à Paris. Jacques arriva le dernier jour de décembre de l'année 1536, accompagné de nombreux gentilshommes. Messieurs de Paris étaient allés à sa rencontre en grande pompe. En tête du cortège s'avançaient les quatre présidents du parlement, avec leur escorte ordinaire de conseillers et d'huissiers; ensuite, les gens des comptes, ceux de la chancellerie, le prévôt de Paris, les notaires et commissaires du Châtelet, le chancelier et les maîtres des requêtes, le prévôt des marchands etles échevins de la ville, tous vêtus de robes longues de velours. Les gens d'Église, évoques, archevêques, cardinaux, occupaient aussi leur place dans ce cortège. On se rendit d'abord aux Tournelles , où chacun des grands dignitaires

fit une harangue au nom de la corporation qu'il représentait. « Qui dura longuement, » dit une chronique. Nous n'en doutons pas : parler peu, c'eût été commettre une irrévérence ; la règle était de beaucoup parler pour ne rien dire. Des Tournelles on se dirigea vers Notre-Dame. François vint alors au-devant du roi Jacques, et le conduisit jusqu'au parvis de l'église. L'Écossais, entra, fit une prière et sortit aussitôt. François , qui l'attendait au seuil , le conduisit alors à l'hôtel de Cluny, somptueusement disposé pour recevoir un hôte de cette condition. Le lendemain 1" janvier 1537, les noces furent célébrées. Le cardinal de Bourbon dit la niesse. Le dîner fut offert aux mariés par le plus généreux des prélats, l'évêque de Paris, Jean du Bellay. Il eut lieu dans la grande salle où se faisait d'ordinaire l'examen des docteurs. On servit le souper au palais, et, après le souper, on joua, on dansa. Les grands des deux cours avaient, pour la plupart, pris des masques. Le lendemain, nouvelle fête et nouveau souper dans les appartements du Louvre. Ensuite commencèrent les joutes, qui durèrent quinze jours. En voici le récit, dans une chronique anonyme qui réclame encore un éditeur : « Le matin ensuivant, se commencèrent les joutes au château du Louvre , en un grand carré où on avait fait des Uces propres et plusieurs échafauds pour mettre et asseoir les princes.

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princesses , dames et damoiselles : desquelles y en avoit la plupart qui avoient de plus en leurs naaîns les couleurs de leurs amoureux , et pareiUcs à celles que portoient en joutant; et par icelles pouvoient connaître leurs amis , car autrement ne les eussent pu connoître. Et dura ladite joute bien quinze jours, où on yit plusieurs gentilshommes moult noblement s'éprouver ; et sur tous autres fatsoit bon voir le noble roi d'Ecosse, et aussi mon* sieur le dauphin, qui étoient merveilleusement bien montés et équipés de toutes choses. Au bout de ladite lice y avoit un théâtre fort somptueux auquel étoient attachées les armoiries de tous les princes et nobles , tant du sang royal que autres , et même ceux qui étoient destinés à la joute : au sommet duquel étoient apposés deux hommes de bois peints en figures d'hommes armés, qui tenoient deux lances au bout desquelles y avoit deux panonceaux , et à la main d'abas tenoient chacun un écusson aux armes de France et d'Ecosse. Quelque temps après, le roi fit crier à son de trompe qu'il vouloît aller dudit lieu du Louvre à Notre-Dame de Paris, et qu'on nettoyât les fanges des rues pau* où il devait passer. Ce qui fut fait, et alla ledit seigneur à Notre-Dame, et, à son retour, s'en vint au palais de pied, accompagné de MM. le roi d'Ecosse, le dauphin, le duc d'Orléans, de Vendôme, de Saint -Paul, le grand maître, l'amifal et autres

grands et notables personnages, les chevaliers de Tordre ayant leur ordre en écharpe, des cent geniili^ommes de sa maison, les Suisses et archers*.... » La mort de la princesse Madeleine suivit de bien près son mariage. Elle avait voulu régner; son règne fut de quelques semaines : l'air humide et froid qui souffle à travers les gorges boisées de l'Ecosse flétrit aussitôt cette tendre fleur qui réclamait un autre ciel.

Des quatre filles de François la cour ne connut guère que la princesse Marguerite , qui fut plus tard duchesse de Savoie : « personne si sage, dit Brantôme, si vertueuse, si parfaite en savoir et en sapience , qu'on lui donna le nom de la Minerve ou Pallas de la France. » Elle aimait , comme son père, les lettres et les lettrés, et ceux-ci, lui dédiant leurs ouvrages écrits en latin, pouvaient être certains d'être compris par cette savante princesse".

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