‹ François Ier et sa courChapitre 8 sur 28 · Journal d'un bourgeois de Paris, p. 7 et · texte numérisé non relu

Journal d'un bourgeois de Paris, p. 7 et

ii4 FRANÇOIS !•'

« Pour le regard des dames, certes, il faut avouer qu'avant lui elles n'y abordaient ni fréquentaient que peu , et en petit nombre. Il est vrai que la reine Anne commença à faire sa cour des dames plus grande que les autres précédentes reines, et, sans elle, le roi son mari ne s'en fût guère soucié; mais le roi Fiançois venant à son règne, considérant que toute la décoration d'une cour était des dames, l'en voulut peupler plus de la coutume ancienne. Comme de vrai , une cour sans dames est un jardin sans aucunes belles fleurs , et ressemble mieux à ime cour d'un satrape ou d'un Turc (où Ton ne voit ni dames ni demi) que non pas d'un grand roi chrétien ^ » Si le nouvel usage eût été contre les mœurs du temps, Brantôme, qui aimait mieux blâmer que louer, n'eût pas manqué de le dire. Loin de là : « Bien souvent, dit-il, ai-je vu nos rois aller aux champs, aux villes et ailleurs» y demeurer et s'ébattre quelques jours, et n'y mener point les dames; mais nous étions si ébahis» si perdus et fâchés, que, pour huit jours que nous faisons de séjour séparés d'elles et de leurs beaux yeux, ils nous paraissent un an. » François !•' ne les ouWîait jamais.

1. C'est ce que dit aussi le président Hénault : « Anne de Bretagne avoit commencé à attirer le» femmes i la cour; mais, comme Louis XII ne s'en occupoit guère, ce ne fut que sous François I*' qu'elles y parurent ayea ifilat. i»

Non-seulement il leur avait ouvert toutes les portes de ses palais et avait pris soin qu'elles y fussent traitées avec les plus grands égards, donnant à tous ses courtisans Fexemple de la galanterie la plus raffinée ; mais encore il ne négligeait pas de les mener avec lui lorsqu'il allait en chasse, en repas, en simple visite , chez les grands officiers de sa maison. Celait une règle scrupuleusement observée : il n'aurait pas marché sans cette escorte. Et elle était nombreuse.

Les deux reines, Claude et Éléonore, ayant l'une et l'autre préféré la retraite aux agréments d'une cour dissolue , où leurs droits étaient outrageusement méconnus , au premier rang de l'escorte s'avançaient les maîtresses avouées du roi ; les princesses, les femmes légitimes des maréchaux , des favoris, des principaux dignitaires, venaient ensuite. Elles étaient souvent primées en influence , sinon en dignité, par les dames de la petite bande ^ aimable confrérie dont Brantôme nous parle en ces termes : « Le roi François, ayant choisi et fait une troupe qui s'appelait la petite bande des dames do sa cour, des plus belles, gentilles, et plus de ses favorites, souvent se dérobant de sa cour, s'en partoit, et s'en alloit en d'autres maisons courir le cerf et passer son temps ; et y demeuroit là quelquefois ainsi retiré, huit jours, dix jours, quelquefois plus, quelquefois moins, ainsi qu'il lui plaisoit

et rhumeur Ten prenoit. » Enfin, au dernier rang, mais nous ne pouvons les omettre, arrivaient, sous la conduite d'une certaine Cécile de Viefville , d'autres dames de plus bas lieu, auprès desquelles les jeunes seigneurs des plus nobles et des plus riches maisons allaient chercher, aux frais du roi, de faciles plaisirs. Un parchemin bien curieux nous fait connaître les appointements de ces dames : « François , par la grâce de Dieu , roi de France , à notre amé et féal trésorier de notre épargne, maître Jehan Duval, salut et dilection. Nous voulons et nous vous mandons que , des deniers de notre dite épargne, vous payez, baillez et délivrez comptant à Cécile de Viefville , dame des filles de joie suivant notre cour, la somme de 45 livres tournois, faisant la valeur de 20 écus d'or sol à 45 sols pièce, dont nous lui avons fait et faisons don par ces présentes , tant pour elle que pour les autres femmes et filles de sa vacation, à départir entre elles ainsi qu'elles aviseront , et ce pour leur droit du mois de may passé , ainsi qu'il est accoutumé faire de toute ancienneté.... Donné à Paris, le dernier jour de juin, l'an de grâce 1540, et de notre règne le vjngt-sixième. >» Ainsi l'on faisait les choses au grand jour, sans fausse pudeur.

Les historiens ne nous apprennent pas si les femmes et les filles de cette vacation accompagnèrent François à l'entrevue qu'il eut avec le pape

en 1533, dans la ville de Marseille; mais cela n'est pas invraisemblable. Il est certain que les dames de la petite bande n'y manquèrent pas, et (chose encore plus sin^lière) elles firent partie, non du cortège royal, mais du cortège papal. En avant marchait une haquenée blanche , qui promenait le saint ciboire et d'autres ustensiles sacrés; ensuite paraissait le pape , assis sur une chaire portée par deux hommes aux larges épaules ; derrière le pape étaient les cardinaux; après les cardinaux, la duchesse d'Urbin , Catherine de M édicis , que suivait une grande foule de dames italiennes et de dames françaises. François avait conduit à Marseille toute la fleur de sa cour, pour recevoir dignement le pape et l'épouse future de son fils Henri.

François ne se contentait pas de rechercher la société des femmes. 11 leur accordait, en outre, une grande influence, même dans les affaires de l'État. Un des meilleurs historiens de ce temps, Tavannes, résume en ces termes le gouvernement de François I" : « Les femmes faisaient tout, même les généraux et capitaines. » Ce qui suffit pour expliquer, et non pour justifier, les étranges inconséquences , les désordres nombreux de ce gouvernement , où la faveur fut le premier titre et le caprice l'unique règle.

Nous avons parlé des princesses. Il faut maintenant introduire en scène les maîtresses du roi.

iiH FRANÇOIS l*^'

Voici l'opinion de Tavanncs sur la vie galante de François V' : « Il eut quelques bonnes fortunes, et beaucoup de mauvaises. » Brantôme ne s'exprime pas autrement : « Le roi François aima fort et trop; car, étant jeune et libre, sans difiTérence il embrassoit qui Tune qui l'autre. » 11 se corrigea, mais trop tard, suivant le même historien; et c'est alors que, renonçant à ces aventures vulgaires, dans lesquelles il se trouvait souvent le rival des moindres gens, il « institua (ce sont les termes de Brantôme) sa belle cour, fréquentée de si belles et honnêtes princesses, grandes dames et damoiselles,... s'accommoda et s'appropria d'un amour point sallaud , mais gentil , net et pur. »» 11 faut ici , pour citer Brantôme, le traiter comme les jésuites traitèrent les poètes obscènes de l'antiquité latine; il ùiut ï expurger. Nous n'avons, du reste, à nous occuper que des amours gentils et nets du roi François I". Les autres n'eurent pas la cour pour théâtre.

Il fut recherché, quelque temps avant la mort de Louis Xll , par la troisième femme de ce vieux roi, la jeune et belle Marie d'Angleterre. Outre qu'elle le trouvait fort à son goût, Marie faisait, en le courtisant, un calcul très-habile. Louis XII devait bientôt mourir, et, n'ayant pas d'enfants, sa veuve allait être contrainte de quitter le trône et peut-être la France , pour aller tristement finir ses

jours sur l'autre rive de la Manche ; mais si , par bonne aventure, un lien adultère lui donnait un fils, ce fils devant hériter de la couronne à la mort de Louis Xïl , elle était régente , et jouissait , durant une longue minorité, de tous les privilèges d'un si beau titre. François, déjà marié à la princesse Claude, mais déjà mari très-infidèle, ne se montra pas insensible aux caresses de la belle Anglaise; et cette affaire approchait du dénoûment, quand le chevalier d'honneur de la reine Marie, un sieur de Orignaux , gentilhomme du Périgord , se jeta fort à propos à la traverse. Brantôme nous a transmis le discours qu'il fit à François, en personne avisée, pour le détourner de ses desseins amoureux. De ce discours, un peu trop cru, nous ne voulons recueillir que ces mots : « Comment , Pâques-Dieu ! voulez-vous toujours être simple comte d'Angoulême, et jamais roi de France! » Quelle que fût l'énergie de cet argument, il n'eut pas d'abord un plein succès. François avait dès lors pour habitude , et peut-être pour principe , de donner le pas à ses caprices sur ses intérêts. Mais le sieur de Orignaux ne s'en tint pas à son discours ; il alla trouver Madame d'Angoulême , Louise de Savoie , et l'avertit. Elle fit au jeune comte une réprimande si sévère, que l'intrigue finit là. Elle finit si bien, que François admit bientôt au nombre de ses meilleurs amis Georges Brandon, duc de

Suffolk, ancien galant de la dame, et qu'il lui promit, dans un moment de chevaleresque effusion, de servir leurs amours. En effet, Louis XII étant mort, François parla de les marier. C'était traiter bien légèrement une bien grave question. Tous les conseillei's de François l'avertirent qu'il âHaît commettre une grande folie, et, pour remplir la plus inconsidérée de toutes les promesses, s'aliéner à jamais le roi d'Angleterre. François " permit du moins aux deux amants de contracter un mariage secret, à Paris même, avant que la

princesse , rappelée par son père , eût de nouveau traversé la Manche.

Puisque nous voulons distinguer les maîtresses secrètes ou vulgaires des maîtresses avouées de François I", et nommer celles-ci en négligeant celles-là , parlons sans autre transition de la belle Françoise de Foix, comtesse de Châteaubriant.

Varillas, qui n'est pas le plus véridique des chroniqueurs , a fait de leurs amours un roman funèbre. Le comte de Châteaubriant , ne voulant pas , dit-il , montrer sa femme à la cour , la tenait captive dans un vieux château de Bretagne. François , qui avait entendu parler, d'elle , la fit venir au moyen d'un stratagème. Elle parut à Amboise , et tous les regards furent éblouis par l'éclat de sa beauté. Que fit alors le mari jaloux? 11 courut s'en-

fermer dans le château qu'elle avait eu pour prison. Le roi l'eut à peine vue qu'il en fut épris. Mais , eu revenant d'Espagne, il l'avait oubliée, et d'autres charmes eurent bientôt trouvé le chemin de son cœur. La comtesse de Châteaubriant, ne pouvant s'accoutumer à sa disgrâce , prit alors le parti de la retraite, et retourna près du comte, son mari/ Ici comimencent les scènes tragiques. Le comte emprisonne sa femme dans une chambre tendue de noir, el ne lui permet de voir personne, si ce nW sa fille, âgée de sept ans. Cette lille meurt : dès lors le comte ne songe plus qu'à sa vengeance. Un jour, six hommes masqués et deux chirurgiens pénètrent avec lui dans la chambre noire , saisissent la comtesse , lui ouvrent les veines et puis l'abandonnent expirante sur son lit sanglant. Voilà le roman de Varillas.

On a pris la peine d'en discuter toutes les circonstances et de montrer qu'elles étaient fausses*' C'était faire beaucoup d'honneur à l'imagination de Varillas. Il est vrai qu'au xvi* siècle la justice ne recherchait guère les maris bourreaux de leurs femmes; Brantôme, dans un chapitre de ses Dames galantes , nous fournit de nombreux exemples de ces meurtres impunis. Mais, parmi ces exemples > on ne trouve pas celui du comte de Châteaubriant : il y a plus, Brantôme nous représente la comtesse jouissant à la cour des honneurs de son rang à l'é-

poque où, selon Varillas, elle était morte victime des rancunes jalouses de son mari. ..

Elle exerça beaucoup d'influence sur le roi , mais elle n'en abusa guère que pour élever ses frères aux plus hauts emplois, et ils en étaient dignes. II paraît qu'elle ne fut pas beaucoup plus fidèle au roî qu'à son mari. Le connétable de Bourbon s'est vanté d'avoir été fort avant dans ses bonnes grâces , et ce fut, dit-on, un des motifs de la haine qu'eut le roi contre lui. Mais si l'on n'a guère d'autre garant de ses relations avec Bourbon que Bourbon lui-même, on est un peu mieux informé de ses aventures avec l'amiral Bonnivet. C'était le plus galant et le plus beau des courtisans, et le plus entreprenant en affaires d'amour; il n'est donc pas extraordinaire qu'il ait été bien reçu par une favorite que son royal amant trahissait chaque jour, et sans aucun scrupule. François soupçonnait les intrigues de Bonnivet et de la comtesse ; mais celle-ci ne man* quait pas, devant le roi, de traiter Bonnivet comme un fat dont elle dédaignait les hommages. 11 était un jour chez elle , quand le roi , qui n'était pas attendu, se présenta. Bonnivet eut à peine le temps d'aller se cacher derrière les roseaux , les fleurs , les arbustes, avec lesquels on garnissait alors, pendant Tété, les vastes cheminées des appartements.

Quand François eut abandonné la comtesse de Châteaubriant , il eut la faiblesse de lui faire de-

mander par un de ses gentilshommes les bijoux ornés d'emblèmes, de galantes légendes, qu'en d'autres temps il avait suspendus lui-même à ses bras, à son cou. Elle faisait parade de ces gages d'un amoiu- trahi, et la nouvelle maîtresse s'en tenait pour offensée. Quand on se présenta pour les réclamer, elle répondit qu'elle était malade et qu'il lui fallait bien trois jours pour faire l'exacte recherche de tous ces précieux objets. Trois jours après, ils étaient convertis en un lingot d'or, qu'elle livrait au gentilhomme envoyé par le roi, lui disant : « Portez cela, et jurez au roi, sur ma parole, que le poids y est tout entier. Quant aux devises , elles sont gravées -dans mon cœur, et c'est là que le roi doit les chercher. » La leçon était bien donnée. Elle fut convenablement reçue. Le roi envoya le messager auprès de la comtesse , et lui dit : « Reportez cet or; j'aurais donné le double pour les seules devises. »

Voici l'épitaphe de la comtesse de Châteaubriant, composée par Clément Marot :

Sous ce tombeau gît Françoise de Foix ,

De qui tout bien tout chacun souloit dire ;

Et le disant , onc une seule voix

Ne s'avança d'y vouloir contredire.

De grand'beauté , de grâce qui attire,

De bon savoir , d'intelligence prompte ,

De biens, d'honneur, et mieux que ne raconte

Dieu éternel richement Tétoffa.

viateur, pour t'abréger le conte , Cy-gtt un rien là où tout triompha.

Anne de Pisseleu, qu'on appelait Mlle de Heilly, lille d'honneur de la reine mère, fut, au retour de Madrid, la maîtresse préférée de François I". Louise de Savoie , qui prétendait gouverner sous le nom de son fils, avait eu dans la comtesse de Châteaubriant une altière rivale. Elle voulait près du roi quelque fille qui sût borner son ambition à satisfaire les caprices de sa vanité. Telle lui semblait la demoiselle de Heilly. Elle était belle * et n'avait pas moins d'esprit que de beauté : mais , comme elle était bien de son sexe, elle aimait beaucoup mieux lire le Décaméron que le Rosier des Guerres y et préférait le commerce des poètes à celui des secrétaires d'État. Louise de Savoie comptait, d'ailleurs, qu'élevée par ses soins au plus haut degré de la faveur,

] . Voici des vers que Marot a faits à sa louange :

Sans préjudice à personne,

Je vous donne La pomme d'or de beauté.

Et de ferme loyauté

La couronne.

Mais il parait que son visage avait plutôt le charme de la tendre volupté que celui de la fraîcheur, car Marot lui dit encore :

Vous reprendrez, je l'affle

Sur la vie, Le teint que vous a 6té La déesâe de beauté

Par envie.

cette fille ne pousserait pas l'ingratitude jusqu'à travailler contre elle.

L'événement parut d'abord répondre à ses prévisions. Mlle de Heilly, devenue la maîtresse du roi , laissa le règlement de toutes les grandes affaires à sa protectrice, et se contenta d'intervenir dans celles où elle était désintéressée. La reine mère continua ses correspondances avec les maréchaux et les princes étrangers, tour à tour occupée de négocier la paix ou de pourvoir aux nécessités de la guerre. La favorite partagea son temps entre son amant et ses somptueuses fantaisies. On assure môme qu'à l'exemple de la comtesse de Châteaubriant elle donna plus d'un rival à François I". Elle aimait les riches costumes : son habillement ordinaire était une robe de drap d'or frisé, fourrée d'hermines, et une cotte de toile d'or incarnat semée de pierreries. Tous les amis du roi devenaient les siens; elle recherchait surtout la compagnie des érudits attachés à la cour, et leur demandait comme une faveur le droit d'assister à leurs doctes entretiens; elle aimait aussi les artistes et les protégeait , mais avec plus de passion que de discernement; elle favorisa môme les savants apôtres de la nouvelle religion, de manière à faire douter de son orthodoxie.

Le roi la recherchait d'autant plus qu'il la trouvait toujours de belle humeur, qu'elle ne lui parlait

jamais d'affaires , et jamais ne lui portait de plaintes. Rivale de la reine mère , la comtesse de Châteaiibriant l'entretenait souvent de ses griefs, lui demandant son appui contre une ennemie redoutée, et François, qui voulait ménager l'une et l'autre, éprouvait chaque jour le déplaisir de ne pouvoir les concilier. Il n'avait pas ces ennuis avec sa seconde maîtresse, et c'était un grand soulagement pour un homme faible et léger, qui d'ailleurs n'aimait pas à se trouver mêlé dans une intrigue. Il lui fit épouser, en 1536, Jean de Brosse, fils de René de Brosse, un des complices du connétable de Bourbon. René de Brosse avait trouvé la mort dans les champs de Pavie. Jean de Brosse ayant réclamé, conformément aux articles du traité de Cambrai , la restitution des biens confisqués sur son père, ne put d'abord Tobtenir; mais il apprit bientôt que, s'il voulait accepter pour femme la favorite du roi , ses biens lui seraient rendus, et rendus avec usure. Il consentit, et le roi s'empressa de remplir les conditions du marché. A ses domaines patrimoniaux, Jean de Brosse vit bientôt ajouter le duché d'Étampes ; et , comme il ne devait pas habiter le même toit que sa femme, on l'envoya gouverner la Bretagne, tandis que la duchesse d'Étampes ne quitta pas la cour. Il eut même le collier de l'ordre du roi, faveur qu'avait aussi réclamée le comte de Châteaubriant, et qu'il n'avait pas facilement obtenue. Marot a fait

de jolis yers sur la donation du duché d*Étampes à la belle de Heilly :

Ce plaisant val que Ton nom mait Tempe, Donl mainte histoire est encore embellie , Arrosé d^eaux , si doux , si attrempé , Sachez que plus il n'est en Tbessalie.

Jupiter roi , qui les cœurs gagne et lie , L'a de Thessale en France remué , Et quelque peu son nom propre mué :

Car pour Tempe veut qu'Étempes s'appelle.

Ainsi lui platt, ainsi Ta situé, Pour y loger de France la plus belle.

François fut donc toujours heureux auprès de la duchesse d'Étampes. 11 ne la soupçonna pas d*être infidèle, si, comme le prétend Brantôme, elle le fut ; et la mort le surprit ignorant qu'elle s'était rendue coupable d'une bien plus odieuse perfidie. Un certain comte de Bossut Longueval était, à la cour de François 1", le représentant gagé de Charles-Quint. Comme la santé du roi déclinait chaque jour, et comme chaque jour le parti du dauphin devenait plus puissant y le comte de Bossut fit sans peine comprendre à la duchesse d'Étampes que, le roi mort, elle était perdue. Amant de Diane de Poitiers, laquelle n'entendait partager le premier rang avec personne, le dauphin Henri ne devait pas hésiter, en montant sur le trône, à sacrifier la maîtresse de son père. Mais sur qui s'appuyer pour éviter cette

d28 FRANÇOIS I"

disgrâce? Louise de Savoie était morte ; la du d'Étampes n'avait pas d'autres amis, à la cou ceux du roi, et déjà leur crédit s'en allait. EU toujours témoigné beaucoup d'affection a d'Orléans; mais, à la mort du roi, le duc d'C lui-même allait être mis à l'écart, son frère déjà témoigné qu'il l'aimait peu. Il s'agissai premièrement de trouver un appui pour d'Orléans. Le comte de Bossul lui dit alorî dans sa situation désespérée , elle ne pouvait s'adresser qu'à Charles-Quint, et il se charg même de la négociation.

Charles-Quint promit de donner au duc d'C un établissement convenable dans le Milan dans les Pays-Bas ; et dès lors commencèn intrigues, les corespondances , les confldenc duchesse d'Étampes perdit son enjouement s'occupa plus que de ces affaires auxquelles de Savoie la jugeait impropre. Elle les ente en effet, assez mal; mais, tandis qu'on l'abus; de frivoles promesses, elle livrait, en échanj secrets du roi. François voyait bien qu'il était mais il accusait de cette trahison la reine Élé( le dauphin, tout le monde, excepté la du d'Étampes. Sur ces entrefaites, le duc d'C mourut. Peu de temps après, le roi le suivi la tombe, et la duchesse d'Étampes perdit 1 profit de son crime. Elle vécut, dans la suite,

ET SA COUR. iSi)

ment oubliée, qu'on ignore môme la date de sa mort.

Il faut aussi compter Diane de Poitiers au nombre des maîtresses de François I". C'est Tavis de mieray. Gaillard n'y veut pas souscrire, et suppose que les protestants ont imaginé cette calomnie. Ce sont les protestants qui sont ici calomniés. Cependant la vérité sur les amours de François et de Diane n'est pas celte histoire pleine d'horreur qui des romans a passé sur la scène. Jean de Saint-VaUier, père de Diane , avait été , dit le roman , le plus intime ami du connétable de Bourbon. Lorsque celuici prit la fuite , Saint-VaUier fut arrêté dans la ville de Lyon et condamné. L'échafaud était déjà préparc pour le recevoir, quand sa grâce lui fut accordée. Diane était allée se jeter aux pieds du roi, et, touché par la vue d'une si charmante iille , François lui avait accordé la vie de son père, non sans lui demander le sacrifice de son honneur. Voilà ce qu'on raconte. Mais ce récit manque de vraisemblance. D'abord Jean de Samt-Vallier n'obtint pas sa grâce entière, puisqu'il fut confiné dans une prison jusqu'à la fin de ses jours. Ensuite il répugne de croire que François I", toujours prompt, malgré le libertinage de ses mœurs, aux nobles émotions du cœur, ait fait avec la piété filiale un si abominable marché. Enfin, que nous parle-t-on d'une tendre vierge apparaissant tout à coup aux pieds de François et

le subjuguant par Véclat de ses charmes inconnus? Celte vierge était mariée, depuis le 29 mars 1516, conrnie nous l'apprend le P. Anselme, à Louis de Breié, comte de Mauleyrier, grand sénéchal de Normandie ; et François la connaissait si bien , dès ce temps-là, qu'il lui faisait l'insigne honneur d'assister à ses noces. On lit, en effet, dans le Journal dun bourgeois de Paris : u Les fériés de Pâques 1516, fut épousé le grand sénéchal de Normandie à la fille de M. de Saint-Vallier, et fut la fête faite en la maison àe Bourbon, à Paris, où y étoient le Roi, la Reine , et toute la seigneurie. » Tout autre est le récit de l'auteur de ce Journal sur l'aventure tragique de Saint-Vallier, conduit à la place de Grève pour y avoir la tèle tranchée, et recevant la nouvelle d'une commutation de peine, lorsqu'il allait périr sous la hache du bourreau. « Étoit bruit , dit le chroniqueur , que ledit seigneur de Saint-Vallier avait menacé le roi en son absence de le tuer, à cause de la défloration d'une sienne fille qu'on dit qu'il avait violée ; et fut la cause qu'il fut mis en cet état. Et, de fait, n'eût été le dit grand sénéchal de Normandie son gendre, il eût été décapité. » Ainsi, la grâce de Saint- Vallier aurait été accordée , non pas à Diane , mais à son mari, Louis de Brezé; et quand s'était formée, sous les auspices de Bom^bon, la conspiration qui menaça le trône et, dit-on, la TÎe de

François I*', Saint-Vallier s'y mêla pour venger l'injure dès longtemps déjà faite à sa fille. Ce récit nous éloigne beaucoup du roman. Ajoutons qu'il n'est pas invraisemblable. Nous avons, en effet, une preuve certaine des amours de Diane et de François. Elle nous est fournie par dix-huit lettres de Diane à son royal amant. L'authenticité de ces lettres sera-t-elle contestée? Elle ne peut plus l'être : une critique sagace les a soumises à toutes les épreuves ^ Laissent-elles simplement soupçonner d'intimes relations entre les deux personnages ? Tout le monde reconnaît que le sens en est très-clair , et qu'il n'y manque rien pour établir ce dont Gaillard a voulu douter.

Diane de Poitiers devint la maîtresse déclarée du dauphin Henri, dès qu'il fut en âge d'imiter son père. Elle n'était déjà plus jeune : cependant il l'aima passionnément et sans aucune retenue. Pour exphquer la violence et la persévérance plus étrange encore de cet amour, on a supposé que Diane , très-curieuse de sortilèges, avait fait présent au dauphin d'une bague enchantée, qui le retenait dans ses chaînes. C'est une anecdote que Nicolas Pasquier nous raconte, sur la foi de la duchesse

1. Elles ont été imprimées par les soins de M. Aimé Champollion, dans un vol. in-4 intitulé : Poésies du roi François P^, de Louise de Savoie, etc. Voir, sur l'authenticité de ces lettres, Appendice au Journal d*un bourgeois de Paris, par M. Ludo?ic Lalanne, p. 467, 468. ^

de Nemours. Mézeray, qui ne pouvait croire à la vertu de cette bague, donne au même fait une origine moins surnaturelle. Pour ne pas reproduire ici les termes un peu vifs de Mézeray, il faut dire que, sur son rapport, la dame était encore moins belle qu'impudique. Il ajoute : «» Et ce tempérament la portoit quelquefois à chercher ailleurs le comble du plaisir , quand elle trouvoit en lui ( le dauphin ) le comble des biens et des honneurs. >» N'est-ce pas de l'histoire ? Certes , personne n'accusera Mézeray d'avoir calomnié la vertu pour faire une antithèse.

Diane avait, du reste, quelques beaux côtés. Si, pour satisfaire à ses goûts de dépense, elle imposait chaque jour au dauphin de nouveaux sacrifices, elle employait bien cet argent; car les arts étaient, après la galanterie, la plus forte de ses passions. Elle faisait d'ailleurs, dans le genre libre, de jolis vers, ce qui prouve qu'on ne l'a pas trop flattée en disant qu'elle avait du goût, et qu'elle distinguait parfaitement le vrai mérite du présomptueux pédantisme. On a déjà cité *, d'après un manuscrit de la Bibliothèque impériale , ces vers coquets de Diane au dauphin : •

Voici vraiment qu'Amour, un beau matin ,

1. M. Valout, Souvenirs historiques des résidences royales, t lV,%p. 120. . . ifcr

S'en vint m'offrir fleurette très-genlille.

Là se prit-il à orner votre teint ;

Et vilement marjoleine et jonquille

Me rejetoit, à tant que ma mantille

En étoit pleine , et mon cœur se pâmoit.

Car , voyez-vous , fleurette si gentille

Étoit garçon frais , dispos et jeunet.

Ains , tremblotant et détournant les yeux :

c Nenni, disois-je. — Ah l ne serez déçue , »

Reprit Amour ; et soudain à ma vue

Va présenter un laurier merveilleux.

ce Mieux vaut, lui dis-je , être sage que reine f »

Ains me sentis et frémir et trembler....

Et Diane faillit...; et comprendrez sans peine Duquel matin je prétends reparler.

On sait d'ailleurs qu'elle protégea constamment le Primatice , qu'elle distingua Jean Goujon , et qu'elle fit doter la verve tragique de Jodelle. Si elle se montra l'ardente ennemie des réformés, qui lui rendirent toute sa haine et ne la ménagèrent pas dans leurs écrits, elle fut, en d'autres affaires, inspirée par des sentiments plus généreux; si, jalouse de se faire valoir et de dominer, elle remplit la cour de factions et de cabales, ses protégés ne furent pas les plus mauvais serviteurs de la couronne, et leurs compétiteurs ne les valaient pas. Brantôme a pris son parti contre les historiens calvmistes ; mais il l'a trop louée. Cependant il faut le croire, lorsqu'il raconte qu'à l'âge de soixante-dix ans elle était encore assez

belle pour exciter radmiration. C'est un privilège qu'ont eu certaines femmes, entre celles-là même qui ont le plus abusé de leur jeunesse ; et l'on cite Diane de Poitiers et Ninon de Lenclos comme les plus rares exemples de cette florissante longévité.

N'en est'Ce pas assez sur les galanteries de François 1" ? La plupart des historiens , même les plus discrets, nous représentent ce roi comme le sultan Saladin de la vieille légende , environné d'un troupeau de damoiselles , toutes jalousés de lui plaire , et lui plaisant toutes , ou presque toutes , cbaeune à son tour. Brantôme et la reine de Navarre ( qui devait être bien informée des amours de son frère) nous parlent encore de plusieurs maris outragés , soit à la cour, soit à la ville, par cet effréné coureur de galantes aventures. Mais pour redire ces anecdotes, il faudrait braver l'honnêteté, même dans les mots *.

C'est une liberté que l'on avait autrefois , et dont

1. Nous emprunterons simplement Fanecdote suivante au Journal d'un bourgeois de Paris :

« En ce temps (1515) lorsque le roi était à Paris, il y eut un prêtre qui se faisoit appeler M. Cruche, grand fatiste ; lequel, un peu devant, avec plusieurs autres, avoit joué publiquement à la place Maubert, sur échafauds, certains jeux et novalités, c'est à savoir sottie, sermon , moralité et farce, dont la moralité contenoit des seigneurs qui portoient le drap d'or a credo et emportûient leurs terres sur leurs épaules, avec autres choses morales et bonnes remonstrations. Et à la farce fut ledit M. Cruche et avec ses complices, qui avoit une lanterne, par laquelle voyoit

£T SA COUR. iZb

on usait jusqu'à Tabus. Nous l'avons perdue : nos mœurs étant mieux réglées , notre goût est devenu plus sévère ; nous ne supportons plus ni les images ni les termes obscènes , et , quand Thistorien moderae est contraint de rapporter certaines circonstances que les anciens annalistes abordent sans hésiter, il faut qu'il se borne à l'esquisse. C'est une règle que nous voulons , pour notre part, fidèlement suivre.

Cependant ne parlerons-nous pas de la belle Fer-

toutes choses , et entre autres, qu*il y avoit une poule qui se nourrissoit sous une salamandre, laquelle poule portoit sur elle une chose qui étoit assez pour faire mourir dix hommes. Laquelle chose étoit à interpréter que le roi aimoit et jouissoit d'une femme de Paris, qui était fille d'un conseiller à la cour du parlement nommé M. Le Coq. Et icelle étoit mariée à un avocat en parlement, très-habile homme, nommé M. Jacques Dishomme, qui avort tout plein de biens dont le roi se saisit. Tôt apjès le roi envoya huit ou dix des principaux de ses gentilshommes, qui allèrent souper à la taverne du Château, rue de la Juiverie ; et là y fut mandé , à fausses enseignes , ledit messire Cruche, feignant lui faire jouer ladite farce. Dont lui venu au soir, à torches, il fut contraint par lesdits gentilshommes jouer ladite farce : par quoi incontinent et du commencement icelui fut dépouillé en chemise, battu de sangles merveilleusement et mis en grande misère. A la fin il y avoit un sac tout prêt pour le mettre dedans et pour le jeter par les fenêtres, et finalement pour le porter à la rivière; et eût ce été fait, n'eût été que le pauvre homme crioit très-fort, leur montrant sa couronne de prêtre qu'il avoit en la tête. Et furent ces choses faites, comme avoué de ce faire du roi. » Sur les poursuites , la confiscation et toutes \çs violences exercées contre Jacques Dishomme, l'infortuné mari, on peut voir le même Journal, pages 65, 69.

ronnière? Il est assez difficile de taire un amour dont les suites furent si graves. Voici de quelle manière le fait nous est rapporté par Mézeray, le moins badin des historiographes : « Trois mois après (après l'entrevue d'Aiguës -Mortes , en l'année 1538), le roi fut grièvement malade d'un fâcheux ulcère. Ce mal, disoit-on, étoit un effet d'une mauvaise aventure qu'il avoit eue avec la belle Ferronnière , l'une de ses maîtresses. Le mari de cette femme, désespéré d'un outrage que les gens de la cour n'appellent que galanterie, s'avisa d'aller en un mauvais lieu s'infecter lui-même , pour la gâjer et faire passer sa vengeance jusqu'à son rival. La malheureuse en mourut; le mari s'en guérit par de prompts remèdes. Le roi en eut tous les fâcheux symptômes , et , comme les médecins le traitèrent selon sa qualité plutôt que selon son mal , il lui en resta toute sa vie quelques-uns.» D'autres affirment que la vengence du mari fut plus complète , François étant mort victime de ce mystérieux empoisonnement. Si non caste, tamen caute: si François n'ignorait pas cette maxime, il ne l'a jamais pratiquée. Nous avons nommé, parmi les dames qui suivaient la cour, les princesses et les grandes maîtresses; il faut désigner encore plusieurs dames d'un moindre état, qui venaient à leur suite, et dont quelques-unes furent leurs rivales, mais leurs rivales d'un jour.

Marot a chanté la beauté de Mlle de Massy :

Sous vos atours bien fournis ,

D*or garnis , A Vénus vous ressemblez.

Sous le bonnet me semblez

Adonis.

Ce qui semble dire qu'elle avait les traits réguliers, mais un peu mâles. La chanson Tinscrit au nombre des maîtresses du roi dans ce couplet :

Calysto pour digne guerdon D'avoir de Jupiter le don

Fut au ciel transformée ; Mais Vautre lui donne le bond ,

Car elle est plus aimée.

Cette autre mystérieuse, c'est, dit un ancien commentateur, Mlle de Massy. Nous le voulons bien. Le même interprète nous assure que le couplet suivant chante les amours du maréchal de Montmorency et de la marquise de Nesle :

Vénus , planète de beauté , A bon droit donne sa clarté

A Mars, ami propice :

Mais Vulcain est si mal traité ,

Qu'elle lui fait éclipse.

La comtesse de Vertus , femme de François III de Bretagne , avait une meilleure renommée suivant Marot :

Vu cette belle jeunesse

Et noblesse Dont vos esprits sont vêtus , Deux fois serez de Vertus

La comtesse.

Est-ce la rime qui dit cela? Mme du Bellay n'aura pas, grâce à Brantôme, la même renommée. Elle aimait le sieur de Tays , qui ne s'inquiétait d'elle aucunement. Quand Paul III vint à Nice visiter François I«', elle présenta requête au pape , et lui demanda contre le bel indifférent une sentence .d'excommunication, considérant, disait-elle, que celui-là sera maudit qui n'aime point étant aimé.

Mme de Canaples n'a pas été plus épargnée dans les Mémoires du chroniqueur; mais le poète, sans hésiter, la compare à Pallas. Lequel faut-il croire? croyons le poète.

Voici maintenant l'aimable confrérie des demoiselles d'honneur. A Mialant l'aînée Marot envoie cette étrenne :

Miolant i'atnée est bien ,

Et de rien Ne doit être mal contente :

Pourvu que la longue attente

Vienne à bien !

Et à Miolant la jeune :

A Miolant la puînée ,

Cette année .

Lui doint sur l'été luisant

Ce qui seroit bien duisant A rainée !

Nous avons déjà nommé Mlle de Bonneval , que poursuivait le comte de Saint-Paul. Marot lui dit :

Sa fleur durer ne pourra ,

Et mourra :

Mais cette grâce , laquelle La fait toujours trouver belle ,

Demourra.

Il traite mieux encore la demoiselle de La Châtaigneraie :

Garde-toi de décocher ,

Jeune archer, Pour à son cœur faire brèche ; Car elle feroit la flèche

Reboucher.

A Mlle de Torcy :

Damoiselle de Torcy ,

Cet an-ci Telle étrenne vous désire

Qu'un bon coup vous puissiez dire :

(t Grand merci ! »

Elle épousa le sieur de Fontaiue-Chalandray. On rappelait à la cour la belle Torcy.

 Mlle de Rieux :

Damoiselle de Rieux En maints lieux L'embonpoint se pwd et gâte :

Je suis d'avis qu on se hâte Pour le mieux I

En la même compagnie étaient les demoiselles de Duras, de Téligny , d'Avaugour, de La Chapelle, de Saint-Tam, de Melvrillon, de L'Estrange, etc., etc. On ne peut les nommer toutes.

Les trois âls du roi se firent une gloire d'avoir des maîtresses et de le publier. C'était le ton de la cour. Leur père ne les blâmait pas de ces écarts : loin de là; s'ils eussent été de mœurs sévères, il les eût tenus comme n'étant pas de sa race. Il encourageait lui-même tous ses gentilshonmies à suivre son exemple. « J'ai ouï conter à aucuns, lisons-nous dans Brantôme, qu'il vouloit fort que les honnêtes gentilshommes de sa cour ne fussent jamais sans des maîtresses ; et , s'ils n'en faisoient , il les estimoit des fats et des sots : et bien souvent aux uns et aux autres leur en demandoil les noms, et promcttoit les y servir et leur en dire du bien, l^nt il étoit bon et familier. » On soupçonne que de tels encouragements devaient porter leurs fruits. Il est toujours difficile de résister à l'attrait de la galanterie ; mais quand cette résistance n*est pas honorée, mais honnie, quand un roi tout-puissant, comme l'était François 1*', ordonne à tous les seigneurs de sa cour de l'imiter en ses dérèglements, et n'admet que des libertins au nombre de ses favoris, il n'y a plus de frein à la débauche. Qui

voudra s'en convaincre lira les Dames galantes de Tabbé de Brantôme : c'est le registre des prouesses galantes de la cour, sous les règnes de François P' et d'Henri II. Quelquefois il nomme les personnages; le plus souvent il se contente de raconter les aventures et n'en désigne pas les héros. Lui restait-il quelque pudeur? On doit le croire; mais, quand on connaît Brantôme, on se demande ce qu'étaient les gens qui, sous le rapport des mœurs, valaient moins que lui.

Non, ce n'est pas à dire qu'à la cour de Fran-^ çois I" toutes les femmes fussent, à proprement parler, des courtisanes. On en rencontraitplus d'une, même parmi les plus jeunes, qui se piquaient de bien veiller sur leur honneur. Mais toutes, ou presque toutes, elles prirent le ton de la coquetterie. Marot avait fait quelques vers sur l'amoiu' du bon vieux temps; Victor Brodeau lui répondit par ce rondeau :

Au bon vieux temps, que l*amour par bouquets. Se demenoit et par joyeux caquets , La femme étoit trop sotte , ou trop peu fine ; Le temps depuis , qui tout fine et affine , Lui a montré à faire ses acquêts;

Lors les seigneurs éloient petits naquets ; D'aux et oignons se faisoientles banquets, Et n' étoit bruit de ruer en cuisine Au bon vieux temps.

[er

lia FRANÇOIS P

Dames aux huis n'avoient clés ni loquets; Pour garde-robe étoient petits paquets De canevas ou de grosse étamine :

Or, diamants on laissoit en leur mine, Et les couleurs porter aux perroquets , Au bon vieux temps 1

L'ère nouvelle avait émancipé les femmes. Brodeau nous est suspect d'avoir un peu regretté les anciennes mœurs; mais ce n'est qu'un poète, et de plus graves docteurs, des philosophes, car ils aiment à s'entendre appeler de ce nom, sont venus dogmatiquement démontrer qu'en émancipant les femmes, François I" avait fait œuvre sociale. Il ne s'en doutait guère.

Page 1