‹ François Ier [i.e. premier]: portraits et récits du seizième siècleChapitre 12 sur 40 · XX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

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lité plus cher que les étrangers, et elles donnent plus d'embarras, parce que manquant de discipline et de la première éducation des armes, il faut les former au métier. Mais les qualités militaires de la race se retrouvent en elles.

a Ce que j'admire dans ces fantassins, — nous dit Bran^ tome, — c'est que vous voyez des jeunes gens sortir du village, de la labour, des boutiques, des écoles, des postes, des forges, des écuries et de plusieurs aultres lieus pareils, bas et petits ; ils n'ont pas demeuré plustôt quelque temps dans ceste infanterie que vous les voyez faicts, aguerris, façonnés ; de rien qu'ils étoient venant à estre capitaines et esgaux aux gentilshommes, ayant leur honneur en recommandation aultant que les plus nobles, faisant comme ceux-ci des actes vertueux. Voyez quelles obligations ils ont aux armes ^ . »

On réservait dans ces compagnies des places favorisées de lancespessades (lances rompues) aux jeunes nobles à qui la fortune ne permettait pas de s'équiper dans la cavalerie.

Les Suisses, depuis Louis XI, jouent un grand rôle dans notre armée. Ce sont d'excellents soldats, remarquables par l'ensemble et la régularité des mouvements. « Il ne faut pas leur montrer le métier, — dit Brantôme ; — il suffit de leur donner avis de ce qu'on veut qu'ils fassent. » Les lansquenets, moins sûrs et réguliers, sont des aventuriers de hasard, sans foi ni loi, d'un aspect misérable, parfois horrible, mais de résolution et de courage. On les redoutait fort après la bataille pour la cruauté.

L'artillerie est jointe à l'infanterie. Longtemps manœuvrée par des hommes de pied détachés de leur corps, c'est seulement au quinzième siècle qu'on forma une division spéciale de canonniers attachés à son service.

> Brantôme, t. I, p. 600.

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Qu'on se représente donc cette armée royale ainsi composée, d'un maniement facile par le petit nombre, d'un aspect pittoresque, alerte, brillante d'ardeur et d'entrain joyeux. L'uniforme alors n'existant pas, — sauf pour chaque corps un signe de reconnaissance, — la richesse et la diversité des costumes en rehaussent encore l'éclat extérieur. Le goût de la parure est extrême ; ni la peine ni le danger n'amortissent la Tanité et la coquetterie.

Au centre, ce sont les belles compagnies d'ordonnance, chevaliers bardés de fer, menées par le Roi, formant l'avantgarde et la bataille^ et les chevau-légers sur les ailes. L'armure est arrivée à la perfection du mécanisme ' ; les armes sont des œuvres d'art. Les plastrons, les boucliers, les casques merveilleusement travaillés représentent des personnages symboliques, des groupes appartenant à la légende et à rhistoire. Les éperons, les poignées des épées, le cimier des casques sont ciselés avec la plus grande finesse '.

De riches vêtements s'aperçoivent sous l'armure ou sont jetés négligemment par-dessus : la journade à larges manches ouvertes à l'épaule et tombant droites le long du corps, la jacquette ou sayon, sorte de tunique sans manches serrée à la taille avec une jupe courte tuyautée, le hocquetoriy manteau court et flottant attaché au cou. Ces vêtements, de riches étoffes et de vives couleurs, sont brodés d'or, de soie, de pierres précieuses aux armes du cheva-

^ Oa le reconnaît dans les panoplies da temps à l'équarrissement prodigieux des solerets, aux épaulières qui se relèvent pour protéger le cou, aux cuissots qui ne sont plus fermés, à la forme bombée de toutes les pièces. Souvent le métal est cannelé ou rubanné , quelquefois décoré de bandes sur lesquelles des dessins sont exécutés en fines gravures. — Quicherat, Histoire des costumes,

^ Les plus belles, qu*on peut voir encore dans nos musées, venaient d'Italie. Il feut dire qu'un grand nombre étaient de pur apparat, destinées seulement à être portées devant leurs maîtres dans les cérémonies, par les pages et varlets.

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lier et ordinairement de la main de sa maîtresse. Le bouclier est retenu au côte par une ceinture de velours agrafée d'or dans laquelle est passé le poignard. Djes crevés de satin s'aperçoivent derrière la jambière, et un ruban de soie déguise la jointure de celle-ci avec le soleret. Des colliers d'or à écussons sont suspendus au cou ou passés en bandoulière, et le casque est couronné d'une forêt de plumes droites d'où s'échappe un long panache retombant sur le dos.

Dans l'infanterie française, les soldats s'habillent à la mode du jour la plus fringante, en pourpoints de couleurs variées et de riches étoffes, avec des chaînes d'or étalées sur la poitrine quand ils en ont'; les chausses blanches ou noires, parfois bariolées; les hauts-de-chausses plus bariolés encore, les deux jambes diverses. Partout des crevés de satin et de velours, et des fouillis de rubans. Leurs chapeaux sont d'immenses bérets surchargés de plumes.

Les Suisses portent les couleurs et la croix de leur canton, avec les chapeaux jaunes aux larges ailes et la plume bleue couchée par-dessus. Les lansquenets sont vêtus de la façon la plus disparate, d'ordinaire fort dépenaillés. Des peaux de bêtes se mêlent dans leurs costumes aux plus affreux haillons. Ils prennent plaisir à se rendre effrayants parlahideur^

Dans chacun de ces corps, d'origine et d'éducation communes, règneune étroite solidarité. Les chefs, très indépendants les uns des autres, possèdent sur leurs troupes un immense pouvoir. Chaque capitaine est une manière de souverain. Il nomme les officiers secondaires et décide de leur avancement; il enrôle les hommes, touche et distribue la solde, opère les retenues, veille au fourniment et à la

* Brantôme, t. I, p. 580. — Voir aussi, dans Brantôme, la description très curieuse d*un camp dans une armée en campagne, t. II, p. 514.

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subsistance, et rëpond de toutes les infractions. Pas d'inten* dance alors. L'État a bien ses fournisseurs ou commissaires des vivres qui suivent Farmée en vue de ses besoins journaliers, mais ils restent soumis aux chefs militaires, et les choses vont si souvent à la diable que nous voyons des vivandiers libres la suivre également, en vue de tirer avantage des irrégularités du service. Brantôme recommande même de les bien traiter, « afin de se prémunir contre la disette » . Les chefs d'ailleurs, qui appartiennent tous à la noblesse, ne sont pas asservis au métier. Ils varient les commandements dans Tannée avec la diplomatie, le gouvernement des provinces, les missions au dehors, les affaires dans le conseil du Boi. La diversité des fonctions élargit les idées et accroît les forces. On y prend, avec les vues d'ensemble, l'esprit d'initiative et de décision, le sentiment supérieur d'une autorité responsable. Dans l'armée, les subordonnés sentent cela. Chaque corps forme comme une grande famille où tout le monde se connaît et que resserre le lien d'une mutuelle confiance. Le compagnonnage des armes est le sentiment le plus riche en abnégations généreuses, en expansions, en élans. L'armée est aussi en grand honneur; on y vient librement. Chacun a la passion de son état; chacun en est fier.

Qu'on compare à la nôtre cette façon d'armée.

Aujourd'hui, la conscription arrache indistinctement à leurs foyers et à leurs travaux des hommes de toute provenance, pour les jeter confusément dans d'innombrables corps dont un théoricien calcule d'avance les mouvements et la position. Une artillerie formidable massacre les combattants à toute distance, et décide parfois du sort de la bataille sans qu'ils sachent même d'où partent les coups. Une rigoureuse hiérarchie et une réglementation minutieuse ne laissent de place ni à l'initiative

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