XXVI INTRODUCTION
nant à se soustraire au Roi pour se gouverner eux-mêmes. Le Parlement, TUniversité, TÉglise, les États généraux et provinciaux, les Communes, les Corporations prétendent tous à Tindépendance, et la confusion est d'autant plus grande que la monarchie ayant absorbé la Féodalité sans la détruire, les vieux pouvoirs subsistent encore partout à côté des nouveaux. Ainsi s'exercent simultanément la justice du Roi, celle des seigneurs, celle des communes, celle de TÉglise' ; puis celle du Parlement, qui, sortant du conseil du Roi et représentant une cour supérieure, prétend en outre contrôler les choses de TÉtat' ; T Université entend posséder en propre renseignement'; l'Église, la religion; les communes, l'administration locale; les corporations, le travail libre; et nombre d^anciennes familles, des fonctions héréditaires. Les États généraux et les États provinciaux prétendent représenter la nation et les provinces^, et le Roi tranche sur le tout.
^ LoYSEAU, Des seigneuries y p. 75 et suiv.
^ Le Parlement sortait du conseil du Roi, dont il formait à l'origine la partie contentieuse. Au treizième siècle, il devint permanent et sédentaire pour la commodité des juges et des parties ; au quatorzième siècle, Philippe le Bel régularisa la situation en le constituant en cour de haute justice, mais il se souvint toujours qu'il émanait d'un corps politique et ne cessa de prétendre au gouvernement. Dictionnaire historique de Lalanne, p. 1411 ; GnÉRrEL, Institutions de la France ^ t. II, p. 943.
* L'Université fut formée par Philippe- Auguste, de la réunion de plusieurs grandes écoles psrticulières. Elle prétendait aussi s'ingérer dans le gouvernement. Charles VU, en 1459, la réforma en la mettant sous le contrôle du Parlement. Ces deux corps étaient incessamment en querelle. Ghéruel,* Institutions de la France y t. II, p. 1233.
4 On connaît l'origine des États généraux. Philippe le Bel, dans sa querelle avec la papauté, voulant se fortifier de la bourgeoisie, appela dans son conseil, composé de barons, d'évêques et de légistes, les députés des communes et de l'Université. Cette assemblée, réunie pour la première fois à Notre-Dame, le 13 avril 1302, prit le ntfm d'États généraux. Les États provinciaux paraissent avoir été à l'origine l'assemblée des principaux feudataires de la province, laïques et ecclésiastiques se rendant aux plaids du seigneur. Cette assemblée fiit complétée, au quatorzième siècle, par le concours de la bourgeoisie. Les États provinciaux se tenaient tous les ans et votaient
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Ces petites souverainetés particulières, dont les limites ne sont déterminées nulle part avec précision, entreprennent sans cesse les unes sur les autres ; aucun ordre ne préside à leurs rapports, et la confusion est au comble. Quant au pouvoir royal, le droit divin n'étant point encore inventé ' , ses décrets ne sont qu'une série d'usurpations, et quand ils gênent la noblesse, elle sait bien montrer par ses révoltes que l'esprit féodal vit toujours.
Nos limites ne nous permettent pas de retracer l'histo* rique de cette transformation, ni de faire le tableau de l'état anarchique qui en était sorti. Nous ne pouvons qu'en indiquer l'origine et le caractère.
La société, au seizième siècle, en raison des nouveaux éléments qui la compliquaient chaque jour davantage, était arrivée à ce degré de désordre où un changement devenait inévitable. Le développement du commerce et de l'industrie qui crée de nouvelles sources de richesses, la science qui commence à nattre, l'invention de l'imprimerie, la découverte du nouveau monde, les grandes entreprises de la marine, une politique qui rapproche les peuples sous la conception d'un équilibre de forces européennes, tous ces intérêts étrangers au moyen âge appellent une modification profonde dans les rapports de la vie nationale. Quel en sera le caractère constitutif?
D'après les tendances de la nation et ses précédents historiques, nous pensons que son développement normal était alors de remplacer la république aristocratique et militaire de la féodalité par la république aristocratique et politique d'une monarchie constitutionnelle, et nous pensons qu'elle en avait tous les éléments.
les subsides. La monarchie, à laquelle ils résistèrent souvent, en supprima un grand nombre. Les provinces qui les gardèrent prirent le nom de Pays d* États. ^ Charles Sbignobos, De la féodalité en Bourgogne,
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Les mœurs d'abord. Elle avait les habitudes d'activité, les goûts d'indépendance, la fierté de soi-même que développe une société peu réglée où l'individu a constamment à se défendre, et en même temps le sentiment de solidarité qu'on acquiert dans la vie en groupes et en corps d'état. Les classes, très distinctes, n'étaient point hostiles. Le tiers jouait un rôle considérable dans l'administration et le gouvernement, et la noblesse, plus militaire que politique, n'en prenait point ombrage parce qu'il ne chassait pas sur ses terres. Ces deux classes, moins mêlées par d'avides mariages qu'au siècle suivant, vivaient en meilleure harmonie. Le clergé les liait. Recruté dans l'une et dans l'autre, il était très populaire et s'unissait presque toujours au tiers dans les réclamations d'ordre public. Les trois ordres se ralliaient au Roi comme au représentant de la nation, et leur fidélité, leur dévouement étaient extrêmes. Le Roi appartenait à tous. Son palais ouvert était d'un facile abord; sa personne simple et sans hauteur. Rien alors dans l'étiquette de cour des minuties absorbantes, mesquines, tyranniques et parfois injurieuses qu'on trouvera plus tard à Versailles. Écoutons, au sujet des rapports de classe, l'ambassadeur vénitien Michel Suriano (1561) :
« La nation française, — dit-il, — est partagée en trois ordres d'où viennent les trois états du royaume. Le premier est le clergé, le second la noblesse, le troisième se compose des autres conditions, souvent très différentes, et prend le nom de tiers état.
« Le clergé se recrute dans le tiers état et la noblesse, surtout parmi les putnés des grandes maisons, et comprend aussi des étrangers qui ont rendu des services au pays et gagné ainsi la faveur du Roi. Il veille à la religion, mais les prélats ne peuvent toujours demeurer dans leurs résidences selon les décrets, car le Roi exige d'eux des services
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publics et souvent les envoie en ambassade dans les cours étrangères. Nombre d'entre eux vivent à ses côtés et y font grande figure par l'importance de leur suite et le luxe de leurs habillements.
Ci Les nobles ne paient pas d'impôts, mais sont requis en échange du service personnel en cas de guerre. La plupart n'étant pas riches, lorsqu'ils viennent à la cour, où tout est cher, se ruinent par les frais des serviteurs, chevaux, habillements, nourriture. Au contraire, leur vie simple et privée dans les châteaux n'exige pas de grands frais. C'est pour cela qu'on a introduit la coutume de servir le Roi par quartiers. Chacun prend son tour pendant trois mois.
(c Le tiers comprend les magistrats qu'on appelle hommes de robes longues, les lettrés, les marchands, les artisans, le peuple et les paysans. Les premiers des magistrats sont anoblis par leur charge, et on les traite comme nobles pendant toute leur vie.
« Le tiers état a dans ses mains quatre offices importants. La première charge est celle du grand chancelier, qui entre dans tous les conseils, garde le sceau royal, et sans Tassen* timent duquel rien ne se peut délibérer, ou rien de décidé ne pourrait se mettre à exécution. Le second office est ' celui des secrétaires d'État , lesquels , chacun dans sa sphère, expédient les affiiires, gardent les papiers, sont les dépositaires des secrets les plus graves. Le troisième est celui des présidents, conseillers, juges, avocats, qui tiennent la justice. Le quatrième est celui des trésoriers, percepteurs^ Receveurs en détail et receveurs généraux qui administrent les revenus et toutes les dépenses de la couronne.
« Le peuple possédant ces importants offices et ces charges très honorées, tout le monde veut envoyer aux études quelqu'un de sa famille. Les nobles aussi et les princes mêmes envoient quelquefois leurs enfants à l'étude, notam-