XXX INTRODUCTION
ment les puînés pour les faire entrer dans TÉglise, parce qu'à présent on ne donne plus aussi aisément les sièges épiscopaux à des ignorants. Voilà pourquoi le nombre des étudiants est plus grand en France que partout ailleurs. Paris à lui seul en renferme plus de quinze mille ' . »
Ces trois clauses avaient depuis deux siècles, dans les États généraux, leur mode de représentation.
Les États généraux, il est vrai, n'ont jamais été en France qu'une représentation nationale irrégulière, dénuée d'autorité positive. Le Roi, qui les avait créés pour lui venir en aide et qui les convoquait à sa convenance, les traitait en auxiliaires, non point en contrôle, et ne supportait pas volontiers leurs remontrances. Toutefois, les États généraux, très dévoués à la monarchie et prêts à tous les sacrifices en vue de la défendre, — par la force naturelle qui pousse les corps constitués à l'indépendance, — ne tendirent pas moins, presque dès le début, à représenter les intérêts de la nation, et, de fait, ne cessèrent de les faire valoir avec plus ou moins de courage et de bonheur. Si leurs vœux sont presque toujours demeurés stériles, du moins nous indiquent-ils les aspirations du pays. Or, on est surpris de les trouver dès le quatorzième siècle à peu près les mêmes qu'en 89 : égalité devant la loi ; vote de rimpôt par les États; son égale répartition sans distinction de classe; contrôle des États dans toutes les questions de finance; partage du pouvoir avec le Roi. En un mot, les éléments de la monarchie constitutionnelle.
Ces réclamations, soutenues par le tiers et le clergé, avaient éclaté comme un orage en 1355 et 1356, au milieu du désarroi de nos armes. Bientôt écrasées par la royauté et la noblesse dont elles menaçaient les privilèges, elles
' Relation des ambassadeurs vénitiens, t. I, p. 481 et 4S9. Nous avons donné seulement l'analyse de ce rapport.
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n'en étaient pas moins restées au cœur de la nation, comoie son desideratum le plus cher. Si, pendant plus de deux siècles, les États dominés par ie pouvoir royal n'osent les renouveler ouvertement, on sent qu'ils y songent toujours ; et en effet, en 1 56 1 , à Orléans età Amboise, enhardis par la minorité du Roi, les divisions des partis, les troubles religieux, ils ne manqueront pas de les reproduire.
Dès le commencement du seizième siècle, la transformation était donc mûre. Ses principes avaient déjà pris pied dans les institutions existantes, et ils allaient être consacrés par une nouvelle doctrine religieuse qui s'emparait des esprits. Or, aucun pays mieux que la France n'était préparé à cette doctrine.
l'église gallicane.
Quand le christianisme naquit, sous l'empire romain, rencontrant d'abord l'indifférence et le dédain du pouvoir, puis son hostilité, sa haine, ses persécutions, il se manifesta sous la forme de congrégations libres et disséminées, se gouvernant elles-mêmes. Plus tard, en arrivant au trône avec Constantin, il s'assimile les principes et l'organisation politiques de l'Empire, et depuis il les a gardés. Après la eonversion des nations barbares, au plus beau temps de la féodalité, Rome ne cesse de proclamer la théorie d'une monarchie absolue et universelle : le Pape, vicaire de Dieu sur la terre, commandant aux peuples et aux rois, et elle tente même de la réaUser.
Au onzième siècle, le génie de Grégoire VII, la hauteur de son âme, son esprit audacieux, sa volonté énergique,