‹ François Ier [i.e. premier]: portraits et récits du seizième siècleChapitre 18 sur 40 · XXXIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXIV INTRODUCTION

son appel, en l'ëglise Notre-Dame, pas une voix ne s'élève dans tout le clergé, de France pour défendre son chef. On connaît la fin de la querelle : Boniface, assailli à Anagni par Nogaret et Colonna à la tète d'une troupe d'aventuriers, saisi, accablé d'outrages, tenu en prison, et lorsqu'il est délivré et ramené à Rome, se brisant la tête contre les murs dans un accès de folie.

C'était fini des grands papes du moyen âge. Après Boniface, l'Église demeure pendant soixante-dix ans asservie aux Rois de France avec les papes d'Avignon. Puis Grégoire XI rentré dans Rome, en 1376, sous l'influence de deux saintes d'une grande renommée populaire, sainte Brigitte et sainte Catherine de Sienne, étant venu à mourir, le schisme commence. Il dure près d'un siècle. Deux papes et souvent trois à la fois, entre lesquels se partagent les souverains de l'Europe, prennent à leur solde des compagnies d'aventuriers menées par des prêtres, rivalisent de violence, d'injures, d'excommunications, et mettent tour à tour l'Italie au pillage. C'est seulement en 1449 que le savant et habile Nicolas Y rétablit dans l'Église une unité nominale, en obtenant du concile de Baie qui avait élu Félix V de se dissoudre, et de Félix V lui-même de se démettre. Nous disons unité nominale parce que l'Église, à la suite de ces divisions, restait pleine de troubles et d'hérésies. Au nord, c'est Jean Wicleff de l'université d'Oxford; en Bohême, c'est Jean Huss et Jérôjiie de Prague qui font à la suprématie romaine une guerre acharnée; c'est l'Église grecque qui consomme sa séparation et les Églises nationales, les gallicans en tête, qui réclament leur indépendance.

Depuis un siècle et demi, en effet, l'Église de France n'avait cessé de se conduire elle-même par ses propres conciles, et ses théologiens possédaient en Europe une grande célébrité. A Constance, l'éloquent Jean Gerson avait

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fait prévaloir cette tlièse que l'autorité des conciles est supérieure à celle du Pape. A Bàle, les Français avaient dominé toutes les discussions, et à la suite, Charles Vil ayant réuni à Bourges un concile national, on avait tiré des arrêts de Bàle une nouvelle Pragmatique Sanction, reconnue comme loi de rÉtat, qui donnait à TÉglise gallicane une indépendance plus large encore que la première. Voici ses principaux articles :

Autorité du concile général supérieure à celle du Pape ; obligation du Saint-Siège d'assembler tous les ans un concile général; liberté des élections rendues aux églises et aux abbayes; suppression des annates, réserves, expectatives, etc.; restrictions apportées au droit d'appel au Pape, dont les bulles ne seront reçues en France qu'avec l'approbation du Roi.

Vainement Rome proteste. Louis XI fit bien semblant d'abolir la Pragmatique pour porter atteinte, dit-on, à la mémoire de son père, mais cette abolition, accordée au Pape par une lettre personnelle, ne fut jamais consacrée par un acte public, et le Parlement, l'Université et tout le clergé français y firent une telle opposition que, quelques années après, elle était regardée comme non avenue.

Quand les guerres d'Italie commencèrent, sous le règne suivant, les intérêts religieux se compliquant des intérêts politiques, les Papes, tantôt nos ennemis et tantôt nos alliés, se servent sans cesse de l'excommunication comme d'une arme de guerre. L'Église gallicane, sans s'en émouvoir, suit en toute occasion et sans hésiter le souverain du pays. Le 14 septembre 1510, le concile national de Tours autorise Louis XII à se soustraire à l'obéissance de Jules 11, et lui accorde un subside à lever sur les biens ecclésiastiques pour lui faire la guerre. L'année suivante, Jules II, qui revêtait lui-même l'armure, maniait la lance et pointait les

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