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siècles de monarchie absolue et un siècle de révolution nous nous retrouvons en face du même problème : La France estelle capable de prendre en main ses propres destinées et de les conduire? il n'est pas indifférent de savoir si elle a échoué, dans le passé, du fait de sa propre impuissance, ou par une de ces infortunes imméritées qui peuvent frapper la vie des peuples comme la vie des individus.
Aujourd'hui, nous n'avons ni les mêmes obstacles, ni les mêmes forces. Toutes les traditions ont été brisées : rÉglise, la monarchie, les corps privilégiés, les monopoles exclusifs, les limites de classe. Mais les traditions, qui sont des barrières, sont aussi des appuis. Dans cette mer d'égalité qu'on appelle une démocratie, jamais l'individu n'a été plus seul, le faible plus dénué.
Aujourd'hui, toutes les libertés ont été conquises; le dernier du peuple intervient par le suffrage dans la législation et le gouvernement; la richesse mobilisée s'est accrue dans d'immenses proportions et est devenue à tous accessible. Mais il en est résulté une instabilité dans les situations qui ouvre la porte à toutes les inquiétudes, à toutes les convoitises. La concurrence effrénée de la vie attire et menace à la fois. Nul ne se sent à l'abri.
Le pays ayant changé subitement et violemment les bases de sa constitution, et les réactions et les révolutions s'y étant succédé à la suite, il s'est divisé en partis au milieu desquels on ne trouve plus de centre commun pour le patriotisme. Ces désaccords ont jeté la haine, la violence et la grossièreté dans les rapports de la vie publique , et dans les rapports de la vie privée, la froideur et la défiance ; ils pénètrent jusque dans l'intimité du foyer.
La critiquede l'esprit, en renversant les faussescroyances, a entraîné la plupart des nobles respects. La source des grandes inspirations, la naïveté, l'enthousiasme, semblent
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taris. Dans la littérature et l'art, toutes les œuvres de rimagination se sont abaissées. Les conquêtes mêmes de la science inclinant à ramener Thomme à Tétat de rouage dans un mécanisme merveilleux, détendent les ressorts de la volonté personnelle, affaissent Ténergie, écrasent la fierté ; Tindividu ne sait plus où se prendre.
Les ambitions disproportionnées produisent les grands mécomptes; Tanxiçté produit la lassitude ; le scepticisme, Tamertume et le dessèchement.
Avons-nous donc remporté toutes les victoires de la politique et de la science, ouvert tous les horizons de l'esprit, multiplié toutes les ressources de la vie sociale pour voir notre jeunesse se coucher à terre et ériger en sagesse là philosophie du désespoir? Devant ces âmes dévoyées, impuissantes, qui ont perdu par l'abus de l'analyse la fraîcheur et la force des sensations premières sans conquérir l'énergie morale nécessaire pour s'élever aux austères saveurs du devoir et de l'action, nous nous demandons si nous valons nos pères. Autres sont les époques et autres les obligations. Ils savaient moins que nous des choses qui s'apprennent; ils avaient moins analysé et le mpnde et eux-mêmes ; mais ils possédaient les vertus de leur temps : l'énergie, la jeunesse et la foi qui portent les montagnes, et ils savaient les mettre au jour. Dans une société si dure, si menaçante, si hérissée de périls et d'entraves, ils restent dégagés et fiers , et commencent sous le joug l'émancipation. Travaillant d'une main et se battant de l'autre, ils ouvrent avec une gaieté et une vaillance que nous ne connaissons plus, les voies que nous suivons encore; ils posent les fondements de nos édifices.
Aujourd'hui comme alors, l'homme ne vit pas seulement de pain et il ne vit pas seulement de science. A côté de ces richesses de l'industrie et de Tart, de cette émancipatioa
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de Tesprit et du travail, de ces combinaisons ingénieuses delà politique qui témoignent d'une civilisation beaucoup plus avancée, avons-nous comme eux les vertus de notre temps, qui nous permettront seules de tirer le fruit de nos luttes et de nos conquêtes? Avons-nous, dans une société qui a brisé ses assises traditionnelles et son idéal religieux, le sentiment du devoir public qui tàrée les mœurs de la liberté et le culte de Tidée morale qui, en élevant Thumanité au-dessus d'elle-même, motive l'activité et donne un objet à la vertu?
Si, hélas! nous nous sentons faibles devant la tâche et trop souvent lâches et désespérés, regardons encore à nos pères. Malgré les révolutions qui brisent la trame de l'histoire, mille fils invisibles nous rattachent à eux qui sont le secret de la nature. — La descendance a toujours été une force, le respect filial une vertu. — Retrempons-nous dans nos origines, cherchons-y ce sentiment de la beauté et de la grandeur de la vie qui est le commencement de toute force féconde. L'héroïsme, que nos pères ont porté si haut, avait un caractère encore barbare. Qu'ils nous en rendent la tradition perdue, et, dans la société nouvelle, nous l'élèverons des luttes du champ de bataille aux luttes plus grandes du gouvernement de notre pays, en vue de la justice et de l'honneur.