AMBOISE, ANNE DE BRETAGNE ET LOUISE DE SAVOIE
C'est dans le pays situé entre « le fleuve Seine et le fleuve Loire » , un peu au nord de la Seine et un peu au sud de la Loire, que se trouve le berceau de la vieille France.
La nature, sous ce ciel, a toujours étë d'un aspect riant et d'un accès facile. Des fleuves grandioses et calmes, de belles rivières poissonneuses, de nombreux ruisseaux coulent sans obstacles vers la mer. Des forêts vertes et giboyeuses, de riches plaines couvertes de champs de blé, de prairies et d'arbres à fruits s'y étendent à perte de vue. Des collines peu élevées, s'enchevétrant l'une dans l'autre, bornent l'horizon de leurs lignes sinueuses et souples, et de vastes châteaux, caractéristiques d'un autre temps, se dressent fièrement sur les hauteurs, nous rappelant l'antiquité de notre race, la gloire de nos souvenirs.
En descendant la Loire , rive gauche, nous apercevons le château d'Amboise sur un rocher qui domine le fleuve, la ville et la plaine. Derrière le rocher, une petite rivière, l'Amasse, se jette dans la Loire, « La vue du château s'étend sur la rivière — nous, dit Androuet du Cerceau — tant d'amont que d'aval, mais celle d'aval, n'ay mémoire d'en avoir vu une telle sur la ville de Tours à sept lieues de distance'. »
' Ahdrouet du Cerceau, Amboise,
La chronique rédigée vers le milieu du douzième siècle par le moine Jean de Marmoutier nous raconte que César, après le siège de Bourges, venant à camper au-dessus d'Amboise, frappé de la situation stratégique du lieu, bâtit sur le rocher une tour surmontée de la statue du dieu Mars. Plus tard, saint Martin, en soulevant un orage qui renversa la statue, annonça la chute du paganisme. Vers le même temps, un château fut joint à la tour.
Sous la première race , Amboise appartenait aux rois francs. C'est dans Tile de Saint-Jean, sur la Loire, que Clovis eut une entrevue avec Alaric, roi des Visigoths. Amboise, détaché du domaine royal vers la fin du neuvième siècle, par Louis le Bègue, qui en fit présent au comte d'Anjou , passa ensuite à la maison de Thouars. Au quinzième siècle , par suite de la trahison du comte Louis, qui prit parti pour les Anglais, Charles VU confisqua le château qui resta depuis à la Couronne. Louis XI y créa Tordre de Saint-Michel, et plus tard y relégua sa femme, la mélancolique Charlotte de Savoie, qui y vécut dans la solitude, l'abandon et la crainte, entourée des espions de son mari.
Charles VII avait fortifié le château; Charles VIII l'embellit. Il y était né. Les souvenirs de sa première jeunesse, passée comme en prison à regarder couler la Loire et à lire des romans de chevalerie, lui étaient chers. Quand il eut remplacé son père sur le trône, il appela pour agrandir et orner Amboise les premiers artistes de France et d'Italie. Il fit construire la chapelle et les deux grosses tours; Louis XII créa le jardin royal et la belle galerie qui le borde du côté de la rivière.
Deux femmes ont surtout marqué leur passage au château d'Amboise : Anne de Bretagne et Louise de Savoie.
Anne de Bretagne, une des figures les plus originales de ce temps-là, naquit au château de Nantes, le 26 jan-
vier 1477. Elle descendait de la célèbre maison de Montfort, dont les querelles avec la maison de Blois ont rempli le quatorzième siècle; par la branche de Dreux, elle tenait au sang royal de France. Son père était François II, sa mère Marguerite de Foix, dont les ancêtres avaient régné sur la Navarre. Marguerite étant morte après avoir mis au monde une seconde fille, les deux sœurs furent élevées par la comtesse de Laval, « une dame très habile et accom* plie » , nous dit Brantôme. Anne, Théritière de la duché, vit dès la naissance sa main briguée par tous les princes de r Europe. Les deux principaux de ces prétendants furent Maximilien et Charles YIII.
François II, d'un caractère faible et d'une intelligence bornée, toujours gouverné par quelque favori *, était incapable de maintenir Tordre dans une province remuante comme la Bretagne. Poussé par les seigneurs pendant tout le règne de Louis XI, il n'avait fait que guerroyer contre son suzerain sans savoir pourquoi, et Tavènement de Charles YIII avait accru encore l'anarchie.
Charles VIII n'ayant que treize ans en arrivant au trône, sa sœur, Anne de Beaujeu, avait pris ie pouvoir en main de par le testament de Louis XI. Son mari, un Bourbon de la branche aînée, le partageait bien nominalement avec elle ; mais comme il était un peu de la « sotte humeur » , nous dit Brantôme, « voire même beaucoup » , sa femme ne le consultait guère*. La dame de Beaujeu était bien d'ailleurs en état de mener les affaires toute seule. Vraie fille de Louis XI, elle lui ressemblait fort, même par les traits, avec une attitude plus noble cependant et un regard plus
' Toir son portrait dans la collection Gai^nières, Bibl. nationale, n9 62 ; figure lourde, plate et étonnée.
^ Leur contrat de mariage, fonds français 2746-2799, f* 86. La date est da 3 novembre 1473.
fier. Mais c'était le même front qui cachait les pensées de derrière la tête, les mêmes lèvres plissées, le même sourire voilé et railleur où Ton sentait un mélange de résolution et de prudence ^
A son avènement, les seigneurs, considérant son sexe et surtout son âge, — vingt-trois ans, — crurent pouvoir le prendre de haut avec elle. Le duc d'Orléans réclame la régence, en qualité de premier prince du sang *. Ne l'obtenant pas, il se lève, et toute une armée de noblesse à sa suite. Le duc de Bretagne les appuie. Ils cherchent des alliances au dehors et ameutent l'Europe contre la France.
Anne ne se laisse pas désarçonner. Après avoir jeté la guerre civile en Angleterre, en y favorisant la descente de Henri Tudor qui va détrôner Richard III, et poussé les Flandres au soulèvement pour occuper Maximilien et Ferdinand, elle fait face avec une grande décision à la révolte intérieure. Plusieurs combats partiels n'ayant pas de résultat, elle réunit toute l'armée royale commandée par la Trémouilie, s'y rend en personne avec le jeune Roi, et marche droit en Bretagne pour y attaquer la ligue féodale dans ses derniers retranchements. Le duc d'Orléans, avec douze mille Bretons, Allemands et Anglais, est battu à plate couture à Saint-Aubin-du-Gormier ', pris et envoyé prisonnier à Bourges comme le plus humble sujet. Fran-
' Voir son curieux portrait au musée de Versailles, attique nord, n° 3100, et celui du duc de Bourbon, figure terne et indécise, n9 3099. Tous deux viennent de la collection de mademoiselle de Montpensier au château d*Ea.
' Remontrances faites par le duc d'Orléans et son chancelier à la cour du Parlement contre les désordres de TÉtat et le gouvernement de madame de Beaujeu, et arrêt de cette cour par lequel cette dame ne peut délivrer de prisonniers sans lettres du Roi. Lundi 17 janvier 1484. Fonds français, 2831, f» 61 et 66, Bibl. nationale.
3 Pour les détails de cette bataille, livrée le 28 juillet 1488, voir les Mémoires de la Trémouilie^ t. XIV, p. 140.
çois II, vaincu, signe avec madame de Beaujeu le traité de Sablé, par lequel quatre places fortes de Bretagne restent aux mains des Français, et de plus il s'engage à ne marier son héritière que du consentement du Roi, selon le droit féodal d'ailleurs *. Peu de temps après ce traité, il mourut de chagrin, dit-on, et de honte (1488).
Cependant, les seigneurs bretons, prétendant que « de toute antiquité leurs rois, ducs et princes n'ont reconnu souverains que Dieu tout-puissant » , ne songeaient qu'à se soustraire aux conditions humiliantes du traité en reprenant leurs places fortes, et à marier leur héritière à un prince assez faible pour qu'ils pussent continuer leur train d'indépendance. A cette fin, ils avaient désigné Jean d'Albret, qui guerroyait avec eux depuis le commencement des troubles, et dont ils connaissaient la nullité. François II, de son vivant, avait ratifié ce choix par écrit.
Le maréchal de Rieux, nommé par le testament du duc curateur de ses deux filles et administrateur de la duché, va donc trouver la jeune Anne et la met respectueusement en demeure d'accomplir la volonté de son père en épousant Jean d'Albret.
Anne n'avait encore que douze ans. Mais beaucoup plus avancée de corps et d'esprit que les filles de son âge , elle était déjà très belle, nous dit Brantôme, et promettait de Fétre plus encore *. De taille plutôt petite, elle avait un
' Voir ce traité, fonds français 2758, f^ 213, Bibl. nationale.
' Nous disons belle sur la foi de Brantôme, très indulgent pour les reines et princesses. Tous les portraits qui nous restent d*Anne indiquent des traits forts, une tête expressive, pas de beauté. Voir dans Tattique nord du château de Versailles, n° 3104, un portrait qui vient du château de Beauregard, ttne très curieuse médaille en argent, à fond fleurdelysé, au cabinet des niedailles, Bibl. nationale, et la statue sépulcrale de Saint-Denis, reproduite dans la galerie de Versailles, n" 313. Les idées du temps sur la beauté devaient d'ailleurs différer des nôtres. La plupart des beautés les plus renom.- "ïees, telles que Diane de Poitiers, nous paraissent plus fortes que belles.
pied plus court que l'autre , très peu, toutefois, et il fallait du temps pour s'apercevoir de ce défaut, qu'elle cachait avec une grande adresse. Sa noble prestance, ses manières calmes et dignes, rëvélaient un esprit sérieux et un caractère résolu , mûris par les troubles du temps et le sentiment d'une haute situation.
Anne était une vraie Bretonne, -pétrie des fiertés, des ombrages et des entêtements de sa forte et étroite nationalité. Ses sentiments étaient entiers, sa volonté énergique, ses vues limitées. Elle manquait de souplesse, parce qu'elle manquait d'ouverture et de cette hauteur de raison qui nous permet de nous conformer à la vie tout en la jugeant. Aussi lui trouverons-nous souvent dans la suite un orgueil intraitable, une humeur irascible, de terribles colères, des haines tenaces, a Ce qu'elle s'est mis une fois dans l'esprit, elle lèvent obtenir de toute manière, qu'il faille rire ou pleurer » , nous diront les ambassadeurs vénitiens'. Mais à cet âge, son naturel était encore à demi voilé, et la « pudeur, naïveté et grâce de jeunesse » la montraient sous son plus beau jour. Anne était loyale et courageuse, très attachée dans ses affections, généreuse et constante; elle était honnête dans ses mœurs, profondément religieuse et fidèle à sa foi. Jamais elle ne manqua à sa parole ou n'abandonna un ami. De sa forte race elle tenait l'instinct et le goût du commandement, l'orgueil du pouvoir. Elle savait d'ailleurs en porter les charges et possédait l'autorité naturelle qui en impose le respect. Dès la première jeunesse, elle comprenait étonnamment la politique et les affaires. Les gens les plus
compétents se plaisaient à en parler avec elle et admi-
i Bakchet, p. 326.
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raient sa justesse de coup d'oeil et sa décision. Ses serviteurs lui étaient attachés et soumis.
Une telle princesse, d'une individualité aussi marquée dans Tadolescence, n'était pas précisément pour se laisser marier à la plus grande convenance de messieurs ses sujets, on s'en aperçut bientôt. Après avoir écouté patiemment le discours du maréchal en faveur de Jean d'Albret, Anne sut fort bien lui répondre.
Si son père, dit-elle, l'avait promise au duc, c'est que dans les derniers temps son esprit étant fort diminué, comme chacun le savait, il avait agi sous l'empire des autres, particulièrement de la comtesse de Laval qui le menait à sa façon. Tout en rendant hommage à l'autorité paternelle, elle n'avait jamais cessé de protester contre une telle disposition de sa personne, et elle gardait ses sentiments. N'était-il pas contre la bienséance, et aussi contre les intérêts de la Bretagne, que la plus riche héritière de la chrétienté épousât un homme veuf, très laid, chargé d'enfants et déjà grand-père?
Anne, qui avait l'ambition d'un trône, mais qui partageait à l'endroit de la France l'aversion de ses sujets, se déclara alors hautement pour Maximilien. Maximilien, il est vrai, était veuf; toutefois, il n'avait que trente ans. Il était le prince « le mieux fait de son temps » , de manières fort agréables, et, déjà roi des Romains, il porterait un jour la couronne impériale '.
Le maréchal fit bien quelques difficultés, mais Anne tint bon, et il fallut envoyer des députés à l'empereur Frédéric avec charge d'accorder à son fils la main de la duchesse, en insistant toutefois pour que Maximilien, en
* Varillas, Histoire de Charles VJII, — Maxîmilîen avait été élu Roi des Romains à Francfort, le 21 février 1486, et couronné à Aix, de la couronne de CKarlemagne, le IJ ayrîl suivant. Mézerat, t. V, p. 18.
venant épouser, amenât une armée d'Allemagne afin de défendre la Bretagne contre les entreprises des Français.
Malheureusement pour ces projets, Maximilien, entre un père avare et les États de Flandre dont il n'avait que l'administration au nom de ses enfants, se trouvait le prince le plus pauvre et le plus dépendant de la chrétienté. Veuf à vingt-trois ans ', il était doué, nous dit Yarillas, d'un tempérament qui ne lui permettait pas de passer dans la solitude le reste de sa vie. Mais les États de Flandre ne comprenaient point cela. Très fidèles au souvenir de Marie de Bourgogne, et usant sans doute d'une rigoureuse abstinence, à la première parole d'un second mariage ils commencèrent à crier au scandale, comme si le prince, en perdant sa femme, avait fait vœu de chasteté. Puis, voyant qu'il ne tenait compte de leurs remontrances, ils le chassèrent des Pays-Bas et livrèrent sa propre fille, Marguerite, alors âgée de quatre ans, à son ennemi Louis XI , pour être élevée à la cour de France et plus tard épouser le Dauphin.
D'aucuns prétendent qu'en agissant de la sorte les États de Flandre étaient plus inspirés par la jalousie du pouvoir que par l'austérité des mœurs, mais nous n'en croyons pas un mot.
Les choses en étaient encore là quand les envoyés de la jeune duchesse, arrivés en Allemagne, présentèrent la deùiande. Grand embarras pour Maximilien, qui, sans argent et sans état, ne pouvait conduire triomphalement une armée en Bretagne. Un héros se serait tiré de là par quelque folie : en allant tout seul, par exemple, se mettre à la tête des seigneurs bretons, combattre de son nom et de ses armes, et conquérir sa femme à la pointe de sa lance.
^ Marie de Bourgogne était morte le 27 mai 1482.
Mais si Maximilien était le prince » le mieux fait de son temps » , il n'avait rien d'un héros. Aussi se conte nta-t-il d'envoyer en Bretagne un maigre seigneur allemand, le comte de Nassau, pour épouser à sa place.
Le mariage se fit secrètement à la cathédrale de Rennes. Après la cérémonie, l'envoyé impérial plaça, selon l'usage, sa jambe nue dans le lit de la jeune duchesse. Mais madame Anne ne fut pas contente.
Ce platonique mariage, suivi d'une alliance non moins platonique avec l'Angleterre, l'Espagne et l'Empire, en vue du démembrement de la France, ne modifie en rien la situation de la Bretagne. La France continue à garder les places fortes, à menacer le pays et à demander la duchesse en mariage ; les seigneurs à se quereller et parfois à se battre sous les yeux de leur suzeraine , et celle-ci, les mains liées, sans armée et sans argent, demeure condamnée à l'équivoque et à l'impuissance.
Pour une personne aussi hautaine et aussi vive, quelle insupportable situation! Les jours, les mois, les années même se passent — trois ans depuis la mort de son père — sans rien modifier. Anne n'y tient plus. La fougue l'emporte: Un beau matin, sans crier gare, elle déchire tous les voiles, déclare son mariage et ses alliances, et prend le titre de Reine des Romains , en face de l'Europe surprise et de la France menaçante et armée.
Madame de Beaujeu l'attendait là. Le traité de Sablé est rompu, elle entre de vive force en Bretagne, s'empare de Nantes et menace Rennes.
Grand embarras pour Anne, dont la juvénile équipée n'a nullement mis l'Europe en branle. Ses alliés, très occupés chez eux, restent immobiles, et quant à son mari, il guerroie philosophiquement en Hongrie, sans plus s'occuper d'elle que si le comte de Nassau n'avait pas mis sa
jambe nue dans son lit. Anne, qui avait du sang chaud dans les veines et au cœur toute la fierté de sa race de guerrier, ne savait plus dans sa colère où donner de la tête, quand un incident inattendu vint changer la face des choses.
Le duc d'Orléans, pendant son long séjour à la cour de Bretagne, du temps de sa révolte, s'était pris pour Anne d'une amitié vive et tendre qui, malgré son jeune âge, ressemblait fort à un autre sentiment ^ et Anne y avait répondu par une préférence marquée et une entière confiance. Leurs intérêts étaient les mêmes, et cette petite fille, qui n'avait pas encore atteint l'adolescence, portait déjà à l'enthousiasme ceux qui faisaient cause commune avec sa maison. Les deux amis, s'entretenant sans cesse des affaires publiques, s'étaient fortement liés; Aussi, la défaite du duc, peu de temps après, et son emprisonnement dans la tour de Bourges, où il était fort resserré, avaient affecté Anne très vivement, et le désir de le délivrer n'était point étranger peut-être à son rêve d'un trône.
Madame de Beaujeu savait cela. Le jeune Roi CharlesVIII ayant, dans un élan de générosité, ouvert la prison du duc d'Orléans, elle promet à ce prince un retour complet de faveur s'il veut se rendre sur parole en Bretagne et décider la duchesse à épouser le Roi. Le duc accepte cette délicate mission.
Pour Anne, quel précieux retour en un tel moment! Les premiers épanchements passés, le duc n'eut pas de peine à lui remontrer les maux que son mariage avec Maximilien attirerait sur la Bretagne ; il aviva sa fierté en face de la froideur de son mari, et Anne, qui n'était pas
* Varillas, qui nous donne de grands détails sur ce sujet, va ju8qu*à dire que le duc se mit au rang des prétendants d'Anne, oubliant qu'il était alors marié avec Jeanne de France.
non plus indifférente à Tidée de régner sur la France, se laissa convaincre.
Quelques scrupules religieux lui restant encore, rÉglise complaisante se chargea de les lever, en dissolvant un mariage où les époux étaient demeurés étrangers Tun à l'autre. Madame de Beaujeu renvoya hàtivemment en Flandre la petite Marguerite d'Autriche*, et, le 6 décembre 1492, la duchesse de Bretagne devint Reine de France.
Anne avait quinze ans, le Roi vingt-deux. Le couronnement à Saint-Denis*, l'entrée à Paris suivirent de près, et ia cour se fixa a Amboise. Anne sut immédiatement y prendre sa place. Madame de Beaujeu, accoutumée au gouvernement, crut d'abord pouvoir user avec elle de quelque autorité et prérogative. Mais « elle trouva bien chaussure à son pied » , nous dit Brantôme. Anne ne permit jamais à personne d'oublier qu'elle était Reine de France et duchesse titulaire d'une de nos plus belles provinces, la plus féconde en guerriers. Charles VIII, d'ailleurs , commençait à être impatient du joug de sa sœur. Imaginatif et romanesque, sans aucun esprit politique, il rêvait déjà avec ses jeunes courtisans la folle expédition d'Italie. Madame de Beaujeu s'y opposait; sa sagesse leur paraissait pesante. Aussi toute la cour s'empressa-t-elle autour de la jeune Reine pour la lui opposer, si bien que madame de Beaujeu se trouva la première victime d'un mariage qu'elle avait fait elle-même avec le plus patriotique désintéressement. Mais madame de Beaujeu tenait de son père la virilité du caractère et de l'esprit. Au lieu
' Tortt imputés par la maison d'Autriche à Cliarles VIII en ce qui concerne le mariage de la duchesse Anne, Relations diplomatiques de la maison d'Autriche avec la France, publiées par M. Ls Glat, p. 491.
* Cérémonial de Godefroy, p. 469.
de se livrer contre Tingratitude humaine à de puériles récriminations, elle sourit en elle-même, se tut, « se cala » tranquillement, et quitta la cour et le pouvoir après avoir gouverné sept ans le royaume avec autant de fermeté que de sagesse. Devenue duchesse de Bourbon par la mort de son beau-frère, elle alla vivre, avec son mari et sa fille Suzanne, dans leurs vastes domaines du Bourbonnais et dans ses apanages, où elle continua à mener grand train '.
On sait la mort précoce et soudaine de Cbarles VIII, quelque temps après être revenu de son expédition d'Italie, à Tàge de vingt-quatre ans.
« En grande gloire quant au monde et en bon vouloir quant à Dieu » , nous dit Commines, le septième jour d'avril Tan 1498, veille de Pâques fleuries, il partit de la chambre de la reine Anne et la mena avec lui pour voir jouer à la paume dans les fossés du château d'Amboise. Ils entrèrent ensemble dans une galerie qui y débouchait, et le Roi se heurta le front contre Thuis, « combien qu'il fût très petit » . Tout d'abord il n'y prit garde, et continua à deviser avec tout le monde et à regarder les joueurs. Mais tout à coup, s'écriant « qu'il avait espérance de n*avoir jamais fait péché mortel , il cheut à l'envers » et perdit la parole. Il pouvait être deux heures après midi. On rétendit sur une méchante paillasse qui se trouvait là par hasard, n'osant le porter au château, et il y rendit l'âme vers peuf heures du soir, après avoir recouvré trois fois la parole*.
1 Brantôme, la Reine Anne, p. 179, iSO.
' C0MHINE8, t. XII, p. 330-332. « Il était mal fait de sa personne, nous dit Mézeray, de petite stature, faible et maladif. Il avait les épaules hautes, le visage difforme, la parole lente et mal assurée, néanmoins les yeux vifs et brillants; de belles saillies pour les grandes choses, mais qui duraient peu; de la bonté, de l'humanité et de la courtoisie envers tout le monde ; au reste, pas assez de force et trop de nonchalance pour se faire
Anne ne le quitta pas jusqu'au dernier moment. Si elle avait épousé Charles YIII sans enthousiasme, étant de celles pour qui le devoir est une raison d'attachement, elle s'était montrée une épouse très affectionnée et fidèle. Cette mort lui causa une extrême douleur. La première des reines, elle porta le deuil en noir; jusqu'alors elles l'avaient porté en blanc, d'où leur venait dans le veuvage le surnom de reines blanches ^.
Le duc d'Orléans, averti à Blois par M. Dubouchage, fut tellement ému de l'événement qu'il en versa des larmes. Aussitôt il part pour Amboise, se rend dans la chambre où étaient déposés les restes de Charles VIII, s'agenouille près du lit, jette pieusement de l'eau bénite au corps et passe dans l'appartement de la Reine, qu'il essaie vainement de consoler. Elle resta enfermée, ne voulant voir le jour ni parler à personne jusque après les obsèques, très pompeuses, qui eurent lieu aux frais du nouveau Roi, le Trésor étant vide^. Puis, n'ayant pas d'enfants vivants, elle retourna en Bretagne.
Anne s'était engagée par son contrat de mariage à épouser le successeur de Charles VIII, si ce Roi mourait sans enfant^. Une grande amitié l'attachait d'ailleurs à Louis XII, qui lui-même avait gardé pour elle tous ses premiers sentiments. Mais il était marié, marié de force.
bien obéir. Il ne se trouye point qu'en toute sa vie il ait chassé un dômesdqae ou offensé un sujet de la moindre parole. » Mézerat, t. V, p. 88. Voir son portrait sur bois du seizième siècle, atti(|ue nord du musée de Versailles, n» 3101.
' Voyez le détail du deuil de la Reine avec les dépenses, collection de pièces de Lieber, t. XIX, p. 252, et le cérémonial des obsèques du Roi, Tordre de son enterrement, Godefroy, p. 747; Vatoct, Château (VAmboisey p. 413-440.
2 Sairt-Gelais, Histoire de Louis XII, p. 106.
^ Voir le texte de ce contrat de mariage, signé le 13 décembre 1491, fiibl. nationale, fonds français, 2746-2749, f» 130.
prétendait-il. Anne lui ayant fait des promesses pour le cas où rÉglise le rendrait libre, les mois suivants furent consacrés à son procès de divorce avec Jeanne de France. Triste et scandaleux procès M II y fallait la connivence du Pape. Alexandre VI occupait le trône pontifical. On Tacheta en donnant à son fils César le duché de Valentinois avec la main d'une princesse de la maison d'Albret, et le mariage fut rompu. Pendant que la malheureuse Jeanne allait s'enfermer dans un couvent à Bourges, neuf mois après la mort de Charles VIII, le 7 janvier 1499, Louis XII épousa Anne de Bretagne. Le mariage eut lieu à Saint- Denis, suivi du couronnement, au milieu des fêtes les plus magnifiques. Puis Tentrée à Amboise. Marque touchante de respect, Louis XI I, pensant qu'il serait pénible à la Reine de trouver le souvenir de son premier mari à côté du second, se retira devant elle. Anne fit seule cette entrée. Il la rejoignit quelques jours après.
Ce sentiment de délicate déférence, culte chevaleresque d'un premier amour, domina toutes les relations de Louis XII avec la Reine pendant les quinze ans de leur mariage. « Il voulait — nous dit Brantôme — qu'en toute chose on lui montrât le même respect qu'à lui et parfois davantage. »
Un jour, les clercs de la basoche et les écoliers ayant joué des farces où ils mêlaient le Roi et la cour, sans insulte toutefois, Louis XII consentit à fermer les yeux à condition que le nom de la Reine ne fût pas prononcé , sans quoi il les ferait pendre. A l'intérieur du château, Anne était toute-puissante. Jamais ne venait à la cour ambassadeur ou prince étranger qu'il ne l'envoyât faire sa révérence à la Reine, connaissant sa suffisance pour entretenir
* Le procès et la sentence de dissolution du mariage, Blancs- Manteaux, n» 19, et anciens fonds français, 2746-2749, f" 3.
et contenter ces grands personnages, et comme elle y prenait plaisir. « Elle avait en effet très belle et bonne apparence, majesté et éloquence, et souvent en son parler français était curieuse de mêler des mots étrangers » qu'elle apprenait de M. de Orignaux, son chevalier d*honneur. Un jour, il arriva qu'ayant demandé à M. de Orignaux quelques mots espagnols pour les dire à l'ambassadeur, il lui apprit en riant de petites « salauderies » , puis alla aussitôt en faire le conte au Roi, qui trouva la chose fort plaisante. Toutefois, avant l'arrivée de l'ambassadeur, il avertit la Reine avec de grandes risées. Mais elle prit la chose au plus mal, se mit fort en colère, et voulait absolument chasser M. de Orignaux. Elle fut plusieurs jours sans le voir et ne s'apaisa que par la prière du Roi et les humbles excuses du chevalier, qui l'assura n'avoir eu d'autre intention que d'amuser Louis XII, et qu'en tout cas il l'eut avertie '.
Quand le Roi allait en Italie, il laissait à Anne le soin des affaires, qu'elle menait très sagement. Il est vrai qu'elle prenait à cœur les intérêts du Pape parfois un peu plus que ceux du royaume ^, et beaucoup plus certainement que le clergé français, très national alors, le cardinal d'Amboise principalement ^. Mais elle avait un tel sentiment des obligations royales, elle ménageait si bien les finances et rendait tant bonne justice, que tout le monde l'admirait. S'étant réservé à part ses États de Bretagne, gouvernement et revenus, souvent quand le Roi était épuisé par la guerre, elle lui venait en aide. Ordonnée et économe, elle était toujours riche et prenait plaisir aux libéralités. Il n'y
* Brantôme, Anne de Bretagne, t. I, p. 107, 108.
* Ce furent ses prières qui, en 1511, empêchèrent Louis XII de marcher sur Rome, après avoir battu Jules II, notre ennemi le plus acharné.
' Un concile national, réuni à Tours, avait autorisé Louis XII à faire la guerre au Pape ; il lui avait même roté un subside sur les biens du clergé pour lui venir en aide.
avait bon capitaine à qui elle ne délivrât des pensions ou fît des présents d'argent et de grosses chaînes d'or, aux petits comme aux grands. Elle se plaisait aussi à contribuer à Féclat du royaume, par exemple lorsqu'elle fit construire avec une « grande superbeté ce beau vaisseau et grande masse de bois qu'on appellait la Cordelliere, et qui s'attaqua si furieusement à la Régente d* Angleterre^ et s'attacha tellement avec elle, qu'elles se brûlèrent, se périrent, si bien que rien n'en échappa, soit des personnes, soit de ce qui estoit dedans, dont on n'en peust tirer des nouvelles en terre, et dont la Revne en feust très marrye ^ » . Elle n'oubliait pas non plus les pauvres ; elle laissa de grandes fondations.
La Reine Anne, qui aimait la représentation royale, se trouvant resserrée à Amboise, se fixa à Blois. La première, elle institua les grandes réceptions, créa la cour des dames. « Sa façon était très bonne et honnête. » S'enquérant des gentilshommes de sa maison qui avaient des filles, elle les leur demandait pour les élever et les gardait auprès d'elle. Ces jeunes filles vivaient à part sous des gouvernantes qui les conduisaient fort prudemment, sur le modèle de leur maîtresse, « sages et vertueuses » . Elles s'occupaient entre elles aux travaux de leur sexe, ne sortant que pour aller à l'église ou se promener dans les jardins. Aux cérémonies, elles se mettaient avec les dames en cercle autour de la Reine, qui prenait plaisir à s'en honorer ^.
Anne, fort superbe en toute chose, voulut avoir ses gardes ni plus ni moins que le Roi son mari. Elle institua à cet effet une bande de cent gentilshommes^ presque tous
1 Brantôme.
'La première de ces filles avait cent francs de gages; les autres, trentecinq. Entre elles, il y en avait environ seize, princesses ou filles de la plus haute noblesse, toutes gagées.
Bretons. Ils étaient de belle prestance, vêtus à la façon de leur pays, et quand la Reine sortait de sa chambre, soit pour aller à la messe, soit pour se promener, ils l'attendaient sur cette petite terrasse de Blois qu'on appelle encore, d'après elle, la perche aux Bretons.
« — Voilà mes Bretons quiim'attendent sur la perche » , disait-elle alors. Et son sang chaud d'Armoricaine bouillonnait de plaisir et d'affection ' .
On prétend bien que ces beaux gentilshommes tournaient quelquefois les yeux du côté des damoiselles, et que celles-ci ne s'en courrouçaient pas. Mais les choses se passaient à distance. Sous le gouvernement sévère de madame Anne, les bonnes mœurs régnaient à la cour, et malheur à ceux qui tentaient d'y manquer, comme nous allons voir.
Une tante de Brantôme, mademoiselle de Bourdeille^ filleule du Roi, se trouvait au nombre des filles de la Reine. Elle était si belle et si pleine d'esprit que, tout enfant, le Roi la faisait asseoir à sa table quand la Reine y mangeait, et s'amusait de ses saillies, l'appelant son petit perroquet. Toutefois ces libertés avaient cessé avec l'âge.
Or, ïl arriva qu'un Père Cordelier, qui prêchait ordinairement devant la Reine, en devint tellement amoureux qu'il en perdit l'esprit et la contenance. Tantôt, dans ses sermons, il se mettait sur les beautés des vierges chrétiennes, en M fischant » sur elle assidûment ses yeux ; tantôt, dans la chambre de la Reine, il se rapprochait d'elle pour « arraisonner » de religion, en la regardant de même sorte.
Mademoiselle de Bourdeille, ne voulant nullement favoriser ces façons, en tint quelques propos à sa gouvernante*
^ BRàSTÔME, Anne de Bretagne,
Le bruit en revint à la Reine, qui n'en pouvait croire ses oreilles, à cause de Thabit de Thomme et de sa sainteté. Cependant elle dissimule jusqu'au Vendredi Saint, où il devait, à Taccoutumé, prêcher la Passion devant elle.
Ce jour arrive. La cour prend place, les dames et les filles bien en face du moine. Le Père commence ainsi :
tt — C'est pour vous, belle nature humaine, que j'endure aujourd'hui la Passion, dit Notre-Seigneur Jésus- Christ. »
Et, partant de là, il enfile son sermon en faisant rapporter tous les maux, douleurs et passion que Jésus-Christ endura à sa mort pour l'amour des hommes, à ceux qu'il endurait lui-même pour mademoiselle de Bourdeille. Vainement les mots étaient-ils « ombragés » , la reine Anne, très habile d'esprit et de jugement, mordit vite là-dessus, d'autant que les sourires et les chuchotements de l'auditoire étaient bien faits pour l'éclairer. Aussi entra-t-elle en grand courroux; elle déclara le sermon scandaleux et le Père Cordelier punissable. Par ses ordres, il fut impitoyablement fouetté, mis au secret, puis chassé de la cour'.
C'est ainsi que les reines en ce temps-là traitaient les moines coupables de mauvaises pensées.
Anne avait les sentiments maternels très profonds, pour elle grande source de douleurs. Elle perdit six enfants : quatre de Charles VIII et deux de Louis XII. Commines nous raconte de la manière la plus touchante avec quel désespoir, étant allée à Lyon au-devant de Charles VIII, qui revenait d'Italie, elle reçut la nouvelle de la mort du Dauphin, un bel enfant de trois ans, qu'elle avait laissé florissant à Amboise. Son indignation même fut très
> DrantAme, t. II, p. 469.
grande, en voyant son mari prendre la chose assez légèrement '.
Deux filles lui restèrent seules de Louis XII, Claude et Renée. Elle en était très fière, prenait soin de leur éducation elle-même, les entourait de maîtres. Toujours elle les appelait par leur nom : « Ma fille Claude, ma fille Renée » , donnant ainsi au titre maternel la préférence sur le rang *.
Madame Claude, l'aînée, bonne, douce, charitable, ne faisant jamais déplaisir à personne, était adorée de toute la cour, surtout de ses parents, qui le lui montrèrent bien, nous dit Brantôme, en la faisant proclamer « au Parlement de Paris, huys ouverts, duchesse des deux plus belles duchés de la chrétienté, le Milanais et la Bretagne. Quelle héritière, s'il vous plaît ^ 1 » Madame Claude, toutefois, avait peu de goût pour les livres et les laissait volontiers à madame Renée, « très habile princesse, bien pensante, bien disante, d'un fort et subtil esprit » . Madame Renée avait tant étudié qu'elle pouvait discourir de toutes les sciences, voire même de l'astrologie. Elle connaissait parfaitement la position et les vertus des astres, et un jour elle en parla si doctement devant la Reine sa mère, que celle-ci, « l'ayant ouy, déclara que le plus grand philosophe ne pourrait mieux dire » .
Cependant Anne avait beau admirer et aimer ses filles,
^ Commines rapporte que la jalousie du Roi contre son héritier était pour beaucoup dans cette indifférence. Nous l'attribuons plutôt à la légèreté de Tâge et à l'excitation de la vie guerrière. Un roi de yingt-deux ans, naturellement bon, n'est pas jaloux de son propre fils de trois ans.
^ Braktôme, t. II, p. 180. Lettres du Roi Louis XII, par lesquelles il institue sa fille Claude héritière du duché de Milan et autres seigneuries de delà les monts (Blois, le dernier jour de mai 1505), et promesse de plusieurs seigneurs de faire accomplir ce testament. Bibl. nationale, fonds français, 2831, f>« 86 à 91.
3 Brahtôme, t. II, p. 180.
5î FIN DE LA VIEILLE FRANCE.
c'étaient des filles, et elles n'hériteraient pas du trône de France. Louis XII, vieilli avant Tàge, menaçait à chaque instant de défaillir. En quelles mains, après lui, le sceptre aillait-il passer? Cette idée hantait la Reine comme un véritable cauchemar.
Une femme se trouvait à la cour qui lui avait toujours inspiré une extrême aversion, tant à cause de sa situation qu'à cause de sa personne, la princesse Louise de Savoie.
Née au château de Pont-d'Ain en 1476, un an avant la Reine, Louise était fille de Philippe, comte de Bresse et duc de Savoie, et de Marguerite de Bourbon, sœur du sire de Beaujeu. Louise n'avait pas, comme Anne, trouvé dans son berceau un duché qui valait un royaume. Ses parents étaient pauvres et défendaient avec peine leurs faibles possessions contre les envahissements et les insultes de deux voisins puissants et toujours en guerre : le Roi de France et l'Empereur. A quatorze ans, Louise avait épousé, avec la maigre dot de trente-cinq mille écus, le comte Charles d'Angouléme, presque aussi pauvre qu'elle. Le comte était arrière-petit-fils de Charles V, petit-fils de Valentine de Visconti et neveu de Charles d'Orléans, mais il tenait peu de ses ancêtres. Bon époux plus que grand politique, chevalier et poète, il ressemblait à son père Jean , un saint qui n'avait jamais fait parler de lui. Pendant les cinq ans de son union avec Louise, ils vécurent paisiblement, soit à Chàteauneuf, soit à Chinon, soit à Cognac, où la comtesse mit ses deux enfants au monde, Marguerite et François. En 1494, le comte d'Angouléme, nous dit Saint-Gelais, étant parti de Cognac pour se rendre à la cour, prit froid et se mit au lit à Chàteauneuf, où sa maladie empira rapidement. « Madame sa femme, âgée de dix-huit ans, en fut tant ébahie qu'aucune personne ne pourrait l'estre plus. » Elle envoya en diligence quérir les
meilleurs médecins, et un mois durant sa maladie « ne bougea de sa chambre toute vestue, ne dormant ne jour ne nuit, et le servant aussi doulcement et humainement qu'eût seu faire la plus pauvre femme ' » • Le comte mourut au bout de ce temps. Il lui laissa par testament la tutelle de ses enfants, l'administration de leurs biens, et la recommanda fort à son cousin le duc Louis d'Orléans. Le duc montra à Louise une bonté extrême. « Il la recueillit doulcement et aimablement comme si elle avait été sa sœur, en lui demandant familièrement de toutes ses affaires et la réconfortant le plus gracieusement qu'il était possible '. » Après son avènement au trône et son mariage, lui et Anne l'appelaient souvent à la cour et lui faisaient des présents. Quand ils se fixèrent à Blois, ils lui donnèrent Amboise pour y vivre et y élever ses enfants avec de jeunes compagnons. Louis XII désigna comme gouverneur de François d'Angouléme, d'abord M. de Gié, et après sa disgrâce, M. de Boissy.
Il semblait qu'Anne, sur le trône, dominât Louise de bien haut, et pourtant il y avait entre elles un point, un seul, mais un point d'importance, qui semblait rétablir la balance de la prospérité. Pendant que la Reine voyait tous ses fils mourir l'un après l'autre, ceux de Louis XII comme ceux de Charles VIII, Louise regardait grandir le sien, elle le contemplait, plein d'espérances, chaque jour plus fort et plus beau. Et ce robuste et remuant garçon, dont Louis XII disait déjà qu'il gâterait tout, prendrait un jour sur le trône, en face de la Reine, la place de sa débile et triste postérité! Gomment Anne, pétrie d'orgueil de race et d'instinct maternel, n'aurait-elle pas frémi en le regardant? Qu'était-ce d'ailleurs que cette Louise de Savoie,
» Saint-Gelais, Histoire de Louis XII, p. 98. ' Id., p. 131
si silencieuse et soumise devant elle? On savait ce que sa feinte humilité cachait d'arrogance et d'ambition, sa réserve de cynisme. Elle avait beau éviter les regards ombrageux de la Reine, se dérober à Amboise, ne paraître à la cour que lorsqu'elle y était appelée, on savait comment elle égayait sa vie avec les gouverneurs successifs du château et les jeunes officiers de sa garde. Sa nature énergique et grossière, enveloppée dans la première jeunesse, prenait maintenant Tessor en de secrets abandons. Louise se montrait alors sous son vrai jour, hardie en ses propos, dissolue en ses actes, avide d'argent, de pouvoir et de plaisir.
Pour Anne, religieuse, austère et digne, Louise était un scandale vivant, et la jalousie maternelle, s' ajoutant secrètement dans son cœur à la réprobation morale, faisait de son aversion une véritable haine, poison secret de sa vie. Bien des fois elle avait parlé à Louis XII de l'indigne conduite de Louise, qu'elle aurait voulu frapper. Mais le sexe fort envisage d'ordinaire philosophiquement les faiblesses du cœur, etle Roi, très bonhomme, n'était pas pour changer la tradition. Sa mansuétude trouvaittout.es sortes d'excuses pour une veuve à qui la solitude devait peser et qui était, d'ailleurs, mère de l'héritier du trône. Ces titres méritaient des ménagements. Louis XII exhortait donc la Reine à la patience. Vainement toutefois : la patience n'était pas le fait de la Reine. Elle s'entêtait dans sa colère, rongeait son frein, et le jour où elle crut pouvoir frapper, sa main n'hésita pas.
En 1504, le Roi tombe fort malade, si malade qu'on le croit mort. La Reine, se voyant déjà veuve, tourne les yeux vers sa chère Bretagne, et, voulant pourvoir à son fait et à celui de ses enfants, fait charger sur la rivière de Loire « trois ou quatre bateaux de ses plus précieux meubles, bagues, joyaux et argent pour les transporter à
FRANÇOIS l•^ 55
Nantes » . Il fallait traverser Amboise. Pierre de Rohan, maréchal de Gié, gouverneur du château, était alors, prétend*on, du dernier bien avec Louise. Tous deux attendaient la mort du Roi sans se trop désoler. François d*Angouléine lui succéderait; il avait neuf ans : Louise serait régente.
Grisé par ce rêve, M. de Gié, qui partageait à l'endroit de la Reine Taversion de Louise, fait arrêter les bateaux au passage 'comme chargés en fraude, contrairement aux droits de la couronne.
Après un pareil acte, ils auraient dû tuer Louis XII, plutôt que de lui permettre de revivre. Mais ils ne le tuèrent pas, et Louis XII revint à la santé. Qu on se figure la colère de la Reine! Or, Anne ne « chaumait » jamais sur la vengeance.
Tout d'abord, le maréchal est chassé de la cour, puis Anne lui fait intenter un procès comme coupable de lèsemajesté. Elle choisit elle-même pour l'instruire le Parle* ment de Toulouse, qui suivait encore le^ droit romain, le plus sévère de beaucoup '. Vainement le Roi Louis XII, attaché au maréchal, essaie-t-il d'obtenir son pardon; vainement le chancelier Guy de Rochefort veut-il faire traîner les choses en longueur : rien ne touche la Reine, et elle montre une telle passion qu'il faut obéir.
Anne, nous dit Brantôme, ne voulait pas « la mort qui ne dure qu'un instant » ; elle voulait son insulteur ruiné, dans un état misérable et bas, vivant « en marisson, douleur et tristesse ^ » . Elle voulait surtout que sa complice
1 Le procès avec toute la procédure se troure àlaBibl. nationale,MS, 8357^'. Ij*attaque ne repose sur rien de sérieux : une série de propos en l'air attribués au maréchal contre Louis XII et la Reine. Deux protégés du maréchal, Pierre et François de Pontbriand, furent poussés à déposer contre lui. Le procureur du Roi l'injuria d'une manière honteuse. Quant à lui, sa tenue resta très digne.
' Brartôme^ Anne de Bretagne, t. II, p. 106.
fût atteinte. Ne pouvant incriminer directement la comtesse d'AngouIéme, elle la fait assigner comme témoin, comptant qu'elle se déshonorera en défendant son amant.
Le jour arrive. Louise se présente à la barre l'œil tranquille et assuré, le front haut, avec la liberté de l'innocence. Elle témoigne sans le moindre embarras, accable le maréchal et contribue à le faire condamner ' . On prétend qu'outre le soin de son renom, Louise cherchait ici une vengeance. M. de Gié, emporté et jaloux, ne se gênait pas pour user de sa qualité de gouverneur en fermant la porte aux jeunes favoris qui lui portaient ombrage, entre autres à Surgère, qu'il avait eu l'audace de faire mettre en prison. Louise s'en souvenait.
A la suite de cet événement, la vie reprend son cours, mais Louise profite de la leçon. En personne avisée et pratique, elle redouble de prudence. Concentrant toutes ses pensées, tout son espoir en son fils, elle marche avec précaution, le suivant des yeux pas à pas. Il compensera un jour ses peines. Dans les courts mémoires qu'elle nous a laissés, c'est à peine si elle prononce le nom de sa fille, sa première née, la douce et plaisante Marguerite, tandis que sa pensée anxieuse ne quitte pas celui dont elle attend tout.
« C'est le douzième jour de décembre, environ dix heures après midi, que mon César pacifique, brisant le cloître maternel, prit la première expérience de lumière mondaine au château de Congnac. La Reine aussi avoit un fils, mais il ne pouvoit retarder l'exaltation de mon César, il avoit faute de vie. »
1 M. de Gié était aussi gouverneur du jeune comte d*Angoulême. Il fut remplacé par Arthur Gouffîer, sire de fioissy, qui, ayant acquis en Italie le goût des arts et de la littérature, contribua, dit-on, à le communiquer à son élève. Saint-Gelais, Histoire de Louis XII, p. 180.
Et six ans après : « Le 25 janvier 1501, jour de la conversion de saint Paul, à deux heures après midi, mon Roy, mon seigneur, mon César et mon fils fut emporté près d'Amboise, au travers des champs, par une haquenée faneuse. Le danger fut si grand que ceux qui étaient présents le crurent irréparable. Toutefois, Dieu connaissant les choses futures ne me voulut priver de mon amour, voyant que je serais trop infortunée. »
Une autre fois, François, en jouant avec ses compagnons, reçoit un coup qui mit en danger sa vie. « S'il fût mort, — s'écrie-t-elle, — j'étais femme perdue. Innocente fut la main qui le frappa, mais par indiscrétion elle fat en péril avec tous les autres membres * » .
Cependant, Louis XII, ayant vu mourir tous ses fils,
propose le mariage de François d'Angouléme et de Claude
afin de conserver à la France le duché de Bretagne, que le
contrat de mariage de la duchesse Anne attribuait à sa
fille aînée à défaut d'hoirs mâles *. Pensée patriotique, —
mais la Reine! Quoi, donner son héritière au fils de cette
femme abhorrée? Jamais ! Qu'importent les intérêts de la
France à son cœur de Bretonne ! Elle aime mieux marier
Claude au descendant de ce platonique époux pour qui, en
dépit de son indifférence, elle a toujours gardé une secrète
faiblesse. Claude épousera Charles d'Autriche, plus tard
Charles-Quint •.
C'était l'ennemi au cœur du royaume.
' Mémoires de Louise de Savoie, t. XVI, p. 410-434. Contrat de mariafre d*Anne de Bretagne et de Louis XII. fiibl. nationale, fond« français, 2746-2749, f» 134.
' Le mariage fat même assez avancé. Voyez dans les Relations diplomatiffues de la maison d* Autriche avec la France, publiées par M. Lb Glat : narangue des ambassadeurs de Philippe le Beau, p. 24; traité de mariage, p> 28; faveur en vue de ce mariage accordée par Louis XII, p. 75; consul- Uùon de cinq docteurs flamands an sujet de la rupture, p. 195.
Louis XII ne s'oppose point aux volontés de la Rein€l ; il en connaît le péril. Mais il faut consulter les États. Soit. On les réunit à Tours, et bientôt ils demande nt à l'unanimité le mariage de Claude et de François d'Angouléme.
La Reine se tait devant la volonté du pays. Elle consent même aux accordailles, mais aux accordailles seulement. Les enfants sont trop jeunes pour le mariage, et d'ailleurs, à trente-deux ans, Anne ne peut-elle encore avoir un fils?
La justice dans ce monde, hélas! est boiteuse. La Reine devait succomber devant sa rivale, et succomber par la mort. Ce fut au château de Blois, le 9 janvier 1514. Elle rendit Tàme à trente-sept ans, après quelques jours à peine de maladie ^, et sans laisser de fils après elle.
Il est dur de mourir en pleine force, en pleine vie et quand on sent derrière soi, à côté des regrets douloureux, les inimitiés triomphantes. La lutte fut terrible. Le christianisme en triompha. Il avait toujours vécu dans cette âme profonde et vaillante, au milieu même du choc des passions. A cette heure solennelle, il reprit tout Tempire *. Anne, la volontaire, la tenace, la hautaine, l'irascible, se brisa elle-même devant Dieu. Elle jeta sur l'autel toutes ses passions fougueuses, son orgueil, ses colères, ses haines, ses jalousies, comme elle renonça à ses tendresses et à ses joies. Serrant la croix sur sa poitrine, elle accepta dans son cœur ce mariage tant maudit, et, en marque d'un parfait dépouillement, laissa l'administration des biens dont allait hériter sa fille Claude à sa future belle-mère '.
^ Elle mourut d'uoe attaque de gravelle dont elle souffrait depuis longtemps. Fleurakge, t. XVI, p. 154.
* La grande piété d*Anne était très renommée. Voir son curieux livre d'heures à la Bibl. nationale.
* Mémoires de Louise de Savoie, t. XVI, p. 436. « Cette Reyne — nous dit Belleforest — fut enterrée avec pompe, mais avec plus de regrets. Tous les sujets du Roy la plouroient à cause des vertus et grâces qui estoient en elle. On
La mort d'Anne fut un horrible coup pour le Roi. Plus âgé que sa femme et vieilli avant le temps, il n'avait jamais cru devoir lui survivre. Sa douleur fut immense. Lui-même accompagna pieusement le corps d'abord à Saint- Sauveur de Blois , puis à Saint-Denis , « en merveilleusement grand deuil, suivi dévotement de toute la cour ' . Il lui fit faire une tombe de marbre blanc la plus belle qu'on vit oncque. » Toute la cour prit le deuil et le garda même au mariage de François d'Angouléme et de Claude, qui s'accomplit au mois de mai suivant. Le marié, la mariée et tous les assistants étaient vêtus de drap noir, et Tautel pareillement décoré.
Les sentiments du Roi étaient sincères, mais la nature humaine est sujette à d'étranges revirements. Fut-ce jalons ie soudaine de l'héritier présomptif dont on avait discuté fort âprement le contrat de mariage *, souvenir des révoltes de Charles VIII et de Louis XI, ou besoin de revivre dans un lien nouveau? Toujours est-il que quelques mois après la mort de lu Reine Anne, une étrange nouvelle se répand dans le royaume étonné. Cet époux inconsolable va confit que] jamais, depoia son dernier «nfantement, accouchant de madame Renée^ ne se porta onc bien. Elle fut toujours maladive, de sorte que Ton estimoit que cela procédoit de la faute des matrones et sages -femmes, qui l'avoient gastée en recevant l'enfant. Elle estoit fort pitoyable aux pauvres et calamiteux, aymoit les gens de scavoir et de beau esprit, et n*avoit qu'un seul vice, qui estoit d'estre vindicative et colère » . (Belleforest, Histoire de France, t. II, p. 1401.)
« Cette Reyne — nous dit un autre chroniqueur — estoit la vraye mère des pauvres, le support des gentilshommes, le recueil des dames, damoyselles et honnestes filles, et le refuge des savants hommes. Aussi tout le peuple de France ne se put consoler de sa mort. » (Cité par Brantôme, t. II, Anne de Bretagne, t, 11.)
* Fleurahge, t. XVI, p. 155-159; Brantôme, t. II, p. 108-159. Voir dans Brantôme la description des funérailles d'Anne de Bretagne, sur le modèle desquelles on fit celles de Charles JX.
* Voir ce contrat, Bibl. nationale, fonds français, recueil des contrats, 2746-J749, signé le tSt mai 1506.
voler en secondes noces, et il épouse une princesse de seize ans, éclatante de force, de jeunesse, de beauté, Marie, sœur du Roi d'Angleterre.
Ce mariage, arrangé parle duc de Longueville, prisonnier à Londres, avait, il est vrai, un côté politique '. Louis XII, malheureux en Italie, avait signé une trêve avec Ferdinand, Maximilien et le Pape, en abandonnant le Milanais. Il allait en signer une avec l'Angleterre, et Marie était le gage de la réconciliation. En outre, le Roi voulait des héritiers directs ; il l'annonça tout haut.
Revers inattendu pour Louise, qui se croyait déjà sur le trône avec son fils. Énergique, toutefois, et coutumière de dissimulation , elle Fait bonne figure à mauvaise fortune, et, selon le devoir de son rang, part sans hésiter à la rencontre de la nouvelle Reine.
Marie débarque à Calais, comme « une dame de la plus grande étoffe » , conduite par une suite de seigneurs et de dames d'Angleterre, et deux cents archers de la garde de Henri VIII. MM. de Vendôme, de la Trémouille, d'Orval vont la recevoir au sortir du vaisseau^ et Louis XII un peu au delà d'Abbeville, avec toute la cour. Il la rencontre à une lieue de la ville, l'embrasse tout à cheval et la ramène avec lui.
Le lendemain, les épousailles à la cathédrale d'Abbeville. A la messe, M. d'Angouléme donne l'offrande au Roi, comme le plus proche du sang, et madame Claude à la Reine, avec « merveilleusement grand regret »> , car il y avait bien peu qu'elle remplissait cet office pour sa pauvre mère. Le couronnement eut lieu à Saint-Denis, en présence de tous les Anglais. Puis commencèrent à Paris les joutes et les fêtes. Cette fois on avait quitté le deuil.
* Voir le contrat, Bibl. nationale, fonds français, 2746-2749, f» 90.
Le comte d'Angouléme, jeune, éclatant, plein d'ardeur, insoucieux du trône qu'on lui enlève, se prend d'enthousiasme pour la nouvelle Reine et ne songe qu'à se distingpier, sous ses yeux, au premier rang des combattants. Pendant ce temps, sa mère veille. Suivant la cérémonie pas à pas avec une secrète anxiété, quand elle voit cette belle et robuste princesse marcher à l'autel à côté du Roi « antique et débile » , un sourire plisse ses lèvres, ironique et moqueur. L'espérance lui revient. Que surtout son fils n'aille pas se prendre pour la princesse d'Angleterre d'une imprudente adoration. Elle saura le prévenir. Sa prévoyance n'oublie rien. Dès le premier jour, elle s'institue la gardienne de Marie.
Charles Brandon, duc de SufFolk, homme de petite maison, élevé par la faveur de Henri VIII, passait pour foire assidûment la cour à la princesse Marie avant son mariage et en être fort bien vu. Il l'avait accompagnée en France. Louise ne le perd pas de vue. La majesté du trône ne permettant point la solitude à une Reine de France, quand le Roi s'éloigne, madame Claude couche dans la chambre de Marie, et madame d'Âumont, sa dame d'honneur, a ordre de ne la pas quitter ^ .
Louise avait vu juste. Le Roi devait succomber, et même rapidement, à l'épreuve de ce mariage. Six semaines après, il était sur son lit de mort. Alors, il reconnut sa folie, et revint tout entier dans son cœur à celle qu'il n'aurait jamais dû quitter. Ses dernières pensées, ses derniers élans appartinrent à sa seule véritable épouse. Il voulut la rejoindre dans la mort et ordonna que leurs deux corps
^ Ceux de la basoche disaient en raillanC que le Roi d'Angleterre avait envoyé une haquenée au Roi de France pour le porter plus doucement en enfer ou en paradis. (Fleurance, t. XVI, p. 157-161 et 351.)
fussent couverts sous un même tombeau de marbre blanc \ Le 1*' janvier 1515, Louise s'écrie, triomphante : « Mon fils est Roi... Quelle récompense des adversités et inconvénients advenus en ma fleur de jeunesse*! »
I Ce magnifique tombeau fut exécuté nous le règne suivant, par Jean Juste de Tours. On peut le voir dans la cathédrale de Saint-Denis. Le couple royal y est représenté deux fois : couché sur le sarcophage et agenouillé au- dessus. Les arcades sculptées qui l'entourent sont ornées des statues des apôtres; de petits bas-reliefs décorent le socle.
' Mémoires de Louise de Savoie, t. XVI, p. 419.