II • INTRODUCTION
réserverait aucune surprise dans son au delà mystérieux, nous trouverions encore noble et grand d'avoir vécu un seul jour.
L'idée morale, d'ailleurs, si elle ne dépend pas de l'idée religieuse, ne lui est point opposée. La science a détruit la théocratie comme une oppression artificielle de l'esprit, mais elle s'incline devant la foi personnelle comme devant l'expression d'un sentiment. Les aspirations auxquelles la religion correspond ne sont pas de celles que la science puisse satisfaire. La science, par ses méthodes rigoureuses, envahit le domaine des faits positifs, mais elle y circonscrit son action. Le champ des inconnus reste donc ouveFt; la raison des choses demeure voilée, et les éternels pour-
quoi? auxquels la science refuse de répondre, continuent de se poser après chacun des problèmes qu'elle a résolus. Cette grande idée humaine de la justice se heurtant à l'indifférence morne de la nature, ne cesse d'enfanter dans nos âmes des désaccords profonds et douloureux qui nous laissent interdits. Qu'est-ce que le devoir et le bien, si la vie n'est qu'une ombre? Pourquoi des aspirations infinies et des réalités éphémères? Pourquoi mourir à jamais, quand on veut vivre toujours?
Devant l'inconnu de la destinée et les âpres contradictions de la vie, les uns savent porter le doute, se plier aux grandes résignations et, grâce au détachement de soi, se refaire de la joie avec de la souffrance. Les autres veulent avoir des compensations à tout prix, et demandent à la foi d'ouvrir devant eux au delà de la vie et de la mort de nouvelles perspectives.
Cet au delà est le domaine de la religion, qui ne lui sera point ôté. Elle a toujours apporté un grand art à l'étude du cœur; qu'elle préside donc à nos destinées comme une immortelle consolatrice. Quand elle aura cessé d'être un
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pouvoir social, elle reprendra sur nos âmes une autorité que nul ne lui disputera. Le respect de la conscience religieuse fait partie du respect de la conscience humaine.
Comment d'ailleurs aborder Tétude du passe sans reconnaître la place immense que la religion y occupe? La religion, c'est rhomme reflété dans ses Dieux ; et Thomme est pour nous la source vivante de Thistoire, qui la transforme, la renouvelle sans cesse, alors même qu'elle réagit sur lui par les institutions et les lois. C'est donc l'homme avant tout que nous avons cherché dans le passé; ce sont ses idées, ses sentiments, sa conscience, ses mœurs, et non pas dans leur signification générale et abstraite, mais dans leur caractère particulier, leur foi^me vivante. Si le seizième siècle nous a attiré, c'est précisément qu'aucun n'est plus fécond en individualités originales et fortes. Placé entre la féodalité et la monarchie absolue, et en face de la Réforme naissante, la société y présente dans son désordre une variété infinie, et l'histoire s'y trouve à une de ces heures d'incertitude où il suffit d'un incident pour en changer le cours.
Le seizième siècle pose tout entier le problèiùe de nos destinées nationales. Or, ce problème n'a pas reçu la solution qu'on devait attendre du caractère de la race et de ses précédents historiques. Telle est l'idée qui ressortira définitivement de notre travail.