LA FÉODALITÉ
La féodalité a présenté au monde un modèle de société nouveau : une société fondée sur l'individu. Jusqu'alors,
IV INTBODUCTION»
dans les régimes barbares, les masses étaient passivement soumises à un cheF. Dans la civilisation antique même, rhomme libre n'existe que comme partie de TÉtat. Ici, il est rÉtat même. La société est constituée par des contrats d'hommes libres, d'un caractère aristocratique et militaire, — la classe conquérante étant seule à contracter, et l'objet exclusif des engagements étant la guerre.
Ce caractère constitutif du régime féodal fait sa grandeur et sa faiblesse : sa grandeur, car en développant les qualités d'indépendance, d'énergie, de courage et d'honneur, il crée ces fortes individualités où les passions farouches de la barbarie se mêlent d'une façon étrange aux' fantaisies légères de l'imagination, aux intimes poésies du cœur; sa faiblesse, car en affranchissant des hommes libres et guerriers de tout lien supérieur de nationalité, il pose entre eux un principe d'anarchie incompatible avec l'existence d'un grand pays.
La féodalité identifiant l'exercice de la guerre avec l'exercice du gouvernement, en fait l'apanage exclusif de la classe conquérante, et, de plus, — caractère nouveau, — elle étend les obligations de la guerre à la possession du sol, en créant des classes de terres correspondantes aux classes d'hommes : les unes nobles, qui impliquent le service militaire, les autres roturières, qui s'en rachètent par l'impôt.
Les deux grandes divisions de classes d'hommes sont les non nobles et les nobles.
Les non nobles se subdivisent en serfs qui cultivent la terre et y sont attachés, et en vilains qui travaillent librement et louent leurs services où ils veulent. Les serfs font partie de la propriété du seigneur et en suivent le sort. C'est un esclavage limité. Les vilains résident ordinairement dans les villes, où ils exercent le commerce et de petits états. Parfois ils s'enrichissent, et alors ils peuvent