‹ François Ier [i.e. premier]: portraits et récits du seizième siècleChapitre 38 sur 40 · OSCILLATIONS DE LA POUTIQUE. DERNIÈRES GUERRES · texte numérisé non relu

OSCILLATIONS DE LA POUTIQUE. DERNIÈRES GUERRES

Nice était le seul point de son territoire que le malheureux duc de Savoie possédât encore. Il occupait le château, à peu près imprenable, et entendait du moins garder cette retraite '. Aussi, quand l'Empereur et le Pape la lui demandèrent pour Fentrevue, il la leur refusa sous divers prétextes. Paul III s'établit alors dans les environs de la ville, au couvent de Saint-François, TEmpereur à Villafranca, et le Roi à Villeneuve.

L'animadversion entre les deux souverains était si violente, qu'ils ne consentirent point à se voir. Toutes les négociations eurent lieu par l'entremise du Pape, qu'ils visitaient alternativement, et par celle de la Reine Éléonore, qui allait sans cesse de son mari à son frère et de son frère à son mari, croyant, cette bonne Reine, être arrivée à ses fins. On raconte même, au sujet de ces allées et venues, un incident qui fait contraste avec la gravité de la situation.

Un léger pont avait été construit des galères impériales à la plage, afin de pouvoir communiquer sans esquif. Un jour que la Reine venait visiter son frère, suivie de ses

* Voir au sujet de ces négociations la curieuse Relation de V ambassadeur vénitien Nicolas Tiepolo, p. 205.

femmes, il alla au-devant d'elle h mi-pont avec le duc de Savoie, le duc de Mantoue et les seigneurs espagnols. La charge étant trop lourde, le pont rompit, et tous tombèrent à l'eau. « Vous eussiez veu alors gentilshommes qui avaient le plus grand désir de servir aux dames, se jeter en mer, les porter en l'air et tirer hors de l'eau; à la vérité, il y en eut de bien baignées, je dis jusques au-dessus de la ceinture. Après que les dames furent au logis de l'Empereur , soudainement eurent chemises , chaulses et aultres vestements à changer, de sorte qu'il n'y paraissait plus que ung raffraichissement, allégresse et contentement des gentilshommes. Bien vray que celles qui n'avaient baigné que le petit orteuil se moquaient de celles qui estoient plus baignées ^ »

Les négociations se poursuivaient laborieuses entre les souverains. En ce moment, Charles-Quint avait grand besoin de paix. Menacé par les Turcs, mis en échec par les protestants d'Allemagne, qui l'obligeaient à de grandes concessions pour lui accorder leur concours à la guerre, détesté en Italie, où ses soldats, sans pain, continuent à vivre de rapines, les plaintes les plus amères lui venaient de tous les côtés de ses États. L'Espagne même, épuisée, murmure, et les Cortès, assemblés à Tolède, lui refusent de nouveaux impôts. Enfin, une grande fermentation agite les Pays-Bas. L'autorité de la régente est publiquement attaquée. A Gand surtout, les manifestations d'indépendance se multiplient. On parle tout haut de demander l'appui du Roi de France. Jamais la situation de l'Empereur n'a été aussi critique. Mais la ténacité lui tient lieu de fortune; il ne veut rien céder.

* Etnhouchement de Notre Saint Père le Pape, V Empereur et te Roy : GiMBER et Danjou, Archives curieuses de l* histoire de France, t. III, p. 25. — Paradis, Histoire de notre temps, p. 37Î.

En face de lui, François, dans un royaume resserré, uni et prospère, n'a jamais eu une situation * plus affermie. Il lui suffit d'attendre, de favoriser les éléments de dissolution de r Empire, de profiter des inimitiés que son gouvernement inspire pour venir à bout de Charles- Quint. Nos meilleurs diplomates le sentaient bien. Il faut lire la correspondance des évéques de Màcon, de Lavaur, de Rhodes, alors ambassadeurs à Rome et à Venise'. Ces patriotiques prélats ne s'effraient pas de Talliance ottomane. Ils ne cessent, au contraire, de représenter au Roi que le retour à l'Empereur, c'est la rupture avec Soliman, irrité déjà du manque de parole de l'année précédente. La paix qu'on lui propose, d'ailleurs, est un mensonge ; elle n'a d'autre but que de le détacher de ses alliances. Quand Charles-Quint le sentira isolé , il reprendra avec lui toute sa hauteur, tandis que si le Roi poursuit ses avantages, il le forcera rapidement à une paix avantageuse pour la France.

Malheureusement, François ne comprend rien à ce langage. Impressionnable et mobile, il est en ce moment rempli de remords par les reproches du Pape au sujet de son alliance sacrilège. Ce sentiment le domine, et, après s'être donné dans l'opinion de l'Europe l'odieux de l'accord turc, il s'apprête à y renoncer au moment d'en recueillir les fruits.

Montmorency, qui vient d'être nommé connétable, encourage le Roi dans ce changement de politique. De tout temps. Montmorency avait eu du goût pour Charles- Quint. Ils se ressemblaient par la nature tyrannique et hautaine, l'esprit de persécution. « Le grand maître a toujours été pour la paix avec l'Empereur, — nous dit Marino

^ Négociations dans le Levant, t. I, p. 363-371. — Martin du Bellat, t. XX, p. 477.

Giustiniano (1535); — il n'a jamais permis qu'on en vînt aux armes ; il n'a jamais voulu d'alliance avec les princes allemands '. » Maintenant, il va avoir gain de cause, sans se douter, dans sa lourde et aveugle confiance, que Charles- Quint, beaucoup plus habile, délié, souple et profond, Va battu d'avance.

Les princes, ne pouvant arriver h s'entendre pour la paix, finissent par signer, le 18 juin 1538, une trêve de dix ans qui laisse les choses en l'état, chacun devant garder provisoirement ce qu'il tient. Alors, on se sépare.

Chose curieuse! Ces rivaux implacables, qui n'avaient pu consentir à s'aborder à Nice, vont, moins d'un mois après, se rejoindre à Aigues-Mortesdans la plus affectueuse et cordiale entrevue*. Réunion qui n'eut rien de fortuit, comme quelques historiens l'ont dit, car notre flotte, alors dans le Levant, avait été prévenue, et quitta nos bons amis les Turcs pour venir rallier à Gènes la flotte impériale, commandée par André Doria. Il est probable que ce fut Montmorency, appuyé de la Reine, qui combina l'affaire. Il fallait bien se voir et s'entendre en vue d'une direction commune, et l'on serait plus libre loin du Pape, dont le prosélytisme ardent faisait trop bon marché des intérêts politiques. Le fait est que, moins d'un mois après le départ de Nice, Charles-Quint arrive devant Aigues-Mortes, suivi de sa flotte et de la nôtre, lui faisant cortège. Le Roi se reposait alors près de la ville, à l'abbaye de Vauvert. Dès qu'il apprend l'arrivée de Charles-Quint, il monte à cheval, se rend au port, prend un bateau, et, suivi du cardinal de Lorraine et de quelques seigneur», va droit à la galère

^ Ambassadeurs vénitiens, t. I. p. 107.

' « Ces deux princes, jusqu'ici pleins de défiance et de haine, qui ne pouvaient jamais parler Tun de l'autre sans calomnie, sarcasmes et imputations passionnées, on les voit soudainement s'adoucir. » Nicolas Tiepolo, Ambassadeurs vénitiens, t. I, p. 231.

impériale. Gomme il abordait, Charles-Quint lui tend la main pour monter, et François lui dit :

« — Mon frère, me voici de nouveau votre prisonnier. »

Après les compliments d'usage, Charles-Quint présenta au Roi les officiers de son armée, voire même Doria. L'accueil fut des plus courtois. Le lendemain, lundi, l'Empereur voulut rendre cette visite.

Deux maisons contiguës, appartenant à deux habitants notables de la ville, avaient été préparées pour les souverains : l'une pour le Roi, à M. La Garde; l'autre pour l'Empereur, au sieur Archambaud de la Rivoire. Nous donnons le récit de ce dernier en l'abrégeant :

Charles-Quint, — nous dit-il, — débarqua sur le pont de la marine, où le Roi et la Reine Tattendaient, « et aussitôt ils s'entre-accoUèrent. LaReyne les embrassa tous les deux par-dessus la ceinture », en se félicitant de la joie de cette réunion. Devant la porte de la marine se pressait la foule des habitants, criant : « Vive l'Empereur! vive le Roy! Et l'artillerie, de l'autre côté, crioit que c'estoit une tonnerie à ouyr. » Comme ils entraient dans la ville, M. le Dauphin et M. d'Orléans se présentèrent à eux tout bottés, arrivant de Provence. Les souverains leur firent grand accueil. « Le Roy prit alors par le bras le seigneur Empereur et le mena en la maison de M. La Garde, où le disner étoit prêt en une grande salle, avec une très belle compagnie. »

Les deux maisons communiquaient au moyen d'un pont allant d'un toit à l'autre. Après le dîner, « le Roy et la Reyne emmenèrent ledit Empereur de la maison de La Garde en la mienne » , et le laissèrent dans la chambre qui lui avait été préparée. Il s'y trouvait un lit merveilleusement riche, où il se mit à l'aide et se reposa environ une heure. La Reine alors, accompagnée de M. de Montpezat, vint heurter à sa porte, qui lui fut incontinent ouverte, et

tio.

elle envoya Montpezat chercher le Roi, disant que son frère était éveillé. Le Roi, arrivant avec quelques seigneurs, trouva l'Empereur encore sur son lit, qui devisait avec la Reine sa sœur, assise sur une chaise à ses côtés. « Apercevant le Roy, l'Empereur se jeta sur ses pieds sans soulliers, et François lui dit :

« — Et puis, mon frère, comment vous trouvez-vous? Avez-vous bien reposé? »

L'Empereur répondit qu'il avait tellement banqueté qu'il aurait bien pu dormir encore. Et le Roi ajouta toutes sortes de propos aimables, prétendant que l'Empereur ait autant de puissance en son royaume qu'en Espagne et en Flandre, et qu'il y soit obéi comme lui. Et, en signe de sa volonté, il lui présenta un diamant estimé trente mille écus, enchâssé dans un anneau sur lequel était écrit : Dilectionis testis et exemplum. L'Empereur le mit au doigt en remerciant le Roi et disant :

« — Mon frère, je n'ay rien pour me revenger de ce présent, sinon ceci (son ordre, qu'il enleva de son cou pour le mettre à celui du Roi) » , à quoi le Roi, le remerciant à son tour, ajouta : « — Puisque il vous plaît que je porte votre ordre, il vous plaira de porter le mien. » Et ainsi, ils échangèrent ces deux signes en s'embrassant grandement. Ils demandèrent alors leur vin, et tout le monde sortit, excepté M. de Granvelle et le grand commandeur du côté de l'Empereur, la Reine, le connétable et le cardinal de Lorraine du côté du Roi. En tout sept personnes. Ils conférèrent longtemps, convinrent de la paix et sortirent tous ensemble pour aller souper. Après le souper, les dames s' entre -baisèrent pour marquer leur joie. La Reine ensuite alla s'assurer que la chambre de l'Empereur était prête, puis vint le rechercher et « lui fit compaignie jusqu'à sa porte, où elle le laissa » .

Le lendemain mardi, le Roi vint trouver l'Empereur dans sa chambre, et tous descendirent « ouyr la messe dans la salle basse de ma maison, avec une grande musique, puis ils allèrent dîner * » .

Le reste de la journée se passa en réjouissances. Toutes les dames de la cour étaient là : la Dauphine Catherine de Médicis, Marguerite de France fille du Roi, la Reine de Navarre *, la duchesse d'Étampes. Les fêtes furent magnifiques, tant .à terre que sur Teau. Dans les promenades à terre, chaque seigneur français ou espagnol prenait une dame en croupe, et Ton chevauchait ainsi avec des éclats extraordinaires de gaieté. La plus rayonnante était la Reine Éléonore, entre son mari et son frère. A chaque instant, elle laissait éclater sa joie et forçait les deux souverains à s'embrasser tendrement, enchaînés dans ses bras. Spectacle curieuxaprès tant d'accusations et de menaces, tantdecolère et de haine ! François I" pouvait y mettre une certaine bonne foi, mais Charles-Quint, en lui-même, devait bien rire.

Enfin, on se sépara. Le Roi, après avoir reconduit l'Empereur à sa galère, coucha encore une fois dans la ville et, le lendemain, se dirigea vers le centre de ses États '.

Une nouvelle phase politique commence alors, et se dessine avec d'autant plus de vigueur qu'une grave maladie de François P livre à Montmorency le gouvernement du royaume.

* Exti^ait des Mémoires manuscrits (I'Archamoaud de la Rivoire, habitant d* Aiguea-Mortes ; Mémoires conservés dans la bibliothèque du marquis d*Aubais et communiqués aux auteurs de V Histoire du Languedoc : Cimber etDANjou, Archives curieuses de l* histoire de France, t. III, p. 29. — Voir aussi une lettre de Charles-Quint à sa sœur, Marie de Hongrie, datée de Gênes, le 18 juillet 1538, qui raconte l'entrevue d'une manière analogue. Lan2, t. II, p. 284.

* Lettres inédites, lettre 148, datée de Lyon sur la route, p. 367.

* Martin du Bellay, t. XX, p. 285, et note p. 472.

Les papes sceptiques et lettrés n'étaient plus. Paul III, qui a succédé aux Médicis sur le trône pontifical, âme fanatique et étroite, ne rêvant que croisade et persécutions, s'occupait en ce moment à réunir un concile pour écraser les réformés, et il approuvait l'Ordre des Jésuites (15 septembre 1540) qui avait pour objet leur conversion par tous les moyens. C'est son inspiration qui prévaut. Dans ses entrevues secrètes avec Charles-Quint, le Roi avait pris des engagements; il y est fidèle. Dès le 10 septembre, on brûle sur la place de Salin, à Toulouse, un inquisiteur converti au protestantisme, et le 10 décembre suivant, le Roi rend contre les hérétiques un de ses plus sévères édits. Dans toutes les provinces, alors, les exécutions se multiplient, avec plus ou moins de cruauté, selon l'esprit des autorités locales. L'arrêt rendu le 18 novembre 1540 par le Parlement de Provence, et dont le Roi suspendit d'abord l'exécution, est un des plus atroces. Il ordonne « la dévastation des villages de Mérindole, Cabrières, Aiguës et autres lieux, réceptacles d'hérétiques; le massacre des hommes, le bannissement des femmes et des enfants, le rasement des maisons, le déracinement des arbres » .

L'honnête chancelier Antoine du Bourg, — oncle d'Anne du Bourg, — était mort en 1538, et Pbyet, qui lui avait succédé, créature de Louise et de Montmorency, poussait aux mesures les plus cruelles.

Au dehors, complet changement de front. L'Angleterre se refroidit; les protestants d'Allemagne s'indignent et se détachent; Soliman s'étonne de ce que le Roi, son allié, ne l'a pas prévenu de la signature de la trêve ; et quand nos ambassadeurs, habitués à combattre partout l'influence impériale, reçoivent de Montmorency l'ordre de la favoriser, ils restent déroutés, et l'on sent à leurs lettres et

dépêches qu'ils n'ont pas confiance '. Enfin, les affaires de Flandre portent cette situation à Textréme.

L'agitation allait croissant dans les Pays-Bas . Charles-Quint voulant lever à Gand, de son autorité propre, un subside que les députés n'ont pas consenti, les bourgeois, appuyés sur leurs vieux privilèges, refusent de payer. La gouvernante, pour les réduire, fait saisir les premiers d'entre eux comme otages. Les autres prennent les armes, chassent la noblesse, font prisonniers les officiers impériaux, organisent un gouvernement dans leur ville, et envoient demander la protection du Roi de France, qu'ils appellent encore leur seigneur, suzeraineté traditionnelle que le traité de Cambrai avait arrachée à la France. Au lit de justice de 1537, François V prenait ce titre dans sa protestation, — en vain, alors. Aujourd'hui qu'on lui offre les moyens de le faire valoir, il le renie publiquement, et, bien plus, il ferme l'avenir en dénonçant les Flamands à leur maître. Il livre leur correspondance secrète à Charles- Quint et lui accorde un passage dans ses États pour aller les soumettre. Le Roi toujours malade, nous reconnaissons encore là Montmorencv.

Chose nouvelle, dans l'automne de 1539, l'Empereur se présente en ami à notre frontière! Le Roi, ne pouvant se transporter, l'attend à Chàtellerault, mais le connétable et les deux princes vont à sa rencontre jusqu'à Rayonne. On voyage lentement, Charles-Quint prenant plaisir à chasser le long de la route. Les villes le reçoivent magnifiquement; ses entrées sont royales ; toute la noblesse de France se presse sur ses pas et lui fait cortège. A Pontoise, cinq cents gentilshommes vont au-devant de lui suivis de deux mille bourgeois divisés en six compagnies.

* Collection Ribier.

A Orléans, quatre cent cinquante gentilshommes, toute la milice de la province, et un corps de « quatre-vingt-dix jeunes marchands de la ville, montes sur bons coursiers, tous habillés de casaques de velours noir et pourpoints de satin blanc fermés de boutons d'or, le bonnet de velours couvert de pierreries et brodé d'orfèvrerie, des brodequins de maroquin blanc déchiquetés, des éperons dorés et la haquebutte à Tarçon de la selle. Chacun avait sur soi' plus de deux mille écus de bagues. Un seul bonnet fut prisé à ce taux ' . »

Arrivé à Chàtellerault, Charles-Quint est reçu par François I" avec tous les honneurs imaginables. Les deux monarques se rendent ensemble à Paris. Ils entrent solennellement dans la ville, le 1^' janvier 1540, et, par grand hotmeur, on délivre tous les prisonniers au nom de Sa Majesté Impériale^. Huit jours se passent en fêtes et en réjouissances, pendant lesquels Charles-Quint visite son ami le connétable dans sa splendide demeure de Chantilly. Puis le temps des adieux arrive. Après trois mois de voyage et de séjour en France, l'Empereur prend coàgé de son frère avec un redoublement d'affection et de promesses d'accord.

Pendant la visite impériale, la courtoisie avait défendu de toucher a la politique, mais quelques mots vagues avaient suffi pour que François I", toujours prêt à l'illusion, se persuadât que dans un élan de reconnaissance et d'amitié l'Empereur lui restituerait le Milanais. Charles- Quint part pourtant sans rien dire. Il soumet les Flandres et revient alors, pour toute concession, à son projet de marier une archiduchesse, sa fille ou sa nièce, au second fils

1 Martin du Bellay, t. XX, p. 443. — Paradir, p. 364. • Grâces données par Tempereur Charles-Quint à son passa(];e en France. Fonds français, 2831, f^ 127.

du Roi, le duc d'Orléans. On constituera aux époux pour dot et apanage, d'une part le Milanais et les Flandres, de r autre la Bourgogne.

C'était le démembrement de la France et la semence d'une guerre terrible jetée entre les frères. Le Roi le comprend et repousse cette proposition perfide en se prétendant trompé. Il ne l'avait été que par lui-même. Charles- Quint, très surpris de ce refus, y répond en investissant *son fils Philippe du duché de Milan, ce qui met le comble à la colère du Roi '. Les relations alors s'aigrissent; le Roi regarde en arrière vers ses anciens alliés. La défaveur de Montmorency commence.

Après la signature de la trêve, La Foret étant mort en Orient^, le Roi avait envoyé un nouvel ambassadeur à Constantinople, pour donner des explications au sultan et lui proposer d'entrer dans la trêve. Cet ambassadeur, Rinçon, très habile, réussit à ramener Soliman au Roi, mais non pas à le faire participer à la trêve. Chance heureuse, car lorsqu'il revient en France, au commencement de 1541, tout avait changé. Le Roi était prêt à s'entendre avec le sultan pour une nouvelle guerre '. Rinçon repart donc avec des instructions qui y correspondent. Mais comme il traversait le Milanais, en compagnie du Vénitien Frégose, naviguant sur le Pô, ils tombent tous deux dans une embuscade que leur tend le marquis de Guast par un ordre secret de l'Empereur; ils sont assassinés.

Grande colère de François I". Vainement le Pape veut intervenir entre les deux rivaux, Charles-Quint répond avec une extrême hauteur. Il dénonce de nouveau Fran-

* FoHTANiEU, Investiture du duché' de Milan par Charles^Quint a son fils, p. 234, 235.

2 Négociations dans le Levant, t. 1, p. 354.

8 Jbid., p. 409-462.

çois comme Tallié des musulmans et Taccuse d'amener les Turcs en Europe'. L'animositë s'accroît. Le Roi alors poursuit ses plans. L'aventurier Paulin de La Garde remplace Rinçon, et part comme ambassadeur auprès de Soliman. Il le trouve installé à Bude après avoir battu Ferdinand. La Garde le décide h combiner avec le Roi une action maritime sur Tltalie et l'Espagne ^. En France, l'amiral d'Annebault et le cardinal de Tournon ont remplacé Montmorency, disgracié, à la tête des affaires, et l'on* s'efforce de revenir aux alliances protestantes. La confiance brisée, toutefois, ne se reforme pas aisément. Aucune avance ne peut ramener Henri VIII qui s'est uni à Charles- Quint, et les protestants d'Allemagne, reprochant amèrement à François I" ses persécutions religieuses, montrent une extrême réserve. Le Roi, alors, suspend les supplices, expédie des lettres de grâce et donne au plus influent d'entre eux, le duc de Gueldre, sa nièce, Jeanne d'Albret, en mariage. Le rapprochement finit par s'opérer. Les princes protestants d'Allemagne renouvellent l'alliance, et les Rois mêmes de Danemark et de Suède prennent parti, pour la première fois, dans la querelle du Roi avec l'Empereur; ils lui promettent le concours de leur flotte et l'autorisent à lever chez eux des lansquenets.

Pendant ce temps, Charles-Quint faisait une nouvelle expédition en Afrique, dirigée cette fois sur Alger. Le 17 octobre 1541, ayant quitté l'Espagne avec toute sa flotte, il découvre, le jeudi matin 20, au point du jour, nous dit le journal de Vandenesse', la terre de Barbarie. Dans l'après-midi. Sa Majesté réunit toutes ses galères et vient jeter l'ancre à un « trait de canon » de la ville

' Négociations dans le Levant, p. 488.

2 Ibid., p. 491.

• Papiers d'État de Granvelle, t. Il, p. 612.

d'Alger. Mais dans la nuit, le vent et la mer commencèrent à ce haulser » avec tant de violence qu'il fallut lever les ancres.

On essaya bien les jours suivants de débarquer; toutefois la pluie, la grêle et le vent se déchaînant de plus bel, il n'y eut pas moyen de se servir de Tartillerie et d'avancer dans le pays. Le jour de la Toussaint, on se remit en route pour l'Espagne avec une flotte désemparée, et après avoir fait sans plus de succès une tentative sur Bougie, le 1" décembre l'Empereur abordait dans la cité de Carthagène. Les éléments s'étaient chargés de le vaincre sans que l'ennemi s'en mélàt. Il passa l'hiver en Espagne.

Au printemps de ] 542, le 20 mai, François, le premier, déclare la guerre, et les hostilités commencent en même temps dans le nord et dans le midi. Au nord, c'est le duc d'Orléans et M. de Guise qui mènent l'armée; au midi, c'est le Dauphin et le Roi. Des marches et contre-marches, des villes prises et reprises, des escarmouches sans batailles rangées, conduisent jusqu'à la fin de l'automne. Le Roi revient alors du Roussillon pour trouver sur les côtes ses sujets en révolte.

La Rochelle, ville de commerce maritime, avait acquis de grandes richesses, et vivait dans la prospérité et la paix sous la protection de libertés municipales fort anciennes. C'était de fait une sorte de petite république, gouvernée par un conseil de cent citoyens élus par le peuple et qui élisaient à leur tour les échevins. Ils défendaient euxmêmes leurs murailles, et fort bien : aucun soldat ne pouvait entrer dans la ville sans leur consentement.

Charles de Chabot, sire de Jarnac, gouverneur du pays d'Aulnis, prend ombrage de cette prospère indépendance. Quelques dissentiments s'étant élevés entre les bourgeois, il en profite pour casser le conseil supérieur et les échevins.

et en nommer lui-même de nouveaux. Une grande fermentation résultant de ce coup d'État, il obtient du Roi Fautorisation d'introduire dans la ville, contrairement à ses privilèges, une garnison de trois cents aventuriers qui s'y conduisent avec la dernière insolence. De nombreuses querelles en résultent ; les habitants finissent par se soulever, et, pour éviter un combat douteux, Chabot consent à ce que les aventuriers quittent la ville, à condition que les habitants déposeront leurs armes jusqu'à l'arrivée du Roi ' .

Malheureusement, cette révolte se compliquait d'un soulèvement des côtes au sujet de l'impôt du sel. Le Roi ayant augmenté cette taxe impopulaire, ses commissaires avaient été chassés à force ouverte, et en ce moment même il se dirigeait, furieux, 3ur la Rochelle, résolu à punir indistihctement tous les coupables. Les habitants, tremblant d'effroi, envoient au Roi des députés pour protester de leur obéissance. Le Roi refuse de les entendre, les fait mettre aux fers et marcher en cet état devant lui, avec les députés des îles et des côtes. En apprenant ce traitement, les habitants terrifiés ne cessent de faire des processions et prières publiques, demandant à Dieu de mitiger la colère du souverain.

Enfin, le grand jour arrive. Le 3 1 décembre, à une heure après-midi, François fait son entrée dans la ville. Un amphithéâtre avait été élevé sur la place principale. Il y monte en costume royal, environné de ses seigneurs, cardinaux et princes. Les coupables sont groupés sur la place et dans les rues : d'un côté ceux des îles et des côtes, de l'autre ceux de la ville, attendant leur arrêt dans le plus profond silence, car on a défendu de sonner les cloches. Guillaume le Blant, avocat de Bordeaux, qui doit plaider

» Tavannes, t. XXVI, p. 58.

FRANÇOIS !•'. 3ir

pour les côtes; Estienne Noyau, lieutenant de la Rochelle, pour la ville, ne font que requérir « miséricorde, grâce et pardon des offenses commises, plus par fragilité que par malice » .

A peine ont-ils fini de parler que lés habitants se jettent à genoux, les mains jointes, tète nue, en criant de toutes leurs forces : «Miséricorde, miséricorde! » A cette vue, un grand attendrissement brise tout à coup l'orgueil et la colère du Roi. Non seulement il pardonne, mais il déclare que tout est oublié. Séance tenante, il rend les. armes confisquées, délivre les prisonniers, retire la garnison de la ville, et bien mieux, après une exhortation toute paternelle, il va souper avec les magistrats pour leur montrer sa confiance et son amitié. La ville fit éclater sa joie par des cris, accompagnés du son des cloches qui depuis trois jours étaient muettes'.

De tels élans faisaient tout pardonner à François I". Voici un autre incident où nous le retrouvons encore le même.

L'ancien maître de son artillerie, Galiot de Genouillac, est accusé de malversation. Galiot de Genouillac avait servi sous Charles VIII et Louis XII, et, arrivé à l'âge de soixante-seize ans, il s'était retiré de toute charge et vivait en repos magnifiquement en son château d'Acier, qu'il avait fait construire dans le Quercy.

François I**", excité par les dénonciations des courtisans, appelle auprès de lui le vieux seigneur et l'interroge d'un air soupçonneux sur la manière dont il a acquis ses richesses. Genouillac reconnaît qu'il est né pauvre, que tous ses biens lui viennent par la charge des grands États, par les faveurs royales et, de plus, par

^ Voir au sujet de cet incident de la Roclielle : Cimber et Danjou, Archives curieuses de V histoire de France, t. III, p. 39; Belleforest, p. 1543.

ses deux riches mariages que le Roi aussi lui a fait faire.

a — Bref, — ajoute-t-il, — c'est vous qui m'avez donné les biens que je tiens. Voua me les avez donnés librement, aussi librement me les pouvez oster, et suis prest à vous les rendre tous. Pour quant à aucun larcin, faites-moy trancher la teste si j'en ai faict. »

A ces paroles, le Roi, ému, répond :

« — Ouy, mon bon homme, vous dites vray , aussy ne vous veux-je reprocher ni oster ce que je vous ay donné. Vous me le redonnez, et moy je vous le rends de bon cœur. Aymez-moy et me servez bien toujours comme avez faict, et je vous seray toujours bon Roy ' . »

Au printemps de l'année suivante (1543), le jeune duc d'Enghien, François de Bourbon, se rend dans le midi avec une petite armée ^, pendant que Barberousse quitte Gonstantinople avec la flotte turque. Après avoir ravagé les côtes de Naples, Barberousse arrive à Marseille dans les premiers jours de juillet, et, le 10 août, les Français et les Turcs mettent de concert le siège devant Nice. La ville se rend, mais la citadelle résiste, et, le mois suivant, l'arrivée de l'armée et de la flotte espagnole les force à la retraite. Les Turcs hivernent à Toulon et sur les côtes; leur présence toutefois excite en Europe une telle colère contre le Roi, qu'il est forcé au printemps de les prier de retourner chez eux. Afin d'excuser ce procédé aux yeux de Soliman, le prieur de Capoue, Léon Strozzi, accompagne la flotte turque avec une escadre d'honneur et fait accepter a la Porte les raisons politiques du Roi '.

Après le départ des Turcs, le comte d'Enghien rem-

^ Brantôme, t. I, p. 240.

• Voir sur cette campagne ; Vieilleville, t. XXIX, p. 2^-290.

' CHARRiÈaE, Négociations dans le Levant, t. I, p. 579.

porte, le 13 avril 1544, sur les Impériaux, la brillante yictoire de Cérisoles '• Le Milanais, sans défense, allait tomber entre ses mains. Malheureusement, comme il se préparait à y pénétrer, le Roi, à la suite d'une campagne désastreuse daïis le nord^ le rappelle avec son armée pour couvrir la frontière. Tous ses alliés T abandonnaient.

Dans la première période de la Réforme, alors que les huguenots avaient surtout à se défendre contre le Pape et l'Empereur, pleins d'indulgence pour les Turcs, ils s'étaient élevés contre le projet de croisade. Luther soutenait même cette thèse : que Dieu se servant des musulmans comme d'une verge pour châtier les chrétiens, on ne devait pas s'opposer à eux. Mais, voyant qu'au prix de leur concours contre Soliman les huguenots obtenaient de grandes concessions de Charles-Quint, Luther retourna ses opinions et, en 1528, dédia au Landgrave de Hesse une nouvelle thèse où il s'efforçait, non sans embarras, de se mettre d'accord avep lui-même *. Depuis cette époque, les protestants avaient montré aux musulmans la même animadversion que les catholiques.

En apprenant donc leur présence sur nos côtes, où le Roi les avait amenés, les souverains de Danemark et de Suède dénoncent leur contrat d'alliance et rappellent leurs sujets engagés sous nos armes. Les Anglais et les Impériaux réunis profitent de cet abandon pour pousser l'attaque. Henri VIII assiège Boulogne, pendant que Charles-Quint s'empare de Saint-Dizier, le 10 août, puis s'avance sans obstacle jusqu'à Épernay, Château-Thierry, Villers-Cotterets et Soissons.

Rien ne peut rendre la terreur des Parisiens en voyant

' Discours sur la bataille de Cérisoles. Gimber et Dawjou, Archives curieuses de l'histoire de France, t. VI, p. 65. — Paradin, p. 431. ^ Négociations dans le Levant, t. I, p. 175.

ainsi Tennemi à leurs portes. Paradin nous en fait une description des plus pathétiques. « Quand on apprit, — nous dit-il, — que les coureurs de Charles-Quint étoient à Meaux, TefFroi fut si grand que chacun ne songea plus qu'à se garer. Depuis la fondation de la ville, on ne vit jamais un tel tumulte dans ses murs, ni un tel épouvantement. Riches, pauvres, grands et menus, gens de tous états et de tout âge, tirant leurs enfants après eux, portant des vieillards sur leurs épaules et prenant ce qu'ils pouvoient de leurs effets et meubles, fuyoient, par eau, par terre, par charroys. Les bateaux couvroient la rivière, tellement serrés qu'on ne voyoit pas l'eau, et si «hargés de meubles et de gens que plusieurs allèrent à fond.

M Le désordre n'étoit pas moins grand dans la campagne, autour de la ville. Tout étoit plein d'hommes, femmes, enfants, chevaux, charrettes, bœufs, vaches, brebis et autres bétails qui faisoient un tel bruit et amenoient un tel effroi qu'il sembloit , devant cette confusion, que les quatre éléments de la nature alloient rompre leur alliance et que la terre retomberoit dans le chaos ' . »

« Quand le Roy apprit la prise de Saint-Dizier, — nous dit Brantôme, — et que l'Empereur venoit sur Paris, étant lors un peu malade et gardant la chambre, il s'écria, devant la Reyne de Navarre et d'autres dames qui étoient avec lui : O mon Dieu, que tu me vends cher un royaume que je pensois que tu m'eusses donné très libéralement! Ta volonté soit pourtant faite! Puis à la Reyne : Ma mignonne, allez-vous-en à l'église, et là, pour moy, faictes prières à Dieu*. »

L'accablement toutefois fut court. Il part; aussitôt arrivé à Paris, fait assembler tous les métiers de la ville, tous

1 Paradin, Histoire de notre temps, édit. de 1568.

2 Brantôme, t. I, p. 268.

les hommes valides jusqu'à quarante mille, bien armés, et dispose tout pour la défense.

« Je ne peux pas garder les Parisiens d'avoir peur, dit-il, mais je les garderai bien d'avoir mal, et je mourrai plutôt en les gardant que de vivre en faillant à les sauver ' . »

Cette fermeté rassure tout le monde. Sous la sauvegarde du souverain, la population revient à la file comme elle était partie, et prend une attitude résolue qui arrête l'Empereur. Charles-Quint avait besoin de paix avec la France pour résister aux Turcs, qui s'avançaient sur Vienne de nouveau. Il fait toutefois au vaincu de dures conditions. François P' hésite, puis, apprenant que Boulogne a capitulé devant les Anglais, par la traîtrise, dit-on, de son gouverneur le sire de Vervins*,il signe le 18 septembre 1544 le traité de Crespy en Laonnais'. Nos frontières restent intactes, mais le Roi, comme un pécheur repentant, renonce à ses alliances d'hérétiques et d'infidèles, et s'engage à unir ses armes à celles de l'Empereur contre les protestants et les Turcs. De plus, il cède sur la question de l'apanage. La Bourgogne sera donnée au duc d'Orléans, le Milanais à une princesse de la famille impériale, et le mariage s'accomplira a courte échéance.

Le Dauphin, sous le commandement du Roi, accède à ce dangereux traité, mais en protestant secrètement qu'il n'agit que par obéissance pour son père et sans aucune intention de l'exécuter^. La mort du duc d'Orléans, l'année

1 Paradin, Histoire de notre temps y édic. de 1568.

^ Martin du Bellat.

3 Mémoire justificatif du chancelier Granvelle au sujet du traité de Crespy ; conférence de Cambrai pour V exécution de ce traité. Papiers d*État de Granvelle, t. III, p. 26, 33.

* Lettre de Charles-Quint et lettre de Granvelle à Tambassadeur d'Espagne en France, Saint-Mauris, s'efforçant de réconcilier le Dauphin à Tidée du mariage impérial. Papiers d*État de Gbaitvelle, t. III, p. 49, 58.

suivante, trancha la question. Le Roi signa alors avec l'Angleterre une paix séparée (7 juin 1546), sans avoir pu reprendre Boulogne où les Anglais, nous dit Paradin, exercèrent les plus grandes cruautés.

Après la paix de Crespy, le Roi, fort malade, laisse entièrement le gouvernement du pays au cardinal de Toumon, qui ne le cède guère pour le fanatisme à Montmorency. Les persécutions religieuses, un moment arrêtées pendant Talliance protestante, reprennent leur cours, et, dans le Midi, se transforment en véritables massacres. Un édit du Roi avait suspendu la cruelle condamnation du Parlement de Provence contre les pays de Merindole et Cabrières. Le cardinal de Toumon lui propose de le révoquer. On Tentoure, on le presse, et le Roi, malade, signe sans lire, comme le révèle le procès intenté à ce sujet sous le règne de Henri II. Les écrivains protestants. eux-mêmes le déchargent. C'est le président d'Oppède, lieutenant de M. de Grignan, en Provence, qui présida au saccage du pays et au massacre des habitants. Vieillards, femmes, enfants, nul ne fut épargné.

La mort du duc d'Orléans ayant fait tomber tous les projets sur le Milanais, François I", bien malade pourtant, reprend ses prétentions sur cette province. D'Annebault se rend de sa part auprès de Gharles-Quint pour lui faire des ouvertures, chercher un nouvel arrangement. Mais Gharles-Quint se refuse h/tout.

Devant cette fin de non-recevoir, le Roi entre en furie et se prépare à un nouveau changement de politique '.

^ Martia du Bellay, t. XXI, p. 260. Lettre de Gharles-Quint à Saint- Mauris, son ambassadeur en France, au sujet des ouvertures du Roi après la mort du duc d'Orléans, 20 novembre 1545. Mémoire des difficultés soulevées par cette mort, décembre 1545. Papiers d*État de Grarvelle, p. 186, 188.

Pendant la paix, François P' et Charles-Quint avaient envoyé à Soliman une ambassade commune : Jean de Montluc du côté de la France , et Gérard Wetwic du côté de l'Empire, pour lui demander une trêve. Maintenant, François envoie au sultan Gabriel d'Aramont, pour renouveler la guerre * , et, en même temps, il s'efforce de renouer avec les protestants, et dans ce but ordonne de ralentir les persécutions.

Mais ses forces, qui diminuent de plus en plus, ne lui permettent pas de mener à bien Tentreprise. Sa maladie croît chaque jour en intensité, et la mort qui continue à frapper autour de lui, en commençant par les plus jeunes, le remplit d'angoisses. Après son fils, c'est le vainqueur de Cérisoles, de si grande espérance, qui tombe en pleine jeunesse par le fait d'un accident vulgaire.

« Au mois de février 1545, — nous dit Martin du Bellay, — le Roy estant à la Roche-Guyon, les neiges estoientfort grandes ; il se dressa une partie entre les jeunes gens près de monseigneur le Dauphin . Les uns gardoient une maison, les aultres l'assailioient à pelotes de neige. Durant le combat, le seigneur d'Enghien , François de Bourbon, sortant de fortune d'ycelle maison, quelque mal avisé jeta un coffre plein de linge par la fenêtre, lequel tomba sur sa tête et le blessa de sorte que peu de jours après il mourut. » Henri VIII suit de près. Il était de l'âge du Roi, tous deux avaient commencé à régner ensemble, et en guerre et en paix avaient gardé une certaine amitié l'un pour l'autre. Cette mort émut singulièrement le Roi. Elle semblait lui présager la sienne ^.

' Négociations dans le Levant, t. I, p. 582, 627. ^ Martin du Bellay, t. XXI, p. 273.

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