‹ François Ier [i.e. premier]: portraits et récits du seizième siècleChapitre 6 sur 40 · VI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VI INTRODUCTION

De son côté, le suzerain doit au vassal justice et dëfense. L'engagement est bilatéral.

Chaque noble est souverain sur ses terres, et y exerce ce qu'on appelle les droits régaliens. Il rend justice, bat monnaie, perçoit l'impôt et fait la guerre à sa volonté. Ses hommes d'armes sont ordinairement des cadets de sa parenté, ou des nobles dépossédés qui vivent sur son domaine. Ils l'accompagnent dans ses expéditions, se battant comme lui à cheval et à l'arme blanche, les deux marques de noblesse. Chacun d^eux est suivi de gens de pied, serfs du domaine, qui portent et tiennent en état les armes de rechange , conduisent les chevaux , parfois aident à la défense, poste très envié par les plus braves, car le serviteur qui s'y distingue peut être élevé par le maître au rang d'homme d'armes, et de ce fait seul anobli.

Avec le temps, les contrats féodaux, déjà très compliqués par la diversité des tenures, le deviennent plus encore par la subdivision des fiefs. Ainsi, un noble peut posséder deux fiefs dont il est pour l'un vassal, pour l'autre arrièrevassal du même suzerain, ou deux fiefs appartenant à deux suzerains différents, — de sorte qu'en cas de guerre entre ceux-ci il ne sait comment tenir sa foi, — ou encore nne terre suzeraine et une terre vassale du même seigneur, ayant pour l'une à lui obéir, et pour l'autre à lui commander. Le Roi de France aurait dû prêter homràage à un simple baron en acquérant une terre dans sa mouvance.

Ce régime anarchique favorisait toutes les guerres privées, et en même temps rendait presque impossible une guerre nationale. Qu'on se représente, en effet, la complication d'une levée d'armes s'étendant sur le pays entier dans ces conditions.

Le Roi et les grands feudataires arborent sur leurs châteaux l'étendard de guerre. A cette vue, rumeur. La nou-

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velle se répand partout. Aussitôt, les vassaux réunissent leurs hommes d'armes et leurs propres vassaux fiefFés quand ils en ont, et chaque groupe arrive au lieu du rendez- vous la bannière seigneuriale en tête, et traînant à Tarrièregarde la longue queue des gens de pied : les uns conduisant les convois de vivres et les équipages de campement ; les autres exerçant les métiers manuels : armuriers, selliers, maréchaux ferrants, etc.; d'autres encore, chapelains et myres, pour donner. les premiers soins aux blessés et assister les morts, jusqu'à ce qu'on ait pu les transporter en quelque manoir ami.

Toutes ces petites troupes, dont les obligations féodales difiPèrent, forment Vost du Roy, armée sans unité de commandement et de discipline, qui peut accomplir des prodiges de valeur individuelle, mais ne tiendra jamais en bataille rangée contre une troupe soumise à un seul chef. Telle fut en effet la source de nos désastres dans la guerre de Cent ans, les Normands, en conquérant TAngleterre, ayant été conduits à briser bien avant nous le moule de Tarmée féodale.

GOBOIENT LA MONARCmE EST SORTIE DE LA FÉODAUTÉ.

En 1066, Guillaume, méditant l'invasion de la Grande- Bretagne, convoque en une grande assemblée tous les hommes de guerre, d'Église et de négoce qui font partie de ses États, et^ avec l'ardeur d'un barbare, dans sa langue forte, colorée et naïve, il leur expose ses plans. Tous ceux qui contribueront à l'entreprise auront part au butin. Mais il faut que, renonçant librement aux conditions limitatives

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