‹ François Ier [i.e. premier]: portraits et récits du seizième siècleChapitre 7 sur 40 · VIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VIII INTRODUCTION

du contrat féodal, ils se donnent sans réserve au chef. Les hommes d'armes combattront jusqu'à la consommation de la conquête; les clercs donneront de l'argent pour soudoyer des aventuriers ; les bourgeois fourniront des denrées et des marchandises pour les nourrir et les équiper.

C'était le temps des rêves gigantesques et des aventures intrépides. Les imaginations s'émeuvent par la perspective de l'inconnu et l'appât des richesses. La parole enflammée de Guillaume, sa confiance, son audace, enlèvent les auditeurs. Ils l'acclament avec enthousiasme.

L'appel alors s'étend au royaume entier, et de toutes les provinces les aventuriers accourent : Bourguignons, Angevins, Poitevins, Aquitains, gens sans naissance, sans famille, sans patrie, souvent sans foi ni loi, tous s'engagent à servir sous les enseignes de Guillaume jusqu'à la consommation de la conquête. Le duc les organise en corps d'armée, leur promettant une solde, des vivres, des armes et des vêtements pendant la guerre, et une part dans la dépouille du vaincu.

Les troupes soldées sont placées directement sous le commandement du duc. Côte à côte marchent quatre cents bannerets, et un nombre plus grand de nobles fieffés et d'hoiQmes d'armes qui se battent à leurs frais.

On connaît le résultat de l'entreprise. La rapidité de la conquête mit au jour la supériorité de l'organisation. Aussi Guillaume et ses successeurs se gardèrent-ils de la détruire. A côté des milices féodales, ils maintinrent avec soin une armée de mercenaires et accrurent, même sa prépondérance en autorisant les barons à se racheter du service.

C'est seulement au siècle suivant que se fit en France le premier essai de troupes royales, et dans des proportions bien restreintes. Parmi les croisés qui revenaient dépouillés de Palestine, ayant avant le départ aliéné leurs domaines,

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Louis YI choisit trois cents hommes d'armes dont il se fit une garde particulière en leur assurant des pensions viagères sous le nom àefiefs de soudée. Il fit encore une autre innovation. Jusque-là, la cavalerie formait toute Tarmëe, les hommes de pied n'y figurant qu'en qualité de serviteurs. Louis YI constitue en 1119 un corps d'hommes de pied tirés des terres ecclésiastiques et considérés comme un cadeau de l'Église. Cette troupe, qui lui appartenait en propre, était commandée par un avoué représentant le seigneur clerc, que son caractère sacerdotal empêchait de porter les armçs. Ce fut le premier essai d'infanterie. Puis, lorsque les communes, à qui le Roi avait accordé des chartes, organi* sèrent des milices pour se défendre, Louis YI se réserva le droit de les convoquer pour son service et de leur donner des officiers. Il prétendit même pouvoir convoquer directement, sous la conduite de leurs propres magistrats, tous les habitants non serfs des autres communes, et fit remettre la liste des prisées du contingent à ses propres baillis. Les villes accueillaient avec empressement ces entreprises comme un moyen de recours contre les seigneurs, et elles organisèrent même à la suite des corps d'arbalétriers, mais ces essais n'eurent pas de suite.

Ce fut Philippe-Auguste, fils et successeur de Louis le Gros, qui créa véritablement l'armée royale. Prudent et habile, Philippe- Auguste, sous prétexte de croisade, commence par lever la dime saladine qui constitue notre premier trésor militaire , et le place au Temple sous la garde de sept bourgeois de Paris. Chacun d'eux possédait une clef du coffre-fort et devait en surveiller la gestion ; les comptes en étaient remis régulièrement au Roi. Philippe- Auguste crée aussi une excellente pépinière d'hommes d'armes, en affranchissant les cadets de la noblesse de l'autorité de leurs aînés. Parmi eux, il choisit un corps de deux

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