‹ François Ier [i.e. premier]: portraits et récits du seizième siècleChapitre 9 sur 40 · XII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XII INTRODUCTION

carreaux). A dater de cette époque, la poudre s'introduit peu à peu dans les armes à jet portatives et dans les gros engins de guerre. L'arc et Tarbalète seront bientôt remplacés par la couleyrine à main, Farquebuse et le mousquet. La transformation toutefois est lente. Les derniers corps qui porteront Tare réglementaire sont les archers à cheval sous Louis XII, en 1514 ^

La création d'une administration militaire favorise ces progrès. En 1336 se fondent, aux frais du trésor, des arsenaux à Paris, Montargis, Melun et Rouen, et l'État monopolise la fabrication de la poudre et des armes. Le chef de ces nouveaux services prend le nom de maître de l'artillerie. Jusque-là, les troupes en mouvement vivaient en apatts, c'est-à-dire en prélevant sur le plat pays qu'elles traversaient des réquisitions arbitraires et gratuites. Désormais, les baillis et sénéchaux prélèvent eux-mêmes d'avance ces réquisitions en les payant, et, au fur et à mesure des levées, versent les subsistances dans des lieux de dépôt ou gites d'étapes appelés garnisons. Pendant la guerre de Flandre, en 1338, ce fut un négociant de Paris qui se chargea de toute la fourniture de vivres de l'armée, et l'on en fut si content qu'on s'attacha dès lors à organiser le service des approvisionnements par des marchés généraux.

La connétablie, tribunal militaire en vue de réprimer les abus des hommes d'armes et de contrôler l'administration, fut établie à la même époque.

Pendant que se développe ainsi Tarmée'royale, les mi-

* Parmi leë gros engins, les premières bouches à feu appelées canons datent aussi du commencement du quatorzième siècle. Elles lancent, au moyen de la poudre, des carreaux qui ressemblent aux traits des grandes arbalètes; puis elles se développent et se perfectionnent. Le crapeaudeau, la coulevrine , la serpentine, la bombarde, le fauconneau apparaissent successivement dans Tarmée. — Chassignet, Institutions militaires. -^ Cata^ logue du Musée d*artillerie.

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lices féodales tombent de plus en plus en décadence. Les batailles de Gourtray et de Grëcy , où Ton vit la chevalerie française écrasée par des mercenaires et des bourgeois, les victoires des Suisses sur la chevalerie autrichienne à Mergaten et à Laupen, démontrèrent si bien leur infériorité que, lorsque le Roi Jean voulut reconunencer la lutte avec FÂngleterre^ en dépit de ses instincts chevaleresques, il le fit avec une armée de mercenaires. Toutefois, ces bandes commirent de telles déprédations dans le royaume, que son successeur Charles V dut s'en délivrer en les envoyant en Espagne avec du Guesclin. En même temps, par une ordonnance du 13 janvier 1373, il reconstituait Tarmée royale au moyen de ces fameuses compagnies d'ordon-^ nance considérées depuis comme le véritable fond de Tarmée française. Chaque compagnie comprenait cent lances, et chaque lance huit hommes : le gendarme et ses suivants, archers, pages et varlets. Le capitaine, nommé par le Roi, recrutait lui-même ses hommes d'armes parmi les cadets ou bâtards de la noblesse et parmi les roturiers de grande valeur qui, de ce fait, se trouvaient anoblis. Chaque gendarme amenait ses suivants.

L'armée ayant été entièrement désorganisée à la suite de nos désastres, Charles Yllla reconstitua au moyen d'une taxe de douze cent mille livres, votée par les États d'Orléans «n 1438, à la condition d'être exclusivement affectée à l'entretien de quinze cents lances de six hommes chacune. Ce subside, le premier qui fut annuel, prit de la le nom ^ordinaire des guerres.

Les compagnies d'ordonnance, inspectées par des commissaires de guerre qui devaient vérifier les effectifs et les versements de solde, rétablirent Tordre dans le royaume. C'est de cette époque que date la permanence de l'armée avec la permanence du subside.

XIV INTRODÏJCTION.

Le recrutement des compagnies se fit avec d'autant plus de facilité dans la noblesse en ruine, que les tarifs de solde étaient très élevés, pour ôtertout prétexte au pillage '. Les demandes mêmes dépassant de beaucoup les places, nombre de gentilshommes sans fiefs devaient attendre des vacances à la suite du corps. On les réunit alors en un corps nouveau sur le modèle des grandes compagnies, les cAet^aulégersy auquel on affecta une taxe appelée V extraordinaire des guerres. En même temps, l'artillerie, qui continuait à s'améliorer, vit ses divers services réunis sous un chef spécial, le grand maître de l'artillerie, et on lui adjoignit tous les corps d'état qui s'y rattachaient : les armuriers, francstaupinSy charpentiers, forgerons, mineurs, qui s'organisèrent dès lors en corporations. Jean Bureau se distingua fort, sous Charles VII, dans la charge de grand maître de l'artillerie.

Un des coups les plus graves portés à Tarn^ée féodale ftit, vers le milieu du quinzième siècle, l'assimilation du ban et de l'arrière-ban, en cas de convocation, aux compagnies d'ordonnance, pour la solde et la prestation en nature. Or, loin de s'élever contre cette mesure, qui détruisait les derniers restes de leur indépendance militaire, les nobles la virent de si bon œil qu'en 1465, sous Louis XI, lors de la Ligue du bien public, ayant arraché au Roi les gouverne-

1 L'homme d'arme8 recevait par mois, pour lui et son page, dix livres tournois; le coustillier ou brigantinier, cinq livres; Tarcher, quatre livres; le capitaine, vingt livres. Outre le traitement pécuniaire, des prestations en nature, contributions locales supportées par les pays de garnison. Ces rations se composaient de deux moutons et un demi-bœuf, par lance, pour chaque mois. Plus, annuellement, deux pipes de vin et une demi-charge de blé par homme. Une indemnité de légumes, éclairage, chauffage, etc., de vingt livres tournois par lance. Pour chaque cheval, douze charges d'avoine et quatre charretées de foin et de paille. Le logement, l'habillement, l'équipement et même les armes étaient à la charge des gens d'armes, qui traitaient de gré à gré avec les habitants et avec les fournisseurs. — Chassignbt, Essai historique fur les institutions militaires de la France, p. 173.

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ments de provinces et de villes, au lieu de revenir au système féodal en faisant appel à leurs propres vassaux, ils se firent concéder le droit d'entretenir dans leurs places des garnisons soldées, analogues pour le recrutement et Torganisation aux compagnies d'ordonnance. Le duc de Bourgogne lui-même, le premier des grands feudataires, importa dans son duché le nouveau système. Bien plus, aux états généraux qui suivirent la mort de Louis XI (1484) et qui étaient une réaction contre la monarchie absolue, la première demande des députés de la noblesse fut la confirmation de Tédit royal qui assurait une solde aux contingents féodaux en cas de mobilisation. Ils ne demandèrent qu'en second lieu le commandement de ces corps par le suzerain, et, sur la réponse dilatoire d'Anne de Beaujeu, n'insistèrent nullement.

Louis XI s'attacha avec le plus grand soin à améliorer le matériel de l'artillerie et l'état des corps. Il dressa à Pontde-l' Arche un camp d'instruction où l'on vit pour la première fois toutes les troupes manœuvrer de conserve. Toutefois, ne voulant pas plus de l'indépendance de la bourgeoisie que de celle de la noblesse, il s'attacha à remplacer l'infanterie française (francs-archers) par des mercenaires étrangers. En 1480, il fit le premier traité avecles Suisses, l'autorisant, moyennant une subvention annuelle de vingt mille livres aux cantons, à lever chez eux une troupe de six à seize mille hommes, selon ses besoins. La solde de ces troupes, il est vrai, étant très élevée, il n'enrôla que six mille Suisses, et leur adjoignit dix mille aventuriers ramassés à prix réduit, principalement en Allemagne, sous le nom de landsknechts. Aux états de 1484, le tiers demanda leur renvoi : « Attendu, — disait-il , — que Charles VII n'avait eu besoin que des Français pour délivrer son royaume, n Anne de Beaujeu accéda à ce vœu patriotique en rétablissant les

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