GONDRECOURT. CHABANNE, BUSSY, LÉONCE
LE CHEVALIER. Arrêtons-nous dans ce bosquet, messieurs; le palais de Versailles n’a jamais vu de fête plus magnifique... mais trop de foule ! reposons-nous sous ce berceau où nous respirerons à notre aise la douce fraîcheur de cette nuit.
cnABANNE. Une excellente occasion de parler de nos amis et d’en dire beaucoup de mal !
LE CUEVALIER . Comte , je te présente le marquis de Cbabaune, capitaine des gendarmes du roi , joueur comme un chevalier de Malte, discret comme un abbé, libertin comme moi... au demeurant, un de mes bons camarades. Chabanne... je te présente le comte de Mondoville , lieutenant de frégate , au service du roi ; tu lui pardonneras son grand air d’originalité et ses manières de l’autre monde ; il y a été positivement. Il a fait rage , non pas contre les Anglais , notre marine ne se mesure plus avec la leur, mais contre des flibustiers et pirates qui désolaient le commerce de Londres. Depuis qu’il est de retour, je le crois amoureux ; je le soupçonne philosophe ; au demeurant , mon meilleur ami.
BUSSY , bas à Chabanne. II me semblait que le dernier des Mondoville était mort dans la personne du comte Jules.
CHABANNE, bas à Bussy. Non, il y a eu adoption, reconnaissance. Le comte n’est pas de la bonne souche : c’est un prunier
JAWIER.' "
enté sur un chcnc. ( Haut*. ) Il suffisait de prononcer le nom du comte pour nous rappeler qu’il est glorieux à plus d’un titre. Il y a cinq ans, devant la grille de Versailles, un assassin leva le poignard sur notre bien aimé monarque. Un jeune homme , qui se trouvait à la cour pour la première fois, détourna le bras qui allait frapper ; la blessure fut légère. L’assassin, c’était Damiens; celui qui sauva le roi, c’était vous.
LE CUEVALIER. Et pour prix d’un pareil service, Mondoville ne réclama que l’honneur de servir sur la Bellone.
chabanne, j’as«yaiif. Aussi leroi ne se regarde pas comme libre de la reconnaissance; et quand il a lu danslesrapportsde l’amiral de Grasse les détails de votre combat avec ce fameux corsaire, ce démon acharné sur les Anglais, ce François... Comment l’appelez-vous?
lêonce. François Jaffier.
chabanne. « M. de Mondoville, a-t-dl » dit, est un serviteur fidèle , et je jure sur » ma couronne de lui accorder la pre- » mière grâce qu’il me fera l’honneur de » me demander. *
bussy. Comment diable ce Jaffier n’at-il pas été pendu ?
leonce. Des hommes comme celui-là ne sont pas faits pour mourir au bout d’une vergue; il se battit comme un lion ; et je fais des vœux pour qu’il échappe à la vengeance de l’Angleterre !...
le chevalier. Et à l’ingratitude de la France ! car il n’était devenu chef de pirates que depuis le malheureux traité du 10 février 1763, qui agenouilla notre marine aux pieds des léopards normands !
Pendre François Jaffier ! mais, monsieurde Bussy, il était gentilhomme comme vous, et il avait porté l’épaulette comme M. de Mondoville! Un caractère d’une trempe vigoureuse, et qui avait pris au sérieux l’honneur du pays et l’honneur du métier. Il voulait faire expier aux Anglais, par une suite de désastres particuliers, l’insolence de leurs victoires en bataille rangée; aussi n’est-il pas un officier de notre marine qui ne professe une haute estime pour son courage; n’est-ce pas, Léonce?
LÉONCE. C'est vrai.
le ciiEVALiER.Vpus ne vous êtes battus contre lui qu’à regret ; niais le cabinet de Saint-James avait dicté des ordres au cabinet de Versailles. Depuis quatre ans la marine anglaise s’épuisait en vaines pour- * l.c Chevalier , Léonce , assis sous te berceau , Chabanne et Buaay, débouta coté <f eux