LE MYSTERE DE MAYEULING
Elisabeth, dont l'esprit, d'une sensibilité maladive, apercevait, par-dessus les années, que le mariage de son fils tournerait mal, voyait ses pessimistes prévisions dépassées par la réalité. Ce fils, — son Rudi! — auprès de qui elle goûtait un peu de tranquillité morale, au milieu de sa perpétuelle et douloureuse agitation, lui devenait aujourd'hui un sujet d'alarmes nouvelles.
Pour son fils, même marié, elle conservait des habitudes de u petite maman », et lui parlait volontiers comme au temps où, enfant sensuel, il se pelotonnait près d'elle, les yeux tout humides de larmes ardentes quand elle chantait du Schubert. D'ailleurs, ne redevenait-il point, vis-à-vis de sa mère, une manière de petit enfant dans sa détresse morale et dans sa misère physique ?
Fatigué, souffrant, les yeux agrandis par le cercle de bistre qu'y ajoutait la fièvre, il se préparait, un soir de carnaval, en 1887, pour aller au bal.
Doucement, sa mère lui fit de tendres remontrances :
— Comment, Rudi, tu sors encore ce soir? Tu as tort, mon enfant ; regarde-toi dans le miroir et tu penseras avec moi qu'il est peu raisonnable d'aller s'amuser quand on possède un visage tel que le tien.
— Je le sais, mère, et mon miroir m'a déjà renvoyé l'image cruelle de mes traits. Mais n'importe, je dois sortir.
— Encore des folies, sans doute.
— Non, service commandé !... Je vais, par ordre impérial, représenter la famille au bal des Polonais.
— Tu aurais dû demander à l'empereur de te faire remplacer. Je ne sais pourquoi, mon pauvre enfant, mais j'ai peur de quelque chose...
Rodolphe sourit et, faisant allusion à deux légendes, présages de mort pour les Habsbourg, il questionna ironiquement :
— Eh! là, ma pauvre mère, auriez-vous rencontré la Dame Blaniiha.ilans les couloirs du palais, ou bien quelqueJvariTê' corbeaux a-t-il plané sur la Hofburg?
Elisabeth baisa son fils au front et s'en fut, mélancolique, vers ses appartements.
Une fois de plus, les prévisions de la voyante couronnée devaient découvrir, malheureusement, leur contrôle dans les faits. A ce bal des Polonais, le plus élégant de la saison carnavalesque, à Vienne, et auquel l'empereur se fait toujours représenter, Rodolphe vit, pour la première fois, une jeune fille vers laquelle il se sentit invinciblement attiré. Grande, svelte, la taille onduleuse, les reins cambrés, la gorge provocante, elle avait dans un fin visage, mat et ambré, deux yeux profonds, longs, sombres et voluptueux, ombragés par un casque de cheveux de nuit, si soyeux et si noirs qu'ils paraissaient presque bleus sous la lumière des lustres. Elle avait l'éclat d'une femme de vingt-cinq ans, mais conservait la "fraîcheur printanière de ses dix-huit années. Rodolphe se fit présenter par le prince Philippe de Gobourg, qui connaissait la radieuse inconnue. Pendant toute la soirée, au mépris de la plus élémentaire bienséance, et sous les yeux furibonds de l'archiduchesse Stéphanie, Rodolphe dansa avec la jolie fille et, quand il quitta le bal, il avait, pour le lendemain, la promesse d'un rendez-vous.
Il emportait, avec cette promesse, sa condamnation à mort et, aussi, celle de l'inconnue : la fille aux cheveux de nuit
était la future héroïne du drame de Mayerling, la baronne Marie Vetschera.
Le grand-père de cette merveilleuse créature, un fmaiicier grec du nom de Baltazzi, avait débute, dans la finance, par un séjour à la maison de banque Lafflttc, de Paris. De là, ayant réalisé une petite fortune, il partit pour Constantinople, où il parvint rapidement à une grosse situation. Sa fortune, qui montait à vingt-cinq millions, se trouvait partagée, à sa mort, entre deux fils, Hector et Aristide, et une fille, veuve d'un diplomate autrichien, le baron de Vetschera. Les deux frères et la sœur vinrent se fixer à Vienne, dans le but de forcer les portes des salons de cette société fermée. Très riche, portant un nom aristocratique et fréquentant le turf, la baronne de Vetschera, flanquée de ses frères, se créa, sans retard, des relations dans le monde élégant de Vienne et manœuvra si bien qu'elle finit par recevoir des invitations de la plus réservée des aristocraties d'Europe. C'est alors que, le siège fait, la place ayant capitulé, la baronne de Vetschera disparut pendant plusieurs mois. Un beau jour on la vit reparaître avec deux filles superbes, âgées de vingt et de dix-huit ans. C'étaient ses enfants, qu'elle ramenait de Constantin nople, afin de les lancer à travers les salons viennois, en quête d'aventures matrimoniales et de productives combinaisons.
Ces Orientaux, dont le père, parti de rien, laissait vingtcinq millions en mourant à ses enfants, ces roturiers qui, déjà, avaient forcé, dans ses retranchements, la haute société viennoise, ces aventuriers dorés ne connaissaient point de limites à leur ambition. Le soir du bal des Polonais, après la présentation de l'archiduc Rodolphe, la belle Marie Vetschera s'était repliée vers sa mère et vers ses oncles et un conciliabule se tenait sans retard. La décision fut prompte. Marie revenait vers Rodolphe et, de toute la soirée, ne quittait plus les bras de l'impérial valseur.
Quel projet les Baltazzi et la Vetschera formaient-ils ? Ils connaissaient les dissentiments qui agitaient le ménage du
prince héritier. Peut-être revaient-ils, sûrs de l'irrésistible attrait de la jolie fille, de rompre Funion de Rodolphe et de Stéplianie, et de mettre, plus tard, au front de la baronne Marie, petite-fille du va-nu-pieds Baltazzi, la lourde couronne de l'Empire. Ils pouvaient l'espérer, d'autant plus que Rodolphe, épuisé par tous les excès, devait devenir un jouet docile aux mains d'une femme jeune, jolie et que l'on saurait rendre rapidement experte aux choses de l'amour.
Quoi qu'il en ,soit, le rendez-vous promis se réalisait, le lendemain, chez une ancienne amie de Rodolphe et, peu de jours plus tard, Marie Vetschera devenait la maîtresse du prince héritier. Bien que la jolie personne et sa famille fussent, dans l'occurence, d'une rare discrétion, la liaison ne tarda guère à se trouver connue de tout Vienne, car l'archiduc, poursuivant, dans cette aventure comme dans toutes les autres, ses façons sans délicatesse, afficha ouvertement sa nouvelle conquête : une conquête qui, cette fois, le conquérait.
Jamais une telle passion n'avait agité ses nerfs surexcités. Pendant les derniers mois de sa vie, sous l'action de cet attachement, presque sénile, malgré que Rodolphe n'eût pas trente ans, il donne l'impression d'un homme atteint d'aliénation mentale. Il commet, d'ailleurs, les pires excentricités.
Aux grandes manœuvres de Prusse, auxquelles il est invité à r instigation de son ami intime, le prince Wilhelm, — aujourd'hui l'empereur Guillaume II, — il a une altercation des plus vives avec le grand-duc Vladimir, représentant son père, le tsar Alexandre III. L'empereur Guillaume P'" et le kronprinz Frédéric durent intervenir, en personne, pour éviter une rencontre armée entre les deux Altesses et expliquer l'attitude de l'archiduc par une sorte de transport au cerveau.
Un peu plus tard, aux obsèques de Guillaume I", une nouvelle querelle éclate entre un autre grand-duc de Russie et l'archiduc héritier, querelle provoquée par celui-ci. On dut faire comprendre à Rodolphe que toute suite à ce scandale,
déjà désolant, attristerait le malheureux empereur Frédéric, si malade, pour obtenir de lui qu'il présentât des excuses au grand-duc qu'il avait grossièrement insulté.
Le kronprinz Guillaume, à quelque temps de là, écrit à son ami, sur la prière de François-Joseph, pour lui adresser quelques amicales remontrances quant à la vie de débauches énervante qu'il mène. Mais llodolphe, chien couchant aux pieds de la Vctschera, n'admettait plus un mot de n'importe qui, en dehors d'elle. Il le prit donc de très haut, envoya une lettre insolente à Guillaume, et, de ce jour, cessa toutes relations avec son ami d'enfance, de cinq mois plus jeune que lui.
Nous arrivons à l'époque du jubilé de la reine Victoria. L'empereur désigna le prince Rodolphe et l'archiduchesse Stéphanie pour le représenter à Londres. Rodolphe qui, à la coutume, s'insurgeait contre de telles corvées, accepta celle-là avec un plaisir manifeste. Stéphanie, à qui sa jalousie, toujours en éveil, tenait lieu de flair et d'intelligence... quand elle ne lui faisait point commettre les pires bévues, s'inquiéta de la belle humeur de son mari et apprit que la Vetschera les avait précédés dans la capitale du royaume britannique.
— C'est bien, dit Stéphanie, je ne pars point. Je ne tiens pas à servir de chaperon à mon mari pour lui permettre d'aller retrouver sa maîtresse.
C'était un gros scandale. 'François-Joseph et môme Elisabeth, laquelle, généralement, ne se mêlait point dos histoires de sa bru, intervinrent pour que Stéphanie reprît sa décision.
Rien n'y fit : ni prières, ni observations, ni menaces. L'archiduchesse demeura inébranlable et, à la grande terreur de l'impératrice, qui redoutait de l'irréparable, Rodolphe s'embarqua seul à la Westbahnhof, à destination de Paris, puis de Londres.
Le prince héritier, avant son départ de Vienne, et pour la seconde fois, avait lové la main sur sa femme. Même, sans l'intervonlion malérielle d'une dame d'honneur, il eût gidé
publiquement Stéphanie. On imagine donc dans quelles dispositions d'esprit il rejoignit sa maîtresse et que celle-ci, qui n'avait pas encore abordé ce sujet scabreux, n'eût pas grand'peine à lui faire admettre que, seule, une action en divorce pourrait rendre le repos à son cerveau surmené et à ses nerfs exacerbés.
Aussi, en réintégrant la Hofburg, le premier soin de Rodolphe fut-il d'adresser, par un messager sûr, une lettre au pape Léon XIII, lettre dans laquelle il sollicitait l'intervention du Saint-Père pour rompre un mariage qui lui devenait odieux. Il ajoutait qu'il s'en remettait à l'hôte du Vatican du soin d'exercer une salutaire influence sur l'empereur en décidant celui-ci à admettre la perspective d'un divorce, dans sa famille, et d'un second mariage pour son fils.
Le pape Léon XIII, qui n'aimait point à se créer d'ennuis inutiles, ne jugea pas nécessaire d'intervenir dans le sens qu'on lui demandait. Il se contenta de transmettre le message de l'archiduc Rodolphe à l'archevêque de Vienne, le D"" Ganglbaûer. Ancien prieur des bénédictins de Kremsmiinster, celui-ci, fils de paysans, n'avait point contracté, dans son emploi, peu mondain, l'usage des finesses diplomatiques, coutumières aux prélats. 11 demanda audience à fempcreur et lui remit la lettre de l'archiduc Rodolphe, sans autre forme de procès. On a bien raconté que la lettre était revenue de Rome par voie diplomatique et que le ministre des Affaires étrangères, le comte Kalnocky, l'avait remise à l'impératrice. D'après cette version, ce serait donc Elisabeth qui aurait désigné son propre fils aux fureurs impériales : il n'en est rien. C'est bien l'archevêque Ganglbaûer qui se fit l'artisan de ce rapport dont les conséquences devaient se manifester de façon si sanglante.
Il n'y a pas plus de vraisemblance dans cette fable que dans le scénario de mélodrame que l'on a construit en manière de prologue au mystère de Mayciiing. On raconte, en effet, que d'homme à homme, et sans nul témoin, l'empereur révéla à son fils qu'il ctait^ lui, François-Joseph, le père de Marie.
FRANÇOIS-JOSEM INTIME t^%
Vetschera. La vérité, pour avoir provoqué des événements tragiques, est inflniment plus simple.
L'empereur, quand il reçut la visite do l'archevêque de Vienne, se trouvait déjà fort monté contre son fils. L'avantveille, l'ambassadeur d'Allemagne, prince de Reuss, donnait un grand dîner, auquel assistaient l'archiduc Rodolphe et l'archiduchesse Stéphanie. Sur la demande expresse de Rodolphe, l'ambassadeur commettait la maladresse de convier également la baronne de Vetschera et ses deux filles. Quand elle les vit, Stéphanie pâlit affreusement, tandis que la stupeur se peignait sur tous les visages. Cette stupeur provenait, non point tant de la présence de Marie Vetschera à l'ambassade que d'un détail typique de sa toilette. Il faut savoir, en effet, que, seules, les femmes mariées sont autorisées, par l'étiquette formelle de la cour de Vienne, à porter des brillants. Or, la maîtresse de Rodolphe arrivait en grand décolleté, avec, sur l'ambre savoureux de sa gorge superbe, un magnifique collier de diamants et, dans la nuit somptueuse de sa chevelure parfumée, un diadème des mômes pierres interdites. Son attitude et celle de Rodolphe, pendant tout le dîner, ajoutèrent au scandale. Ptodolphe se trouvait placé à la droite de la princesse de Reuss, en sa qualité d'invité impérial, puisque, là encore, il représentait l'empereur. Or, au lieu de se montrer empressé avec sa voisine, il ne lui adressa pas la parole et causa constamment, par-dessus dix personnes, avec Marie Vetschera, placée à l'une des extrémités de la table. Or, cette fois, ce n'était point seulement la plainte de Stéphanie que François-Joseph recueillait, mais encore l'écho des plaintes de la haute société viennoise et, pis encore, de l'ambassade d'Allemagne.
L'empereur jugea, comme Stéphanie, bafouée naguère, par lui, pour ce propos, que « la mesure était comble », et il résolut d'agir avec la dernière énergie. Cette énergie, dont il ne s'ouvrit point à l'impératrice, allait déterminer le drame.
Le lendemain môme de la visite du D'* Ganglbailer, le 29 janvier 1889, au matii^ Rodolphe, mandé par son père, se
voyait introduire solennellement dans le cabinet impérial. Là se trouvaient réunis, autour de l'empereur, le cardinalarchevêque de Vienne ; le président du conseil des ministres, comte Taaffe ; enfin, le ministre des affaires étrangères comte Kalnocky. Sur le bureau de François-Joseph s'étalait la lettre de Rodolphe à Léon XIII. Ce sont là les seuls détails précis que l'on ait sur l'entrevue des quatre hommes avec l'archiduc Rodolphe. On sait, en outre, que cette entrevue fut violente par les éclats de voix que la moleskine des doubles portes ne réussit point à étouffer, et qu'elle dura une grande heure. Rodolphe en sortit pâle, les traits ravagés, les mains tremblantes et, ayant refermé le vantail derrière lui avec une rare nervosité, il se dirigea vers ses appartements en titubant comme un homme ivre. Un quart d'heure plus tard, on le trouvait profondément évanoui dans son cabinet de travail.
On sait encore que son ami, M. Edgar de Spiegl, journaliste viennois de grand renom, qui devait le rencontrer dans la matinée pour collaborer à l'ouvrage sur la Monarchie, se présenta chez le prince à l'heure dite et ne fut pas reçu. Rendez-vous lui fut donné pour le lendemain matin. Enfm, l'archiduc Rodolphe, qui devait présider, à onze heures, en sa qualité d'inspecteur général de l'infanterie, une conférence militaire, au ministère de la guerre, fit remettre également cette conférence au jour suivant. Il écrivit, à ce propos, un télégramme qu'il ht envoyer par son valet de chambre de confiance, Loschek. En même temps il lui remettait une longue lettre que le fidèle valet de chambre portait personnellement au domicile de la baronne Marie Vetschera. En revenant, il passait chez Rratfisch et le ramenait à la Hofburg avec son fiacre. Le prince héritier montait aussitôt dans la voiture de son cocher préféré, en compagnie de Loschek, et se faisait conduire à Mayerling, — son refuge habituel dans les circonstances importantes, — après avoir avisé l'empereur qu'il reviendrait le soir même, pour assister à un dîner qui devait réunir tous les membres de la famille au palais impérial. Il
priait, en môme temps, ses amis, le prince Philippe de Cobourg et le comte Hoyos de venir le retrouver à Mayerling, déclarant qu'il désirait leur faire part d'une grave décision.
Tout porte à penser que cette décision avait trait à sa rupture avec Marie Vetschera, rupture dont l'empereur, agissant sur l'esprit affaibli de son fds, lui arrachait l'engagement, dit-on, en présence des trois solennels témoins de la matinée et que celui-ci, esclave de la parole donnée, — et comme prince, et comme soldat ! — signiflait sans retard, par lettre, à la principale intéressée.
Quelques minutes après que le fiacre de Bratfisch eût quitté la Hofburg, une jeune femme, mince, élégante, très brune, hélait un humble « confortable » dans une rue de Vienne et jetait au cocher :
— A la Sûdbahnhof.
En passant dans la Wiedner-Hauptstrasse, elle fit arrêter le véhicule devant un magasin de coutellerie, y entra, acheta un rasoir qu'elle ht soigneusement aiguiser, et reprit le chemin de la gare du Midi. Là elle prit un billet à destination de Baden, monta dans un compartiment de première classe, descendit à la station indiquée sur son ticket, sortit de la gare, monta dans une des rares voitures qui attendaient et se fit conduire à Mayerling. En route, plusieurs fois, elle sortit la tête par une des portières de la voiture, dont elle tint la glace constamment baissée, malgré le froid très vif. Elle inspectait la route, devant et, surtout, derrière elle. A un moment, tout près du rendez-vous de chasse, elle arrêta son cocher, le paya et attendit sur place, le buste penché hors de la voiture. Un autre véhicule arrivait, à la rapide allure de deux chevaux superbes. C'était le fiacre de Bratfisch, transportant Rodolphe et son fidèle valet de chambre. La dame brune fit un signe à Bratfisch, qui arrêta son attelage. Elle sortit de voiture, se dirigea vers le fiacre du prince et prit place à côté de Rodolphe, tandis que la voiture continuait sa route vers Mayerling. En arrivant au château, le premier
soin de Rodolphe fut d'aviser télégraphiquement son père qu'il ne rentrerait pas le soir, ainsi qu'il l'avait promis, car, disait-il, il se sentait légèrement souffrant.
La brune inconnue n'était autre — le témoignage du coutelier de Vienne et celui du cocher de Baden sont formels à cet égard — que la belle Marie Vetschera.
Mais si l'on peut, sur des rapports précis et contrôlés, suivre les premières étapes du drame de Mayerling, jusqu'au moment où, dans le fiacre de Bratfisch, Marie Vetschera retrouva son amant, la suite des événements devient infiniment plus difficile à reconstituer, les archives familiales de la Hofburg n'ayant point, jusqu'à ce jour, livré leur secret.
Il y eut bien des témoins immédiats, sans doute, Loschek, •le prince Philippe de Gobourg, le comte Hoyos, et des témoins secondaires comme Bratfisch, deux valels de pied et quelques gens qui se trouvaient à Mayerling pour assurer le service, mais aucun d'eux n'a jamais parlé : Loschek et Bratfisch, par affection ; Philippe de Gobourg et le comte Hoyos par respect de la dignité impériale ; les valets de pied et les gens de service parce qu'on sut acheter leur silence et aussi parce qu'on les tint dans une volonté de mutisme obstiné, grâce à des menaces réalisables. De plus ils furent semés, ayant changé de nom et d'attributions, aux quatre coins de l'empire.
Maintes versions furent donc répandues. Il convient d'écarter, tout d'abord, celles qui ont trait au duel, ou au meurtre, ou bien encore à une mort accidentelle. Sur un point, le procès-verbal de décès apparaît bien net : il y eut suicide. Ge procès-verbal, c'est le professeur Hoffmann, introducteur, à la Faculté de Vienne, de la médecine légale, qui l'établit et le signa. G'était un homme droit et loyal, animé d'un amour presque fanatique de la vérité. On voulut lui faire signer un procès-verbal constatant un accident de chasse, il s'y refusa. Sur ce point, au moins, nous sommes en mesure de nous montrer très affirmatif, le procès-verbal du professeur Hoffmann, que recèlent les archives de la maison de