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LA MAISON DE VILLE ET LA MAISON DES CHAMPS DES HABSBOURG

La Hofburg de Vienne

Phiit. StauJa.

Le chalet impérial d'Ischl

si profond et si rapide, survenu entre deux époux, mariés par amour, il est indispensable d'effleurer, ici, un point plus délicat et d'ordre plus intime. Ce point, d'ailleurs, n'est pas spécial au ménage impérial, on le retrouve dans maintes unions, qui semblent heureusement réalisées, et qui, fatalement, à raison de la différence fondamentale de l'éducation donnée aux jeunes hommes et aux jeunes filles, se désagrègent et tombent douloureusement en poussière. Gomme presque toutes les jeunes filles de cette époque, — comme la plupart des jeunes filles d'aujourd'hui, ce qui n'est pas à l'honneur de notre temps !... — Elisabeth s'était vu élever dans l'ignorance totale de la vie et de la matérialité de 'l'amour, lequel lui apparaissait seulement poétique, romanesque et purement idéal. Elle demandait à l'amour, en isiomme, ce qui lui est le plus difficile de donner. En outre, et naturellement, elle possédait, par cela même, au fond d'un cœur candide, tous les ferments de la jalousie, qui allaient se mettre à bouillonner furieusement à l'aube de la première désillusion sentimentale. François-Joseph, par contre, — plus encore même, grâce au machiavélisme spécial de sa mère, que la généralité des jeunes hommes de son époque et de la nôtre — avait goûté à tout^es les joies brutales de l'amour et connu les plus audacieux libertinages. Jeté de bonne heure dans la lice des sensations, il y avait rompu tant de lances, déjà, qu'il arrivait, blasé et corrompu, dans les bras clairs de la chaste épousée. Lui, sachant trop, elle, pas assez, ils se rencontrèrent dans de mauvaises conditions. Il réclamait, au fond de lui, de la jeune fille pour laquelle, dans le parc de Possenhofen, il avait d'abord ressenti un coup de désir, des joies qu'elle ne pouvait, qu'elle ne savait pas lui donner. D'autre part, il n'avait point, pour elle, assez de joli amour, pour se faire, sans brutalité, l'éducateur de sens trop jeunes et tout neufs, impropres, encore, aux vibrations profondes. Il trouva la chambre conjugale audessous des réalités éprouvées, tandis qu'elle la découvrait en deçà des vagues rêves espérés. Elle aimait pourtant, elle

aimait comme elle pouvait, avec son cœur frais ei pur qu'elle avait tout donné et comme ce cœur n'était point satisfait, comme il demeurait vide de l'amour de l'autre, il se gonfla de jalousie.

■ Là' encore, l'archiduchesse Sophie, femme experte aux choses de la chair comme à celles du sentiment, veillait pour profiter du moindre malentendu, l'aviver et l'exaspérer jusqu'à la cassure défmitive : comme elle avait surveillé, dans l'éclat des lumières de la salle du trône, les défaillances d' « étiquette » de sa belle-fiUe, elle épiait, dans l'ombre de l'alcôve, ses insuffisances amoureuses. Elle attendit le moment propice — moment qui ne tarda guère à survenir — et quand elle sentit que son fils était mûr, elle lui lança, à travers les sens, des tentations auxquelles il n'avait jamais eu coutume de résister. Jeune homme elle l'avait mené à l'amour, marié elle le jeta à l'adultère.

Les premiers écarts furent entourés d'un mystère relatif. La mère voulait que le fils reprît peu à peu l'habitude du libertinage et la reprît assez fortement pour qu'il ne se trouvât plus à la merci des larmes d'Elisabeth quand elle apprei;idrait la vérité. Une ville et une cour comme la cour et la ville de Vienne ne manquaient pas de fournir autant et pli^s d'occasions... sentimentales qu'il n'en fallait pour satisfaire un jeune souverain gracieux, aimable et galant, tel que l'était François-Joseph. L'œuvre maternelle — si l'on peut s'exprim^er ainsi en une semblable occurrence — trouva donc facilement où se manifester. Le fils aidait fort la mère, il sied d'en convenir, et celle-ci jugea bientôt que celui-là était prêt pour la première liaison post-matrimoniale.

A cette époque, — c'était en janvier 1855, lors de la première grossesse de la toute jeune impératrice, — on parlait fort, dans la haute société viennoise, d'une comtesse italienne de grande beauté, aussi ardemment brune qu'Elisabeth était tendrement blonde. D'où venait-elle ? Gomment avait-elle réussi à s'introduire dans les salons les plus fermés de- Vienne? Nul ne savait le dire. Tout ce que l'on

connaissait d'elle, c'était son charme, et ce charme était irrésistible. Quel fut, dans l'histoire, le rôle de l'archiduchesse Sophie ? Là encore on manque de renseignements» Toujours est-il que, tandis qu'Elisabeth; à raison de son état, demeurait dans ses appartements et que sa belle-mère reprenait officiellement la direction des fêtes données à la Hofburg, l'Italienne fit son entrée à un grand bal de la cour. Naturellement la belle étrangère fut présentée à François-Jo^seph. Le souverain s'occupa presque exclusivement de la comtesse pendant toute la soirée, tant et si bien que, officieusement, on put dire, dès le lendemain, que l'empereur avait une « favorite ». C'était la première depuis son récent mariage. Ainsi qu'il fallait s'y , attendre, ainsi que l'archiduchesse Sophie le prévoyait, du reste, la pauvre impératrice ne tarda pas à être informée. Dans les vingt-quatre heures, une âme charitable — les âmes charitables ont toujours de terribles langues à leur service — informait mielleusement la souveraine, avec mille réticences qui rendaient la confidence plus grave encore, des attentions particulières que François-Joseph avait montrées pour la belle Italienne au bal du palais impérial. Elisabeth éprouva, de ce fait, une douleur si violente qu'elle en tomba malade et dut garder le lit pendant près d'une semaine. Mais elle demeura fidèle à son système de dignité silencieuse qui lui valut tant de tristesses...

Le jour où elle se leva pour la première fois, une dam.e d'atours l'aidait à se vêtir, dans le boudoir où elle se tenait dé préférence. La jeune femme était fort triste et ne prêtait qtie peu d'attention aux propos de sa dame d'honneur, aui sb faisait l'écho des potins de la cour.

^ — Vous ne savez pas la grosse nouvelle, Madame? Elle date d'hier.

. — Quelle grosse nouvelle ?

' — S. A. I. rarchiduchesse Sophie a pris une nouvelle dame d'honneur. ;

— Ah I C'est sans doute qu'elle en éprouvait le désir.

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— C'est une perle, d'ailleurs, une perle de beauté. Mais, au fait, je crois que vous ne l'avez encore jamais vue, bien que tout Vienne ne parle que d'elle.

— Et qui est cette perle rare ?

— La fameuse comtesse italienne.

L'impératrice s'appuya lourdement, prête à défaillir, sur sa dame d'atours. Elle eut pourtant la force de dire :

— L'Italienne? Cette aventurière!...

Et comme Elisabeth pâlissait, la dame d'atours s'écria :

— Qu'avez-vous, Madame?... Faut-il que j'appelle?...

— Non, non, c'est inutile... Mais cela ne se fera pas... Cela ne peut pas se faire...

Dans un effort surhumain, la souveraine se redressa, fit quelques' pas vers la porte et, sans un cri, tomba évanouie sur le tapis.

A nouveau elle dut s'aliter et son état fut si grave que pendant plusieurs jours on craignit pour la vie de la jeune femme et pour celle de l'enfant qu'elle portait dans ses flancs.

Quelques semaines plus tard, le 5 mars 1885, elle donnait le jour, jeune mère de dix-huit ans, ayant déjà versé toutes les larmes de son cœur, à une fille qui reçut le nom de Sophie.

Ehsabeth, décidément, devait être née sous une mauvaise étoile. La maternité, chez presque toutes les femmes, provoque une fière allégresse, une joie complète puisque c'est l'orgueil de la chair que l'acte de création perpétue. La jeune souveraine, au lieu d'un bonheur, rencontra de la désillusion dans son œuvre créaj.'ice. C'est que les reines, devant la Nature, n'ont point droit aux mêmes épanouissements que les autres femmes. Elles doivent, plus esclaves de l'homme que quiconque, offrir, à leur seigneur, une descendance faite à son image pour obtenir le remerciement qui rémunère la plupart des mères des débours de souffrances provoqués par fenfantement. Or ce n'était point un descendant mâle qu'Eli* sabeth offrait à son époux, et elle comprit que le petit être, né de ses entrailles, allait l'éloigner plus encore d'un mari

qu'elle persistait à aimer, et qu'un héritier — elle Tespérait, du moins, — aurait ramené, amoureux et repentant, vers la beauté féconde de la jeune mère. La maternité, toutefois, au moins dans la généralité des cas, est plus forte que tout autre sentiment, et Elisabeth devait suivre la règle commune. Elle se réfugia dans un grand amour pour son enfant, sentiment dont elle éprouvait d'autant plus le besoin, que l'empereur, désillusionné par cette maternité mineure, se détachait d'elle de plus en plus. Ce refuge, pourtant, malgré tous les efforts qu'elle tentait pour s'y maintenir, les yeux clos, ne suffit point à rasséréner son cœur. Une angoisse lui vint, angoisse épouvantante : elle se persuada que son mari, à qui elle n'avait point donné un fils, divorcerait comme Napoléon divorçait, jadis, d'avec Joséphine, pour une cause identique. Ce fut une hantise, une hantise telle, que certain jour, éprouvant de façon impérieuse le besoin d'extérioriser sa souffrance, elle cria son mal à la personne qui, à ce moment-là, se trouvait près d'elle. Il se trouva que cette personne était sa mère, Ludovica, duchesse en Bavière.

L'Altesse bourgeoise, calme, méthodique et mieux disposée à s'occuper de la confection des confitures qu'à apaiser des crises sentimentales, ne comprit rien à ce que lui racontaient les nerfs malades de sa fille. Au lieu de calmer Elisabeth elle la réprimanda et, finalement, lui tint, à peu près, ce propos :

— De quoi te plains-tu ? Et que dirais-tu si tu étais à ma place ? J'ai toujours vécu dans une situation presque précaire ; et il m'a fallu compter attentivement pour « joindre les deux bouts ». Ton père, qui me laissait le soin de faire marcher la maison, ne m'a jamais autorisée à exprimer une opinion. Je fus à la fois sa caissière et sa chose. Et je n'en ai jamais tiré nul profit. Pourtant, je ne fus point malheureuse et je ne reproche rien ni à ton père, ni à la vie.

.Elisabeth tenta d'expliquer à sa mère dans quelle crise psychologique elle se débattait, elle lui dit aussi les vexations qu'elle devait subir chaque jour et combien elle souf-

frait de la malveillance continuelle de rarchiduchesse Sophie, Cet aveu déchaîna la tempête. Ludovica ne voulait à aucun prix entrer en conflit avec sa sœur Sophie. Elle se souvenait de ses jeunes ans, et savait, d'avance, que, dans la lutte, elle serait vaincue. Elle déclara donc que tout cela c'étaient « des idées ».

— Pour moi, dit-elle, j'estime que tu as touché le but du bonheur humain en devenant impératrice. Songes-y, ma fille, pour une petite princesse bavaroise, presque sans dot, c'est un beau rêve. En somme, tu es libre, tu es entourée de tout le luxe possible, et je ne comprends pas que tu ne puisses point te plier aux exigences de ta situation. Il faut savoir s'accoutumer à son entourage, et je suis tout à fait peinée de voir que tu tentes de te poser, sans raison sérieuse, en sainte et en martyre. Réfléchis, ma fille, et j'espère que tu t'apercevras que les torts, en partie du moins, doivent être de ton côté. Dans la vie, vois-tu, il faut savoir faire des concessions.

La duchesse Ludovica se leva, tandis que sa fille disait, d'une voix blanche :

— Vous avez raison, ma mère, je réfléchirai.

Un baiser sur le front fut la récompense de l'impératrice.

— C'est bien, dit Ludovica, je suis heureuse de voir que tu deviens raisonnable.

Ludovica, duchesse en Bavière, sortit de la chambre impériale. La porte se referma et, seule enfin, l'impératrice, (( devenue raisonnable », éclata en sanglots.

Elisabeth, pourtant, n'était qu'à l'orée des taillis inextricables où son cœur se déchira chaque jour davantage, à chaque pas qu'elle tenta dans les fourrés hostiles de la vie. Une aventure, entre autres, devait lui montrer toute l'odieuse difficulté de sa situation.

Quand, ses relevailles achevées, elle parut, à nouveau, dans les salons de la Hofburg, elle s'aperçut que, en outrô de la favorite de l'empereur, la cour avait adopté un favori.

Bel homme, conteur savoureux, danseur infatigable, le comte L..., jeune officier de hussards, était particulièrement goûté par l'archiduchesse Sophie et, naturellement, par l'empereur. Il aurait dû, de ce fait, rencontrer chez l'impératrice, de la froideur et même davantage. Mais il sut si bien manœuvrer qu'il réussit à capter la confiance de la jeune souveraine. Il se montra empressé, aimable, tendre, mais pas galant, et, comme, avec cela, — ayant endormi la défiance d'Elisabeth, — il était cavalier parfait, l'amazone hardie j qu'était la j'olie souveraine ne tarda pas à l'accepter, sans voir, dans toute cette intrigue, la main de sa belle-mère, I comme compagnon habituel de ses promenades à cheval, — [promenades que, à présent, l'archiduchesse Sophie ne trou- \ vait plus répréhensibles. Peu à peu, dans son grand besoin d'épanchement, si cruellement réprimé par sa mère ellemême, l'impératrice abandonna, en faveur de son cavalier servant, la réserve pénible qu'elle s'imposait, et elle ne redouta point de se laisser aher à quelques confidences. Elisabeth était merveilleusement belle, elle était malheureuse. Il y avait là un agréable rôle de consolateur à tenir. Et le comte L... n'ignorait pas que, dans ses entreprises, il ne serait point désavoué, du moins par la mère de l'empereur!... Donc, certain soir d'été, cependant que, au cours d'une fête intime au château de Schœnbrunn, la souveraine venait, solitaire, respirer l'air frais de la nuit, sur la terrasse, le comte L... la suivit et brusquement se jeta à ses pieds, lui avouant violemment un impérieux amour. Elisabeth se recula. Il lui saisit les mains. Elle se dégagea et, sans un- mot, rentra au château. Elle pensait, accoutumée au silence, que le dédain devait suffire. Toutefois, en regagnant ses appartements, elle s'ouvrit de l'aventure à la comtesse X..., sa dame d'honneur. Celle-ci, se méprenant sur le ton de l'impératrice, proclama ingénument qu'une jolie femme ne pouvait trouver que plaisir dans un hommage ■aussi hardi rendu à sa beauté. Elisabeth demeura atterrée, mais elle aperçut, du même coup que, dans un tel milieu, le

dédain ne suffisait plus. Elle s'en fut donc trouver François- Joseph, sans aucun retard et le mit au courant de ce qui s'était passé. Elle ajouta qu'elle réclamait, sans autre délai, le renvoi de l'audacieux. Bien que fort ennuyé, car il savait qu'il allait désobliger sa mère, François-Joseph acquiesça au désir de la souveraine. Le lendemain, par ordre impérial, le comte L... quittait la cour pour rejoindre une lointaine garnison. Sûre de se trouver en règle avec son devoir, d'autant plus sûre que le jeune oftlcier de hussards avait su pénétrer assez avant dans le vide de son cœur, elle retrouvait, avec la fierté de son geste, une plus grande assurance. On devait certainement l'approuver. Une nouvelle désillusion l'attendait. Deux jours plus tard, exactement, elle vit arriver l'archiduchesse Sophie chez elle. Sans autre préambule, l'archiduchesse entra dans le vif du sujet qui l'amenait.

— Je viens, ma fille, lui dit-elle, vous exprimer tout mon mécontentement.

— Et qu'ai-je fait, ma mère, qui vous désoblige à ce point ?

— Vous avez forcé l'empereur à bannir de la cour un officier de grand avenir.

— Le comte L... ?

— Le comte L... Savez-vous bien que vous avez brisé sa carrière ?

— Mais, ma mère, vous n'ignorez pas qu'il m'avait srravement insultée.

L'archiducliesse Sophie se mit à rire. Elle comprenait mal, - — tout comme la dame d'honneur, — qu'une femme se tînt pour insultée par un hommage adressé à ses charmes. Bref, elle expliqua à sa bello-fille qu'elle considérait son attitude comme « ridicule et naïve » et lui donna à entendre que, à l'avenir, si pareil fait se renouvelait, elle lui serait obligée de ne point se livrer à des mouvements dramatiques pour de u pareilles bêtises ».

La tactique de l'archiduchesse Sophie n'avait point réussi, elle allait tento den découvm^ une autre pour compromettre

nr BERCKAU AU Cf:KClEIL. — SCHŒNBRUNX ET LES CAPUCINES

> Phot. Stauda.

Vue générale de Sehœnbrunn, berceau des Habsbourg

Le caveau des Capucins à Vienne, où sont inhumés les Plabsbourg

sa belle-fille, et prendre ainsi, plus sûrement, barre sur elle, quand les événements vinrent la favoriser.

C'était pendant l'hiver suivant, lors d'un bal de la cour, à Vienne. Dans un groupe de jeunes officiers, on s'amusait à dire du mal de toutes les femmes présentes. Le nom de l'impératrice passa dans la conversation.

— Avez-vous remarqué, dit l'un des jeunes gens, combien la belle Elisabeth a horreur du décolletage ?

— C'est vrai, ses robes de bal sont presque aussi montantes que celles d'une enfant de Marie.

— Ainsi l'œil n'a point de distractions et porte tout son regard sur l'or de sa lourde chevehire.

— Poète !... Non, la vérité est plus simple. Son corsage joliment tendu ressemble à la soie des aérostats. Enlevez

i l'étoffe, vous ne trouverez plus que du vent.

i Un des jeunes gens du groupe, officier de la garde impé-

I riale, montrait des signes d'impatience depuis un moment.

Il interpella le malotru et lui défendit de tenir de semblables

propos. Un duel s'ensuivit dans lequel l'insolent fut blessé.

I On comprend le parti que tirèrent de cette aventure et

4 l'archiduchesse Sophie et toute la cour. Il n'en fallait pas

davantage pour prêter un amant à la « petite oie bavaroise )).

[Généreusement on le lui donna !...

[ . Elisabeth en souffrit profondément, mais, une fois encore,

îles. confidences lui ayant peu réussi, elle s'enferma dans sa

î tour d'ivoire et ne dit mot. Torturée par la jalousie, offensée

, dans sa pudeur, isolée moralement de tout son entourage,

elle commença à montrer, à François-Joseph, une figure

maussade, prenant constamment ce que la duchesse Ludo-

vica appelait sa « pose de martyre ». Et l'empereur se retira

tout à fait d'elle. Elle fut prise alors d'une crise aiguë et

maladive d'amour maternel. Elle s'y réfugia nerveusement,

: exagérément. Mais le destin s'acharnait contre elle. A Page

de deux ans, atteinte par la variole, la petite Sophie mourait.

Dans le flot joyeux de la cour de Vienne, Elisabeth noyait

|la fin de sa joie, n'arant même plus une épave où raccrocher

son cœur éperdu. Elle se retrouvait, — veuve d'un mari vivant, veuve d'un enfant mort, veuve de toutes ses illusions, — immensément seule au milieu de cet empire où trois années plus tôt, dans la gloire blonde de ses seize printemps, elle entrait sur les flots berceurs du Danube bleu aux acclamations vibrantes de tout un peuple.,;

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