‹ François-Joseph intime. Une page d'amour.--L'éducation d'un prince.--Distractions impériales.--La fuite de l'impératrice.--Le prince héritier.--Le mystère de Mayerling.--La fin des principes.--La fin d'une vieChapitre 32 sur 35 · LA CRISE HONGROISE DE · texte numérisé non relu

LA CRISE HONGROISE DE

La Chambre des Députés de Buda-Pest, engeance

Le général Fejérvarv, président du Conseil hongrois

vue des finances, des affaires étrangères, des douanes et de l'armée, les Tchèques, en Bohême, et les Polonais, en Galicie, réclamèrent pour eux les mêmes droits et les mêmes privilèges que François-Joseph avait accordés aux Hongrois. S'il s'était fait couronner roi de Hongrie, pourquoi ne se faisait-il pas couronner roi de Bohème et roi de Galicie ? S'il avait doté la Hongrie d'un Parlement et d'un gouvernement, pourquoi n'autorisait-il point un Parlement et un gouvernement tchèques et polonais. Depuis quarante ans, cette lutte dure et s'aggrave. Ni Polonais, ni Tchèques, ni Slovènes, ni Italiens ne démordent de leurs exigences. Or, il importe de noter que le problème, au début du règne de François-Joseph, était facile à résoudre pour l'empereur puisque, à ce moment-là, les exigences nationales étaient tout aussi réduites que le sentiment national lui-même, vagissant encore sur les fonts baptismaux du libéralisme. Aujourd'hui, la situation, toute différente, est devenue inextricable. Si François-Joseph, il y a cinquante ans, avait renoncé à son rêve centraliste et n'avait pas étouffé pendant vingt années la juste éclosion du sentiment national, les exigences croissantes des peuples de l'Empire ne seraient jamais arrivées là où on les voit à présent, c'est-à-dire à réclamer la dissolution complète de la monarchie. Déjà les Hongrois qui, en 1848, ne demandaient qu'un gouvernement personnel, les Hongrois se prennent à détruire le dernier lien qui les fixe encore à l'Autricne : l'armée. Si François-Joseph, forcé dans ses retranchements par une opposition grandissante, accordait à la Hongrie l'armée propre et la frontière douanière qu'elle réclame, la communauté des deux parties de l'Empire n'existerait plus que de nom. En Hongrie, le mouvement politique va trop vite et emporte tout sur son passage, en Autriche, par contre, la machine gouvernementale et parlementaire est arrêtée depuis plus de dixans par la lutte acharnée entre centralistes et fédéralistes. Le fossé qui sépare ces deux parlis et qu'on aurait pu combler il y a une trentaine d'années est devenu si profond qu'il paraît impossible d'entreprendre sa suppression.

Qu'adviendra-t-il de tout cela ?

Le respect que les peuples de la monarchie ressentent pour leur vieux souverain a, jusqu'ici, retenu le coup décisif qui brisera en vingt fragments l'ancien Empire. Mais François- Joseph disparu, est-ce que la situation créée par son acharnement à poursuivre une politique impossible sera encore durable ? Par delà la frontière du nord, le descendant de Frédéric le Grand convoite les provinces que son arrière-grandpère n'a pas prises à l'héritière de Charles VI. En face, du côté des Karpathes, le panslavisme chante aux oreilles des Tchèques et des Polonais la romance d'une union de tous les Slaves de l'est de l'Europe.

Pendant des siècles les Habsbourg ont constitué, morceau par morceau, un grand empire. Pendant des siècles, les Habsbourg ont affirmé l'ambition de souder des morceaux hétéroclites, d'en faire une masse forte et compacte. Au début d'une ère nouvelle, François-Joseph a hérité de cette tâche. S'il l'avait bien comprise, il y serait peut-être parvenu. Dans des idées démocratiques et sociales il aurait pu trouver le moyen de supprimer les démarcations établies entre les différents peuples de son empire, lesquels n'avaient entre eux de commune qu'une soif ardente de liberté et de progrès. L'hypocrisie de la mère du souverain, l'ambition de sa famille et son ambition propre l'ont poussé à user d'une nationalité pour asservir l'autre. Aujourd'hui, toutes sont brouillées entre elles et, en outre, avec leur souverain.

Tout ce qu'on peut souhaiter à présent c'est que la fin de la politique de François-Joseph ne soit pas la fin de l'Empire.

Mais si on peut le souhaiter, il devient plus difficile, de jour en jour, de l'espérer, car, aujourd'hui, même une capitulation de l'empereur deviendrait illusoire.

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