LA PRINCESSE ELISABETH AU TEMPS DE SES FIANÇAILLES
le plus jeune âge, le bébé fut initié aux joies du métier des armes par son grand-père, le vieil empereur François Ier, père de Marie-Louise et beau-père de Napoléon. Les premières paroles qu'il prononça ne furent point les mots habituels aux tout petits : ce fuient des commandements militaires. On m'affirmerait aujourd'hui que, avec du lait aux commissures des lèvres, François-Joseph, la tête couverte d'un bonnet à trois pièces, cria : « Portez armes !... » avant de murmurer : « Papa », que je n'en serais nullement surpris. A l'âge de quatre ans, instruit de ceci par son grand-père, dont il ne quittait guère le cabinet de travail, l'enfant connaissait, par cœur, tous les commandements alors en usage dans l'armée austro-hongroise et manœuvrait comme un kaiserlick. Dehors, quand il rencontrait un soldat, il s'arrêtait et voulait « jouer avec », comme il jouait avec le sabre impérial dans le cabinet de François Ier.
Chaque jour, quand, entre une leçon de langues étrangères et une leçon militaire, le tout petit sortait, par les rues de Vienne, dans le parc de Schœnbrunn ou dans le jardin du château de Laxenburg, en tenant la main de son aïeul, il ne cessait de questionner celui-ci sur tous les militaires qu'il rencontrait. Une fois, c'était à Schœnbrunn, il aperçut un soldat en faction près d'une porte du château. Il quitta la main de son grand-père, s'approcha du factionnaire et se fit rendre les honneurs. Il fut si joyeux de cette manifestation de respect militaire adressée à sa minuscule personne, qu'il revint en gambadant vers son grand-père et lui demanda quelque argent pour le remettre au soldat. Le vieil empereur, qui ne savait rien refuser à son petit-fils, fit ce que l'enfant lui demandait. François-Joseph, trottant menu, rejoignit le factionnaire, et lui tendant la monnaie :
— Tiens, prends ! dit-il.
Le règlement est formel. Un soldat, sous les armes, ne doit jamais rien accepter. De plus, l'empereur en personne était là. Toujours portant les armes, le militaire ne bougea pas.
Interloqué, dépité, si dépité même qu'il en avait les larmes aux yeux, l'enfant frappa du pied, en affirmant :
— Je veux que tu prennes.
Même immobilité du soldat, même silence.
François-Joseph se retourna vers François Ier. L'empereur du jour — jovial et si bon enfant qu'il ne redoutait pas de plaisanter grossièrement, en argot viennois, avec les gens du bas peuple — riait de la déconvenue de l'empereur de demain. Le petit archiduc revint à nouveau vers son aïeul, et, tout pâle de colère, car on osait résister à sa petite volonté, répéta, les dents serrées :
— Je veux qu'il prenne...
■ L'empereur, alors, en compagnie de son petit-fils, s'avança vers le soldat et haussant l'enfant au niveau du sac à cartouches du factionnaire introduisit, dans le sac, la main du petit, qui laissa son offrande. Cette anecdote, qui témoigne, à la fois, du grand amour de l'enfant pour les militaires, de son tempérament autoritaire et de la faiblesse de François Ier pour son petit-fils, ne fut point désavantageuse, bien au contraire, quant au soldat. Le vieux monarque, simple et familier, lia conversation avec le factionnaire. Il apprit ainsi que ce soldat modèle était fils d'une paysanne veuve et pauvre, et qui, misérable, presque impotente, se lamentait d'être seule. Et l'empereur remit au soldat une somme suffisante pour se racheter — on en avait la possibilité alors — du service militaire.
Un autre jour le petit prince se promenait — il avait alors quatre ans — dans les vastes couloirs du palais impérial de Vienne : la Hofburg. Brusquement, au détour d'une galerie, il se trouva en présence de deux superbes gardes hongrois, lesquels, militairement, le saluèrent. Séduit par l'uniforme, très brillant, des Hongrois, séduit davantage par le salut des deux hommes, l'enfant se planta devant eux et, prenant sa petite voix de commandement, petite voix qu'il enflait de son mieux, il leur fit exécuter divers mouvements.
Puis, les ayant mis au repos, il s'approcha du plus grand et lui dit, sur un ton qui n'admettait pas de réplique :
— Donne-moi ton sabre et ton porte-épée.
L'autre, pourtant, hésitait, consultant son compagnon du regard. Même il protesta :
— Mais, Monseigneur...
François-Joseph, brutalement, lui coupa la parole, et, selon sa coutume, frappant du pied, répéta :
— Donne. Je te dis de donner.
Le malheureux Hongrois s'exécuta. L'enfant glissa le fourreau entre ses petites jambes, se servit du porte-épée comme de rênes, et cavalcadant, telle une sorcière se rendant au sabbat sur un manche à balai, il partit à fond de train, heurtant le fourreau à toutes les dalles et à tous les angles de murailles, à travers les couloirs sonores de la Hofburg. Combien de temps dura cette chevauchée ? L'histoire ne le mentionne point. Toujours est-il que lorsqu'il rapporta le sabre et le porte-épée au Hongrois, le porte-épée était en lambeaux et le fourreau terriblement cabossé. Piteux, le pauvre diable regardait son arme. Il murmura :
— Eh bien, je suis sûr d'être puni, quand mon commandant va voir mon sabre.
— Tu lui diras que c'est l'archiduc François-Joseph qui a fait ça.
— Vous feriez bien mieux, dit le Hongrois enhardi, de dire à votre père de m'en payer un autre.
L'enfant toisa l'insolent et, avec hauteur, répliqua :
— C'est moi qui t'en paierai un quand je serai empereur. Et il s'éloigna, — majestueusement.
Un an plus tard, le vieil empereur, François1 Ier, mourait. La couronne passait à Ferdinand et le petit François-Joseph, de son côté, passait sous la tutelle absolue de son père et de sa mère. De sa mère surtout. L'archiduc François-Charles était, en somme, un bon bourgeois, paisible, égoïste et qui réclamait avant tout qu'on ne troublât point sa tranquillité. Aussi, pour vivre en paix dans son ménage, et, aussi, pour
ne point se créer de préoccupations, laissa-t-il volontiers l'archiduchesse Sophie, sa femme, s'occuper de l'éducation du futur empereur. Finis dès lors les jeux militaires dans le cabinet impérial, les promenades dans le jardin de Laxenburg et les chevauchées dans les couloirs de la Hofburg !... Fini de rire !... L'enfant fut placé, par sa mère, sous la direction d'une femme sévère, la comtesse de Sturmfeld, et d'un rude soldat, le colonel de Hauslab, lequel lui rendit moins aimable jusqu'à l'instruction militaire. Le futur souverain eut quatre compagnons d'études : les comtes Marc et Charles Bombelles, d'origine portugaise ; un Italien, François de Coronini et le comte Taaffe. Le père des deux premiers devait exercer une grosse influence sur François-Joseph, car, peu après, c'est lui, le comte Henri Bombelles, qui devenait le gouverneur du jeune prince. Le frère d'Henri Bombelles, — notons-le en passant — Charles Rénier avait épousé Marie-Louise en secret, après la chute des aigles impériales de France. Le comte Taaffe fut, plus tard, et pendant de longues années, président du conseil des ministres austro-hongrois et s'employa, du mieux qu'il put, — et la tâche allait sans difficultés, — à maintenir dans la plus étroite des réactions l'esprit de son souverain et ami. Seul, François de Coronini se sépara, plus tard, de François-Joseph et se jeta si bien dans l'opposition qu'il devint le chef des libéraux au Parlement autrichien, parti pour lequel François-Joseph manifesta toujours une antipathie fort marquée.
De cinq à treize ans, la vie de François-Joseph apparaît uniforme et grise, partagée entre les leçons de linguistique données par la comtesse de Sturmfeld, et les leçons d'art militaire, fournies par le colonel baron de Hauslab. C'est l'ennui, l'ennui lourd et fermé, qui donnera, plus tard, au jeune homme et à l'homme mûr un besoin passionné de liberté, un besoin tel qu'il ne s'apercevra même point que, par là, il cause, autour de lui, d'abominables souffrances et provoque le plus désastreux des drames intimes. Pas de tendresse dans sa jeune existence : un père indifférent, une mère ambitieuse.
Il ignorera la joie des franches caresses et ne rencontrera qu'un sentiment sincère : l'amitié du comte Taaffe, amitié qui, dans l'avenir, à raison des sentiments farouchement conservateurs du comte, devait lui devenir si préjudiciable.
Quand François-Joseph atteignit l'âge de treize ans, son éducation et son instruction furent entièrement remises, par sa mère, entre les mains du comte Henri Bombelles.
Celui-là fut, certes, dans sa personne et dans celle de son fils, Charles, le plus mauvais génie des Habsbourg et de l'Autriche-Hongrie, pendant toute la seconde moitié — et davantage — du xixe siècle.
Homme sans caractère, sans principes, sans conviction et sans morale, seulement hypocrite et retors, et entièrement dans la main des jésuites, qui dirigeaient aussi la conduite de l'archiduchesse Sophie, le comte Henri Bombelles aura été l'une des causes principales, ou plutôt la cause principale, des graves défauts de caractère et de volonté qui devaient, dans l'avenir, faire de François-Joseph l'un des hommes les plus malheureux du monde, et de l'impératrice Elisabeth une véritable martyre.
Un goût très vif pour les joies sensuelles — les joies de l'esprit et du cœur ayant mal accompagné ses jeunes années, — se manifesta de très bonne heure chez François-Joseph, et dans des proportions aussi dangereuses qu'inusitées. Au lieu de réfréner ce goût épuisant, et sans aucune délicatesse dans ses manifestations, le comte Henri Bombelles, au contraire, s'employa à favoriser les aventures de troisième ordre dans lesquelles se complaisait son élève. Ce procédé, d'ailleurs, était dans le sang des Bombelles puisque le fils du précepteur de François-Joseph, Charles Bombelles, qui devint, dans la suite, grand-maître de la cour du prince héritier, l'archiduc Bodolphe, mérita le surnom de kaiserlicher und kôniglicher Kupplcr, ce qui peut se traduire presque exactement par ces mots : proxénète impérial et royal!... Le fils s'apercevait donc, vers 1 845, dans le père, qui tenait un rôle identique auprès du futur empereur d'Autriche-Hongrie.
Où les choses deviennent plus graves, c'est que les gens bien informés ne redoutent point de mêler le nom de l'archiduchesse Sophie à toutes ces turpitudes. Sans aller jusqu'à dire, au moins ouvertement, que l'archiduchesse Sophie avait choisi un tel précepteur à son fds en toute connaissance de cause, et n'ignorant point à quelles complaisances de» valet de cœur il était capable de descendre, on constate, cependant
— et c'est une sérieuse présomption en faveur des propos qu'on hésite à tenir — que, plus tard, l'archiduchesse Sophie toléra et favorisa les escapades de son fils, alors tout jeune époux. Elle les tolérait si bien qu'elle ne craignit point de reprocher à la malheureuse Elisabeth de ne pas vouloir partager son mari avec les favorites du jour, — lesquelles, le plus souvent, n'étaient que des courtisanes de la nuit.
Mais quel aurait été le secret dessein de l'archiduchesse Sophie en donnant toute liberté dans ce sens au comte Henri Bombelles et en l'incitant même à jeter son fds dans la débauche des sens ? Ambitieuse toujours, jamais maternelle, la fille du duc de Bavière rêvait de diriger les destinées de l'empire. Or, rien ne lui donnait à penser alors que Ferdinand abdiquerait et elle n'imaginait point que François-Joseph arriverait au trône à l'âge de dix-huit ans. Aussi, par tous les moyens, s'employait-elle à fatiguer la volonté de son fds et à favoriser tous ses pires instincts afin de mieux le dominer, et, dans l'avenir, de régner sous son nom.
Parmi le grand nombre de professeurs qui, sous le contrôle du comte Henri Bombelles, furent donnés au jeune François-Joseph, de 1843 à 1848, — époque de son avènement,
— il faut citer, tout spécialement, le B. P. Othmar de Bauscher, qui devint prince-archevêque de Vienne. C'est lui — et par ceci on peut apercevoir la trajectoire de son influence — qui enseignait aux trois fils aînés cle l'archiduc François- Charles, et plus particulièrement à François-Joseph, la morale et la philosophie. Homme lige de l'Eglise, identifiant son intérêt personnel avec celui de la cour de Borne, il donna aux idées du futur empereur, fatigué par les excès, et particu-
lièrement malléable dans la main d'un homme de robe, une direction politique centraliste qui devait créer à François- Joseph des difficultés presque insurmontables dans la direction des affaires de l'empire.
On ne peut point dire que le P. de Rauscher ait aidé le comte Henri Bombelles dans ses manières de kaiserl. kônigl. Kuppler, mais on peut affirmer, du moins, que, tout à fait sciemment, il s'est plu à fermer les yeux.
Le moyen, de reste, n'eût pas été nouveau pour un ecclésiastique et il faudrait avoir oublié volontairement toute histoire générale pour ne point se souvenir que les jésuites employèrent des moyens analogues afin de tenir les rois d'Espagne à leur merci. Or, la parenté est étroite entre les « Majestés catholiques », de Madrid, et les « Majestés apostoliques » de Vienne.
Il faut ajouter, — et l'on comprendra mieux ainsi combien le P. de Rauscher tenait à former un élève qui, devenu empereur, restât sans rébellion devant la volonté du prêtre, — que ce fut l'ancien professeur de philosophie du jeune François- Joseph, qui, en 1855, l'amena à conclure un Concordat avec le Vatican. Ce concordat, pendant plus de quinze années, pesa sur la politique intérieure et extérieure de l'empire. Aujourd'hui, bien qu'il soit dénoncé depuis plus de trente ans, on retrouve son empreinte réactionnaire jusque dans le code civil austro-hongrois où il apparaît dans les articles relatifs au mariage, au divorce, à la juridiction sur les prêtres, et dans beaucoup d'autres passages. On peut citer, notamment, que la loi « civile » interdit, en Autriche, le mariage entre un juif et une catholique, et que la même loi — civile, ne l'oublions pas, — empêche les catholiques divorcés de contracter un nouveau mariage.
Tels sont donc les deux hommes — Bombelles et Rauscher — qui marquèrent de leur fâcheuse empreinte la jeune pensée de François-Joseph d'Autriche.
Parallèlement avec ses études morales et ses plaisirs libertins, le jeune archiduc menait ses travaux militaires. On le
vit faire du service dans une batterie d'artillerie, dans un escadron de cavalerie, dans un bataillon d'infanterie. Tout cela l'intéressait fort, mais ce qui le passionna davantage, ce fut la cavalerie, non certes à raison de ses conditions stratégiques, mais uniquement au point de vue du cheval. François-Joseph, qui, là encore, rencontrait des jouissances immédiates, devint un cavalier intrépide. Il se livrait à de véritables tours de force de dressage, lesquels lui ont valu, et lui conservent encore, un renom considérable auprès des officiers de cavalerie.
Mieux que toutes les anecdotes, un fait témoignera de l'importance que, précisément, François-Joseph attachait à se montrer superbe cavalier.
C'était en 1851, trois ans après son avènement au trône. François-Joseph, empereur de vingt et un ans, recevait, dans sa capitale, S. M. Nicolas Ier, tsar de toutes les Russies. Au cours d'une promenade, dans Vienne, le cheval d'un cosaque, pris de peur, s'emballa et désarçonna son cavalier. L'empereur, sans hésitation, au risque de se rompre les os, sauta hors du carrosse, empoigna le cheval par les crins, l'enfourcha, le dompta et le ramena, tout fumant et frémissant, aux côtés de l'équipage impérial.
Depuis sa première jeunesse, et on sait à présent la raison de cette tendresse pour l'armée, François-Joseph était soldat de cœur et d'esprit.
Un diplomate prussien, M. H. de Steinberg, chargé, par son roi, de faire un rapport sur la cour de Vienne, a pu écrire, quant à l'empereur, et sans altérer la vérité :
« Il estime et aime passionnément tout ce qui est militaire. Il ne prend d'intérêt qu'aux soldats et à l'armée. »
Un fait témoigne de l'exactitude de ce rapport.
Lorsque, en 1853, l'empereur François-Joseph fut blessé par un fou meurtrier, son premier mot fut celui-ci :
« Ce n'est rien. Je ne fais que partager le sort de mes bravos soldats. »
On ne saurait nier le grand courage de François-Joseph.
Plusieurs fois, sur les champs de bataille, il a su fièrement le prouver. Ce fut le 6 mai 1848, un peu avant son avènement, qu'il reçut le baptême du feu, à la bataille de Santa- Luçia. Dans les derniers jours du mois d'avril, il avait rejoint l'armée d'Italie pour prendre du service dans l'état-major d'un commandant fameux, le vieux maréchal Radetzky. Celui-ci, pour tout dire, ne se montrait nullement enchanté de l'arrivée du jeune prince, dont la présence, dans les rangs des combattants, lui créait une lourde responsabilité. L'archiduc était venu. Il fallait bien faire contre fortune bon ccéur et le garder. Du moins le vieux guerrier essayait-il de donner à entendre, au jeune archiduc, que la meilleure place, pour bien englober l'action, se trouvait loin du feu et qu'il n'était nullement nécessaire de risquer sa vie pour se rendre compte de l'effet d'une bataille. Autant eût valu prêcher un sourd. C'est alors que le vieux maréchal parla de sa responsabilité et supplia le jeune prince de ne point s'exposer. Il réussit seulement à s'attirer cette simple réponse de François-Joseph :
— A présent que je suis ici, l'honneur m'interdit de quitter la place sans m'être battu.
Et il se battit.
Il se battit même avec une ardeur, une fougue et une gaîté telles, que le maréchal Radetzky, mal disposé cependant pour le prince, ne peut s'empêcher de le mentionner dans ses Mémoires.
« De tous mes compagnons, écrit-il, il n'en était pas un qui reculât devant le danger, mais entre tous le jeune prince François-Joseph se signalait pour son entrain. Il semblait, positivement, plaisanter avec la mort. Lorsque, tout près de lui, tomba un boulet de canon, il ne s'en troubla pas plus qu'un enfant ne s'effraie du choc d'une balle à jouer. Gai, comme seulement l'insouciante jeunesse peut l'être, il poussait son cheval, galopait de côté et d'autre, aux points les plus dangereux même, sans songer un instant que la tête qu'il exposait si légèrement devait porter, quelques semaines plus tard, la couronne impériale. »
Au retour de l'expédition d'Italie, le jeune archiduc, chez qui le son du canon produisait un effet imprévu, manifesta le désir de prendre des leçons de musique, alors qu'il avait toujours marqué, jusqu'alors, une évidente répugnance pour l'étude de cet « art' d'agrément ». Bien entendu, l'archiduchesse Sophie exauça ce vœu et l'archiduc François-Joseph, sans aucun succès, d'ailleurs, se prit à faire des gammes et à déchiffrer des morceaux enfantins : Petits bateaux et Rocher de Saint-Malo du temps et de l'endroit !...
C'est au cours d'une de ces leçons de musique, le 6 octobre 1848, que le prince reçut, à Schœnbrunn, la nouvelle des événements de Vienne qui allaient provoquer l'abdication de son oncle, et le faire, lui, à peine sorti de l'enfance, empereur d'Autriche-Hongrie, dans des conditions particulièrement difficiles.
Le lendemain, il quittait Schœnbrunn pour Olmulz. C'est à cheval, à côté de la voilure où se trouvaient ses parents, qu'il accomplit tout le trajet.
A Olmûtz les événements se précipitèrent et, le jour où la couronne passa sur son jeune front, François-Joseph comprit si bien la gravité de la situation, que lorsque sa mère, la première, lui rendit les hommages dus aux souverains, il s'exclama, oublieux de la dure et vaine instruction qui avait torturé son enfance :
— Adieu, ma pauvre jeunesse !...
Et des larmes — larmes qui devaient si bien justifier l'avenir — montèrent à ses yeux de dix-huit ans.