‹ François les bas-bleus: drame en cinq actes et sept partiesChapitre 18 sur 118 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

MONTALAIS

Et le nœud de perles?

Ahî le nœud de perles!

MONTALAIS

Est-ce que vous ne Tavez pas?

Eh ! mon Dieu, non.

MONTALAIS

Ainsi, il est perdu?

J'en ai bien peur. Oui, je crois qu'il est perdu, allez, tout à fait perdu. On ne peut pas être plus perdu qu'il n'est perdu.

•MONTALAIS

Vous m'aviez tant promis que vous le retrouveriez !

Hé I je suis sûr et certain que je l'ai vu. Oui, je l'ai vu tomber, je l'ai vu par terre. Je le ramasserais, quoi!

MONTALAIS

Tête à Tenvers! gageons que vous l'avez mal cherché.

Oh! j'ai cherché, à ce qu'il paraît, vingt-quatre heures durant. J'ai refait tous vos pas dans tous les sentiers; j'ai recommencé tout seul la journée que vous avez passée là-bas. Je vous regardais, je vous entendais encore. Vous étiez d'abord en colère, et je lâchais de vous apaiser; je vous disais de patienter, et que celui pour qui vous veniez allait venir. Et puis, je vous voyais triste, et je tâchais de vous distraire ; je vous faisais les honneurs du parterre et des branches, je vous étourdissais de tout ce qui mo passait par la cervelle. La nuit venue, je me suis remis à veiller sous la fenêtre, comme si vous étiez encore là, et quand le ciel a blanchi et que les pinsons ont chanté, je me figurais que vous alliez reparaître au balcon et me dire d'aller voir après le carrosse. Et

te FRANÇOIS LES BAS-BLEUS.

si, en vous penchant, vous aviez laissé tomber votre agrafe, je vous réponds que du coup je m'en serais aperçu.

MONTALAIS

Savez-vouâ, François, que vous n'avez pas les façons de parler d'un vilain I Et, quant aux façons de sentir, ahl je connais des gentilshommes à qui vous en pourriez remontrer.

Oh I madame, je parle bonnement, je parle devant moi, suivant que les personnes me disent. C'est vrai que j'ai un peu appris le monde...

Ahl où donc?

Eh I dans la Bibliothèque bleue, que j'achète aux foires. Avec ma mère, v'Ià ce qui m'a éduqué : c'est la Belle Maguelonne, et la Patience de Grisélidis, et le Calendrier du berger^ et le Trésor des chafisons. Et puis, les champs, les bois, — et les bêtes. V'Ià ce qui m'a fait ce que je -suis, un Jean qui rêve, une espèce de songe-fêtes, qui ne va jamais que nulle part, qui ne regarde jamais qu'ailleurs, qui, tout bêchant ou bien greffant, amuse son travail avec des histoires de belles dames et de bonnes fées. Et, quand je n'en ai plus, je m'en invente moi seul à moi-même. Et je m'en conte, allez! des contes, des contes de la couleur de mes bas! — V'Ià toujours comme je commence : « Il y avait une fois un paysan et une reine... »

MONTALAIS

Oh! c'est un peu hardi !

Oui, mais il n'y a jamais que des commencements. Il est content de peu, mon rustaud; un petit pied qui passe, unejmenotte qui se dégante, un doux regard qui tombe sur lui en chemin, il n'en demande pas davantage. Ah! le joli commencement, par exemple, que j'ai eu avant-hier, un conte pour de vrai, une belle petite vivante image qui tout à coup m'apparaissait dans ce jardin du labyrinthe; — et puis, ça s'est un peu gâté; il y a eu

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