‹ François les bas-bleus: drame en cinq actes et sept partiesChapitre 39 sur 118 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

vous qui ne Tne dites toujours pas pourquoi vous voilà ici, dans ce costume, dans ce péril ?

GUICHE

Eh I Madame, pour vous voir, c'est-à-dire pour vivre,

MADAME, le nMnaçnnt du doigt.

Vous oubliez notre traité.

GUICHE

Du tout, Madame! — « Article 2 : M. de Guiche n'aime personne d'amour, personnel II n'a pour Madame qu'une sincère et respectueuse amitié. » Mais depuis quand, après une si longue et si lointaine séparation, l'ami n'a-t-il point hâte de revoir son ami ?

A. la bonne heure! Mais, grand Dieu! si le chevalier de Lorraine soupçonnait seulement votre présence!

GUICHE

Le chevalier! je ne m'en soucie guère. Vous savez que je ne crains ici que le roi, Madame.

MADAME

Eh bien, oui, le roi...

GUICHE

Oh I mais, quand je dis que je le crains, vous savez aussi que ce n'est pas pour moi, que c'est pour vous.

MADAME

Le foui encore cette pensée! Jaloux du roi! mais, en vérité, quelle raison. ..'je veux dire quel droit avez-vous de l'être?

GUIGH^E.

Ah! merci!

MADAME

Et, maintenant, — vous vouliez-me voir, — partez, puisque vous m'avez vue.

GUICHE

Eh bien, oui! mais quand vous reverrai-je?

MADÀMB.

Oh I par grâce, ne venez plus I

Soit; mais pourquoi ne pas venir, vous?

MADAME

Que voulez-vous dire?

GUICHE

Ne vous rappelez-vous pas ce que je vous contais de nos parties de vendanjges à la vigne de François les Bas-Bleus, et les charmants projets que nous bâtissions là-dessus en riant?

MADAME

Oui, en riant.

GUICHE

Madame, les vendanges ouvrent demain. Monsieur part ce soir pour Yillers-Gotterets, le roi chasse toute la semaine à Marly, vous serez seule, Madartcie ! vous serez Jibre !

MADAME

Mais, malheureux t tenter un pareil risque I

GUICHE

Ohl un risque tout petit, Madame, un risque qui vous amusera, et voilà tout; car, au fond de votre âme charmante, il est resté beaucoup delà jeune fille et un peu de l'enfant. Venez donc, venez un jour à ces vendanges. Madame. Je ne veux pas du tout vous parler de moi; mais, vraiment, s'échapper un matin, furtive et frémissante, sous un déguisement qui vous cache aux autres et vous change à vous-même, vivre quelques heures d'une vie inconnue, faire une fois la cour buissonnière, mordre à la grappe défendue avec'un brin de scrupule, mais pas l'ombre d'un remords , et rentrer le soir ravie de ce jour d'oubli , de courage et de gaieté, sans avoir après tout fait tort qu'à l'ennui, — quel innocent et doux souvenir à arranger. Madame I Venez! venez! Vous ven^, n'est-ce pas?

MADAME

Le tentateur! ahl si j'osais!... Vraiment, vous me répondez

*AÇTE DEUXIÈME. 45

qu'il nY aurait aucun danger sérieux? Vous ne me tromperiez pas?

GUICHE

Vous tromper! vous! le jour où, dans la chose la plus indifférente, je vous tromperai, méprisez -moi! ( on entend battre tui

champs.)

MADAME

Ah! le roi arrive! Partez, vite!

GUICHE

Oui, mais je reviendrai chercher votre réponse.

MADAME

Non! écoutez..,

GUICHE

Laissez faire! je sais très-bien jouer à cache-cache, (u sort en

courant par la droite.)

MADAME, seule.

Oh! l'imprudent! l'imprudent !... (sue rentre chez elle par la porte de gauche.) . . i

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