‹ François les bas-bleus: drame en cinq actes et sept partiesChapitre 8 sur 118 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

NANTOUILLET

Mais qui était-elle, alors ? qui était-elle ? voilà la question ! Oh! j^ tiens à éclaircir cette affaire, pour la réputation de toutes les fill^ d'honneur de Madame. Je dis de toutes, vous entendez. Je m' alarme en général, j'ai une inquiétude... universelle.

LE CHEVALIER, qui a réfléchi.

Eh bien, marquis, je vais, moi, vous donner dans vos recherches un auxiliaire tout puissant.

NANTOUILLET

.Et c'est ?

LE CHEVALIER

Le roi Louis XIV en personne.

NANTOUILLET

Oh! ohî

LE CHEVALIER

Guiche a osé quelquefois devenir le rival de son maître, et, à rheure où nous parlons , il pourrait bien l'être encore. Le roi n'est, pas loin, je crois, de détester Guiche. Marquis, vous n'avez qu'à conter au roi , ce soir, le commencement de l'aventure d'hier. Puis laissez à Sa Majesté le soin d'en deviner la suite, et le plaisir d'en ordonner la fin.

NANTOUILLET

Ah ! ma foi, l'idée est triomphante. Mais, par la sambleu ! vous n'êtes donc pas content d'avoir évincé ce pauvre Guiche, il faut que vous j'anéantisSiez?

LE CHEVALIER

Ne perdez pas votre temps , mon cher, à vouloir pénétrer mes desseins et ma pensée.

NANTOUILLET

Oh I si j'essayais î On en est réduit aux conjectures sur la cause de la disgrâce de Guiche; on a chuchoté pourtant que le fat avait osé témoigner à Madame un peu plus que du, zèle. Depuis son départ. Monsieur et Madame se boudent. Monsieur serait-il jaloux? Et vous qui lui êtes tout dévoué...

LE CHEVALIER

Monsieur jaloux ! — La jalouskî est une haute et forte passion qui ne saurait trouver place dans cette âme médiocre.

NANTOUILLET. stupéfait.

Vous dites?...

LE CHEVALIER

Je dis que la soûle prétention de Monsieur et son unique souci, c'est qu'il y ait beaucoup de monde aux réceptions du Palais- Royal, et que tout ce monde ne vienne pas pour Madame, mais pour lui. Et, s'il boude et querelle le succès de Madame, ce n*est pas parce qu'il en est jaloux, allez, c'est parce qu'il en est envieux.

NANTOUILLET, effrayé.

Vous me faites frémir, chevalier. Si Monsieur apprenait ce que vous dites !

LE CHEVALIER

Je vous serais obligé, mon cher, de le lui redire. Hé F c'est ainsi que je le tiens; c'est ma façon de le flatter ; c'est parce que je le rudoie que je le domine 1 Je vous livre le secret de ma faveur, marquis; seulement, je ne vous conseille pas d'en user.

NANTOUILLET

Miséricorde! vous traitez de la sorte Monsieur qui vous aime; comment parlez-vous de Madame, que vous n'aimez pas?

LE CHEVALIER, avec une amertume doutoureose.

Madame! Oh! croyez -vous que je la méconnaisse? est-ce qu'on peut nier cet esprit, cette bonté, ce charme, l'invincible et innocent prestige qu'elle exerce sur tout et sur tous! Coquette sans le savoir, dangereuse sans le vouloir, son premier regard atteint l'âme, son premier mot demande le cœur.

NANTOUILLET

Oh I quel homme êtes-vous donc? Si vous admirez tant Madame, pourquoi êtes-vous son ennemi ?

LE OHEVALTER.

Pourquoi? Eh! parce que...

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