FRANÇOIS, MADEMOISELLE DF. MONTALAIS
MONT ALAI8, A un rien* eerrlteur qui l’eccompefor. Tenez- VOUS à l'écart, Rémy. Nous reparlons dans quelques minutes. (Rtmr
•’éloiirne. Elle e'apprnche de Franfoi* et lui louche l'épauU.J
François, »e retournent. Vous, madame, vous! oh! quel bonheur 1
MONTALAis. Et le nœud de perles?
François. Alt 1 le nœud do perles!
montalais. Est-ce que vous ne l’avez pas?
François. Elit mon Dieu, non.
montalais. Ainsi, il est perdu?
François. J'cn ai bien peur. Oui, je crois gu’il est perdu, allez, tout à fait perdu. On ne peut pas être plus perdu qu’il n’est perdu.
montalais. Vous m'aviez tant promis que vous le retrouveriez !
François. Eh! je suis sûr et certain que je Fai vu. Oui, je Fai vu tomber, Je Fai vu par terre. Je le ramasserais, quoi!
montalais. Tête à l’envers I gageons que vous l’avez mal cherché.
François. Oh I j'ai cherché, à ce qu'il parait, vingt-quatre heures durant. J’ai refait tous vos pas dans tous les sentiers; i’ai recommencé tout seul la journée que vous avez passée là-bas. Je vous regardais, je vous entendais encore. Vous étiez d'abord en colère, et je tâchais do vous apaiser; je vous disais de patienter, et que celui pour qui vous veniez allait venir. Et puis, je vous voyais triste, et je lâchais de vous distraire; je vous faisais les honneurs du parterre et des branches, jo vous étourdissais de tout co qui me passait par la cervelle. La nuit venue, je me suis remis à voilier sous la fenêtre, comme si vous étiez encore là, et quand le ciel a blanchi et que les pinsons ont chanté, je me figurais que vous alliez reparaître au balcon et me dire d’aller voir après le cariosso. El si, en vous penchant, vous aviez laissé tomber votre agrafe, je vous réponds que du coup je m'en serais •perçu.
montalais. Savez-vous, François, que vous n’avez pas les façons de parler d'un vilain ! Et, quant aux façons de sentir, ah! jo connais des gentilshommes à qui vous en pourriez remontrer.
François. Ohl madame, je parle bonnement, je parle devant moi, suivant que les personnes me disent. C T esl vrai que j'ai un peu appris le monde...
montalais. Abl où donc?
Fra nçois. Eh! dans la Bibliothèque bleue, que j’achète aux foires. Avec ma mère, v'ià ce qui m'a éduqué : c’est la Belle Maguelonne , et la Patience de GrùéUdlt, et le Calendrier au berger , et le Trésor des chansons. Et puis, les champs, les bois. — et les bêtes. Vlà ce qui in’a fait ce que je suis, un Jean qui rêve, une espèce de songe-fête, qui no va jamais mie nulle part, qui ne regarde jamais qu'a illeurs, qui, tout bêchant ou bien greffant, amuse son travail avec des histoires do belles dames et do bonnes fées. Et, quand je n’en ai plus, je m’en invente moi seul à moi-même. Et je m r en conte, allez! des contes, des contes do la couleur do mes bas! — V'Iâ toujours comme je commence : « Il y avait uno fois un paysan et une reine...»
montalais. Oh! c'est un peu hardil François. Oui, mais il n'y a jamais que des commencements. Il est content de peu, mon rustaud; un pelitpied qui passe, une menotte qui se dégante, un doux regard qui tombe sur lui en chemin, if n'en demande pas davantage. Ahl le joli commencement, par exemple, quej'ai ou avant-nîer, un conte pour de vrai . uno belle petite vivante image qui tout à coup m’apparaissait dans ce jardin du labyrinthe; — et puis, ça s’est un nou gâté; il y a eu des larmes, il y a eu cette agrafe qui ne s’est pas laissé retrouver.. .Voyons^ il n’y a donc pas
moyen d'on avoir d'autres, de ces perles? Ah ! je voudrais ètro aussi riche que le roi! — pas pour être roi ni pour Mro rie!) \ — mais pour vous en faire cadeau d'uno pleine cassette, do perles, et même de diamants!
müxtalais. François I... Le singulier garçon avec son cœur généreux et ses g ra mis yeux "noirs! Vraiment! c’est dommage que...
François. C'est dommage, pas vrai? qu’avec ses yeux noirs il ait ses bas bleus? |a p»m, «nrpirant .1 Ah! mon pauvre François, brioche aux unes, pain noir aux autres... Avec tout ça, on reste sur la planche!
mon ta lais. Vous dites?
François. Je dis que je n’en suis pas moins votre beau serviteur, madame !
mon t a lais. Eh bien, justement, François, je vais vous demander un service.
FRANÇOIS. A moi?
mont a lai s. Vous avez occasion, n’est -ce pas, de voir M.de Guichet II vous permet de lut parler librement?
François. Je vas même, à votre sujet, lui parler vertement, il y peut compter!
montalais. Oh I l’on n'entendra plus do moi contre lui ni plainte, ni menace. Je ne veux pas même savoir s'il va revenir ou s’il est revenu. Je vous prie seulement, François, de lui proposer do ma part un échange. On a une terrible manie à la cour du roi Louis XIV : comme on n’ose pas parler, on écrit, — danger plus grave encore. — J’ai de M. de Guiche des lettres, qui me compromettent un peu, c'est vrai, mais qui le compromettra iont bien davantage : il s’y exprime plus que légèrement sur le roi, sur le grand Alcandrè, comme il l'appelle...
François. Ahl le malheureux!
montalais. M. de Guiche, lui, n’a de mon écriture qu'une date en chiffres que je lui avais envoyée à Pérenne. Mais il aura celte agrafe, puisque vous n'avez pas pu la retrouver, et je n’entends pas qu'il s’pn fasse un trophée. François. Oh! vous supposeriez...
montalais. Enfin, qu’il me rende ce nœud de perles, et je lui rendrai ses lettres.
François. Il est clair comme le jour que là-dessus c’est à vous d'ordonner, madame I
montalais. Voici, pour commencer, la clef du pavillon. Je l’avais emportée par mégarde, et M. de Guiche peut en avoir besoin d’un jour à l'autre. Cependant, avant de la lui remettre, cherchez une dernière fois ce bijou, François... Vous ne l'avez pas mal cherché, certainement, mais enfin cherchez- Ic encore. |U| ranrtunt u «M) Tenez, et n'allez pas non plus oublier ou perdre cette clef, étourdi !
y hançois. Soyez tranquille ! je n'ai pas de mémoire, mais j'ai une poche, oh! une bonne poche, allez! Et ce que j'y mets... (u fuurr« u ci»f dam «a p<Kha.i Tiens! qu'cst-ce que j'y sens donc ? lu lir* l'i«r»fo 4« perle*. I MONTALAIS. Mon agrafe!
François. Là I quand je vous disais: je la vois tomber, je la ramasserais ! — Je l’avais ramassée I montalais. Oh! quelle têtel François. Oui, mais quelle poche!
montalais. Ali! mon bon François, mon ami, merci! que je suis contente! Madame pourra me voir celle agrafe, et M. de Guiche ne pourra pas la trouver.
François. Mais... les lettres?
montalais. Ne lui en (tariez pas. Parlez-lui très-peu do celte journée du pavillon. Parlez-lui de moi le moins possible.
FRANÇOIS. Mais...
montalais. Ah 1 vous avez dit que j'avais le droit d'ordonner. — Avant de vous quitter, encore un mol. François. Vous me quittez? je ne vous verrai plus? montalais. Au contraire, il so trouve que vous allez me revoir, et même avant qu'il soit peu.
François. Où donc? comment?
montalais. Vous ne le savez pas encore?
François. Mais non.
montalais. Eh bien, vous nu tarderez pas à le savoir. — Ah ! voilà déjà que vous vous réjouissez.
François. Qu’est-ce que vous craignez? Je ne sais pas même votre nom.
montalais. Mais on pourra vous, le dire, et il faudrait... François. Il faudrait ne pas le demander, n’est-ce pas? Il faudrait vous voir et no pas vous connaître? C'est bien, je comprends. — Rien ne m’arrive il moi, vous savez, rien de réel. Je m'étais commencé une bien jolie histoire, l'autre jour, j'oublierai que l'histoire est vraie, je me souviendrai seulement que jo l’ai rêvée.
montalais. François! vous avez en moi une amie. J’aurai peut-être l'occasion de vous le prouver, (u *i«« réparait. J A présent, laissez- moi partir, et ne retournez pas la tête. Au revoir et à bientôt, (eue «on.)