SCÈNE VL LE ROI, FRANÇOIS
le koi. Approche, l’ami, et réponds-nous en toute sincérité. Tu aurais reçu, dit-on. aujourd'hui, chez toi, à tes vendanges, une personne de la court François, MMûiuM mou*. Sire... je... hural — Ah! j'y suis! i>'an ton oonpo«é.j Sire, les femmes ont quelquefois leurs idées, c’est sûr, et le mal n'y eut pas bien grand. Nous *ommes faits pour leur complaire en tout, n’esl-ce pas? Avezrous envie d avoir une vache, léchez que voir» femme n'ait pas envie d’avoir un jupon neuf.
le koi. Qu’est-ce qu’il dit?... Réponds seulement à ma question : quelle est ta dame qui est allée tantôt chez toi?
FR ANÇOIS. Sire... i Couulunt ton ptpi ’ m . A put.) DOUX Croix I pourquoi deux croix ?
le koi. Que regarde-t-il 7 François. Deux croix 1 lb roi. Mais que dis-tu donc?
François. Sire... deux croix... Oh!
lb roi. Ah çà! à qui ai-jo affaire? A un sot ou à un fourbe?
François. Oh! Sire, pardon, pas à un fourbe! Devant Votre Majesté, je suis un peu à la gèno. pour lors j'avais préparé des discours. .Mais non. je ne lis couramment que mon cteur. [n fourre »m p*p«»r* d*B> m poch*.l Si le roi veut le permettre, à ta grâce! jo m'en vas lui parler naturellement. le roi. À la bonne heure! Parle. Je veux tout savoir. François. Mon Dieul vous savez peut-être déjà tout. Sire; mais ça n'empêcho que vous ne savez rien. Ce qu’on vous a dit est peut-être Lion la vérité...
le roi. Ah f tu en conviens, c’est la véritéj François. Oui. mais attendez voir qu’on voas l’éclaire. — Sur Madame d'abord. Seigneur I v’Ià que je la nomme! Et pourtant. — je sens d'instinct en qui est, — une personne comme elle, est-ce que je peux, — je ne dis pas I accuser, fi donc! — mai* est-ce que je peux la défendre ? Enfin, vous appelez mon témoignage — juste et franc et sincère; eh bien, je vais le rendre. Sire, depuis hier, j’asÿisle a tout, je vois ce oui se passe, et j'écoute Madame, et je la regarde. Allez! c'est fièrement beau dans elle! Ahf le rayon du matin sur le pré en fleurs n’est pas uh» beau! Tout ce qu’elle a dit. tout ce qu’elle a fait, Sire, anl c'est grand, c’est doux, c'est pur ! à vous faire pleurer, à vous faire prier, à faire qu'on baise la place où elle a posé ses pas! — Seulement, elle n’a pes de bonheur, je trouve , elle a tout contre elle, quoi! elle est princesse, elle est belle, et elle est bonne! Et qu'est-ce qui arrive? On l’admire, alors on aspire à elle. On l'aime, alors on se jalouse et on se déleste autour d'elle. On est sûr qu'elle aimera mieux s'exposer et souffrir que de se plaindre et de dénoncer , alors on l'attriste et on la tourmente sans risque, sans crainte et sans honte!
le not. Et qui ose donc cela? qui? — Ah ! lu as raison. Je sens que la as raison I Madame n'est que grandeur et douceur! mais je saurai bien «carter et punir ceux qui ont pu la méconnaître! M. de Quiche, le premier!
François. Oh! M. de Guiche est mon seigneur... S'il a fait du mal, c'est à l’étourdie et sans le vouloir, et il en est bien puni. Sire! il en est assez puni! — Mais le vrai, le grand coupable, ah I jo n’ai pas de raison, moi, pour l'épar-
gner. et je l'accuse : e’est eelui qui aeeuw» les autres , celui . qui aime comme on detoste, celui que je hais, moi, d une haine d’abeille à frelon! c’est l’empêcheur! c’est l’eflarnuchour de rossignols et l’écraseur do roses! c'est le chevalier de Lorraine I
le roi. Le chevalier? Il est l'ennemi do Madame, niais... François. Ohl il serait déjà assez méchant de la haïr; mais c’est bien pis, le païen I — Rire, voyez, regardez, comprenez ; il a ose l'aimer et le lui dire I et il ose encore être jaloux d'elle, jaloux d'amour I le roi. Est-ce possible ?
François. Cesl certain.
le roi. Comment le sais-tu? qui te l'a dit?
François. Je l'ai entendu, Sire. I) se croyait seul avec Madame, il ne savait pas qu’il y avait là, tout près, un honnête cteur qui l'écoutait, qui le jugeait.
le roi. Oh! l'indigne I l’indigne 1 — Mais où donc cela se passait-il ? et quand ?
François. Hier soir, ici. Votre Majesté a dit tni'on s'en aille, je me suis trompé, je me suis trouvé enfermé là. Quand le roi a été parti, le chevalier est entré, et j'ai entendu tout,
; j’étais là.
| le roi. Malheureux l... mais quand, mol, j'ai parlé à Ma- , dame!
François, •'laeUMM. Sire, pardon I j’étais là. Le roi r st ; mon maître et mon juge.
le roi, * Son juge! (rhi, apr»* an Pour-
quoi plies-tu le genou, mon ami ? Il est bien vrai que tu es un honnête cœur, et aussi un serviteur sincère, et quand I je t‘ai demandé la vérité, ce n’étAit pas pour Ir punir, j François. Votre Majesté la connaît maintenant tont eni tière. Et le roi, bien sùr, va s’arranger de ces malheureuses lettres dont le chevalier menace Madame.
le roi. Oh! cee lettres!... Mais non. jo ne puis ni refuser, ni dissimuler ces lettres. J’essayerais de mw le mal, je ne le supprimerais pas, je t'aggraverais peut-être. Que faire?
François. Ah! puisque lo roi est avec nous, il viendra bien à bout de ce chevalier du diable! Il arrêtera les duels et les querelles, il rendra à Madame la paix, il fera taire autour d'elln toutes ces méchantes {haines et tous cee méchants amours. Enfin, le roi commando...
ui roi. Oui, même à moi, mais non pas à la justice : lu viens do le voir, ami, elle est plus forte que le juge. Quo Dieu nous inspire et bous aide !