L'engagement était ainsi rédigé : c Wûr Franz Leopoldt
bitations situés sur les domaines héréditaires, tous en raines, par suite de Tincurie du cardinal Kollonics qui s'était borné, au cours de son administration, à toucher les revenus, mais n'avait fait exécuter ni travaux d'entretien, ni réparations.
En vue d'un prochain mariage, le comte d'Aspremont céda son palais à Rdkéczi et le jeune prince établit sa maison pour quand il se fixerait à Vienne, auparavant il voulait voyager encore. Son beau-frère obtint pour lui l'autorisation de quitter Vienne pour aller voirie duc Louis de Bade et le roi d'Angleterre, ils partirent tous deux au milieu de Tété et se dirigèrent vers le Rhin.
Le duc Louis accueillit fort bien le jeune prince qui profita de son séjour au camp pour étudier Tart militaire. Au mois d'août, ils prirent congé du duc Louis et se rendirent à Cologne où le comte d'Aspremont savait rencontrer le prince de Hesse.
La famille de Hesse serait d'origine française^,
Georg Fûrst Ràkôczy von FOlsô-Vadàsz, Erb-Graff und Ober Gespann der Graffschaft Sàaros, etc., und Wir Ferdinand Gobertb GraffTonA8premontimdReckhein,etc., > reconnaissaient avoir pris « den Edien und Runstreichen Herm Johann Antoni Fresyssing, gebûrthig aus Tyroll fur elnen Hoff-Ingenier und Baumaister in unser Bestallung an-und aufgenommen haben, mit Bedingung einer jflhrlichen Bestallung per 250 Gulden Rb. imd freyer Ober-Officiers-Tafel. »
l.Thaly K: Rdk&cziifj.
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en remontant à Pépin qui régna sur le Brabant et la Lorraine de 615 à 647; un de ses descendants Henri TEnfant, né en 1244, était d'origine hongroise par sa mère, Sophie, fille de sainte Elisabeth de Hongrie. Avec Philippe le Magnanime, le protestantisme était entré dans la famille de Hesse, mais Ernest, prince et landgrave de Hesse-Rheinfels qui avait fait un séjour à la cour de Louis XHI, puis à Avignon, éprouvait un grand attrait pour le catholicisme, et, en 1642, il se convertissait solennellement. Il avait deux fils : Guillaume et Charles ; ce dernier était né en 1649, de sa seconde femme, la comtesse Leiningen-Westerburg *, il eut six filles, l'ainée était Charlotte-Amélie.
François Rdkéczi dont tous les contemporains * tracent un portrait séduisant, s'éprit des charmes de la jeune duchesse Charlotte-Amélie, elle avait seize ans, lui, dix-neuf. Peu de jours leur suffirent pour prendre une décision, et la demande officielle
1. Elle appartenait à une ancienne famille noble, alliée h la famille royale d'Angleterre; un descendant de cette famille, le général Leiningen, fut au nombre des Treize martyrs d*Arad, en 1849.
2. François, prince de Ragotzi, est un prince très bien fait, d'une taille haute et avantageuse, le visage rond et plein, les cheveux noirs et il porte la barbe à la Turque. Ce prince a beaucoup d'esprit, de prudence, de générosité et de civilité ; il entend la guerre et encore plus le Cabinet; il est d'une foy inviolable à ses amis et à ses ennemis qui se louent tous de aa bonté et de Texécution de sa parole. {Hist, du P. Ragotzi,)
fat adressée au prince Charles, il donna son consentement sans délai, car il s'était rendu aux rai' sons que lui avait exposées le comte d'Aspremont, sur la nécessité de ne pas éveiller les soupçons de la cour de Vienne qui ne manquerait pas de s'opposer au mariage. La jeune fiancée étant Taînée, son trousseau et sa dot se trouvaient prêts, il ne restait plus qu'à rédiger le contrat de mariage, ce qui eut lieu le 25 septembre 1694, tous les témoins présents signèrent Tacte dans lequel il était dit que « bey erster Gelegenheit » selon les rites de l'église catholique romaine, les fiancés se jureraient fidélité jusqu'à la tombe.
Le prince Charles donnait à sa fille 20.000 florins de Hesse; par contre, le fiancé reconnaissait à la princesse Charlotte-Amélie un douaire de 150.000 florins, assurés sur ses domaines de Hunkàcs ou de Makovieza, de plus, il lui faisait don de 25.000 florins de bijoux, et lui accordait pour ses menues dépenses 3.000 florins par an. La cour de la princesse devait se composer de trente personnes et ses écuries, renfermer vingt chevaux.
Le lendemain de la signature du contrat^ le mariage religieux était célébré, sans pompe, dans la plus belle église de TAllemagne, la cathédrale de
Cologne, ce fut Târchevêque de Cologne qui donna la bénédiction nuptiale au jeune couple. Par cette union, la descendante d'Arpâd rentrait dans la patrie de ses ancêtres.
Le mariage célébré, le landgrave de Hesse, prince de Hirschfeld, en fit part aux cours étrangères. Une de ces missives parvint à la cour de Darmstadt. Un messager fut immédiatement envoyé de cette ville vers Ràkéczi, avec ordre de le rejoindre le plus rapidement possible et de lui remettre, sans délai et sans explications, la lettre qu'on lui avait confiée.
Le prince effectuait son voyage de noces et, tout au bonheur de sa lune de miel ne songeait à rien d'autre. Le messager le rejoignit à Francfort et le jeune époux ne fut pas peu consterné d'apprendre que sa première fiancée était en vie et qu'on lui reprochait, à lui qui l'avait pleurée, sa trahison. Cette accusation le blessait et dans sa dignité et dans son amour-propre. Il ne voulut rien en laisser voir à sa jeune femme et confia sa peine à son beau-frère. Le comte d'Aspremont tout aussi surpris, chercha la cause de cet incident et finit par en trouver l'origine à la cour môme de Vienne où ce bruit avait pris naissance; c'était Timpératrice Eléonore, qui avait imaginé ce
MABIAGE DE bAkÔCZI ET SON ARRESTATION 79
lugubre mensonge pour mettre obstacle à un mariage qui lui déplaisait. Ainsi renseigné, il donna les éclaircissements nécessaires à la cour de Darmstadt et n'eut pas de peine à établir qu'aucune responsabilité n'incombait à son jeune parent.
Les nouveaux époux continuèrent leur route, et, à Ratisbonne, s'embarquèrent sur le Danube ; le brouillard, les courtes journées de l'automne ralentirent leur marche et ils n'arrivèrent à Vienne que vers la fin de novembre.
Le mariage de Rdkoczi avec la duchesse de Hesse avait causé un tel mécontentement à la cour, que dès l'arrivée du jeune couple à Vienne, Ràkôczi reçut un ordre de l'empereur, lui enjoignant de garder les arrêts chez lui'. C'était le sort qu'avait subi, quelques années auparavant, le comte d'Aspremont. Ce qui déplaisait dans cette alliance, c*était la force que pourrait en tirer celui que Ton considérait comme un adversaire éventuel ; il était uni maintenant à une importante maison princière de l'Allemagne, et Ion n oubliait pas que la branche de Hesse-Rbeinfels était alliée aux Bourbons.
1. ... Et on lui ordonna les arrêts dans sa maison dès le moment quUl fat de retour & Vienne. {Histoire des révolutions de Bcngrie.)
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Ne voulant pas avouer ces raisons, la cour prétendit que le mariage était nul, François Rdkôczi étant mineur et n'ayant pas demandé le consentement de l'empereur. Le comte d'Aspremont produisit le décret d'émancipation et le montra à Strattman et aux autres ministres, en leur prouvant que François Rdkôczi avait parfaitement le droit de se marier, sans Fautorisation de qui que ce fût. Le ministre lui répondit qu'on avait « oublié » ce décret. L'empereur leva les arrêts, mais ne désarma pas ; François Rdkéczi se sentait surveillé, aussi pour éviter tout conflit, conçut-il le projet de quitter Vienne. Accompagné de sa jeune femme et de la famille d'Aspremont, il partit pour la Hongrie et fixa sa résidence au château de Sdros-Patak. Toute la famille se trouvait réunie dans l'antique demeure de Suzanne* Loràntffy, où la sympathie la plus sincère lui fût témoignée par ceux qui n'avaient pas quitté le domaine.
Dans ses Mémoires, François Ràkéczi s*étend peu sur les événements qui se déroulèrent au début de son séjour à Sàros-Patak. Pour attendre la naissance de son premier enfant, la princesse Charlotte-Amélie se rendit à Kis-Tapolcsdny où la comtesse Elisabeth Rdkôczi, qui éprouvait pour la jeune femme des sentiments vraiment maternels,
lui offrait une cordiale hospitalité. Ce fut le 28 mai 1696 qae naquit le premier enfant du jeune couple : un fils qui eut pour parrain l'empereur et lut baptisé sous les noms de Léopold, George. Le prince Rékôczi fit part de cette naissance aux souverains qui lui adressèrent leurs félicitations.
Ràkôczi avait revendiqué le titre de prince de Tempire romain, il s'était heurté au mauvais vouloir de la cour, mais après la naissance de sonfils^ il reprit la chose et fit intervenir quelques per* sonnalités; toujours il rencontrait la même inertie, la même résistance occulte, enfin le landgrave, Charles de Hesse, se rendit à Vienne, en automne 1696, et agit en faveur de son gendre; il vit Tempereur et obtint une promesse qui fut tenue au commencement de 1697, mais partiellement, car le dipljme reconnaissait le rang de prince à François Râkoczi, il n'était pas question de ses descendants.
Au milieu de ses immenses domaines, entouré dune cour brillante ^ illusionné par de nombreux témoignages de sympathie, François Rdkôczi se départit de sa réserve, et bientôt, à Vienne, on
1. La cour de Ràkôczi comprenait 150 à 160 personnes. Un grand luxe y régnait; les chefs-d'œuvre de l'orfèvrerie hongroise s'y trouvaient réunis et eUe fut, à cette époque, le der* nier refuge des arts magyars.
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douta de son loyalisme. Il fut témoin dun prologue important du grand drame révolutionnaire que lui-même devait diriger, plus tard, à leffroi de Tempire, à Tétonnement de l'Europe.
Laprésencede Râkôczi, en Hongrie, n'avait rien changé à la situation lamentable du peuple, les améliorations qu'il avait apportées autour de lui n'étaient que des atténuations partielles, bien insuffisantes. Aussi le peuple, las de murmurer et de se plaindre, sans jamais rien obtenir, était-il prêt à la révolte. Un paysan, nommé François Tokay, se mit à la tête d'un groupe de gens du peuple, il fit appel à la noblesse qui ne répondit pas. Il con- <;ut alors le plan de s'emparer de François Rdkôczi et de l'obliger, de gré ou de force, à prendre la tête d'un mouvement populaire.
Le prince était à la chasse avec la princesse et ils se dirigeaient vers Munkdcs, quand un paysan vint les avertir qu'une troupe d'hommes à cheval se disposaient à se saisir du prince pour Temmener dans .leur camp. Râkéczi changea rapidement son itinéraire et se dirigea vers Kis-Tapolcsâny, d'où il ■se rendit à Vienne. Il essaya de se justifier; car, à la cour, on l'accusait d'être le promoteur de ce soulèvement qui avait pris naissance sur ses domaines. Il sut démontrer qu'il n'était pour rien
dans ce mouvement^ suscité par un paysan, et il retourna en Hongrie. Il avait bien des raisons de ne pas vouloir se mêler à la politique, les événements les plus récents étaient des motifs suffisants pour l'en écarter à tout jamais, malgré les traditions de sa famille. On feignit de le croire, mais la défiance subsistait et^ si Ton manquait de preuves, on suspectait ses intentions. Malgré sa réserve, malgré sa circonspection, on ne pouvait admettre qu'il fût indifférent à tout ce qui se passait. Avec son tempérament hongrois, vibrant et enthousiaste, avec la passion nationale pour la liberté de la parole, avec l'orgueil magyar, toujours prêt à se sentir blessé, avec son intelligence et son besoin d'activité, était-il admissible qu'il acceptât ainsi une vie sans actes et sans gloire, qa'il laissât sans vengeance les souffrances et la mort de son grand-père, la fin si triste de son père découragé, Texécution de Pierre Zrinyi, les humiliations infligées à sa mère, à sa sœur, à luimême?
François Rékéczi apprit que le prince Thomas de Yaudémont, envoyé pour réprimer le soulèvement de Tokay, s'était emparé de son domaine de Séros-Patak et avait même reçu Tordre de l'arrêter. Indigné, le prince retourna à Vienne et fit faire à
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Tempereur^ par l'intermédiaire de son confesseur, une proposition bien surprenante : il offrait d'échanger ses domaines situés en Hongrie, contre d'autres se trouvant dans les Etats héréditaires^ Cette singulière proposition fut assez longuement discutée, puis repoussée, le ministre Kinsky ré* pondit que l'empereur avait d'autres moyens d'entrer en possession de ces domaines ^
Râkéczi, qui n'avait fait cette offre que pour connaître le sentiment de l'empereur, fut alarmé de cette réponse, et il ne renonça pas plus à ses craintes que le gouvernement autrichien, à ses soupçons.
Le traité de Karlovitz, en mettant fin à la guerre, n'avait pas ramené la paix en Hongrie. Ce n'était plus le joug turc qui pesait sur le peuple, mais le joug autrichien, tout aussi dur et non moins humihant.
Uannée 1700 fut marquée, pour le prince Ràkôczi, par la mort de son premier enfant, Léopold, qui avait alors près de quatre ans ; auparavant, il avait perdu un enfant, encore au berceau,
i. Mémoires.
la princesse Charlotte. La douleur des parents eût été bien grande s'ils n'eussent attendu la nais^ sance d'un enfant qui vint au monde à Vienne, le 18 août 1700*; il reçut le prénom de Joseph; son parrain fut l'archiduc Joseph. Le premier-né avait eu pour parrain l'empereur ; ce choix s'expliquait par le désir qu'avait Rdkôczi, toujours tenu en suspicion, de dissiper les soupçons de la cour en donnant ainsi une preuve de loyalisme.
Le prince que ses voyages à Vienne obligeaient à traverser la Hongrie, s'était rendu compte des souffrances du peuple, il voyait les excès commis chaque jour par les soldats autrichiens^ les exao» tiens dont ils se rendaient coupables, les abus de pouvoir des chefs qui rançonnaient le peuple et s'emparaient des propriétés ; le nord de la Hongrie était occupé par les troupes impériales et bientôt les domaines de Râkéczi, tels que Ecsed, Patak, Ônod, eurent des garnisons autrichiennes»
Aux exactions, aux vexations, se joignaient les
1. La duchesse de Hesse écrivait eile-môme à la princesse pour lui exprimer sa satisfaction : c Den il*^ werwichenen MoDaths Âugosti Ihrer bis daher getragenen Fûrstlichen Leibsbûrden glûcklich entbunden, undt sie zu ErfOllung dero sehnlichen Verlangens, mit dem frflhliclien Anblick eines wohlgestalten jungen Prinzens angestrahlet und beglûckseligt hat... » Elle exprimait, en terminant, le désir : « den lieben Prinzen indtEnkel sa sehen nndt zu embrassieren... »
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spoliations ; le peuple gémissait^ et quand ses plaintes arrivaient jusqu'à Vienne, on envoyait^ pour la forme, un général chargé de rendre compte de ce qui se passait ; le résultat de ces enquêtes n'était souvent qu'une aggravation des maux endurés par le peuple.
Il y avait encore des patriotes^ mais ils se croyaient sans force devant un oppresseur plus impitoyable que le plus cruel ennemi. On n'attendait le salut que d'un sauveur^ et, instinctivement, les yeux se tournaient vers celui dont le nom était synonyme de patrie et de liberté, vers François Rdkôczi. Ce fut son ami, le comte Nicolas Bercsényi, qui réveilla en lui les énergies couvant sous la cendre et lui donna l'impulsion première^ celle qui allait susciter tous les courages.
Nicolas Bercsényi était né en 1665, et dès 1684, prenait part, sous les ordres de son père, aux opérations militaires; il se distingua à la reprise de Buda où il fut blessé. A la mort de son père, en 1689, il obtint le titre de général. Homme aussi instruit que combattant valeureux, Nicolas Bercsényi était, en môme temps, un orateur à la parole enflammée. C'était à Eperj es, oix Bercsényi se trouvait souvent, que Rdkôczi le rencontra ; les deux magnats éprouvèrent l'un pour l'autre un
vif attrait ; bientôt, il se changea en une amitié qui dura jusqu'à la mort. On ne peut que difficilement se représenter Rdkéczi sans Bercsényi, ces deux amis, devenus inséparables, devaient unir leursefforts dans un même but : la délivrance de la patrie. Ils comptaient sur le peuple, car si l'oppression lui imposait le silence, le Hongrois employait ce calme lugubre h penser, à se souvenir, à espérer, à attendre, car il savait que la liberté et la patrie ne peuvent pas mourir.
Dans son château d'Ungvdr, Nicolas Bercsényi, le plus riche propriétaire, après les familles Râkéczi et Forgâch, menait grand train et donnait des fêtes ; la vie n'était pas moins animée à Mun* kàcs et, sous ces dehors de réjouissances mondaines, des patriotes se rencontraient, devisant des^ maux écrasant le pays et y cherchant une atténuation.
Parmi les invités se trouvaient quelques officiers de la garnison d'Eperjes, le colonel Dujardin amenait quelquefois à Munkécs, un jeune capitaine, nommé Longueval, qui, par ses manières affables, conquit la sympathie de François Rékécad. Belge d'origine, officier dans le régiment de Louis de Bade, Longueval parlait fort bien le français et sut gagner non seulement les bonnes-
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grftces, mais encore la confiance de Râkôczi, en simulant de la sympathie pour la Hongrie.
A Tautomne de Tannée 1700, Longueval obtint an congé pour aller voir sa famille à Liège ; il se rendit à Vienne, où Râkôczi se trouvait encore auprès de la princesse, à peine remise de la naissance du petit Joseph. Il offrit au prince ses services pour remettre une lettre au roi de France.
C'était de la France seule que la Hongrie pouvait attendre un appui. Pendant ses séjours à Vienne, François Râkôczi avait eu l'occasion de voir quelquefois l'ambassadeur de France, le marquis Hector de Villars, qui avait fait des allusions assez claires au rôle que la France pourrait remplir à l'égard de la Hongrie*. Louis XIV, qui voulait donner à lEspagne, comme souverain, un prince de sa famille, avait à lutter contre la rivalité de la maison d'Autriche, poursuivant un but analogue. Le cabinet de Versailles n'avait pas perdu tout espoir de soulever encore une fois la Hongrie
1. Quelques alliances avaient déjà été conclues entre la France et la Hongrie ; la première avec le prince Gabriel Bethlen, la seconde avec George Ràkôczi II, la troisième avec ThakOly ; lors de la ratification de cette alliance, on envoya, de Paris, de riches présents aux princes et aux princesses, aux officiers, etc., pour la valeur d'environ 2.500 pièces d'or. La quatrième alliance fut conclue entre Louis XIV et François Râkôczi II.
contre l'Empire ; ses agents s'étaient partout répandus, une révolte de magnats devait être une heureuse et forte diversion au mouvement armé de la Ligue d'Augsbourg. On s'y attendait à Versailles '.
Malgré les objurgations et les encouragements de ses amis, Nicolas Bercsényi, Antoine Szirmay, les frères Vay qui avaient déjà combattu pour la patrie, François Ràkoczi ne voulait rien entreprendre sans s'être assuré quelques chances de succès, il jugeait utile de renouer les rapports avec la France qui pouvait devenir une alliée éventuelle, aussi accepta-t-il la proposition de Longueval, et lui confia-t-il une lettre destinée à Louis XIV. Cette missive ne renfermait rien d'important. Ràkôczi y parlait des maux dont souffrait la Hongrie, rappelait les relations qui avaient existé autrefois entre les deux pays, et ne faisait qu'une légère allusion à la reprise de ces relations. Longueval communiqua cette lettre, du !«' novembre 1700, au comte d'Oettingen, à Vienne, elle fut lue, recachetée et remise au porteur qui la fit parvenir à destination; la réponse du ministre Barbesieux, 18 décembre 1700, subit le même sort.