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Charles VI, comme empereur d'Autriche

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chose précieuse que le Hongrois est fier de posséder depuis des siècles, il assure au peuple hongrois tous les droits et toutes les libertés que les temps modernes considèrent comme le résumé des droits constitutionnels : pas d'arrestation sans une décision prise par un juge, pas de tribunaux extraordinaires, inviolabilité de la propriété privée, aucun impôt sans le consentement des États, partage du pouvoir législatif entre le gouvernement et les États, droit de résistance ouverte contre les décisions illégales du gouvernement, etc., etc. ; cet article, c'était le germe devant donner le plus beau développement de la vie constitutionnelle s'il n'eût renfermé une restriction : il s'appliquait « aux prélats, aux barons, aux magnats, à tous les nobles », et oubliait le peuple.

On a pu comparer la Bulle (TOr hongroise à la Constitution de l'Angleterre, Tesprit invincible des deux pays pour la liberté, leurs luttes pour la Constitution et le droit, la haute situation qu'occupe l'aristocratie dans la vie constitutionnelle anglaise et hongroise, mais on a pu se demander pourquoi les résultats n'étaient pas les mêmes dans les deux pays. C'est que YHabeas corpus a donné réellement le droit et la liberté ; la Bulle d'Or a créé des libertés et des droits.

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Aucune des assemblées n'avait songé à décréter la liberté pour tous ; un exemple suffira pour le prouver. La liberté religieuse a été Tune des principales causes des luttes intérieures, depuis Tavènement de la maison de Habsbourg, les atteintes portées à cette liberté primordiale ont été, de Bocskay à Thôkôly, l'un des principaux griefs de la nation ; chaque fois qu'elle fut conquise, par les armes ou par la voie parlementaire, les chefs protestants la considérèrent comme devant leur donner le droit d'imposer, à leurs sujets catholiques, la religion réformée, ou tout au moins le droit de leur enlever leurs églises et leurs prêtres. Personne ne pensait que ces luttes sanglantes devaient assurer la liberté religieuse à tous ; on luttait pour obtenir, du pouvoir, la tolérance et pour pratiquer l'intolérance. Ce manque de sincérité viciait toutes les tentatives à leurs bases, et rendait temporaires les succès remportés.

Les paysans avaient appelé le prince Ràkôczi pour mettre à la tête de leur entreprise son nom retentissant, mais ils voulaient être commandés par des leurs et chaque groupe, formé par les hommes d'un ou de plusieurs villages, arrivait avec un chef, forgeron, boucher, barbier, qu'il avait choisi avant de se mettre en marche ; Râkéczi

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était obligé d'accepter ces chefs improvisés pour ne pas susciter de mécontentements et aussi parce qu'il avait peu de nobles, possédant des connaissances militaires pour les remplacer.

Quand il prit le commandement des paysans^ on ne savait pas s'il pourrait les diriger ou s'il serait conduit par eux, s'il saurait en faire des instruments de ses projets, ou si eux^ le feraient servir à la réalisation des leurs.

Insensiblement, le prince Rdk6czi parvint à introduire un esprit meilleur, à établir un peu d'ordre, à faire régner la discipline dans son camp* Sa personne attirante, ses manières affables, exemptes d'orgueil, l'activité incessante avec laquelle il se préoccupait de tous les besoins de ses soldats, l'empressement qu'il mettait à partager les fatigues et les privations de tous, finirent par lui gagner le cœur de ces paysans à qui sa première apparition n'avait pas fait l'impression attendue et peut-être, nécessaire. Il lui fut alors possible d'obtenir la considération à laquelle il avait droit et, tantôt par la douceur, tantôt par des moyens énergiques, il sut imposer l'obéissance et le respect dus à ses ordres.

Les troupes que Bercsényi lui avait amenées de Zavadka y contribuèrent, elles étaient habituées à

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la discipline et avaient l'esprit militaire, elles encadrèrent les troupes improvisées et les assouplirent. D'autre part, leur présence montra que Rikôczi n'était pas réduit à ses seules forces, et ses troupes de la première heure, sentant qu'elles étaient moins indispensables, se montrèrent plus accommodantes.

La nouvelle de cette amélioration rassura la noblesse, elle vit que ses inquiétudes étaient vaines et que Ràkôczi s'eflForçait de diriger les efforts de ses troupes contre Tennemi commun. Le Manifeste^ qu'avait bientôt suivi l'insuccès de Munkâcs, n'avait guère dépassé les limites du camp, il fut répandu à nouveau et pénétra au loin* Les seigneurs comprirent alors quel était le but véritable du soulèvement de Râkôczi ; le tableau des souffrances de la patrie ranima la colère patriotique et les rancunes personnelles, il lit jaillir l'étincelle qui enflamma les courages.

Quelques membres de la petite noblesse furent envoyés vers le prince, et quand ils se furent convaincus du bon esprit qui régnait parmi les troupes, ils décidèrent de se rallier à Râkôczi. Les victoires, qu'il venait de remporter sur les bords de laTisza, contribuèrent aussi à ce changement de sentiments. Il est vrai que ces avantages permettaient d'espé-

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rer que le soulèvement de Ràkôczi ne finirait pas aussi tragiquement que celui de Wesselényi ; il offrait à l'indignation patriotique, si longtemps contenue, l'occasion de reprendre les armes, malgré les entreprises malheureuses du siècle

L'attitude et les procédés arrogants de la cour de Vienne contribuèrent aussi à décider quelques hésitants et même quelques nobles, devenus loyalistes, comme le comte Kdtrolyi. Ce dernier s'était empressé de porter à Vienne les trophées conquis à Dolha et il s'attendait, en récompense de cette preuve de zèle et de loyalisme, à recevoir un important témoignage de la faveur impériale. Il n'en fut rien.

On se moqua de ses prétentions de vouloir faire passer, pour une brillante victoire, le désarmement de « quelques groupes de voleurs »

et de prétendre aune récompense pour ce glorieux fait d'armes. Kdrolyi qui, au fond du cœur, était plus magyar que loyaliste, fut blessé, dans son amour-propre, de ce procédé, et il retourna en Hongrie, fort irrité; il se tint tranquille quelque temps, puis lorsque la fortune des armes sourit à Rdkéczi, il se rapprocha du prince. Cette conversion du fôispan de Szatmâr qui, par ses immenses

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possessions et par sa famille, jouissait d'autant d'importance que d'estime, exerça une influencedécisive sur la noblesse du nord de la Hongrie et. valut à Rdkôczi un grand nombre de partisans.

Les premiers qui se présentèrent appartenaient à la noblesse moyenne, et parmi eux se trouvaient an grand nombre de protestants ; depuis la conspiration de Wesselényi et l'exil de Thôkôly, tou* jours en butte à la suspicion de l'Autriche ^, ils. vivaient dans leurs châteaux, comme des seigneurs^ du moyen âge, retirés du monde, ne se préoccupant pas do politique et, sous prétexte de se fair& oublier, cherchaient leur sécurité dans la retraite et l'inaction. « La noblesse protestante, dit Ràkéczi ^, ne se souciait ni de la patrie ni d& son avenir et était plus occupée d'augmenter la nombre de ses fils que de pourvoir à leur instruction. » Du reste, les établissements d'instruction* manquaient, ceux qui existaient étaient dirigé» par les Jésuites, et les protestants ne pouvaient

1. Léopold se montra très intolérant et très sévère à l'égard des protestants hongrois. Il avait appris, au cours du procès Zrinyi-Wesselényi, qu'un pasteur protestant avait voulu profiter d'une de ses promenades pour le faire enlever et le conduire & Rassa. Il punissait donc les protestants, disait-il, non pour leur religion, mais pour leur trahison (Majlàth).

Dans les Mémoires militaires relatifs à la succession d^Es-pagne sous Louis XIV, il est question de cette conspiration.

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