Mémoires
PODBPARLERS ET RUPTURES
Les espérances que Rdkôczi avait conçues en franchissant la Tisza furent dépassées, il put se rendre compte qu'il était bien au cœur du magyarisme, là oii l'esprit d'indépendance, la haine de l'oppression donnaient plus d'ardeur au désir de secouer le joug de l'étranger. L'état d'esprit du peuple était bon et, chaque jour^ le nombre deacombattants augmentait.
Ainsi se formait, du peuple mâme, cette armée, irrégulière au point de vue militaire, mais singulièrement incomparable par les sentiments qui l'animaient *, par sa bravoure, sa fertilité d'esprit
1. Le prieur du monastère des Bénédictins de Zala, Thomas Pûssy, a retrouvé la formule d'un serment des Konroucz :-
152 FRANÇOIS RÂKÔGZI II
>pour les ruses guerrières et par son dédain de la tinort. On nommait « Kouroucz » ceux qui la composaient et, depuis le soulèvement de George Dézsa, ils avaient toujours pris part aux mouvements nationaux ; rudes et intrépides combattants, ^Is défendaient avant tout leur religion et leurs foyers, mais ils n'en contribuèrent pas moins au ^^succès de plus d'une bataille, dans ce temps où Ton avait plus d'occasions de se battre que de chances de vaincre ; sur leurs sabres, armes terribles entre leurs mains, ils gravaient comme devise : Nos ambo * /
€ N'importe où que nous soyons, sous le ciel brillant, la puissance de Dieu, le tonnerre, la foudre, la pluie, le vent, la grêle, par la Sainte-Trinité, le Père, le Fils, le Saint-Esprit, la Mère du Christ, tous les saints et les légions célestes, tant que nous aurons une goutte de s€uig, ni supplications, ni conseils, ni objurgations, ni menaces ne nous détourneront de ce que nous avons promis et juré ; pour que, parmi nous, nul ne subisse de dommages, nous ne dénoncerons personne, mais d'un seul cœur, d'une seule volonté, en véritables Kouroucz, nous sommes ^^rôts à périr et à mourir. Que celui qui trahira, même en pensée seulement, cette foi et ce serment, ne participe pas & la • moindre goutte du sang du Christ, comme si le Sauveur n'avait pas souffert pour lui; que tous les maux imaginables l'accablent, lui, ses enfants, ses petits-enfants, que les monts et les rochers l'écrasent, que son souvenir périsse & jamais, qu'il soit maudit, qu'il ne voie jamais le ciel, que son &me souffre éternellement < dans le feu de la géhenne et que les puissances du ciel et de la terre le détruisent à tout jamais. Amen, i
1. Cette devise était la plus répandue, mais elle n'était pas la seule qui ornât le sabre des Kouroucz. A l'Exposition de Kassa, 1903, on a pu voir de nombreux spécimens de ces armes et y relever des inscriptions différentes, mais toutes animées '4'un môme sentiment. Sur un sabre d'honneur qui aurait appar-
Émeric Thôkôly avait été surnommé le « roi des Kouroucz » ; ces soldats improvisés avaient leurs chants patriotiques, entraînants et mélancoliquesy dédaigneux du danger et pourtant empreints de tristesse ; succès ou revers, le Kouroucz mettait toutes les péripéties de la guerre en vers, il exaltait ses chefs, invoquait le ce Dieu des Magyars », exprimait son opinion sur les faits politiques, avec autant d'énergie que de bon sens ; quand il fut proscrit, il mit dans ses chants déchirants toute Tamertume de son âme navrée.
Quelques-uns de ces chants ont été conservés, ils donnent sur ces époques agitées des renseignements précis que l'historien peut utiliser*. On attribue à
tenu à Émeric Thôkôly, on lisait : Si Deus est pro nobiSj gui contra nos^ rappelant la devise du premier roi de Hongrie. Sur une autre arme, où était gravée une image de la Vierge, on lisait : Maria^ mater Dei, pa trôna Hungarise, sub tuum prasi' dium confugio ; sur lautre face, au-dessous d'une double croix, on trouvait l'inscription : In hoc signo vinces. Sur le sabre de Ladislas Râkôczl, blessé à la bataille de Nagy-Vàrad, on lisait : Gloria virtutem sequitur ; sur Tautre face, au-dessous de la devise de la famille Râkôczi (Pro Deo et patria) et de ses armes, il y avait : Domine^ dirige vias meas. D'autres inscriptions étaient en langue hongroise : La patrie et le roi ; Â Thonneur et â la gloire de Dieu ; Mieux vaut mourir que faillir, rappelant la devise française. Sur les drapeaux, sur les oriflammes, des inscriptions analogues se retrouvaient ; d'un côté, Timage de la Patrona HungarisB, de l'autre, Tinscription Pro libertate.
1. R. Thaly, l'historien de Ràkôczi, s'est beaucoup occupé des chants des Kouroucz et a publié, sur ce sujet, un ouvrage intéressant.
154 FRANÇOIS RÂKÔGZI II
Râkôczi * lui-même un de ces chants que le peuple répète encore aujourd'hui. Grâce à cette rude poésie des Kouroucz^ le souvenir^ si souvent attristant, des luttes nationales est resté vivant dans le peuple et a perpétué ces noms de héros, rarement heureux, mais toujours valeureux ; elle a entretenu, dans l'âme populaire, avec le regret des choses passées, l'espoir en l'avenir meilleur pour lequel ses ancêtres combattaient.
Mais si brave que fût le Kouroucz, sa bravoure ne suppléait pas à l'absence de science. Râkéczi en eut une preuve nouvelle quand il voulut prendre la ville forte de Kâllo. Les hajdouks avaient fait dépendre leur adhésion de la prise de cette forteresse, ils ne voulaient pas risquer les droits et les privilèges octroyés, un siècle auparavant, par Bocskay, en récompense des services qu'ils avaient rendus dans le premier soulèvement contre l'Autriche ; aussi, pour accorder leur concours à Râkéczi, exigeaient-ils qu'il prit Kàllé pour leur donner une preuve de la valeur de ses soldats. Râkéczi attachait un grand prix à ces hajdouks qui formaient la partie la plus brave et la plus guerrière de la population hongroise, pour s'assurer
1. LtL célèbre Mai'che de Ràkôczi est attribuée à son maître de chapelle Barna Miksa ; elle a été orchestrée par Berlioz.
leur concours, il dut fournir la preuve qu'on lui demandait. Il savait ses troupes mal armées et peu préparées à faire le siège d'une place forte, néanmoins, il prescrivit de faire les préparatifs nécessaires et fit donner un assaut qui, malgré la bravoure de ses soldats, resta sans résultat, car la forteresse était bien située et défendue par de solidcs bastions. U fît lancer des flèches enflammées qui mirent le feu à une seule maison. Cet incendie suffit pour permettre à la population, bien disposée en sa faveur, d'obliger le commandant à rendre la forteresse. U le fît et passa avec sa troupe, composée de quarante hommes, dans le parti national. Rdkéczi trouva quelques centaines de livres de poudre et quatre canons, ce fut le commencement de son artillerie.
Il entra, de même façon, en possession du château de Kâroly, propriété du vainqueur de Dolha. Le comte Kàrolyi se trouvait encore à Vienne ; son château était en bon état et défendu par quatre tours et un fossé rempli d'eau. Le prince fit procéder à une attaque, mais, en même temps, il entrait en pourparlers avec la comtesse Kàrolyi et avec la population qui, quelques jours plus tard, obligeaient la garnison à se rendre. Une partie des soldats se dirigea vers la forteresse de
Szatmâr^ l'autre se rangea sous le drapeau de Rikéczi.
En beaucoup d'endroits, le peuple, dans son désir de combattre, n'attendait même plus l'appel de Rdkôczi et, avant son arrivée, déployait le drapeau de la révolte ; quelquefois, cette hâte lui coûtait cher, mais peu importait, un premier échec ne faisait que redoubler son ardeur, en lui imposant le désir de réparer Tinsuccès subi. Tandis queRdkéczi franchissait la Tisza, un noble, André Boné, avait réuni une troupe composée d'environ trois mille hommes à pied et quatre mille cavaliers. Surpris par la population serbe et par les troupes allemandes, André Boné en prévint Rdkôczi qui lui adressa immédiatement le secours demandé. Les soldats envoyés étaient commandés par Bercsényi qui eut vite fait de réunir les troupes dispersées, il laissa à Boné l'infanterie et emmena, par contre, trois mille cavaliers qui comptèrent dès lors parmi les meilleurs du prince, ils avaient fait la guerre contre les Turcs et étaient fort bien disciplinés.
La situation n'était pas sûre dans cette contrée que les Serbes inquiétaient. Rdkôczi résolut de les attaquer où se trouvait leur siège principal, à Olaszi, faubourg de Vérad. Il fit atteler, de trois chevaux, de légères voitures et y
fit monter six à huit hommes, ces voitures traversèrent avec leur rapidité habituelle la pouzsta, et arrivèrent à Vârad; le matin, Bercsényi s'élança à l'attaque de la ville, alors que les habitants croyaient Tennemi encore fort loin. La ville fut incendiée, une partie de la population massacrée et l'autre partie faite prisonnière. La population hongroise du comitat de Bihar se trouva délivrée de la terreur que lui inspiraient les bandes serbes et la forteresse de Vârad perdit un de ses importants appuis. La prise rapide d'une ville bien fortifiée et défendue par quelques milliers de Serbes fut considérée comme un fait d'armes important et produisit un grand effet moral.
Le courage croissait avec la confiance qu'inspirait le succès, aussi Rdkôczi décida-t-il une entreprise plus importante, dirigée contre le général autrichien Eiôckelsperg, il en confia l'exécution au vieux capitaine Jean Szôcs, qui, du temps de Thôkôly, s'était distingué par quelques actes héroïques. Effrayé, en apprenant l'approche de Ràkôczi, le général Klôckelsperg quitta le château de Somlyô et s'enfuit, mais poursuivi par Szôcs, il se réfugia dans une île, formée par le confluent delà Kraszna et delà Szémos, et brûla le pont sur lequel il venait de passer, il gagna ainsi une
158 FRANÇOIS RÀKÔGZI II
grande avance sur son ennemi et put se réfugier dans la forteresse de Szatmér. Le château de Somlyô fut pris et la garnison allemande se soumit à Rdkéczi.
Dans le comitat de Mâramaros, le prince obtint le même résultat ; là se trouvaient les biens de la famille lUosvay dont quelques membres s'étaient, par affection pour la famille Rdkôczi, joints à son entreprise. L'un d'eux sut contraindre la forteresse de Huszt àse rendre et les soldats prirent du service dans les troupes de RdLkéczi.
La noblesse de cet important comitat, intimidée jusqu'alors par la présence des Allemands à Huszt, montra ses sentiments patriotiques, prêta serment au prince et lui livra le château de Kisvârda ; elle augmenta son armée de quatre mille fantassins et de huit cents cavaliers, composés en partie des recrues que l'Autriche venait de faire lever. Le baron Etienne Tdrkàny, qui s'était longtemps défendu dans son château de Tdrkdny, se rendit au camp de Râkôczi. On lui confia un commandement, mais si ïkge et la maladie l'empêchèrent de le remplir virtuellement, il fit profiter le prince de l'expérience acquise dans les guerres turques.
L'accroissement de l'autorité de Râkôczi lui donnait le pouvoir nécessaire pour mettre fin aux
excès, non de ses troupes, soumises désormais à une discipline sévère» mais à ceux que commettaient, en son nom, des bandes îrrégulières. Ce fut ainsi qu'un aventurier valaque, nommé Pintyé» pénétra dans la ville de Nagybànya et en prît possession au nom de Râkôczi, avec qui il n'avait aucun rapport. Les habitants se soumirent^ mais quand ils virent que Pintyé ordonnait le pillage, ils se défendirent et tuèrent le chef avec tous ses hommes. Ils envoyèrent à Rdkôczi une députation qui lui expliqua ce qui s'était passé, l'assura de la soumission de la ville et prêta serment en son nom.
D'autres partisans agissaient également sans son assentiment, mais dans son intérêt; ainsi François Déak, ancien capitaine de Thôkôly, qui réunit quelques centaines de hajdouks, prit d'assaut la forteresse de Szolnok et défit complètement le chef serbe Kiba, venu avec trois mille hommes au secours de la forteresse; il délivra, par ce fait d'armes, toute la contrée, du Danube à la Tisza, de l'efiroi qu'y répandaient les Serbes.
Liadislas Ocskay, un des rares nobles qui avaient été à la rencontre du prince Ràkéczi jusqu'à la frontière de Pologne, l'avait quitté après Munkdcs pour concentrer ses efforts dans le comitat de
Nyitra, sa province natale, où, avec quelques milliers de combattants qu'il avait réunis, il remporta, au nom de Ràkôczi, d'importants succès dans la vallée de la Vàg.
Le profond mécontentement qui régnait dans le pays, au moment de l'arrivée de Rdkôczi, explique la rapide extension du mouvement populaire, mais on peut s'étonner du peu d'opposition que rAutriche mettait au développement de ce mouvement qu'elle taxa plus tard de révolutionnaire. La cause première de celte inertie était dans la conviction absolue qu'avait le cabinet de Vienne de l'impossibilité d'un nouveau soulèvement de l'autre côté de la Leitha. Puis, ses grandes luttes à l'étranger, notamment contre Louis XIV, lui causaient trop de préoccupations pour qu'il pût songer à fortifier et à surveiller le pays même. Les forteresses et les places fortes se trouvaient encore dans l'état de délabrement où les avaient mises les Turcs; les garnisons qu'on y avait laissées étaient composées de vieux soldats ou d'invalides dont on n'eut su que faire dans les campagnes d'Italie ou d'Allemagne ; non seulement les appro visionnements faisaient défaut, mais encore la solde des soldats n'était pas payée, parce que l'argent manquait à Vienne et parce que le peu que
Ton envoyait restait entre les mains de commandants avides qui se l'appropriaient. Les soldats de ces garnisons, irrités de leur longue inaction, de l'absence de solde, cédaient d'autant plus facilement aux suggestions de ceux qui venaient leur offrir la vie agitée des camps et une solde élevée, que, durant leur séjour en Hongrie, ils s'étaient liés d'amitié avec bon nombre d'habitants, et ainsi leurs sentiments les portaient tout naturellement à prendre parti pour Rékôczi, c'est-à-dire pour les Hongrois.
Cet état de chosed, qui eût dû inquiéter l'Autriche, ne semblait pas encore la préoccuper. Un écrivain transylvain, sujet loyal de l'Autriche, Michel Cserey, blessé dans ses intérêts personnels, et par conséquent mal disposé à l'égard de Ràkôczi, jugeait de môme, dans des Mémoires qui ne furent pas publiés, et qui fournissent, pour l'histoire de l'époque râkécziste, d'abondants renseignements, non suspects de sympathie à Tégard du « rebelle ». ce Vraiment, écrit-il avec sa naïveté habituelle, on ne peut comprendre pourquoi la cour de Vienne laisse prendre racine à cette rébellion, tandis que tous les politiques sensés sont d'avis que de pareilles rébellions doivent être étouffées dans le germe... Car si, en Hongrie, il n'y avait pas
162 FRANÇOIS RÀKÔGZI II
d'armée capable, il y avait, en Transylvanie, soas le commandement du général Rabutin, un corps de sept mille hommes d'infanterie et de cavalerie bien choisis, qui eût suffi à disperser les bandes de Râkôczi, d'autant plus que les troupes hongroises de la Transylvanie l'eussent soutenu. Rabutin aurait volontiers pénétré en Hongrie, mais il n'a pas pu le faire, parce qu'il n'en avait pas reçu Tordre. »
On voulait voir, dans cette inaction du cabinet de Vienne, une intention de favoriser le soulèvement de Rdkôczi ; on disait même que certains mi* nistres, à l'instigation de Louis XIV, cherchaient à amoindrir l'importance du mouvement pour lui permettre de se développer et créer ainsi, dans l'avenir, à l'empereur des difficultés dont ses ennemis extérieurs eussent profité. Le loyalisme du général Nigrelli même fut suspecté, on lui reprochait d'avoir, pendant son séjour, comme commandant de la Hongrie Supérieure, noué plus d'amitiés avec la noblesse hongroise qu'il ne convenait à un général autrichien, et de plus, son beau-père, le comte Antoine Esterhâzy, avait déjà pris parti pour Ràkéczi.
Si, ce qui paraît à peine douteux, l'inaction du cabinet autrichien, au début des hostilités, était
intentionnelle^ il est plus que vraisemblable que ce fut l'œuvre de l'archiduc héritier Joseph. Il ne faut pas oublier que, plus tard, il envoya un émissaire secret, le comte Simon Forgâch, à Ràkôczi pour décider les rebelles à le demander^ encore du vivant de son père, comme roi de Hongrie, et de poser cette condition absolue pour la conclusion de la paix avec la maison d'Autriche ; on comprendra qu'il ait eu intérêt à laisser le soulève* ment se développer jusqu'au point nécessaire pour faire accepter^ à Léopold P*", une pareille condition. L'archiduc Joseph se souvenait de Rodolphe, contraint, en 1608, de transférer la couronne de Hongrie à son parent pour ne pas la laisser perdre pour la maison d'Autriche. Il exerçait une certaine influence dans les discussions du cabinet, au sujet des affaires de la Hongrie, et il ne devait pas lui être difficile d'atténuer l'importance du mouvement et, plus tard, de sembler le favoriser en différant l'envoi des ordres nécessaires et des renforts.
Les Mécontents, surpris eux-mêmes des succès dépassant leurs espérances, pensèrent que Léopold I*' n'avait laissé le soulèvement prendre de l'extension que pour avoir un prétexte à la complète domination de la Hongrie, de façon à y introduire le régime absolu. Cette hypothèse
164 FRANÇOIS RAkÔGZI U
manquait de vraisemblance, car, d'une part, TAu* triche a toujours réprimé les tentatives de rébellion, dès leurs premiers essais ; d autre part, le régime absolu n'avait-il pas fait place au régime constitutionnel, depuis les décisions du Parlement de 1687? Le gouvernement n'avait donc rien à gagner à une nouvelle révolution, même si plus tard il l'étouffait dans le sang; par contre, en la laissant se développer, il courait le risque de perdre ce qu'il tenait. Il est plus simple d'admettre qu'il croyait la Hongrie tellement humiliée, tellement désemparée, qu'elle devait être incapable de tenter le moindre effort et, qu'au premier moment, il ne sut quelles mesures prendre en présence d'un événement absolument imprévu.
Malgré cet état de choses, favorable en apparence, la situation de Râkôczi n'était pas absolument rassurante; il avait devant lui le général Klôckelsperg, gardant la forteresse de Szatmâr, et derrière lui, les troupes de Montecuculli, concentrées à Tokaj ; si ce général, franchissant la Tisza, et s'appuyant sur la Szamos, faisait sa jonction avec le général Klôckelsperg, les troupes hongroises se trouvaient sérieusement menacées. Elles étaient peu préparées aux opérations longues et monotones qu'eût exigées l'investissement de
Szatmér, et Ràkoczi ne pouvait non plus abandonner, aux attaques de Klôckelsperg, cette contrée où il avait de nombreux partisans. Il résolut donc de partager ses troupes, il en garda une partie et confia Tautre à Bercsényi qui se dirigea vers Tokaj pour attaquer Montecuculli.
Rdkôczi, lui, se dirigea vers Vêtes, petit village sur la Szamos et, de là, il prit ses dispositions pour attaquer la forteresse de Szatmâr, située dans une île de la Szamos, non loin de la ville du même nom ; après diverses tentatives, il parvint, grâce à la bonne volonté de la population, à pénétrer dans la ville ; la forteresse ne pouvait beaucoup tarder à tomber entre les mains des assiégeants, aussi Râkôczi laissa-t-il quelques troupes chargées^ sous le commandement du baron Zsenney, de continuer les opérations. Il prit deux mille hommes et se dirigea vers Tokaj pour y rejoindre Bercsényi qui avait eu pour mission de surveiller la Tisza et d'empêcher Montecuculli de menacer le prince. Mais, en arrivant, il n'avait plus trouvé l'ennemi ; le général Nigrelli, comme commandant de la Hongrie Supérieure, avait jugé que Kassa, sa capitale, était la ville la plus importante à défendre et y avait appelé le général Montecuculli avec ses troupes. Bercsényi avait donc pu conti-
166 FRANÇOIS RÀKÔGZI II
naer sa marche vers Tokaj et avait mis le siège devant cette ville que défendaient^ outre sa situation naturelle^ de solides remparts^ des tours massives et quatre cents hommes , bien pourvus de tout. L'arrivée de Râkôczi permit de donner un nouvel essor aux opérations qui avaient été commencées avec des forces insuffisantes ; une attaque avec les forces combinées n'eut pas de succès, mais Ténergie des assiégeants avait été si grande qu'elle inspira de la terreur aux assiégés, ils demandèrent h capituler, à la condition que la garnison allemande se retirerait librement à Pest.
Les petites villes, moins importantes, moins défendues, ou dont les commandants ne semblaieot chercher qu'un prétexte pour se rendre, exigèrent peu d'efforts de la part de Râkôczi ; il y eut là des scènes invraisemblables, bien caractéristiques de l'époque et des mœurs guerrières des Kouroucz, comme aussi de l'enthousiasme que provoquait le nom de Râkôczi.
Pendant ce temps, on commençait, en Autriche, à organiser la résistance et Ton envoya quelques troupes en Hongrie; elles ne furent pas nombreuses, car l'Autriche était menacée par le princeélecteur de Bavière, qui, soutenu par la France, avait pris Passau et Linz, et semblait devoir
inquiéter Vienne. L'empereur ne pouvait rappeler des troupes du théâtre de la guerre et il ne lui fallait pas compter sur la fidélité des nobles et des comitats. Parmi ceux-là, seul le comte Simon Forgâch, commandant de Gy5r, promettait d'opposer quelque résistance à l'invasion des troupes de Rékôczi. Le général Schlick, qui venait d'être battu par le prince de Bavière, alla se joindre à lui, avec deux mille hommes. Hs parvinrent, au début, à surprendre et à disperser les troupes d'Ocskay qui opéraient dans la vallée de la Vàg, à prendre Ledvencz et à s'emparer des villes minières. Mais quand Bercsényi et Kàrolyi s'avancèrent contre eux, ils durent reculer. De même que dans le Nord, les mesures défensives prises par l'Autriche^ dans le Sud, et sur la frontière de Transylvanie, n'eurent pas de résultat.
Le rigoureux hiver de 1703-1704 imposa une trêve aux opérations de la guerre; Rdkdczi put s'accorder un repos bien mérité. Il y avait sept mois à peine que, pauvre proscrit, accompagné de quelques amis et de quelques groupes de paysans, il avait dû reculer devant les troupes de Montecu-
468 FRANÇOIS rAkôgzi II
€ulli et il se trouvait maintenant à la tête d'une armée de vingt à vingt-cinq mille hommes, une partie du pays était en son pouvoir, le reste était prêt à se joindre à lui, la Transylvanie n'attendait qu'un signe et le cabinet de Vienne, qui avait ri du vainqueur de Dolha et de ses craintes, qui n^avait pas 4;ru à la puissance d'un prince condamné à mort, faisait des propositions de paix.
En présence de cette marée montante du mécontentement, Léopold voulut employer ses traditionnelles formules de conjuration : belles promesses, ^emi-concessions. A cet effet» il fit publier^ le 9 octobre 1703, un décret faisant remise d'un xjuart de la contribution qui avait été élevée à 4.000.000 de florins. Quelques jours plus tard, le 18 octobre, il rendit un nouveau décret promettant grâce et pardon à tous ceux qui déposeraient immédiatement les armes et feraient leur soumission. Mais cette remise d'une partie de l'impôt ne pouvait satisfaire ceux qui considéraient l'impôt tout entier comme illégal et pour qui cette question était un des moindres griefs reprochés au gouvernement. Et ceux, dont le nombre allait en augmentant chaque jour, qui s'avançaient victorieux, n'avaient besoin ni de la grâce, ni du pardon de celui à qui ils espéraient bientôt pouvoir
dicter leurs conditions. Les moins belliqueux même étaient peu touchés de ces propositions, car sans avoir une confiance absolue dans la victoire des Mécontents, ils ne croyaient pas aux promesses de TAutriche.
Les pollicitations impériales n'ayant trouvé aucun écho^ il fallait faire un pas de plus et s'adresser directement aux Mécontents. Le palatin Paul Esterhâzy, qui s'était montré partisan des projets de la cour pendant la réunion de Vienne, hit chargé, par le cabinet, de remplir les fonctions de son mandat, c'est*à-dire servir d'intermédiaire entre le gouvernement et la nation. Mais Esterhâzy, considéré par les Hongrois comme un transfuge, moins bien vu encore que les ministres autrichiens, n'était pas fait pour inspirer confiance. Ràkôczi et Bercsényi refusèrent son intervention, faisant remarquer que, dans les conditions présentes, devant les illégalités commises par le gouvernement, le devoir du palatin, comme le plus haut défenseur du droit national, était d'être à la tête des défenseurs de la liberté, du droit et de la loi.
L'empereur se vit contraint de chercher un autre intermédiaire, moins suspect à la nation ; son choix tomba sur l'archevêque de Kalocsa, Paul
170 FBANÇOIS RAKÔGZI II
Széchenyi^ qui avait eu le courage, à Vienne, de s'opposer aux propositions du gouvernement autrichien, et par cette attitude énergique avait sauvé la Constitution.
Son opposition avait augmenté sa popularité en Hongrie, mais, en même temps, accru Tanimosite de la cour, à qui il en coûtait de requérir son intervention, et cependant, il était presque le seul qui, malgré son attitude à Tégard de la cour et son patriotisme au-dessus de tout soupçon, n'avait pas encore pris définitivement position en faveur du soulèvement. Mais le prélat serait-il disposé à servir les intentions de la cour, ou bien n'appartenait-il pas déjà de cœur à ce mouvement auquel son âge et sa situation Tempêchaient de prendre part? Cette proposition de la cour n'allait-elle pas l'obliger à se déclarer ouvertement, et par son adhésion à l'œuvre de Rikôczi, lui donner un éclat de plus? Il fallait résoudre ces questions avant d'entrer en relations ofGcielles. Le baron Scalvinioni, un habile Italien qui avait la confiance de l'empereur et était un ami personnel du prélat, lui écrivit, le 10 décembre 1703, une lettre confidentielle dans laquelle il attirait son attention sur l'occasion favorable qui lui était offerte de rendre service à la cour et de s'assurer sa faveur pour
obtenir le siège primatial d'Ësztergom^ en faisant simplement connaître « les causes du soulèvement et les moyens de l'enrayer. »
L'archevêque saisit avec empressement Tocca* sion qui lui était offerte et, avec les démonstrations du plus profond loyalisme, donna libre cours à ses plaintes, en énumérant toutes les fautes commises contre la Hongrie : contributions excessives, illégalités sanctionnées par les tribunaux, confiscation des biens et attribution de ces biens à des étrangers, excès des soldats et des percepteurs d'impôts, églises et maisons particulières transformées, par les fonctionnaires autrichiens, en écuries, confiscation des dtmes, atteintes portée» à la liberté religieuse, etc., etc. Le prélat ajoutait finement que « toutes ces choses se passaient certainement à rinsn de Sa Majesté, mais que les Mécontents le croyaient difficilement et que les patriotes irrités avaient facilement écouté les insinuations de celui qui leur offrait une occasion favorable de secouer le joug sous lequel ils se croyaient opprimés. »
c Et comme le soulèvement, justifié ou non, est déjà développé à tel point qu'on ne peut songer à le réprimer par la force, il faut essayer le plu» tôt possible du moyen de la paix et de la récon-
172 FRANÇOIS RÀKÔGZI II
ciliation» si Sa Majesté ne veut pas perdre pour toujours la couronne de Hongrie. »
L'archevêque se déclarait prêt à remplir le rôle d'intermédiaire, et il demandait les instructions écrites de l'empereur ; de plus, il désirait que les généraux autrichiens, se trouvant en Hongrie, respectent sa personne et ses passeports et que les ministres de Vienne lui épargnent leurs suspicions, si, dans l'intérêt des négociations, il était obligé d'avoir de fréquents rapports avec les Mécontents et de paraître approuver leur entreprise.
Cette lettre ne pouvait satisfaire la cour, car l'approbation tacite que Tarchevêque donnait aux revendications des Hongrois permettait de prévoir qu'il ne serait pas un instrument aveugle et qu'il soutiendrait, plutôt qu'il ne combattrait, les exigences des Mécontents. Mais, il s'agissait avant tout de gagner du temps, ce qui permettrait de prendre des mesures défensives, et, en même temps, de jeter le trouble et peut-être la division parmi les chefs du soulèvement. Divide et imperUy n'était-ce pas le système des ministres autrichiens?
Le 2 janvier 1704, l'empereur écrivait lui-môme à l'archevêque; il manifestait une sympathie «plus que paternelle » pour le royaume de Hongrie et
pour empêcher la ruine de ses sujets, pour arrêter Teffusion du sang chrétien^ afin d'éviter Tanéantissement du pays, il chargeait l'archevêque d'agir, en son nom, pour apaiser les sujets qui, sous divers prétextes, avaient pris les armes, pour les ramener à la fidélité, en leur représentant que si, à son insu, quelques-uns de leurs droits et privilèges avaient été violés, rien n'était moins fait pour rétablir l'ancienne liberté que la révolte ouverte, inséparable des plus grands maux pour le pays, les familles, les biens, etc. Paul Széchenyi était autorisé à entrer, par n'importe quel moyen, en rapport avec les Mécontents; le conseil de guerre, les généraux, les officiers étaient avertis d'avoir à respecter les ordres de l'archevêque et à les faire exécuter.
Les pouvoirs, à ne s'en tenir qu'au texte, étaient assez étendus, mais bien vagues quant au fond. Paul Széchenyi devait rechercher les causes du soulèvement, recueillir les plaintes des Mécontents et les transmettre à l'empereur qui y ferait faire droit, soit par l'intervention du palatin, soit par la « prochaine Diète ».
Il y avait dix-sept ans qu'aucune Diète n'avait été réunie.
L'archevêque s'adressa au comte Kàrolyi et au
174 FRANÇOIS RÀKÔGZI H
comte Bercsényb avec qui il se rencontra à Szent-Miklôs ; ils avaient été désignés par la cour de Vienne, parce que Ton pensait obtenir de leur ambition ce que ne concéderaient jamais la fermeté et le désintéressement de R^kéczi. Cette trop adroite manœuvre ne réussit pas; Eirolyi et Bercsényi déclarèrent ne rien vouloir entendre en Tabsence du prince. Ils répétèrent les plaintes et les griefs exposés dans le manifeste et ajoutèrent que le gouvernement avait trop souvent manqué à ses engagements pour que la nation pût encore y croire; ils déclarèrent ne pouvoir entrer en pourparlers que si des puissances étrangères se portaient garantes des conditions de la paix; ils repoussèrent Tintervention d'Esterhâzy et ne voulurent prêter aucune attention à la promesse de la réunion d'une Diète, que le roi ne pouvait du reste convoquer, puisque presque tout le pays était en insurrection contre lui. Les Mécontents voulaient bien essayer de convoquer les députés, mais avant d'entrer en pourparlers pour la négociation de la paix, ils voulaient avoir la preuve que les puissances étrangères garantiraient les promesses et les engagements du roi.
Le jour même, 28 janvier 1704, oii l'archevêque rendait compte à Vienne de son entrevue
avec les deux chefs des Mécontents et faisait ressortir la nécessité d'une réconciliation immédiate^ pour éviter la perte définitive du pays, il écrivait au prince Ràkôczi, à Miskolcz, et lui envoyait une copie de la lettre impériale du 2 janvier; il accordait la plus complète approbation à l'œuvre entreprise par le prince, pour assurer au pays ses libertés séculaires, mais il lui faisait observer que, dans l'intérêt même du pays et de la liberté, il ne fallait pas repousser la paix qu'offrait Vienne. Le moment était favorable ; il suffisait d'une victoire en Allemagne pour tout changer, de même une diminution de l'ardeur du peuple était à craindre et même, la victoire finale étant assurée, la continuation de la guerre n'était plus juste dès que s'offrait une paix honorable. « La justice divine, qui ne désapprouve pas les guerres justes, condamne leur continuation quand survient une occasion de conclure la paix, car la guerre est la défense contre un mal, elle ne doit pas être une vengeance. » Il priait le prince, qui pouvait envoyer des messagers à travers le pays, de convoquer une Diète qui traiterait les conditions de la paix avec les représentants de l'empereur.
François Rékéczi répondit, dès le 5 février, par one lettre, au début un peu ironique, mais d'un
176 FRANÇOIS RÂKÔGZI II
ton élevé et ferme dans son ensemble ; il écrivait entre autres choses : « Après tant de serments violés, tant de lois transgressées^ tant de sang innocent versée tant de patriotes injustement condamnés, tout nous ordonne de vaincre ou de mourir, plutôt que de laisser à nos descendants un joug abhorré... Je ne conteste pas que toute guerre légitime doit tendre à une juste paix et que le guerrier qui veut dépasser ce but est responsable du sang versé, mais pouvons-nous espérer sérieusement une paix sincère et durable d*un ennemi qui, en ce moment même, incite la Porte à prendre les armes contre nous?... »
La convocation d'une Diète, conseillée par l'archevêque, ne semblait pas opportune à Rdkoczi, le soulèvement n'était pas assez étendu, la victoire pas assez assurée, les convictions pas assez affermies, pour les exposer aux divergences d'opinion, aux discussions des partis. Il fit connaître ces motifs à Paul Széchenyi et insista encore sur la nécessité, avant tous pourparlers, de connaître les garanties qui assureraient la sincérité des intentions de la cour et le respect des conventions ; ces garanties, selon lui, ne pouvaient être fournies que par les puissances étrangères ; une des premières conditions posées par Râkôczi était
POUBPARLBRS ET RUPTURES 177
que le gouvernement considérerait, dans les négociations^ les Hongrois comme appartenant à une nation libre, et non pas comme des sujets révoltés. Les réserves ainsi stipulées n'étaient pas de vains prétextes, destinés à masquer un refus. Ràkôczi ne repoussait pas la paix et, s'il en avait moins besoin que le cabinet de Vienne, il la désirait plus sincèrement et plus sérieusement. Mais instruit par le passé, et précisément parce qu'il voulait un traité durable, il était décidé à ne remettre Tépée au fourreau que lorsqu'il aurait assuré, non seulement une paix honorable, mais encore une paix entourée des garanties nécessaires. C'était là le seul but de ce prince, étranger à toute pensée ambitieuse; il ne cherchait pas, par les hasards de la guerre, à se mettre à la tête de la nation et les événements ultérieurs démontreront combien était réel son désintéressement. Une pensait pas alors à la déposition de la famille de Habsbourg que les influences extérieures lui imposèrent plus tard, il voulait briser le joug étranger, c'est-à-dire les entraves mises à l'exercice de la liberté générale et de la liberté individuelle; il voulait rendre impossibles, dans l'avenir, les violations de la Joi, mais il ne voulait nullement rompre le lien fondamental qui
unissait la nation hongroise à la dynastie autrichienne. Il ne demandait pas l'indépendance absolue^ maïs la liberté légale, sub lege libertas. Ce fut pourquoi il accepta volontiers une rencontre dans laquelle pourraient être discutés les préliminaires de la paix ; elle fut fixée aux premiers jours de mars, à GyôngyOs.
A Vienne, on désirait tellement, sinon la paix, tout au moins un armistice, que l'on feignit de ne pas remarquer les réserves faites par Rdkôczi ; dans la lettre adressée à l'archevêque pour le charger de continuer les négociations, Léopold trouve cependant « incompréhensible » que les Mécontents demandent la garantie de puissances étrangères et « hardi » leur projet de convoquer une Diète, ce qui est une prérogative impériale. Les instructions secrètes données, par l'empereur, à ses représentants, Tolvay et Jeszenszky, étaient fort impérieuses ; cependant le palatin qui les avait rédigées ne croyait guère à leur efficacité, car il les terminait par la recommandation, si toutes les promesses, toutes les menaces étaient vaines, de représenter aux Mécontents « quel crime horrible ils commettaient contre Dieu, qui ne laisse jamais impunis les perturbateurs » ^..
1. c ...sur la fin de l'année 1703, îi fut tenu un grand Conseil
La conférence de Gyôngyôs ne dura que quelques jours et l'archevêque de Kalocsa en rendit compte à l'empereur, dans une lettre datée du 4 avril 1704.
Il fait remarquer que Râkoczi et ses partisans n'ont pas voulu accepter l'intervention du roi de Rome, puisqu'ils avaient demandé des garanties et non une intervention... qu'ils ont été blessés par certaines expressions employées par la cour à leur égard... qu'ils ne veulent entendre parler ni de grâce ni de pardon... Széchenyi ajoute encore qu'il a fait observer aux protestants le sort qui les attendait s'ils s'unissaient aux Français, qu'il a montré le peu de valeur qu'il faut attacher aux promesses de l'étranger...
Si insignifiant que fût le résultat de cette conférence, Léopold voulut y voir la possibilité de continuer les négociations et il exprima à l'archevêque «c son extraordinaire contentement pour le zèle qu'il avait mis à combattre les propositions audacieuses et impertinentes des Mécontents. » Il
à Vienne, dans lequel il fut conclu que Ton emploierait contre eux toutes sortes de voyes pour les appaiser et que si la douceur d'un accommodement n'en venoit pas à bout, comme le difioient tout haut les généraux, il faloit rappeller une partie des forces commandées par Stirum, et par Herbeville, et en faire marcher de si grandes contre les Hongrois, que l'on pût absolument les réduire ou les détruire. >» {Histoire du P. Bagotzi,)
180 FRANÇOIS RÀKÔGZI II
le chargeait de se rendre au camp des Mécontents ^t d'obtenir d'eux une suspension d'armes générale et la reprise des pourparlers^ soit à Presbourg, soit à Nagy-Szombal.
Les opérations militaires de l'année 1703 s'étaient terminées par la prise de Tokaj et la retraite du général Schlick dans les environs de Presbourg; Kàrolyi, qui l'avait contraint à cette retraite, continua sa marche sur les rives du Danube, jusqu'aux portes de Vienne, la cour se vit forcée de retirer ses troupes de la frontière pour défendre la capitale ; Kôvàr, Murény, Munkâcs, Ungvdr, appartenaient aux Mécontents, d'autres villes «étaient sur le point de se rendre, ces faits expliquent les intentions pacifiques de Léopold, au commencement de Tannée 1704.
Les avantages remportés par le comte Kdrolyi étaient plus souvent brillants que durables et sa présence, parmi les partisans de Rdkôczi, fut peutr être plus nuisible qu'utile. Il avait été présenté à Râkéczi qui, sur la recommandation de Bercsényi, l'accueillit fort bien, à cause de Tinfluence dont il disposait. Il le nomma commandant des Jazyges et des Goumans, poste au-dessus des forces de
POURPARLERS ET RCPTURES ISî
Kàrolyi dont Tatlitude fut souvent équivoque. Au lieu de compenser par Texécution des ordres reçus, son incompétence militaire, il s'abandonnait à la direction de son état-major dont les con* naissances techniques lui inspiraient une grande déférence. Cet état-major était composé d'officiers de Thôkôly qui, en apprenant la reprise de la guerre, étaient rentrés en Hongrie ; presque tous étaient jeunes, ils n'avaient pris part qu'à la fin des opérations, quand la grande guerre nationale était devenue une guerre de partisans ; ils avaient des principes et une tactique à eux qur consistaient à éviter les combats réguliers, à se tenir aussi loin que possible du camp ennemi pour se dispenser du service de sentinelles et pouvoir s'amuser sans inquiétude ; après quelques jours de repos et de jouissances, ils se précipitaient sur l'ennemi, le poursuivaient s'il fuyait, ou battaient en retraite s'il résistait. Ce système pouvait avoir du bon pour une guerre de partisans, il ne valait rien contre dos troupes régulières, opérant d'aprèff une tactique étudiée et basant leur plan d'opération sur l'unité d'action. De plus, ces combattants avaient pris, dans ce genre de vie, des habitudes grossières et Tappétit du butin, aussi les officiers appartenant aux autres classes de la société s'écar-
tèrent-ils de Kârolyi. Néanmoins, grâce à ses heureux coups de main, il était arrivé aux portes de Vienne et après avoir réparti ses troupes dans des postes espacés, il établit son quartier général à Sopron^ petite ville à quelques heures de la frontière^ et là, s'adonna au plaisir.
En janvier 1704, le comte Sigebert Heister fut envoyé en Hongrie avec sept à huit mille hommes. Ce général passait pour un homme orgueilleux et sanguinaire; en Tyrol où il avait commandé les troupes, l'année précédente, il s'était montré si cruel que la population. Tune des plus fidèles à l'empire, avait été sur le point de se révolter, et c'était ce général que Ton envoyait en Hongrie pour y faire régner Tordre comme l'avait fait Carafa. « Si Ton ne fait régner la dureté et la terreur, on ne fera rien de ce peuple », disait-il des Hongrois qu'il voulait réduire « par le fer et par le feu ». Il était résolu à étouffer la révolte dans le ^ang et espérait bien, car il était cupide, que son zèle serait récompensé et qu'on lui attribuerait un domaine *. Le nom de Heister était, dans la lutte contre les Kouroucz, tout un programme, c'était la guerre d'extermination '.