Âcsàdy I. : Magyarorszdg t'ôrténele
Dès son arrivée à la frontière^ il apprit Timprudence qu^avait commise Kârolyi et il marcha contre lui avec deux mille cavaliers. Surprises par cette brusque attaque^ les troupes se débandèrent, les unes franchirent le Danube, d'autres furent obb'gées de se rendre et le général Heister, pour célébrer sa facile victoire, fit incendier quelques villages environnants et autorisa ses soldats à piller, à saccager, à violenter les femmes, à tuer les enfants, pour inspirer à la population « une crainte salutaire » et l'empêcher de prendre part à une nouvelle révolte.
Voulant avancer davantage, le général Heister rencontra devant lui Bercsényi à qui Kérolyi venait d'amener quatre mille cavaliers ; il dut renoncer à son projet et se retirer sur la frontière. De môme, le général Ricsén qui, venant de la Moravie, voulait franchir la Montagne-Blanche pour descendre dans la vallée de la Ydg, fut arrêté, le 28 mai, par Kdrolyi, tandis que le capitaine Ocskay et les habitants de la contrée l'attaquaient par derrière, le battaient et le faisaient prisonnier.
Râkéczi avait entrepris le siège d'Eger, mais sans grandement avancer, faute d'artillerie ; plus tard, le comte Forgâch put avoir un entretien se-
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cret avec le commandant de la forteresse qui lui promit, contre la suspension des hostilités^ de rendre la forteresse si, pendant quatre mois, l'Autriche n'avait pas envoyé de secours. A cette époque, le château de Papa, oii Heister avait laissé le comte Antoine Esterhézy avec quatre cents hommes, se rendit. Esterhizy rejoignit Forgàch et prêta serment de fidélité à Rikéczi qui le nomma général.
Le prince voulait profiter de ces avantages pour franchir lui-même le Danube et aller relever l'étendard du soulèvement dans les comitats de l'Ouest. Mais il vit se dresser devant lui un obstacle que plus d'une fois encore il rencontra et qui eut souvent d'irréparables conséquences. Les troupes commandées par Rékôczi étaient originaires du bassin de la Tisza et elles ne voulaient pas franchir le Danube pour ne pas trop s'éloigner dé leurs villages. Ces soldats paysans ne savaient pas se plier à la vie des camps ni à la discipline d'un service de longue durée. Braves et courageux dans la bataille, aussitôt l'action terminée, ils étaient saisis d'une pensée : rentrer dans leurs foyers ; ils se dispersaient, retournaient chez eux pour y mettre leur butin en sécurité, ou s'ils n'en avaient pas, pour rassurer leurs parents ou leurs
femmes. 11 était impossible de ne pas tenir compte de ces dispositions^ R&kôczi dut renoncer à franchir le Danube et chercha à se battre dans le bassin de la Tisza. Il y avait peu à faire, car la contrée s'était rangée avec unanimité sous le drapeau de Rdkôczi et les troupes allemandes s'étaient retirées, ou en Autriche ou en Transylvanie. Seuls les Serbes inquiétèrent les troupes de Rdkôczi, qui souffraient de la grande chaleur de Fêté dans la pouszta où le soleil est plus ardent et moins supportable encore qu'ailleurs. Les Serbes se réfugièrent à Szeged où Rdkôczi les poursuivit, il prit rapidement la ville, mais la forteresse résista longtemps, car les opérations furent enrayées par une grave maladie du prince.
Rikéczi avait passé son enfance dans une forteresse assiégée et dans les camps, son adolescence sous la discipline des Jésuites, sa jeunesse en prison et en exil, son corps était habitué aux fatigues et aux privations, mais la besogne qu'il avait accomplie depuis son entrée en campagne eût lait ployer les épaules de plus robustes que lui. U ne limitait pas son activité à la direction politique
«t militaire du soulèvement dont Tincapacité de certains de ses subordonnés lui laissait la charge sans partage, maïs il étendait son attention jusque sur les moindres détails ; exercices des recrues, absolument ignorantes du maniement des armes, approvisionnements, installations des camps, travaux de défense, tout s'exécutait sous sa surveillance, il mettait la main à tout. Et Ton ne sait vraiment ce qu'on doit plus admirer de cette extraordinaire activité physique et intellectueUe ou du rare génie de cet homme qui ne fut élevé ni en vue de la guerre, ni en vue de la diplomatie; jusqu'à son entrée dans la vie publique, il n'avait étudié ou pratiqué ni Tune, ni l'autre, mais placé, tout à coup, à la tête d'un mouvement national, il se révèle aussi grand homme d'État que général distingué.
Il y avait quatorze mois que la guerre durait et depuis le commencement, Râkôczi avait partagé toutes les fatigues, toutes les privations du soldat. Il avait pour tout abri une tente mal jointe, un tas de paille ou d'herbe pour se reposer, après avoir passé l'inspection du camp. La chaleur, le climat malsain de la contrée, l'eau impure, la fatigue, tout contribua enfin à ébranler sa santé. Il fit preuve, en cette occasion, de la force d'âme que
l'on loue chez Alexandre le Grand ; il avait envoyé son médecin, le seul qu'il y eût au camp, comme interprète avec une députation ; son état s'aggravanty il fallut appeler un médecin qui se trouvait à six ou sept lieues, dans une ville occupée par les Allemands ; ses amis lui conseillèrent vivement de ne pas prendre les médicaments préparés par ce médecin qui, étant à la solde des Allemands, pouvait si facilement l'empoisonner. Râkôczi répondit à ces conseils en absorbant les pilules que lui tendait le médecin, et il se rétablit.
II se sentait faible encore, néanmoins, il put voir que, pendant sa maladie, le désordre avait envahi le camp; cette constatation, jointe aux expériences précédentes, l'inclinèrent à écouter les propositions de l'archevêque de Kalocsa, transmises par Bercsényi, pour la reprise des négociations. Ce qui incontestablement influença sa décision, ce fut la nouvelle de la bataille de Hochstaedt (13 août 1704), où les Français, commandés par Tallard et Marsin, furent repoussés jusqu'au Rhin par les Autrichiens et les Anglais, que dirigeaient le prince Eugène et Marlborough.
R&kôczi, qui recevait de la France de nombreux subsides et qui espérait joindre un jour l'Électeur de Bavière, vit, par la défaite de Hochstaedt, non
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seulement ses alliés vaincasy mais les forces de ses ennemis accrues*. Il n'avait donc aucune raison de repousser l'ouverture des négociations, aussi saisit-il avec empressement les propositions qui lui étaient faites. Il profita de cette occasion pour lever le siège de la forteresse de Szeged, qui ne paraissait pas disposée à se rendre, et il partit pour Gyôngyôs où il convoqua une partie des magnats.
Entre temps, il avait appris qu'en Transylvanie le mouvement patriotique était unanime et progressait. Pendant les six mois qui s'étaient écoulés depuis la première conférence de Gyôngyôs, on s'était occupé, en Autriche, à disposer les Mécontents à la paix ; on leur avait accordé la médiation des puissances étrangères, ce qui permettait de les considérer, non plus comme des sujets rebelles, mais comme des belligérants appartenant à une puissance en état de guerre. Les nations étrangères qui devaient intervenir étaient les deux grandes puissances navales d'alors, l'Angleterre et la Hollande qui avaient formé, le 7 septembre
i. ... les émissaires de TEmpereur ne manquèrent pas de se servir de cette conjoncture, dans la pensée de luy faire peur et luy faire croire que toutes les forces de TEmpire alloient tomber sur les Hongrois, et les écraser s'ils demeuroient plus longtemps dans Tobstination... {Histoire du P. Ragotzi.)
1701, une Triple Alliance avec Léopold P' contre Louis XIY et qui par conséquent étaient directement intéressées à ce que l'Empereur rétablît le plus tôt possible le calme dans ses propres Ëtats, pour employer toute son attention et toutes ses forces en faveur de la lutte commune'. George Stepney, ambassadeur d'Angleterre, et Jean Hammel-Bruyninx, ambassadeur des Pays-Bas, s'étaient adressés, dès le mois d'avril, au prince Râkéczi pour offrir leur intervention. Râkôczi les remercia, en leur faisant remarquer qu'il ne demandait pas la « médiation », mais la « garantie » des puissances étrangères' et non seulement des deux alliés de l'Empereur, mais encore de la Pologne et de la Suède.
Ce qui empêcha longtemps la reprise des pourparlers, ce fut la prétention de l'Autriche à une
1. Ce fat alors que les Anglois et les Holandois, qui s'étoient unis avec TEmpereur, pour la guerre qu'il avoit entreprise contre la France, touchant la succession de Charles II, Roy d'Espagne, ne crurent pas devoir se taire et laisser TEmpereur embarrassé dans la guerre contre les Hongrois, qui luy aîloient causer une puissante diversion. Ils remontrèrent h TEmpereur que cette guerre des Mécontents étoit capable de rompre toutes leurs mesures... Qu'il étoit bien dur à un grand et puissant Empereur de caresser un homme dont on s'est crû mortellement offensé et de traiter comme de pair avec un Sujet... Mais que la nécessité étoit au dessus de toutes les Loix, et qu'il falloit quelquefois embrasser ceux que Ton vouloit étoufer. {Bistoire du P. Ragotzi,)