‹ François Rákóczi II, prince de TransylvanieChapitre 21 sur 65 · Acsâdy I. : Magyarorszdg torténeU · texte numérisé non relu

Acsâdy I. : Magyarorszdg torténeU

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suspension d'armes. Râkôczi déclarait qu^une suspension des hostilités, en ce moment, serait tout au profit de l'Autriche qui rassemblerait ses troupes, approvisionnerait ses forteresses* et renforcerait ses garnisons, ce qui lui permettrait de reprendre les hostilités avec de nouvelles forces. Cette crainte de Râkôczi était justifiée par les procédés des généraux impériaux, comparés aux instructions pacifiques de la cour, ou par Topposition entre les ordres officiels et les recommandations secrètes de l'empereur à ses envoyés *. Ainsi le général François Lamberg devait montrer à l'archevêque de Kalocsa ses instructions officielles mentionnant : m sévère punition des excès commis par les fonctionnaires civils et militaires^ en Hongrie, contre la volonté de Sa Majesté ». Mais, secrètement, il avait Tordre de s'unir au général Heister « pour faire les recherches les plus minutieuses et les

1. Mais la proposition que faisoit TEmpereur, que les Mécontents s*éloigneroient de toutes les places bloquées afin de les ravitailler, estoit une condition si contraire à la raison et si peu de leur goût que les Députez dirent tout haut, avant que de partir de la Cour de Vienne, que jamais le Prince Ragotzi ne Taccepteroit sous cette condition. (Histoire du P. Ragotzi.)

2. ... les Mécontents voyoient bien que tout ce qu'on leur propos oit, n'étoient que des amusements pour les attirer dans le piège, et ayant d'aussi bonnes testes, que celles qui compose ient le Conseil de Vienne, ils se gardèrent bien d'y consentir, puisque ce n'étoient que des paroles dont Teffet aurait dépendu de la volonté de l'Empereur... {Histoire du P. Ragotzi.)

plus sévères contre les Mécontents, leur infliger les châtiments les plus durs, quand on pourrait les saisir, ou tout au moins confisquer leurs biens. » Et c'était ainsi que Tempereur écrivait les lettres les plus aimables à Széchenyi pendant que le gé-^ néral impérial Heister saccageait impunément ses biens et répondait avec une révoltante grossièreté aux plaintes écrites que lui adressait l'archevêque.

Il était permis à Ràkôczi de douter des intentions pacifiques de la cour et il écrivait, en juin, à l'archevêque qu'il désirait la paix, mais qu'il savait comment ses ancêtres l'avaient obtenue et combien il était difficile d' « arriver au soleil de la liberté », il ajoutait encore, qu'étant donnée la façon dont le général Heister interprétait les instructions de l'empereur, on ne savait pas s'il ne vaudrait pas mieux demander, pour un traité de paix, la signature des généraux que celle de l'empereur. Toutes les raisons que Rdkôczi énumérait au mois de juin n'avaient rien perdu de leur valeur au mois d'août, mais les événements avaient marché et, à l'approche de l'automne, il était plus facile, ou moins préjudiciable, qu'au printemps, d'accorder une trêve. Les succès d'Ocskay, en Moravie, avaient fait réfléchir les Autrichiens.

Les pourparlers eurent lieu entre Széchenyi,.

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avec les envoyés impériaux^ Visa et Okolicsinyi, d'une part, Râkôczi et Bercsényi, d'autre part; comme des deux côtés on avait des raisons de se montrer conciliants, quelques jours suffirent pour arriver à une entente au sujet d'un armistice et des conditions d'une prochaine conférence oii Ton discuterait des conditions de la paix.

Comme lieu de cette prochaine conférence, on proposait Presbourg ou Nagy-Szombat. Rékôczi repoussa ces deux villes un peu trop rapprochées de la frontière et n'offrant pas assez de garanties pour la sécurité personnelle de ses envoyés; il choisit Selmecz, ville minière, au centre du pays, et désigna le comte Bercsényi pour le représenter, avec le comte Michel Mikes, pour la Transylvanie ; l'archevêque de Kalocsa avait, avec lui, le baron Seiler et le comte Kohary ; les ambassadeurs George Stepney et Hammel-Bruyninx servaient d'intermédiaires entre les parties.

Si peu importante que fût cette conférence préliminaire, elle servit à démontrer que, malgré toutes ses protestations et ses assurances, la cour ne pensait pas à conclure une paix qui eût mis fin aux maux du pays et aux illégalités qui s'y commettaient. Tandis que les représentants de l'empereur faisaient à l'envi les plus belles promesses

6t ne cessaient de renchérir sur l'affection « plus que paternelle » de Tempereur pour la Hongrie, ils essayaient de jeter la discorde parmi les Mécontents. Fidèles aux traditions de la cour de Vienne qui cherchait toujours à dominer une partie de la nation, à l'aide de l'autre, et à les épuiser ainsi toutes •deux, ils firent de même cette fois, mais au lieu d'exciter les catholiques contre les protestants, comme cela se passait depuis deux siècles, ils exécutèrent la manœuvre en sens inverse, et la eour ultra-catholique s'unit, contre [un prince catholique, aux protestants qu'elle avait si longtemps et si durement opprimés.

Outre les griefs communs à tous les habitants, les protestants en avaient encore de spéciaux à faire valoir, et, quoique le soulèvement de Râkôczi fût seulement politique, ils espéraient qu'il briserait l'intolérance religieuse et l'absolutisme politique qui proviennent de la même origine ; ils pensaient aussi que Râkôczi, tout en étant catholique, considérerait comme un point d'honneur le rétablissement de la paix de Nagy-Szombat, acquise grâce aux efforts de son aïeul George Rdkdczi I«' et violée par le gouvernement de Vienne. Us avaient même commencé à en remettre quelques clauses en vigueur, en s'emparant, par la force, des temples qui leur

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avaient été enlevés, mais Râkdczi, qui n'était pas partisan de la violence, et craignait, avec raison, le tort que feraient à la cause nationale les dissen* timents religieux, sut détourner les protestants de leurs projets, en leur faisant comprendre que son autorité n'ayant encore rien de légal, tout ce qu'il accorderait n'aurait pas de valeur et qu'il valait mieux pour eux attendre, d'un prochain Parlement, la réglementation de leurs revendications. Ils se rendirent aux raisons de Rdkôczi et restituèrent même les temples dont ils avaient pris possession.

Au contraire, le cabinet de Vienne cherchait à faire revivre ce ressentiment si heureusement écarté par Rikôczi. Un des délégués de Gyôngyôs, Paul Okolicsânyi, protestant, jouissant d'une grande estime parmi ses coreligionnaires, essaya de les persuader que^ si Rikéczi était vainqueur, il n'y aurait aucune amélioration à attendre de lui, parce que ses alliés, le roi de France et le Prince Électeur, le contraindraient à prendre des mesures qui rendraient la situation des protestants plus dure qu'elle ne l'était autrefois sous l'empereur, tandis que ce dernier était disposé, en ce moment, à faire les plus larges concessions, à leur assurer les droits concédés par les différents

traités et, cette fois, l'on pouvait compter qu'il tiendrait sa promesse aux coreligionnaires de ses puissants alliés protestants, les Anglais et les Hollandais.

« Ces alliés ne pouvaient laisser écraser, par leur ami l'Empereur, les restes malheureux, mais encore très considérables, du protestantisme hongrois. » L'ambassadeur anglais, à Vienne, attribuait ce au cardinal Eollonics et autres fanatiques le projet d'extirper la religion, sous prétexte de supprimer la rébellion ». Il écrivait à Marlborough : <x Je suppose que Votre Grâce a l'intention de poursuivre la guerre contre la France et non d'écraser la religion protestante dans ces pays ^. »

Les paroles d'Okolicsànyi furent entendues et provoquèrent de la méfiance à l'égard de Râkéczi, dont toutes les représentations se heurtaient aux brillantes promesses faites au nom de l'Empereur. Une scission paraissait inévitable.

Mais, heureusement, le cabinet de Vienne se trouva pris dans ses propres filets et fut la victime de sa trop grande habileté. N'ayant pas une confiance absolue dans ses manœuvres machiavéliques, en Hongrie, il en entreprit sur un autre point.

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