Lavisse et Rambaud : Histoire générale
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Tandis qu'on représentait aux protestants hon« grois, pour les en détourner, le prince comme un zélé catholique, on envoyait au pape Clément XI une longue liste de conditions posées, déclaraiton, par Râkôczi pour la paix et ouvertement défavorables au catholicisme. De ces prétendues conditions, le pape devait conclure au danger du soulèvement rdkôcziste pour la religion catholique et défendre au roi « très catholique » de France de seconder une entreprise ayant pour but la destruction du catholicisme. On voulait ainsi priver le soulèvement de tout secours de l'étranger et, en . même temps, y jeter la discorde.
Le pape crut ce qu'on lui écrivait ; Louis XIV se montra plus prudent. Il envoya les prétendus articles au prince lui-même, en lui demandant confirmation de ces stipulations, ajoutant toutefois que, si elles étaient vraies, il serait obligé de retirer au prince son amitié et son appui.
Rdkéczi avait en mains les preuves indiscutables pour montrer aux délégués protestants la fausseté, la duplicité, Tincrédibilité du cabinet de Vienne. Il leur démontra comment la moindre concession faite, en ce moment, au protestantisme, serait interprétée à Vienne et à Rome, et priverait le soulèvement du concours des catholiques et des
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alliés. Le baron Vay et OUik, tous deux luthériens, partisans de Rdkôczi, parlèrent à leurs coreligionnaires et se portèrent garants des promesses du prince. L'orage qui menaçait fut heureusement écarté et les manœuvres indignes du cabinet de Vienne eurent pour conséquence de resserrer davantage les liens de l'union et de Tamitié entre les Mécontents protestants et catholiques.
« La Transylvanie est une grande et riche Prin- « cipauté qui sera toujours un grand poids dans « la balance lorsqu'il y aura une guerre entre « l'Empereur et le Turc, par les secours que Tun « ou Tautre en peuvent tirer. Elle faisoit autre- « fois partie du Royaume de Hongrie, jusqu'à ce « que Soliman Tayant détachée du corps de l'État, « pour en faire une Principauté particulière sous « le nom deValvodie, il établit à la Porte un Tri- « but sur elle. Le Prince Charles de Lorraine avoit « bien connu, par son puissant génie, que celuy « des deux qui en seroit le maître, le seroit facile- « ment de la Hongrie, lors qu'après la mort du
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a jeune fils de Michel Abaffi^ que l'Empereur avait « pris sous sa protection, il s'en étoit emparé de « vive force pour son beau-frère. Il connoissoit « parfaitement que les secours que Ton tire de « cette Province, sa situation avantageuse, son « voisinage avec les Valaques, les Morlaques et « ses villes fortes, étoient d'une extrême impor- « tance. Ces considérations luy firent prendre la « résolution d'en préférer la conquête à la reprise « de toute la Hongrie. L'Empereur s'en rendit face cilement le maître, et en fit Gouverneur un « Français, qui, simple page, s'étoit sauvé de la « France et, par sa valeur, étoit monté jusqu'à la <( qualité de Mareschal de camp général des ar- « mées de l'Empereur, et qui a depuis été honoré « du Généralat, de sorte qu'aujourd'huy Ton ne « l'appelle que le Général Rabutin. Cette conquête ce de la Transylvanie eut de grandes suites et de- « puis ce temps-là, sans autre titre que celuy de la « bienséance, l'Empereur s'en est toujours dit le « Prince absolu.
(( Le Prince François Ragotzi avoit, comme il « en a encore, de grandes intelligences dans la (c Transylvanie. Son ayeul et son bisayeul en « avoient rempli le Trône pendant long temps et « sous le Tribut de la Porte, avec une douceur et
a une équité merveilleuses, après la mort du fils « de Bethlen Gébor, dont on étoit peu content; « en sorte que les peuples conservent encore au- « jourd^huy avec beaucoup de respect la mémoire « du nom de Ragotzi^ »
La description que donne cet historien contemporain est assez exacte et il ne se trompe pas en attribuant une grande importance, pour les deux puissances rivales, à la possession de la Transylvanie.
Tant que la Hongrie fut un Ëtat indépendant, gouverné par ses propres rois, la Transylvanie en lit partie intégrante, ce qui était justifié par une parenté de races et d'origines, les deux tiers de la Transylvanie ayant été occupés, depuis les temps les plus reculés^ par les Magyars et les Sicules. Ce fut seulement après le désastre de Mohdcs, quand la Hongrie tomba sous la domination de la famille de Habsbourg^ que la Transylvanie se détacha pour former une principauté indépendante, gouvernée par des princes nationaux, librement élus. Cette indépendance était plus nominale que réelle, elle était le résultat de la rivalité de rAutriche et de la Porte qui eussent voulu s'approprier ou se parta-
i. BUtaire du P. Bagotzi.
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ger le pays, mais ne savaient s'entendre sur la manière de le faire.
Aimant sa liberté et appréciant son indépendance, ce petit pays sut tirer parti de la dangereuse situation que lui faisaient deux puissants voisins, le menaçant toujours de destruction ; il sut s'allier, tantôt avec l'un, pour effrayer Tautre, tantôt il s'unit à l'autre pour faire reculer le premier. La famille Rdkôczi sut défendre, contre ses deux agresseurs, l'indépendance du pays qu'elle gouvernait, aussi la population contribua-t-elle de toutes ses forces au développement du mouvement patriotique, en Hongrie. Et lorsque Thôkôly eut perdu tout prestige en Hongrie, il conserva encore, en Transylvanie, un certain centre d'action.
Les efforts les plus héroïques ne pouvaient continuer à assurer ce semblant d'indépendance quand les circonstances qui l'avaient rendue possible, cessèrent, c'est-à-dire la rivalité entre les deux puissances qui jusqu'alors s'étaient disputé la proie. Les victoires remportées par Charles de Lorraine et Eugène de Savoie, en Hongrie, rendaient inévitable pour la Transylvanie la perte de son indépendance et la maison de Habsbourg pouvait enfin réaliser un de ses plus ardents désirs, réunir sur
sa tête la couronne de Hongrie et la couronne de Transylvanie. Ce pays^ livré à ses seules ressources^ ne pouvait résister aux vainqueurs des Turcs et des « rebelles » hongrois^ aussi pour ne pas être traité en pays conquis, dul-il paraître se soumettre ; lorsque les généraux impériaux et le prince électeur, Louis de Bavière, eurent, sous différents prétextes, occupé la plus grande partie du territoire et gagné à leur cause le ministre Michel Telekiy il leur fut facile de décider le faible Michel Apafy à renoncer au trône et d'obtenir, de la Diète, la reconnaissance de la famille de Habsbourg. Ck)mme en Hongrie, après Mohdcs, la reconnaissance fut conditionnelle ; l'acte, dressé le 16 novembre 1690, est connu sons le nom de Diplôme de Léopold. Il renfermait dix-huit articles ; il promettait parfaite égalité entre toutes les religions reçues, maintien des privilèges existants, respect des lois, convocation annuelle de la Diète, attribution des emplois à tous les habitants, sans distinction de religion, pas d'augmentation d'impôts sans le consentement de la Diète, etc., etc. Quelques années ne s'étaient pas écoulées que déjà le traité était violé ; en 1695, l'égalité religieuse promise devenait un vain mot, les protestants étaient écartés des emplois publics et les
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écoles, les églises leur étaient enlevées ; en 1700, les emplois les plus importants étaient attribués à des étrangers ; plus tard, les impôts étaient arbitrairement augmentés; les Diètes n'étaient pas toujours convoquées.
« Le fléau de cette époque^ ce fat la quantité « d'avides. Autrichiens qui s'abattirent surlaTran- « sylvanie et la pillèrent sans pudeur. Il semblait <( que Léopold eût dessein de s'aliéner les Tran- « sylvains en envoyant parmi eux des hommes « exécrés. Les troupes impériales furent com- « mandées par le comte Garafa, dur et brutal sol- « dat, qui attacha son nom aux boucheries «r d'Eperjes. Après lui, on ne trouva pas de plus « digne général qu'un misérable Rabutin, chassé « ignominieusement de France. Rabutin était fé- « roce jusqu'à la folie. Dans une proclamation, il « menaçait de faire tuer, dans le sein de leurs « mères, les enfants de ceux qui tenteraient de se « révolter. Les Turcs ne s'étaient jamais montrés (( si odieux. C'est ainsi que TAutriche récompensa (( la confiance d'un petit peuple qui acceptait, loya- « lementet pacifiquement, une domination repous- <( sée par les armes pendant un siècle et demi ^ »