‹ François Rákóczi II, prince de TransylvanieChapitre 25 sur 65 · Mémoires · texte numérisé non relu

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conduite était d'un effet désastreux sur leurs troupes et rendait la discipline impossible. Pour échapper aux justes châtiments qu'on voulait leur infliger, ils passaient aux Impériaux ou bien s'enfuyaient en Pologne et là, avec leurs brevets d'officiers français et hongrois, ils trouvaient facilement un nouvel engagement.

Les transfuges allemands donnaient à Rékéczi moins de satisfaction qu'il n'en avait attendu ; ces soldats avaient été attirés par l'appât d'un riche butin et d'une existence sans discipline ; au début, quand le désordre régnait dans les camps des KouroucZy ils purent croire qu'il en serait ainsi, mais plus tard, ils virent que les choses avaient changé et ils recherchèrent les occasions favorables pour quitter l'armée et rentrer dans leurs foyers. Dans ses Mémoires^ Rékoczi explique, de façon intéressante, les raisons qui font> d'un soldat, un transfuge ou un déserteur.

Pour se procurer des officiers, il essaya de transformer son quartier général en école militaire ; par une large distribution de vains titres et de charges honorifiques, il cherchait à grouper autour de lui, les jeunes nobles, et sous sa direction, on leur enseignait la théorie et la pratique de Tart militaire, de façon à en former de bons offi-

ciers. Les professeurs étaient fournis par le régiment formant la garde du prince et composé d'anciens grenadiers français dont la conduite exemplaire était favorable à la formation des ofGciers. Le même effet était produit par un autre régiment^ nommé Palotds^ et commandé par le baron Binprecht ; ce commandant avait longtemps défendu le château de Murany, puis, contraint de se rendre, il devint partisan de Rékôczi et lui resta inébranlablement fidèle jusqu'à la fin de sa carrière. Mais cette école militaire improvisée ne fournissait pas les officiers nécessaires, en nombre suffisant, pour une armée qui s'accroissait chaque jour ; aussi était-on obligé de prendre des individus dont les mérites étaient minimes et, dans les postes qu'on leur confiait, ils faisaient souvent plus de mal que de bien. Cette incapacité relative de certains officiers fut une des causes du désastre de Nagy-Szombat et d'autres analogues qui suivirent.

Le général Heister, dont la victoire n'avait pasété aussi complète qu'il avait bien voulu le dire, ne chercha pas à rejoindre Râkôczi sur l'autre rive de la Vég. Par contre, le prince profita de la glace qui recouvrait le Danube pour envoyer Eirolyi inquiéter l'ennemi sur la frontière et

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prouver à la cour de Vienne que son armée était loin d'être détruite. Heister marcha contre lui, mais il dispersa ses troupes dans de petites villes : Bazin, Modor, Szent-Gyôrgy, contre lesquelles Bercsényi envoya Daniel Eâterh^y à qui les garnisons se rendirent, après une simple attaque ; le général autrichien perdit ainsi tous les avantages qu'avait pu lui donner la bataille de Nagy-Szombat.

Ràkôczi passa les premiers mois de Tannée de 1705 à Eger où, en vue de la campagne à reprendre au printemps, il s'occupa de l'administration civile et de la réorganisation de l'armée qui comprenait alors soixante-quinze miUe hommes ; il se proposait de se mettre à la tête d'un corps d'armée, bien composé et sûr, pour aller soit vers le sud, jusqu'à la frontière, soit pour pénétrer en Autriclie. Le terrain de la lutte se trouva pendant toute Tannée presque circonscrit à la vallée de la Vàg, où Ton se battit sans beaucoup d'ardeur; les Impériaux manquaient de troupes, il n'en était pas de même pour Rdkéczi, mais il était peu sûr de l'esprit de ses soldats et il préférait éviter toute grande rencontre sérieuse. Au mois de juin, la veille de la bataille de Podmericz^ il parla aux soldats réunis et quelques fragments de son allocution sont intéressants à rappeler, a Je ne sais, dit-il, s'il vaut

mieux ne pas vous découvrir la douleur de mon cœur ou vous laisser voir son amertume et sa juste indignation... ce qui me décide à vous adresser publiquement ces paroles, c'est le souvenir du zèle et de Tenthousiasme qui vous animaient, soldats hongrois, et qui vous ont armés pour la liberté, qui vous ont fait prendre la généreuse détermination de tout sacrifier au noble but de la libération de la Patrie !... Allons-nous mesurer nos efforts, fuir les dangers, éviter la lutte, et renoncer à la liberté, à la tranquillité^ à la paix poumons et pour nos descendants? ou bien devons-nous préférer retomber sous le joug de l'abject esclavage, exposer nos biens, nos amis, nos femmes, nos enfants à la colère d'une autorité cruelle et injuste et laisser en héritage, à nos descendants, un joug écrasant! »

Après leur avoir demandé s'ils voulaient conclure la paix, il leur proposait, si sa personne était un obstacle à la réalisation de leurs désirs, de se retirer au loin; après un nouvel appel à leur patriotisme, il terminait par ces mots : « Je ne cherche pas à fonder mon autorité sur vous; je ne veux pas vos biens et je ne veux pas amasser des trésors ; je vous demande seulement d'avoir un cœur hongrois pour que j'y unisse le mien, afin de pou-

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voir vivre et mourir pour vous, avec vous! »

En dépit de ce vibrant appel à la concorde, le combat de Podmericz se passa comme celui de Szered et, malgré de meilleures dispositions, il n'eut pas de résultat. Rdkéczi, ne pouvant plus diriger seul son armée, avait dû attribuer à ses généraux une liberté d'action chaque jour plus grande. Rejetant toute direction générale, ces chefs cherchaient autant à développer leur initiative personnelle, qu'à augmenter leur autorité et beaucoup, qui ne s'étaient ralliés à Râkôczi qu'alors que l'œuvre commencée marchait vers le succès, voulaient occuper la première place et jouer un rôle prépondérant.

Et malgré le nom historique du prince, son passé encore court, mais déjà si bien rempli, ses incontestables capacités militaires et politiques, l'affection et l'estime que lui témoignaient l'armée et le peuple, des généraux voulaient, sinon lui contester la première place, tout au moins paralyser son action, en opposant, à ses ordres, une force d'inertie qui rendait inutiles les plus belles conceptions et les plus héroïques efforts.

DIÈTE DE SZÉGSÉNT ET ASSEMBLÉE DE NA6Y-SZ0MBAT

Le 5 mai 1705, l'empereur Léopold * était

1. L^autenr deV Histoire du Prince Bagotzi résume ainsi le règne de Léopold I*' : « Il ent dans le cours de son règne un bonheur tout à fait extraordinaire, car après estre sorti de Vienne pour se réfugier à Lintz et de là à Passau, ne croyant jamais pouvoir sauver cette capitale de l'attaque de Rara-Mustapha, Grand Vizir... et depuis que le siège fut levé, jusqu'à la guerre qu'il entreprit contre la France, la fortune luy fut continuellement favorable, ayant eu à la teste de ses Armées des Généraux aussi braves que de bonne conduite... Ce que Gharle-Quint, avec toute sa grandeur espagnole, son esprit et ses armes, et TEmpereur Ferdinand, son frère, avec tonte sa politique rafinée, n'ont pu faire, le feu Empereur Léopold Ta fait, par la connivence de quelques Princes germaniques : sçavoir de s 'estre acquis sur TEmpire xm pouvoir absolu et despotique; en sorte qu'il a fait renverser toutes les Loix et les Traitez, pour luy complaire; et que sa seule volonté gonver-

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mort, son fils Joseph, proclamé à la Diète de Presbourg, lui avait succédé. « C'est Dieu qui a fait an interrègne », disait Bercsényi, car Joseph P*" possédait des facultés remarquables et était doué d*an naturel bienveillant; dans les Conseils, il avait paru bien disposé en faveur des Hongrois et, en montant sur le trône, il voulut reprendre les négociations. Sur les sages avis du prince Eugène, qui lui écrivait que les Hongrois étaient « trop exaspérés » contre le général Heister pour consentir à une réconciliation tant qu'il serait dans le pays, il le rappela et le remplaça par un général d'origine française, le comte d'Herbeville.

Le nouvel empereur voulait la paix, il lança une proclamation promettant l'amnistie à tous ceux qui feraient leur soumission et changea quelques-uns de ses conseillers. Rdkôczi, dans les termes les plus conciliants, lui écrivit pour lui iaire savoir qu'il était prêt, avec la nation, à la réconciliation, si l'empereur faisait droit aux revendications du pays. Joseph I®' croyait avoir assez fait

noit la République allemande, sans qu'aucun Prince genna> nique ait osé s'y opposer, ou ne se soit exposé luy-môme à y perdre ses Estais; etil en auroit fait la môme chose de la Hongrie et plus encore s*il n'avoit trouvé dans les Comtes mécon* tents plus d'amour pour la Patrie et pins de résolution que dans les Princes germaniques... >

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pour apaiser toutes les passions, toutes les colères, mais quand il vit qu'il n'en serait pas ainsi, que les Mécontents maintenaient leurs droits, il se retira, irrité.

Si loin que fût de la pensée de Râkoczi le désir d'augmenter son autorité et de viser à une souveraineté définitive, il ne pouvait pas se dissimuler qu'il était temps, dans l'intérêt même du soulèvement, d'arriver à une solution, de mettre fin aux troubles qui se produisaient. L'on était loin des débuts, de l'époque où la soumission spontanée des combattants volontaires à un chef suffisait à en faire le maître incontesté du mouvement. Le soulèvement s'étendait sur les deux tiers du pays et disposait d'une armée, il lui fallait maintenant une organisation régulière, des forces et une autorité légale qui pût diriger aussi bien les opérations de la guerre que les négociations de la paix, qui n'eût pas à compter avec la bonne volontés souvent douteuse, de ses auxiliaires, mais qui aurait le pouvoir de commander et de se faire obéir; une volonté qui, au nom de la légalité, pourrait réunir les forces éparses et en faire un tout, uni, puissant.

Les sentiments de loyauté de Rdkôczi et sa conception de la légalité ne lui permettaient pas

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de procéder lai-même à une organisation dont la nécessité était évidente. Il avait amené les choses à un point tel que le pays était assez libre pour décider lui-môme, ri voulait donc que ce fût le pays, ou plutôt ses représentants légitimes qui prissent une décision ; il avait promis, aux protestants, la convocation d'une Diète dans laquelle on discuterait leurs griefs et le moment était venu de tenir sa promesse. Les incidents qui s'étaient produits, au cours de l'année, avaient rendu quelques patriotes hésitants, ils craignaient que l'issue de la guerre ne fût pas heureuse et ils voulaient la paix à tout prix ; cette manière de voir permettait aux ennemis de Rékôczi, aux envieux, de répandre, dans certaines contrées, le bruit que l'empereur était disposé sérieusement à conclure la paix, à faire droit aux revendications du pays et que les négociations auraient depuis longtemps donné un résultat si Râkôczi et Bercsényi, pour des raisons personnelles, ne s'y étaient opposés. C'était donc pour Rikôczi un point d'honneur que de donner à la nation l'occasion de se convaincre elle-même des intentions de la cour de Vienne. Il pensait aussi que dans un pays libre, où régnait le régime parlementaire, les négociations mystérieuses sont toujours dangereuses et que l'appa-

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rence d'un secret engendre la méfiance et le soupçon ^.

Ces raisons étaient péremptoires et obligeaient Rdkoczi à ne plus tenir compte de celles qu'il avait eues auparavant contre la convocation d'une Diète. n lança donc, selon les formes traditionnelles d'autrefois*, un appel pour le i®' septembre 1705, et choisit la ville de Szécsény pour la réunion de la Diète. Il avait pensé d'abord à la convoquer dans les plaines du Ràkos, mais il se décida ensuite pour Szécsény, dans le comitat de Nogràd, parce que cet endroit était plus rapproché de Selmecz, ville où se trouvaient les envoyés impériaux et les représentants étrangers, réunis pour y discuter des conditions de la paix. Cette proximité de Szécsény et de Selmecz devait permettre aux représentants du pays de communiquer facilement avec les négociateurs. Le plus important d'entre eux était l'archevêque de Ealocsa^ Paul Széchenyi, que Ràkéczi conduisit lui-même à la Diète pour qu'il pût s'entretenir librement avec les représentants.

Ràkôczi se rendait à la Diète avec la ferme décision de déposer entre les mains des députés Tau-

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