‹ François Rákóczi II, prince de TransylvanieChapitre 27 sur 65 · Masse d'armes · texte numérisé non relu

Masse d'armes

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les moyens de lutter qu'elle possédait et qui s'ac* croissaient sans cesse, permettaient d'espérer que le mouvement national ne resterait pas sans effet et que le sang des martyrs de la liberté n'aurait pas arrosé en vain le sol de la patrie. Car la guerre que la Hongrie avait entreprise était bien, selon l'expression de Lacordaire, Tacte d'un peuple qui repousse l'injustice au prix de son sang.

Les conférences de Gyôngyôs n'avaient pas donné de résultats positifs, celles de Selmecz ne firent que confi rmer le peu de loyauté des promesses faites par rAutriche. Après avoir laissé passer la durée de l'armistice en vaines discussions de titres et de préséances, le vice-chancelier, le baron de Seilern, avait demandé une prolongation de l'armistice qui lui avait été accordée, il voulait l'employer à la discussion des conditions auxquelles une nouvelle prorogation pourrait être obtenue, mais Râkoczi s'était opposé à ces discussions et avait voulu que l'on passât immédiatement aux questions importantes. L'une d'elles était le caractère de l'intervention étrangère ; selon l'Autriche^ il s'agissait d une simple intervention des amba-

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sadeurs en faveur de la Hongrie^ Rdkoczi voulait, au contraire, considérer les ambassadeurs comme des « médiateurs » officiels, pouvant se porter garants des clauses du traité; le vice- chancelier dut y consentir, mais alors il émit la prétention de ne présenter les articles du traité qu'un à un pour les soumettre ainsi à la discussion.

Széchenyi repoussa ce procédé et, quand on put connaître les quinze articles du projet de traité, on vit qu'ils étaient absolument inacceptables. Ils ne traitaient pas d*améliorations à apporter aux maux du pays, à la situation politique, mais ne s'occupaient que des clauses d*un armistice prolongé, ils posaient des conditions d'une dureté inouïe, exigeaient des sacrifices d'argent, des cessions de territoire, etc. Il était clair qu'en posant ces conditions le cabinet les savait inacceptables, et il n'avait voulu que gagner du temps pour récupérer ses forces et lasser le zèle des confédérés.

Entre temps, des incidents s'étaient produits ; ainsi, au printemps de 1706, les Hongrois pénétrèrent en Styrie, puis en Autriche, et s'avancèrent dans le pays en le ravageant \ D'autre part, le

1. Vers la fin de mars, Etienne Balogh surprit la troupe de Pàlffy qui était prôs de la frontière et la poursuivit jusqu'à

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bruit s'était répandu que des troupes françaises avaient débarqué à Fiume. Le duc de Vendôme, qui appréciait la valeur du soulèvement hongrois pour la diversion qu'il procurait à la France^ avait envoyé quelques navires dans la mer Adriatique, pour examiner l'endroit, aux environs de Trieste ou de Fiume, où des troupes françaises pourraient débarquer. On apprit bientôt à Vienne la présence de ces navires et l'on parla d'un débarquement de troupes françaises qui devaient faire leur jonction avec les troupes hongroises, mais cet incident n'eut pas de suites.

Ce bruit et les succès remportés par les Mécontents donnèrent à réfléchir à Vienne ; l'échange de courriers et de notes redevint actif, des armistices furent accordés et rompus sans que les négociations fissent de grands progrès ; elles avaient évolué toute l'année autour des conditions d'une trôve de longue durée et aussi sur les pouvoirs des médiateurs. La reine Anne, dans le plein pouvoir donné à lord Stepney , parlait d'une « intercession », en faveur des sujets révoltés, auprès de leur légi-

Vienne. L*empereur Joseph chassait à Laxenbourg, quand des paysans qui s'enfuyaient lui apprirent que les Rouroucz étaient là; l'empereur eut à peine le temps de s'échapper, les Rouroucz tuèrent quelques chasseurs et s'emparèrent des faucons.

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time souverain, elle se servait encore d'autres expressions qui blessèrent Tamour-propre des Hongrois. « Nous ne sommes pas des insurgés, mais une nation libre, combattant pour le rétablissement de son droit », avait dit Bercsényi. Lord Stepney demanda et attendit un autre pouvoir. Les pièces produites par les représentants de TAutriche soulevèrent également des protestations de la part des confédérés qui tenaient à être traités en puissance belligérante et non en sujets révoltés.

Us demandaient aussi, ce qui prolongea longtemps les discussions préliminaires, que l'empereur renonçât à l'hérédité du trône, arrachée au Parlement de 1687, et rétablît l'élection du roi. Joseph P' déclarait que le Parlement de Presbourg n'avait pas créé un droit nouveau, que depuis deux cents ans, la couronne de Hongrie appartenait, en fait et en droit, à la maison de Habsbourg et y était héréditaire.

La question était complexe» d'autant plus que Ton ne s'entendait pas sur la valeur exacte de l'hérédité; du côté de l'Autriche, on déclarait que l'hérédité n'était pas incompatible avec le régime constitutionnel, et que le roi, tout en voulant maintenir ferme son droit incontestable,

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n'entendait nullement mettre en doute la liberté constitutionnelle de la Hongrie que, tout au contraire, il s^engageait à la maintenir. Les confédérés exprimaient la crainte qu'une fois la Hongrie placée, au point de vue de l'hérédité, sur le même pied que les provinces héréditaires, la cour n'en tirât le droit, ou tout au moins, le pouvoir, de la gouverner comme les autres parties de l'empire. Il fallut de longs efforts de la part des médiateurs pour arriver enfin à écarter cette question préliminaire et à décider qu'elle ferait l'objet d'une discussion distincte, lors de la conférence.

Ce fut à Nagy-Szombat, au mois de mai de Tannée 1706, qu'eurent lieu les négociations, et après qu'on eut résolu ou écarté les questions préliminaires, on arriva au véritable point en litige : aux causes du soulèvement.

La Confédération résuma en vingt-trois points ses griefs et ses revendications.

Elle demandait tout d'abord la garantie des puissances étrangères, outre l'Angleterre et la Hollande, la Suède, la Pologne, la république de Venise ; l'intervention de ces puissances lui semblait nécessaire pour rendre la paix plus sincère et plus durable.

La Transylvanie devait conserver son droit d'é-

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lection, ses privilèges, ses libertés, et être déclarée indépendante de TAutriche.

Les clauses du traité de Presbourg, arrachées parla violence, et origine des troubles actuels, devaient être annulées... la Bulle (TOr d'André II, rétablie et respectée...

Les troupes autrichiennes devaient quitter les forteresses et les villes qu'elles occupaient pour être remplacées par des troupes nationales...

La dignité de palatin devait être rétablie, ainsi que les autres dignités, et les administrations des comitats et des villes libres...

La charge de généralat devait être rétablie.

L'autorité illégale du fisc étranger devait être remplacée par un trésorier général du royaume.

La Sainte Couronne, tous les joyaux, les archives, devaient être rendus à la Hongrie, confiés à des patriotes, choisis par le pays, et gardés au château de Murâny d'où ils ne pourraient sortir, quoi qu'il arrivât dans le pays, sans l'autorisation du palatin et du Sénat...

Les prétendus droits de FAutriche sur les territoires reconquis sur les Turcs devaient être abolis, et ces biens revenir à leurs légitimes propriétaires, sans qu'ils aient rien à payer...

Les étrangers étaient exclus des hautes charges

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et le roi ne pouvait en prendre comme ministres; les dignités et les emplois, civils ou ecclésiastiques, ne devaient être attribués qu'à des nationaux...

Dans rintérêt de la paix et de Tunion, les religions reconnues pouvaient être exercées librement et elles restaient en possession de leurs églises^ revenus, etc., etc.

La convocation des Diètes devait avoir lieu conformément aux lois antérieures... Satisfaction devait être donnée à ceux qui avaient à se plaindre d'illégalités commises par le fisc ou par la cour... les biens mobiliers ou immobiliers enlevés à leurs propriétaires devaient être restitués ou compensés par un dédommagement les équivalant.

Les donations, privilèges, hypothèques, accordés sous Léopold V^y au détriment de la nation, étaient déclarés nuls...

La monnaie de cuivre conservait sa valeur jusqu'à ce que l'Etat ait pu la faire rentrer dans ses caisses... •

Instruits par ce qui s'était passé à Karlovitz, les confédérés demandaient que l'on ne disposât plus d'eux sans eux, et qu*aucun traité, aucune négociation des affaires de Hongrie ne puisse avoir lieu sans l'intervention du palatin et d'un Sénat autorisé à cet effet.

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Pour que, plus tard, on ne dénaturât pas leurs actes et qu'on ne les inquiétât pas à cause de leurs opinions, tous les confédérés, prêtres ou laïques, dignitaires^ officiers, fonctionnaires ayant pris les armes pour une cause légitime, le maintien de leur liberté, doivent être déclarés solennellement les défenseurs des lois et de la liberté de la patrie. . .

Les illégalités commises contre les privilèges de la noblesse et contre le prince Râkoczi, chef des confédérés, contre le général en chef Bercsényî, sont déclarées nulles et de nul effet...

Les privilèges de la noblesse et des autres classes, ceux des Goumans et des Jazyges, des hajdouks, restent intacts.

Les lois, prérogatives, décrets, traités, diplômes, et toutes leurs clauses serontconfirmés par le serment royal et seront inattaquables. Nul, noble ou non, ne peut être imposé sans une autorisation du Parlement.

Tous les articles qui précèdent doivent être soumis aux délibérations du Parlement et publiés en présence des médiateurs étrangers... et par cet acte, la pacification étant rétablie, le gouvernement légal donnera satisfaction à tous les griefs qui n'ont pu être exposés ici...

En parcourant cet exposé, on voit qu'il ren-

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ferme tout ce que la nation hongroise pouvait demander pour le rétablissement de ses droits constitutionnels et de ses privilèges inconstitutionnels -, du reste, cetexposé, accompagné de commentaires historiques, était appuyé sur la Bul/e cTOr d'André II et sur le Jus Tripartitum. A part quelques changements, conséquences du temps et des circonstances, ce programme ne différait pas beaucoup de celui que devait revendiquer, plus tard, la Révolution de 1848.

La concession d'aucune de ces revendications n'eût formé une conquête nouvelle, car toutes étaient basées sur le terrain de la légalité et Tétendard de la « révolte » s'appuyait sur le droit. Mais la combinaison, le rappel, le réveil de toutes ces lois faites, selon le temps et les circonstances, dans rintérét de la Constitution, pour la limitation du pouvoir gouvernemental, formaient un ensemble donnant à la Bu//e dOr toute sa valeur, renfermant l'autorité royale dans d'étroites limites et mettant la Constitution hongroise àTabri de toute attaque. Accorder ce que demandaient ainsi les confédérés, c'était, pour la maison d'Autriche, effacer d'un trait de plume les avantages lentement accumulés depuis deux siècles ; cependant, à Vienne, on ne repoussa pas avec indignation ces

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hardies revendications, on les accueillit avec calme, on les étudia, on n'en rejeta complètement que quelques-unes ; on chercha à éluder les autres, on parut vouloir en accorder un certain nombre, ce qui prouve combien la confiance en la victoire, suscitée par l'affaire de Nagy-Szorabat, s'était atténuée, surtout depuis la formation de la Confédération de Szécsény et combien, redoutant le soulèvement général, on désirait la paix, ou tout au moins un long armistice.

La réponse que l'on transmit aux Mécontents était un chef-d'œuvre d'habileté diplomatique qui eût pu tromper tout autre qu'une nation rendue prudente par deux siècles d'expérience. A toutes les revendications des Confédérés, on répondait par des arguments d'une déconcertante naïveté; pouvait-on regarder comme <t étrangères » des troupes destinées seulement à assurer la sécurité du pays? Qu'importait que les finances fussent gérées par des Autrichiens, du moment où elles étaient administrées avec « impartialité » ? Pourquoi reprendre la question des domaines reconquis, l'empereur n'avait-il pas institué une commission spéciale? Que voulaient les protestants, n'avait-on pas, par des traités, par des lois, par des promesses, m fait depuis longtemps » suffi-

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samment pour la liberté religieuse? Quant à la convocation des Diètes, le gouvernement ne Favait-il pas « déjà souvent promise » ? Et c'est pourquoi, les autres points devaient être laissés momentanément à récart, pour être traités, lors de la convocation d'une Diète, ou résolus par la « grâce et la bienveillance de l'empereur. »

On sait avec quelle confiance on pouvait attendre la convocation d'une Diète, et Ton sait aussi comment l'empereur témoignait, «sa grâce ». Sur une simple présomption, Ràk6czi avait été arrêté, enfermé, condamné à mort et maintenant qu'il avait appelé la nation aux armes, que depuis trois ans, il luttait contre la maison d'Autriche, il eût fallu qu'il se livrât, avec tous ses frères d'armes, à la « grâce » d'un impitoyable ennemi !

Avoir accueilli les revendications d'une Confédération coupable de « haute trahison » était déjà une concession ; la réponse en était une autre et, de plus, elle renfermait des promesses enveloppées de termes sonores et vagues, mais au fond n'accordait aucune satisfaction, ne mettait fin à aucun des griefs, à aucune des illégalités ayant motivé le mécontentement et le soulèvement du pays. Pour faire accepter ces conditions, les commissaires autrichiens comptaient que le temps manquerait

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aux Hongrois pour comprendre Tinanité du pompeux document qu'on leur présentait. L^armistice devait cesser à la fin de juillet et la cour, qui jusqu'alors avait toujours cherché à proroger les armistices, se refusait catégoriquement à une prolongation de ce dernier.

Le document ayant été remis quelques jours avant la date fixée, il fallait une réponse immédiate. Cette hâte et ce refus de prolongation parurent suspects aux confédérés et, malgré le manque de temps, ils étudièrent de plus près le document, et... la rupture s'ensuivit ^ <c En insistant de la sorte sur la restitution de leur Charte, les Magyars envisageaient plus la justice que la force de leur cause. Us oubliaient que s'ils avaient des armées, des places fortes et les deux tiers, environ, du royaume, ils étaient renfermés en Hongrie depuis la fatale journée de Blenheim... Us perdirent ainsi l'occasion, si rarement offerte aux gouvernements issus d'une insurrection, de conclure une paix sérieuse et honorable, garantie par deux grandes puissances étrangères '. »

Mais le refus de faire droit à ces revendications

1. Am 22. Julius (1706) brachen die Ragotsischen Deputirten aile Negociationen ab. (Engel.)

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