‹ François Rákóczi II, prince de TransylvanieChapitre 3 sur 65 · Praknéi V. : X/ Incze Papa · texte numérisé non relu

Praknéi V. : X/ Incze Papa

Ion Texpression d'un historien français, a le rempart de la chrétienté » eût pu se croire enfin libre.

Il n'en fut rien, elle n'avait fait que changer de persécuteur et, dit un autre historien, les Autrichiens firent presque regretter les Turcs. Le nonce Buonvisi écrivait au pape qu'au heu de pacifier le pays, ils ne cherchaient qu'à se venger des Hongrois et à profiter du désordre pour s'enrichir. Le nonce ne se bornait pas à écrire à Rome ce qui se passait, il intervenait auprès de l'empereur en faveur des Hongrois, il demandait à Léopold de se montrer plus humain à leur égard, d'adoucir leur sort si douloureux. Le pape Innocent XI voulait que la Hongrie redevînt catholique ; néanmoins, il avait maintes fois conseillé à l'empereur d'accorder la liberté religieuse aux protestants, pour les détacher des Ottomans. Le nonce, pressentant ce qui devait arriver, attira l'attention de l'empereur sur les conséquences d'un rapprochement entre les Hongrois et les Turcs ; l'empereur répondit à ses objurgations par de vagues promesses, et Buonvisi, qui depuis longtemps désirait se retirer, quitta Vienne.

Les territoires magyars, reconquis sur les Turcs, avec le concours de Charles de Lorraine, et par les troupes hongroises, étaient l'objet de graves

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discussions ; la Hongrie les considérait comme faisant naturellement partie du pays ; rAutriche veulait les annexer à ses États héréditaires, ou tout au moins les administrer d'après ses lois ; elle appuyait ses revendications sur ce fait qu'elle n'enlevait pas ces provinces à la Hongrie, mais qu'elle les avait conquises par la force des armes, jîis armorum. La Hongrie, elle, faisait valoir ses droits séculaires sur ces territoires qui avaient fait partie du pays, qui appartenaient à la nation et qu'elle avait reconquis par des flots de son propre sang et par son argent.

Les domaines qui se trouvaient sur ces territoires eussent dû faire retour à leurs anciens propriétaires, le gouvernement autrichien nomma une commission, Neo acquistica Commissio, chargée d'examiner les revendications ; après d'interminables formalités, des objections subtiles, des procès sans fin, elle exigeait des légitimes propriétaires des indemnités pécuniaires fort élevées, pour leur permettre de rentrer en possession de leurs biens, encore cette restitution n'était-elle pas la solution la plus fréquente.

La Constitution, la liberté civile et religieuse, le droit individuel et le droit de la famille, tout ce qui est sacré et inviolable, était foulé aux pieds.

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arraché avec le despotisme le plus arbitraire. Les édifices publics étaient transformés en prisons^ on y enfermait hommes, femmes, enfants; on eut môme recours à la torture pour arracher, à ces malheureux, des aveux qui les conduisaient à Téchafaud.

Un homme sanguinaire dont le souvenir est exécré en Hongrie, le général Carafa, fit dresser des échafauds sous ses fenêtres même. Originaire de l'Italie et parent de Montecuculli dontlaprotec^ tion lui avait valu, malgré son incapacité, le grade de général, Carafa dépassa en cruauté Spankau et Cobo ; sa politique, à la cour de Vienne, eut le même principe que celle du cardinal KoUonics : la haine de la Hongrie. Ce fut au moment où, sauf Munkàcs, presque toute la Hongrie Supérieure était aux mains des Impériaux, alors que Thôkôly était impuissant, que, sous prétexte d'un soulèvement dirigé par l'ancien chef Kouroucz, il établit le tribunal sanglant d'Ëperjes dont les sentences étaient des condamnations à mort. Sur les échafauds dressés devant la maison qu'il habitait, pendant trente jours consécutifs, trente bourreaux rivalisèrent de zèle, en inventant les tortures les plus barbares. Le massacre fut épouvantable et provoqua enfin une clameur de réprobation assez

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violente pour parvenir jusqu'à Léopold. Il prétendit que ces massacres avaient été commis à son insu. Cependant Carafa voyait bientôt ses services récompensés.

Le cardinal KoUonics et le k. k. Hofkriegsrath ét^ent les maîtres^ un joug de fer pesait sur les Hongrois. Ils cherchaient, ils attendaient un libérateur ; leurs yeux se tournèrent, pleins d'espérance, vers François Rdkôczi IL

Pour ne pas remonter à Torigine de la famille Ràkéczi, on peut ne citer que Sigismond Râkôczi, Tun des premiers et des plus zélés partisans d'Étienne Bocskay, celui qui, par son attitude énergique, fit éclater la colère de la nation contre l'Autriche et, par la paix de Vienne (23 juin 1606), assura la liberté politique et religieuse à son pays. Pendant tout le cours du xvu® siècle, la famille Rdkôczi ne cessa de prendre une part active à la vie nationale, les femmes elles-mêmes jouèrent un rôle important. George Ràkdczi P"^ eut pour épouse Suzanne Lordntffy, femme d'une intelligence supérieure qui incarna le protestantisme et en fut Fapôtre; elle rallia à la famille Ràkéczi

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toutes les forces protestantes de l'époque et sut, malgré les orages qui menaçaient sa religion, lutter pour sa foi. Elle fonda des écoles, « elle en prit soin comme une mère de son enfant, et donna l'instruction à la jeunesse pour qu'elle pût convenablement servir Dieu et sa patrie. »

Devenue veuve, elle administra si bien la fortune patrimoniale * qu'elle Taugmenta dans de grandes proportions, ce qui ne fut pas sans utilité pour les luttes que la famille Ràkôczi soutint plus tard. Elle rêvait l'accroissement de la puissance de ses coreligionnaires, et elle espérait bien un jour voir son rêve se réaliser, mais la Providence renversa ses projets ; à cette protestante ardente, la politique donna pour belle-fille Sophie Bdthory. '

Ce lui fut une vive douleur; cependant pour épouser son fils, George Rdkéczi II, Sophie Bàtbory, issue d'une famille polonaise, et élevée

1. En 1652, la fortune patrimoniale des Ràkôczi était de plus de dix millions de florins ; on estimait à un demi-million Taugmentation annuelle de la fortune que Suzanne Loràntffy faisait soigneusement garder dans les forteresses de Munkâcs, de Patak et de Regécz; il y avait aussi pour plusieurs miUions de joyaux, d'objets d'orfèvrerie, etc. Quand les Impériaux prirent Munkàcs, on dressa Tinventaire des objets précieux qui s'y trouvaient et qui furent envoyés à Vienne pour être remis entre les mains de Rollonics ; plus tard, il en restitua une partie aux héritiers. Ce fut peu de chose; les Autrichiens avaient dilapidé la plus grande partie de ces trésors.

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dans la religion catholique, avait adopté la religion de Calvin. La perspicacité de Suzanne Loréntffy ne tarda pas à lui révéler combien peu cette conversion était sincère. Elle conçut de grandes inquiétudes pour Tavenir, et prit, avec plus de fermeté encore qu'auparavant, la direction de toutes les affaires de la famille, elle en devint l'autocrate; son testament fut le reflet de ses préoccupations; elle stipula que ses héritiers et légataires devaient continuer à verser, aux églises et aux écoles protestantes, les sommes qu'elle leur avait attribuées jusqu'alors, et au cas où ces sommes ne seraient pas payées, le Comitat devait intervenir pour faire respecter les droits lésés de ces établissements.

Sophie Bdthory, douée d'une volonté virile, était restée, dans le fond de son cœur, profondément attachée à la religion catholique, aussi avaitelle conçu le projet de faire rentrer la famille Rakôczi dans le giron de TÉglise. Son entourage connaissait ses sentiments, et George Ràkoczi II, dans son testament, rédigé peu avant la bataille de Fenes, où, le 6 juin 1660, il devait recevoir une blessure mortelle, lui avait recommandé de conserver la foi helvétique et d'élever, dans cette foi, leur fils unique, le prince François. Les pro-

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testants portaient encore le deuil de Suzanne Lordntffy, quand George Rdkoczi mourut à Nagy- Vdrad où il avait été transporté.

Sa veuve était absolument libre ; elle ne tint nul compte du désir exprimé par son mari; ses sentiments intimes lui firent un devoir de retourner à la religion de ses ancêtres * et elle l'annonça officiellement^ en même temps que la conversion^ au catholicisme^ de son fils, François Râkéczi I*', alors âgé de dix-sept ans. Le jeune prince adopta avec enthousiasme la foi de sa mère, et se soumit sans résistance à la direction de ses maîtres, les Jésuites; il fit imprimer et distribuer des livres de piété dont Tun parut même sous son nom.

Douée d'un esprit politique profond, Sophie Bàthory sut s'assurer des amis et des alliés ; les catholiques se rapprochèrent d'elle et la puissance déjà grande de la famille Rékôczi s'en trouva encore accrue. En rentrant dans FÉglise catholique, la belle-fille de Suzanne Loràntffy rendait non-seulement service aux siens, mais encore pré-

1. Au xvi« siècle, lorsqu'éclatèrent les guerres religieuses, la famille Bâthory, qui occupait en Pologne, un des premiers rangs dans la société, était restée fidèle au catholicisme. Dans la seconde moitié du xvi* siècle, André Bâthory avait épousé la fille du sénateur Rosztka dont le frère, Stanislas Kosztka, fut placé par rÉglise sur ses autels. Sophie, la petite-fille d'André, devint i*épouse de George Râkôczi II.

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parait les voies pour plus tard, quand protestants et catholiques s'unirent pour prendre part au soulèvement national. Protestant, François Râkôczi II n'eut pas réuni sous son drapeau toutes les forces de la nation, comme le (it François Râkôczi II, catholique.

Dans le pays même, un mouvement contre la Réforme se dessinait; les catholiques se rapprochèrent de Sophie Bâthory et bientôt un mariage fut conclu entre la famille Ràkôczi et la famille Zrinyi dont la foi catholique était aussi sincère que le patriotisme ardent.

Hélène Zrinyi, fille du comte Pierre Zrinyi et de la comtesse Catherine Frangepân, se distinguait par « un sentiment religieux fort vif, et une soumission toute chrétienne aux décrets de la Providence * ». Elle avait déjà montré ce qu'elle serait, lorsqu'on la fiança au jeune François Râkôczi P*", en 1665, à Trencsén ; le mariage eut heu Tannée suivante, le !•' mars 1666^ au château de Makovicza. Les eaux thermales de Trencsén avaient été un prétexte de réunion, les fêtes brillantes du mariage en furent un autre, et les nombreux invités renfermaient dans leurs rangs les

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