‹ François Rákóczi II, prince de TransylvanieChapitre 45 sur 65 · David Angyal · texte numérisé non relu

David Angyal

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entrevue, le samedi saint, avec le duc d'Orléans qui, tout en reconnaissant l'avantage que la France pouvait retirer de la continuation de la guerre, ne conseilla pas moins au prince Râkôczi de ne pas s'exposer ainsi, sur de simples promesses. Il l'assura de sa bienveillance et lui déclara que la France lui serait toujours ouverte.

Lors de son voyage à Paris, au mois de mai, le czar dissuada Rdkôczi de ce projet, il lui fit voir les dangers que présenterait Tentreprise *, mais il lui promit son intervention lors de la conclusion de

1. «La France leur étoit toiijours suspecte (aux Impériaux), Kônigseck y redoubloit d'attention pour découvrir s'il se faisoit dans le royaume quelques mouvements de troupes, quelques préparatifs capables d'augmenter les soupçons. Ne trouvïmt rien, il se réduisoit à veiller sur la conduite de Ragotzi et sur les secours qu'il pouvoit espérer. Un coquin, nommé Welez, qui avoit été envoyé de Ragotzi en France, s'offrit à Kônigseck. Son maître l'avoit disgracié. 11 promit à Tambassadeur de l'Empereur de l'informer de tout ce qu'il pourroit découvrir. 11 lui donna une lettre de la princesse Ragotzi à ce prince, qu'il prétendit avoir interceptée. Il l'assura qu'il y avoit un traité fait, à Paris, entre le Czar et Ragotzi, où les rois de Suède et de Pologne étoient compris; et que le moyen le plus sûr d'en empêcher l'effet étoit d'assassiner Ragotzi passant dans l'État d'Avignon, parce qu'il n'y avoit rien à craindre dans la souveraineté du Pape...

« Supposant aussi les mouvements des Mécontents d'Hongrie comme une branche du projet, ils firent arrêter à Hambourg des officiers attachés à Ragotzi et prirent des mesures pour le faire enlever ou tuer lui-même, soit qu'il voulût passer en Hongrie, ou joindre les Espagnols en Italie ; et on sut que l'un d'eux devoit recevoir six livres par jour, outre les dédommagements des frais de la suite de ce prince, auquel on détacha aussi d'autres espions. — Mémoires de Saint-Simon.

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la paix éntro la Russie et T Autriche. L^alliaace défensive que le czar voulait conclure avec la France et la Prusse fut signée à Amsterdam^ le 4 août 1717.

La politique extérieure de la France avait changé d'orientation et le gouvernement du Régent voyait, dans le départ de Rdkôczi, un acheminement vers la réalisation de ses nouveaux projets ; aussi tout en regrettant son départ et en admirant son courage, ne fit-on rien pour le retenir. La modification survenue, avec le cardinal Alberoni, dans la politique espagnole affermit la décision du prince; les préparatifs de guerre faits^ non plus contre la Turquie, mais contre l'Autriche, ranimèrent ses espérances. Aux objections que lui firent encore quelques amis, il répondit qu'il devait profiter de l'occasion que la Providence lui offrait et qu'elle saurait bien le guider. Il espérait pouvoir encore servir sa patrie et cependant, il ne pouvait oublier la conduite, à son égard, des représentants de la nation, à la Diàte de 1715 ; quelques lignes sont nécessaires pour rappeler ce qui se passa, en Hongrie, à ce moment.

Râkôczi n'avait pas accepté les conditions de l'amnistie, il ne s'était pas soumis, il ne le pou-

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vait pas, il ne le devait pas ; le prince de Transylvanie, le chef des confédérés ne pouvait pas devenir un sujet. Le sentiment de dignité auquel il obéissait fut jugé différemment par les députés réunis à la Diète de 1715. Ils décidèrent que, « puisque Rdkôczi, Bercsényi et quelques autres n^avaient pas profité de Tamnistie, ni demandé leur grâce^ dans les délais prescrits, mais, au contraire, persévéré, avec obstination, dans la trahison et dans le crime de lèse- majesté, ils étaient déclarés ennemis publics du roi légal et de la patrie, traîtres au pays, adversaires de la véritable liberté ». Chacun avait le droit de les poursuivre et de les arrêter a pour les soumettre aux châtiments mérités». Tous leurs biens, meubles et immeubles, étaient saisis par le fisc. Tous ceux qui seraient convaincus d'avoir des rapports, môme par correspondance, avec les rebelles, seraient poursuivis pour crime de lèse-majesté.

. Par Part, xl de la loi de 1715, par cette excommunication lancée contre des patriotes, le Parlement et la Hongrie, qu'il représentait, se séparaient complètement de Tesprit libéral qui avait été Tâme du mouvement ràkôcziste. Les États aggravaient la situation faite à Râkôczi par la paix de Szatmàr et, avec une inconsciente indif-

férence, avec un égoïsme absolu, ils renonçaient à l'indépendance, à la lutte, pour avoir, par la soumission, la tranquillité et la paix.

Souvent, dans les assemblées révolutionnaires, on voit prendre des mesures de proscription, mais jusqu'alors aucune Diète magyare légale n'avait pris cette décision. Elle se rangeait, par ce fait, au point de vue du gouvernement qui n'avait voulu voir dans le mouvement rékocziste qu'une révolte ; dans ses actes, il ne le mentionnait pas autrement et telle était aussi la manière de voir de l'aristocratie autrichienne, de Tépiscopat, de tous les fonctionnaires impériaux...

Mais cette fidélité, ou cette soumission, au gouvernement n'était pas absolument désintéressée et si l'activité de la Neo acquistica Comrnissio s'était un moment ralentie, elle ne reprit qu'avec plus d'ardeur son travail de spoliation ; les confiscations, conséquence du soulèvement Kouroucz, lui en fournirent les éléments.

En Transylvanie, Part, vi du Diplôme royal ne lui permit pas de s'emparer des biens appartenant aux proscrits; après maintes discussions, ils finirent par rester à leurs légitimes propriétaires.

Il en fut autrement en Hongrie ; les domaines des familles Ràkôczi, Bercsényi, Csâky, Forgàch,

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Esterhàzy, etc., etc., couvraient tout le nord et le nord-est du territoire; dès 17H, le gouvernement mit la main sur ceux de ces biens dont il n'avait pas encore pris possession.

KoUonics, bien des années avant les événements de 1703, trouvait que c'était grand dommage que Tempereur et les seigneurs allemands possédassent si peu de domaines, en Hongrie * !

Ce que fut l'attribution de ces biens immenses, dont le gouvernement autrichien venait de s'emparer, est facile à se représenter. Tous les loyaux sujets firent valoir les services qu'ils avaient rendus, d'autres qui n'avaient rien fait surent faire valoir des droits imaginaires qui reçurent des récompenses réelles. Depuis les sommes insignifiantes (six mille florins*) jusqu'aux centaines de mille florins (trois cent mille), il y en eut pour toutes les convoitises. Les Autrichiens ne furent pas seuls à se partager les dépouilles des vaincus, les Allemands en eurent leur part et Ton vit les domaines, aux noms si magyars, de Munkdcs, Sàros-Palak, Regécz, Szigetvàr, Szerencs, Csdk-

1. Einrichtungswerk des Kœnigreichs Hungem. Manuscrit de 1689. Musée National.

2. Cette somme de six mille florins fut attribuée à un valet de chambre de Timpératrice.

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tornya, etc., devenir la propriété de généraux et de fonctionnaires aux noms germaniques.

Malgré la résolution qu'il croyait avoir éner^quement prise, le prince Rdkôczi eut encore de cruelles hésitations % enfin il fixa la date de son départ. Il fit une retraite de huit jours à Grosbois pour se préparer à la fête de l'Assomption et, le 16 août 1717, il remercia les Camaldules et prit congé de ces religieux à qui il garda toujours un reconnaissant souvenir.

Il se rendit à Paris et après avoir d'abord eu rintention de passer quelque temps en Normandie, chez le maréchal de Tessé, il alla prendre congé de la duchesse de Gonti, à Choisy ; il vit encore tous ses amis qui essayaient de le retenir et il

1. « Le chiaouSf principalement venu pour débaucher le prince Ragotzi, y réussit... Il est inconcevable comme un homme qui, après tant de tempêtes, goûte un tel port, se rejette de nouveau à la merci des vagues, et trouve des gens de bien qui, consultés par lui de bonne foi, lui conseillent de s'y rembarquer; et mille fois plus inconcevable encore comment il s*est pu conserver dans son même genre de vie jusqu'à la mort, pendant plusieurs années, et chez les Turcs, et parmi un faste et des dissipations qu'il ne put éviter...

Alberoni fut ravi du passage de Ragotzi en Turquie. U lai promit un vaisseau pour en faire le trajet, s'il ne pouvoit en obtenir un en France, et lui fit espérer des secours s'il en avoit besoin dans la suite... » {Mémoires de Saint-Simon.)

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partit pour Fontainebleau, il arriva rapidement à Lyon, où il s'arrêta, et repartit pour Marseille ; il n'entra pas en ville, mais resta dans un petit village des environs. Il se rendit dans un couvent de Chartreux et, sous un nom supposé, voulut y faire une retraite de trois jours pour la fête de la Nativité (8 septembre), mais il se trouva que le prieur était un ancien officier qui avait souvent vu Ràkoczi à Vienne, il le reconnut et tous les religieux s'empressèrent autour du prince qui, dans cette paisible retraite, sentit toute la valeur de la vie calme qu'il quittait pour se lancer une fois encore dans la lutte.

Ce sentiment pouvait être accru parles nouvelles que le prince avait reçues avant d'entrer chez les Chartreux, plusieurs de ses amis de Paris lui avaient écrit de pressantes lettres pour rengager à retourner à Paris, ils lui annonçaient la prise de Belgrade, la défaite des Turcs^ la prise de la Sardaigne par les Espagnols, etc., etc. *.

1. « Ses ministres (de la cour d'Autriche) n'oublioient rien pour veiller ses actions et pour Texécution de leurs ordres. Son séjour étoit encore matière d'un continuel soupçon à Tégard de la France. Welez, espion de l'Empereur, dont on a déjà parlé, étoit chargé de le défaire de cet ancien chef des mécontents d'Hongrie, à condition des plus grandes récompenses...

Cet homme se persuada que le prince Ragotzi ne continue- Toit pas son voyage à Gonstantinople lorsqu'il apprendroit la victoire et les conquêtes des Impériaux en Hongrie, et se flatta

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Rdkoczi crut qu'il était de son devoir de prouver fia bonne volonté à la Porte et de ne pas renoncer à lui donner son concours, précisément au moment où elle venait d'éprouver des insuccès.

Il décida d'envoyer le comte d'Absac, qui avait été colonel dans un de ses régiments de cavalerie, à la cour d'Espagne pour offrir au roi Philippe V de conclure un traité d'alliance, en faveur de la défense des chrétiens, en Orient.

Jean Pàpay, parti avant Ràkôczi, devait se rendre directement à Toulon pour y surveiller l'embarquement des bagages qui comprenaient les cadeaux destinés au sultan, au grand- vizir, etc. Il se produisit des retards, et Ràkôczi alla jeter l'ancre près des îles d'Hyères pour y attendre Taga envoyé par le sultan.

L'aga arriva le lendemain.

Triste, préoccupé, assombri par de funestes pressentiments, ce fut à regret que Rékôczi quitta la France. 11 s'embarqua, le IS septembre, sur VAriffe Gabriel. La traversée s'effectua sans graves incidents et, le 10 octobre, le prince était à Gallipoli. Il expédia des émissaires à Andrinople

bien à son retour de ne pas manquer son coup pour en délivrer l'Empereur, et se procurer les gr&ces sans nombre qui lui étoient promises. » (Mémoires de Saint-Simon.)

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et à Constantinople pour annoncer son arrivée, mais le grand-vizir, au lieu de lui envoyer les cent mille thalers promis, ne lui en fît remettre que quatre mille^ somme absolument insuffisante pour couvrir les frais du voyage.

Li'aga chargé de cette mission devait amener sans tarder le prince; le 27 octobre, il était à Andrinople. Ce chemin fut parcouru au milieu des acclamations des Turcs, qui voyaient, en Ràkéczi, un roi venu de Join pour apporter l'espérance et le secours à un peuple vaincu. Mais cet éclat apparent ne trompa pas le prince, il vit que la Porte était hésitante, découragée, et qu'elle désirait la paix. Si Pdpay lui eût fait connaître les pourparlers engagés entre la Turquie et l'empereur, il n'eût pas fait un pas en avant. Le sultan voyait en lui un invité dont la présence ranimait Tespérance du peuple et Ibrahim se préparait lentement à la guerre, tandis qu'il activait les préliminaires de la pfiiix, aussi écoutait-il avec un sourire douteux les propositions de Râkôczi qui « était venu pour se battre et non pour voir signer la paîx. »

L'installation qu'on lui assignait montrait que le sultan n'était pas décidé à tenir les promesses faites ^ aussi le prince, qui avait laissé dans le

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